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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 04:07

par Louis Cornu


Au cours de la nuit de l’arrestation de Jésus, il s’affirme lui-même « connu du Grand prêtre »  … et il agit dans le palais de celui-ci comme s’il était chez lui. Au cours de cette nuit, où la prudence est évidemment de règle en cet endroit, une servante portière est chargée de filtrer les entrées ; il pénètre, lui, sans difficulté et peut même, sur un ordre à cette servante, faire admettre un inconnu [ ndlr. Pierre] à qui celle-ci refusait l’entrée. A l’évidence, cette connaissance du Grand prêtre pourrait bien être quelqu’un de sa famille : le fils, petit-fils, neveu … ?


Ce « disciple que Jésus aimait », que nous appellerons dans la suite de notre texte tout simplement le Disciple, est l’auteur du 4ème évangile (Jn 21, 24), et la tradition affirmera qu’il était prêtre (voir articles précédents) et qu’il mourut à la fin du siècle, donc très âgé, connu alors sous l’appellation de « Jean l’Ancien » [ndlr – l’auteur des deuxième et troisième épître de Jean, ou plutôt Jean le Presbytre ? ou encore la même personne dans les deux cas !]. En 30, selon l’évangile de Jean, il paraît déjà autonome, car il peut accueillir quelqu’un chez lui durablement (Jn 19, 27). Il faut lui supposer alors à peu près vingt ans, au minimum ; il serait donc né entre 5 et 10, assez vraisemblablement.


En se définissant comme « disciple que Jésus aimait », il souligne l’affection que Jésus avait pour lui, mais en fait, surtout l'affection que lui-même portait à Jésus. Il affirme également que Jésus aimait Lazare de Béthanie et ses sœurs Marthe et Marie (Jn, 11, 35). Il nous faut donc imaginer en Judée – à Jérusalem, à Béthanie, etc.) un groupe d’amis très liés à Jésus, sans savoir quand et comment les liens d’amitié se sont tissés.


Les évangiles ne couvrent qu’une courte période – deux années de vie publique – au cours de laquelle, selon les synoptiques, Jésus vit essentiellement en Galilée ou régions limitrophes (Syro-Phénicie, Décapole, Gaulanitide, etc.) avant de venir à Jérusalem, quelques jours avant d’être crucifié. Mais le Disciple apporte à ce récit synoptique une correction, en affirmant Jésus présent à Jérusalem, à plusieurs reprises, au cours de ces deux années. En fait, en 28, Jésus a passé plusieurs semaines à Jérusalem et en Judée, à l’occasion de Pâque (Jn 2, 13 ; 4, 3) et il y est revenu brièvement pour Soukot (Jn, 5). En 29, pour Soukot à nouveau, il y est revenu pour plusieurs semaines, plusieurs mois peut-être (Jn 7 à 10). On peut donc estimer que sur les vingt-quatre mois de sa vie publique, Jésus en aura passé en Judée cinq, six … auxquels il faut ajouter un séjour outre-Jourdain, mais à proximité de Jérusalem, entre Hanouka et la résurrection de Lazare, au début de l’année 30. Finalement on peut évaluer à sept mois au total la présence de Jésus en Judée, avant son ultime montée à Jérusalem, soit 30% de sa vie publique.

 

A suivre ...

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:57

D’après une note de Louis Cornu


François Le Quéré publia en 1994 aux éditions F. X. de Guibert « Recherches sur saint Jean. Qui est Jean ? Le quatrième évangile … l’Apocalypse ». L’éditeur présente ainsi ce livre en 4ème de couverture :


francois_le_quere_jpg.jpg« Cet ouvrage est né il y a plusieurs années, d’une insatisfaction. Celle provoquée par la lecture de beaucoup d’ouvrages spécialisés, qui ont fait naître chez l’auteur le désir d’aller vérifier aux sources le bien-fondé des affirmations selon lesquelles l’œuvre de Jean ne pouvait être que le tardif résultat d’une lente maturation communautaire de la fin du Ier siècle.


A l’encontre de cette hypothèse largement admise sans discussion, l’auteur, au terme de plusieurs années de recherches personnelles, rejoint la thèse défendue par l’évêque anglican Robinson *, et confirmée par Claude Tresmontant, l’abbé Carmignac et Jacqueline Genot-Bismuth (et récemment par Oscar Cullman), d’une rédaction précoce de ce qu’on appelle, à tort sans doute, le quatrième Evangile.
* ndlr - J.A.T. Robinson « Reading the New Testament », qui propose une chronologie haute pour la rédaction des évangile ; soit une date proche de 50 pour l’évangile de Jean !


Page après page, on découvre le témoignage privilégié d’un contemporain, ami personnel de Jésus, au point d’oser se nommer « le disciple que Jésus aimait ». Tout au long de l’Evangile qu’il rédige, il laisse percer la question qu’il se pose à propos du Christ : « Qui est cet homme ? » et c’est devant le tombeau vide qu’il trouve la foi.


Celui que la tradition nomme Jean est un homme discret, qui se veut même disciple en secret, lui qui est proche de la haute société sacerdotale du Temple, Judéen marginal par rapport aux autres apôtres galiléens. Son Evangile ne parle que de ce qu’il a vécu personnellement à l’occasion de ses rencontres avec Jésus. Jean est un homme tellement proche du cœur du Maître qu’il en devient le théologien de l’Amour de Dieu.


Comme pour Claude Tresmontant dans sa récente Enquête sur l’Apocalypse, Jean apparaît à François Le Quéré tellement imprégné de ce temps messianique, qu’il en devient, à son tour, prophète dans l’Apocalypse, rédigée dans la tradition d’Ezéchiel, pour annoncer, comme celui-ci l’avait fait en son temps, la chute prochaine de Jérusalem, cette nouvelle Babylone ».

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:43

d’après une note de Louis Cornu


claude_tresmontant_christ_hebreu.gifLe bibliste Claude Tresmontant publie en 1983 Le Christ hébreu ; en 1984, l’Evangile de Jean ; et en 1985 L’Apocalypse de Jean. Il pensait que nos quatre évangiles étaient la traduction en grec de notes prises au jour le jour en hébreu par des auditeurs de Jésus … donc pratiquement, au contact des faits. En ce qui concernait l’évangile de Jean, dès 28-30, des notes avaient été prises en hébreu, par le disciple que Jésus aimait, et plus tard traduites en grec.


A propos de ce Disciple, pour lui auteur de l’évangile de Jean, il écrivait ceci en 1984, en s’appuyant sur la lettre de Polycrate à Victor, précédemment citée :


« Ce document de Polycrate, évêque d’Ephèse, nous fournit un point de vue autour duquel s’ordonnent parfaitement tous les renseignements dont nous disposons, sur l’auteur du quatrième Evangile. Il a probablement été disciple de Jean-Baptiste. Il a une maison à Jérusalem. C’est chez lui que le Seigneur a mangé la dernière Pâque. Il a cependant un calendrier qui n’est pas celui du groupe des Galiléens réunis autour du Seigneur. Son Evangile est centré sur Jérusalem. Il connaît le grand prêtre de cette année-là. Il peut entrer dans la maison du grand prêtre. Il peut donner des ordres à la servante qui garde la porte. Elle ne le met pas dehors, elle lui obéit. Il se cache, il cache son nom lorsque son Evangile est traduit de l’hébreu en grec, parce qu’il est menacé de mort. Il prend Mariam [ndlr : Marie, mère de Jésus] chez lui après la mort et la résurrection du Seigneur. C’est de Mariam qu’il tient plusieurs renseignements, par exemple ce que le Seigneur a dit lors du festin de Qanah en Galilée. Il était le disciple préféré du Seigneur, parce qu’il était théologiquement le plus savant, et le plus apte à comprendre l’enseignement théologique de haute portée du Seigneur. Lui seul a conservé et transmis cet enseignement de haute portée donné lors de la dernière nuit. Il hésite à entrer dans le tombeau, parce que cela est interdit à un prêtre. Il entre dans le tombeau, lorsqu’il comprend qu’il n’y a plus de mort dans le tombeau, parce que le Seigneur est vivant.


Tous les renseignements dont nous disposons par le texte lui-même du quatrième Evangile confirment ce que nous dit Polycrate d'Ephèse dans sa lettre au pape Victor [ndlr. évêque de Rome, car le titre de pape sera postérieur] : Jean, l’auteur du document hébreux que nous appelons le quatrième Evangile, était prêtre. Ce n’était pas un Galiléen analphabète. C’était un Judéen savant, et même très savant. ».


ndlr - Paradoxalement ce 4ème évangile, publié à la fin du Ier siècle, est celui qui, par son contenu, est le plus contemporain de Jésus !

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:25

d’après une note de Louis Cornu


La tradition, fondée sur le témoignage de Papias, cite un Jean le Presbytre qui vécut à Ephèse. Papias fut évêque d’Hiérapolis vers 130/140. Il écrivit 5 livres dans lesquels il dit avoir été l’auditeur d’un nommé Aristion et d’un « Jean le Presbytre », lesquels avaient reçu leur enseignement des apôtres. Papias fait donc partie d’une troisième génération de chrétiens : génération du vivant des apôtres pouvant donc bénéficier de leur témoignage direct, puis la génération de ceux qui furent enseignés par les apôtres, enfin la génération de Papias au début du IIème siècle.


Eusèbe de Césarée (265-vers 340), qui fut évêque de Césarée autour de 315/320 et qui participa au concile de Nicée en 325, fit œuvre d’historien dans son « Histoire Ecclésiastique ». Il cite Irénée de Lyon : « Papias, lui aussi auditeur de Jean et compagnon de Polycarpe, homme ancien … » (Eusèbe de Césarée, livre III, chap. XXXIX).

 

S’appuyant sur Papias qui cite les apôtres, dont Jean, puis distinctement Jean le presbytre, Eusèbe rappelle qu’il y a à Ephèse « deux tombeaux qui maintenant encore sont dits ceux de Jean ». En fait, c’est une lettre de Denis d’Alexandrie à l’évêque Nepos, vers 225, qui parle de ces deux tombeaux en les attribuant précisément à Jean fils de Zébédée et à Jean le Presbytre, ceci en se faisant l’écho d’un on-dit datant du milieu du IIème siècle.


le-disciple-que_jesus_aimait_3.jpgPour Eusèbe (Livre III, chap. XXXI), lui aussi, le second Jean est bel et bien « le disciple que Jésus aimait » : « Jean lui aussi, celui qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, qui a été prêtre (juif) et a porté le pétalon *, qui a été martyr (témoin) et didascale (docteur) repose à Ephèse ».
* Le pétalon était un insigne sacerdotal juif marquant une haute fonction dans le temps. L’Exode (28, 36-38) en donne la description : « Tu feras une lame d’or pur et tu y graveras comme on grave un cachet : « Sainteté à IHVH – Tu l’attacheras avec un cordon bleu sur la tiare ; elle sera sur le front d’Aaron et Aaron sera chargé des iniquités commises par les enfants d’Israël ». Il semble que, vers la fin de l’histoire juive, le pétalon n’aie plus été réservé au Grand Prêtre, mais porté par d’autres prêtres pendant l’exercice de leur fonction sacrée.


Irénée de Lyon, dans « Contre les hérésies », (livre 3, chap. 1) certifie que c’est bien Jean, le disciple du Seigneur, celui là même qui avait reposé sur sa poitrine, qui publia lui aussi l’Evangile tandis qu’il séjournait à Ephèse, en Asie.


Jean – le presbytre ? – serait mort sous l’empereur Trajan (98-117), donc après 98.


Polycrate, évêque d’Ephèse, évoque cette mort en écrivant à l’évêque de Rome, Victor (qui régna à la fin du IIème siècle, entre 189 et 198 ou 199). Sa lettre nous a été partiellement conservée par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique, V, XXIV :


« C’est en Asie que reposent, que dorment du sommeil de la mort, que sont couchés [avec leurs pères] des grands astres. Ils se relèveront au jour de la venue du Seigneur, au jour où il viendra avec gloire des cieux, et qu’il relèvera tous les saints ; Philippe, l’un des douze envoyés, qui est couché [avec ses pères] à Hiérapolis, et deux de ses filles, qui ont vieilli vierges ; et son autre fille, qui a séjourné dans le Saint-Esprit. Elle repose à Ephèse. Et puis Iôannès, celui qui sur la poitrine du Seigneur s’est penché ; il est né hiereus – c’est-à-dire kohen – il a porté le pétalon, hébreu tziz hazahab, le pétale d’or, sur lequel était écrit : consacré à YHWH, Exode 28, 36 ; 29, 6 ; 39, 30 ; Lévitique 8, 9 ; il a été témoin, en grec martus, témoin des évènements, et il a enseigné, il a été didaskalos. Celui-ci, à Ephèse, est couché [avec ses pères, toujours la vieille expression biblique]. Et puis aussi Polycarpe de Smyrne, qui a été chargé de veiller sur la communauté, episkopos, et témoin, en grec de nouveau martus … »

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 07:13

propos de Marcel Légaut tenus au Mas de Roubiac (34270 Cazevieille), en octobre 1985, transmis par Michel Dubois, et publiés par Antoine Girin dans le bulletin Quelques nouvelles n° 243, avril 2011.

 

Dès le début, nous [ndlr - Marcel Légaut et ses amis] avons été une Église fondée sur une doctrine, pas sur une personne ! Tout cela est extrêmement difficile à dire, mais il est important de le dire. Dans le groupe, ces temps-ci, quand nous avons des prêtres, nous commençons par un partage à partir de la lecture de l'Évangile ensuite on ne lit pas du tout préface ni autre ; nous communions au pain et au vin et puis nous disons le Notre Père ; ça dure une demi-heure, trois quarts d'heure, pas plus. Enfin quand les chrétiens se rassemblent à deux ou trois en Son Nom, ils ne perdent pas leur temps.

 

Cependant, il est beaucoup plus facile de faire cela convenablement, dans un petit groupe qui se connaît stablement. Dans une communauté de foi, il serait tout à fait normal que, quand vous vous réunissez à quelques-uns, ici, même s'il n'y a pas de prêtre, vous ayez vraiment en vous l'impression de faire Eglise. Dans une communauté de base humaine, les grands évènements de la vie d'un membre de la communauté sont des évènements qui portent écho dans chacun des membres, pour leur propre histoire. Cela donne une certaine dimension sacramentelle qui aide celui qui se trouve atteint dans sa propre vie spirituelle. Le sacrement n'est pas autre chose que l'activité d'une communauté de foi, qui actualise dans une direction précise, pour un membre donné, une présence de Jésus qui existe dans la communauté de foi, par le fait même qu'ils sont rassemblés en Son Nom.

 

Autrefois ce que l'on donnait à l'homme, on l'enlevait à Dieu ; aujourd'hui, ce que l'on donne aux chrétiens, on l'enlève aux prêtres parce que la notion de prêtre aujourd'hui est extrêmement liée à la notion de pouvoir. À mon sens, le prêtre doit viser à l'originalité la plus discrète parce que là où l'Esprit agit, l'Eglise existe.

 

A la fin des premiers siècles, là où l'Evêque est, l'Eglise existe. C'est toute la différence : d'un côté une Eglise charismatique (au sens excessif du mot) et malgré tout spirituelle, de l'autre une Eglise organisée autour du pouvoir. Dès la fin du premier siècle, Ignace d'Antioche et Clément de Rome sont les théologiens et l'évêque est celui qui reçoit les pouvoirs des apôtres, qui eux sont censés avoir reçu les pouvoirs de Jésus.

 

Il est bien évident qu'il y aura besoin d'une certaine hiérarchie, c'est indispensable, mais lui donner un caractère absolu, comme nous voyons maintenant, c'est là qu'à mon sens se trouve la difficulté majeure. Pour cela la célébration me paraît importante car cela déplace le pouvoir d'un seul sur le pouvoir d'un certain nombre et ça a été un bénéfice considérable pour les communautés religieuses, quand elles ont pu concélébrer : quand nos carmélites (ndlr - allusion à une communauté locale fréquentée par Marcel Légaut et ses amis] pourront concélébrer, elles n'auront plus besoin d'avoir des prêtres pour célébrer leur messe.

 

A mon point de vue, il est tout à fait normal quand des chrétiens se réunissent en Son Nom, qu'ils puissent actualiser un des moments solennels où se récapitule toute la vie de Jésus et de ses disciples. Soyons modeste, commençons par prendre conscience quand on se réunit plusieurs en Son Nom, qu'il y a quelque chose qui se passe en nous, qui justifie toutes les difficultés et les sacrifices qu'il faut faire pour que les réunions soient possibles. Prenons cela comme point de départ et le reste viendra par surcroît.

 

 pierre goudreault chemins-d esperanceLe point de vue de Pierre Goudreault, prêtre dans le diocèse de Rouyn Noranda au Québec, docteur en théologie de l'Université Saint-Paul d'Ottawa, et auteur de "Chemins  d'espérance pour l'avenir de l'Église - Perspectives pastorales et enjeux ecclésiologiques" (édité par Lumen Vitae en janvier 2011, dans la collection "pédagogie pastorale", 349  p.), sur l'oeuvre de Marcel Légaut ; c.r. d'Antoine Girin

" Je demeure très attentif à la pensée de Marcel Légaut (1900-1990), écrit l'auteur pages 59-60, un Français et un témoin des profonds changements du monde et de l'Église au cours du XX° siècle. Père de famille, professeur d'université devenu berger et spirituel, il est aussi un penseur qui a beaucoup réfléchi sur la situation de l'Église en Occident, notamment en France. Il l'a fait à partir de ce qu'il vivait dans sa petite communauté de foi autour d'un partage d'évangile où il découvrait avec ses amis une nouvelle manière d'être Église.

 

J'ai été passionné par son œuvre au point d'en faire l'objet de ma thèse en théologie. Par sa vie, son témoignage de foi et ses écrits, j'ai appris de Marcel Légaut l'espérance en des temps de crises. Il souhaitait que l'Église se libère de ses peurs pour être davantage à la rencontre du monde d'aujourd'hui. "Il y a en moi, écrit-il, une espérance qui, tout en ne se fondant sur aucun espoir, se refuse à toute désespérance au sujet de l'avenir du monde. Ce temps, le nôtre, il l'entrevoyait comme une chance pour l'Église, afin d'être source d'espérance dans le monde d'aujourd'hui. L'Église est celle qui espère parce qu'elle est celle qui se souvient. Son origine affirme sa fin. Les temps s'approchent où elle sera, plus qu'elle ne l'a jamais été, la source de l'espérance. L'espérance des chrétiens - celle des disciples de Jésus - au sujet de l'avenir reste intacte, même dans les temps actuels où leur Église leur paraît particulièrement déficiente et faire eau de toutes parts. Cependant, sa forme future leur reste entièrement cachée et relève de la foi nue et de l'espérance dépouillée de tout espoir ". (…)


 Marcel Légaut, un pionnier des petites communautés de foi : Pierre Goudreault en un long paragraphe (p. 153-155) écrit :

 

Marcel Légaut, un homme de foi passionné par le présent et l'avenir de l'Église a vécu l'expérience d'une petite communauté à partir des années 1920. Il se situe parmi les pionniers qui ont réfléchi d'une façon originale sur ce renouveau communautaire, plus précisément sur les petites communautés de foi qui visent à redonner une vitalité spirituelle insoupçonnée pour innover avec sagesse sans trahir la mission. Elles sont «le nouveau tissu de l'Église» qui, elle, est appelée à changer : je suis persuadé que, sans bruit, sans éclat, bien des choses auront profondément changé dans l'Église sous l'action discrète et même seulement grâce à la présence [...] de ces petites communautés. Légaut entrevoit qu'une mutation en profondeur est nécessaire. Cette entreprise se réalise dans la mesure où l'Église fait l'expérience de «la naissance de nombreuses communautés de foi, diverses comme sont les hommes, mais unies dans la charité qui naît de l'intelligence de la vie Jésus et de la foi en lui qui en découle».

 

Pour mieux apprécier le fait que les petites communautés ouvrent un chemin d'avenir pour l'Église, il importe de comprendre la notion de «communauté». Dans une perspective ecclésiale, Légaut arrive à décrire le mot «communauté» en ces termes : Une communauté est un ensemble d'êtres qui sont suffisamment fidèles, les uns aux autres, à ce qu'ils doivent être pour avoir chacun le sens de la fidélité de l'autre et pour découvrir, dans la communion entre eux, la possibilité d'être encore plus fidèles. La communauté est chrétienne quand elle n'est plus seulement fondée sur une doctrine, mais sur l'intelligence de l'humanité de Jésus. Cette compréhension en profondeur [ ... ] rend manifeste entre nous et lui la transcendance que nous ne pouvons pas préciser davantage sans la limiter, et donc sans la blasphémer ". (…)

 

En 2000, Pierre Goudreault a publié sa thèse sur Marcel Légaut "L'Eglise de demain dans l'œuvre de Marcel Légaut. Les communautés de foi", ce qui lui a valu le prix du livre religieux 2000, attribué par l'organisme Communications et Société.

 

pierre_goudreault_celebrer_le_dimanche.gifIl a publié en septembre 2003 un appel au culte dominical même s'il n'y a pas de prêtre intitulé : " Célébrer le dimanche en attente d'eucharistie " (chez Novalis, 176 p.).

Au Québec, un rituel a été établi pour aider les laïcs à célébrer en l'absence d'un prêtre (du fait de la raréfication des prêtres). Les laïcs catholiques n'ont pas le droit de célébrer l'eucharistie, mais ils peuvent distribuer des hosties déjà consacrées et organiser la prière de l'assemblée (ce sont les ADACE dans le vocabulaire du Québec) ... à défaut d'une concélébration par eux-mêmes !

 

pierre_goudreault_faire_eglise_autrement.gifPuis, en décembre 2006 (chez Novalis, avec un  livre de 162 p.) : "Faire Eglise autrement", à partir des communautés de base


Des personnes se sentent en confiance les unes avec les autres. Elles trouvent un lieu qui leur permet d'accompagner leur processus de guérison, de partager leur foi, de méditer la parole de Dieu, d'œuvrer à un engagement social ou de vivre un temps de formation. Ces personnes tentent de mettre en pratique l'Evangile dans le concret de leur quotidien. Loin d'être des nids douillets, ces petits groupes sont des tremplins qui relancent leurs membres pour mieux participer à la mission de l'Eglise.
Dans Faire Eglise autrement, Pierre Goudreault identifie les diverses caractéristiques du petit groupe dans l'Eglise. Il passe en revue plusieurs catégories possibles de petits groupes et propose de nombreuses pistes concrètes pour aider les personnes qui souhaitent débuter un petit groupe dans l'Eglise et soutenir son développement. (présentation de l'éditeur)

 

Les livres de Pierre Goudreault sont en vente en ligne et peuvent être achetés en euros sur le site Decitre (lien)

 

Pour qu'une communauté chrétienne soit réelle, selon Légaut, il importe qu'elle favorise la proximité, c'est à dire qu'elle demeure petite. L'apport des petites communautés, pour Pierre Goudreault, ne fait pas de doute et il écrit : En Amérique, en Europe et en Afrique, les expériences du terrain montrent que des petites communautés de proximité surgissent avec dynamisme et transforment la manière d'être Église… L'auteur cite Yves Burdelot et son livre "Devenir humain" - La proposition chrétienne, aujourd'hui… Pierre Goudreault rappelle Medellin (1968), Puebla (1979), l'importance des communautés de base pour lutter contre la pauvreté et les injustices en Amérique Latine et l'urgence, pour l'Église, d'oser l'avenir (Antoine Girin).  

 

ndlr - Mais comment relier ces communautés de base aux paroisses où le prêtre représente le pouvoir épiscopal qui est censé rassembler ... mais aussi surveiller (au sens grec de episcope), et de là au diocèse ? Ces communautés de base trouveront-elles les ressources humaines locales pour grandir, se renouveller, essaimer, favoriser en leur sein la montée des nouvelles générations et leur assurer la formation nécessaire, durer dans le temps ? C'est cette articulation entre communautés de base et Eglise épiscopale (au niveau diocésain) qui justifie le classement de cet article dans notre rubrique "le christianisme épiscopal" (lien).

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Published by Marcel Légaut et Pierre Goudreault - dans le christianisme épiscopal
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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 20:18

suite des articles précédents ...


Des villes, nous passons aux royaumes et aux empires. L'évêque de Rome devient "pape" sous l’empereur Constantin et en 380, l'empereur Theodose, successeur de Constantin, fait du christianisme une religion officielle ; l'Eglise orthodoxe byzantine épouseta le destin de la partie orientale de l’empire romain ; à l’est, le royaume d'Edesse accueille « officiellement » le christianisme au début du IIIème siècle (en 204, le roi Agbar IX se convertit) après avoir persécuté les premiers chrétiens en 57 (lien) ; le roi d'Arménie se fait baptiser en 314 et érige la nouvelle foi en religion d'Etat, puis fait supprimer les cultes païens (bien avant Théodose à Constantinople !) ; etc.

Cette dynamique est accentuée avec l’accueil des hérésies que ce soit par rapport à Rome (Carthage et le donatisme) ou par rapport à Byzance : les Goths sont évangélisés dans l'arianisme, l'Arménie, la Syrie et L'Egypte optent pour les thèses monophysites, la Perse islamisée reconnaît la seule Eglise d’Orient de théologie nestorienne, après la conquête arabe en 633 (lien), etc.

Lors des réformes protestantes luthérienne et calviniste, on retrouve le même principe : les fidèles adoptent la foi de leur souverain ! Les anabaptistes radicaux imposent aussi leur confession dans le cadre de la cité de Münster considérée par eux comme la nouvelle Jérusalem , voir notre article du 9 juin 2007 : « Les cages de l’église Saint-Lambert à Münster à l’usage des dictateurs religieux » (lien). Avant eux, les Hussites radicaux (les Taborites) avaient eu la même attitude en fondant la cité de Tabor en Bohème méridionale, en 1420.
 
A l’époque, les unitariens de la Transylvanie feront exception car, bien qu’en cour auprès de Jean II Sigismond (qui règne de 1560 à 1571), ils ne demanderont pas le monopole confessionnel : en 1568, la diète de Torda reconnaît la pluralité des cultes (il y avait alors des catholiques, luthériens, calvinistes, et unitariens)


Incidemment, Henri VIII, roi d’Angleterre, qui règne de 1509 à 1547, pourtant grand dévot vis-à-vis de la papauté mais pris de fringale sexuelle et voulant divorcer à tout prix, se sépare de Rome et se fait proclamer chef religieux d’une Eglise nationale, l’Eglise anglicane, le 11 février 1531.

 

En France, un courant gallican se développera plus tard au temps de Bossuet, mais n’aboutira pas, sinon une résurgence tardive en réaction contre le concile Vatican I (8 décembre 1869 au 20 octobre 1870) qui proclame le dogme de l’infaillibilité pontificale. Une Eglise gallicane existe aujourd’hui en France, avec siège patriarcale à Bordeaux, mais elle dispose de très peu de paroisses sur le territoire national et a connu de nombreuses dissidences et scissions liées surtout à des ambitions ou conflits personnels (nous recommandons son site qui est remarquablement bien documenté, lien).
 

En Chine, l’Eglise « patriotique » peut être rattachée à ces tensions nationalistes, sinon que ce sont surtout les autorités publiques qui, là, mènent le jeu. Le rapprochement est plutôt à faire avec l'Eglise anglicane née de la seule volonté d'Henri VIII.


Le patriarcat grec orthodoxe, dont le siège est toujours à Byzance devenu Istanbul après la conquête turque, va être soumis lui aussi aux tensions nationales. Le leadership est pris par le patriarcat de Moscou ; puis, au XIXème et XXème siècles, des patriarcats nationaux apparaissent en Serbie, Roumanie, Bulgarie, Grèce, Albanie, Ukraine (à Kiev, mais non reconnu par les autres), Chypre, Pologne, Tchéquie et Slovaquie, voir même aux Etats-Unis ! A la tête de ces entités, un patriarche ou un archevêque pour les patriarcats, et un archevêque pour les Eglises autonomes.

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le christianisme multicentré
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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 19:36

suite de l'article précédent ...

 

Il y a d’abord l’hégémonie régionale des communautés citadines du seul fait de leur plus grande taille : lorsque Paul envoie des épîtres à des communautés locales bien ciblées (chrétiens d’Ephèse, de Corinthe, de Philippe, de Colosses, de Thessalonique, de Rome), on devine l’importance des cités sur leur espace régional. A partir de Jérusalem, Pierre évangélise la Judée jusqu’à Césarée, et la Samarie avec le diacre Philippe et l’apôtre Jean. Antioche introduit à l’Asie Mineure, Damas à la Syrie, Alexandrie à l’Egypte, et Rome à tout l’empire. Au tournant de l’an 100, l’Apocalypse (1, 11) énumère « les sept Eglises » d’Ephèse « Ta vision, écris-la dans un livre pour l’envoyer aux sept Eglises, à Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée », et au-delà, puisque le chiffre 7 est symbole de la totalité du temps et du décompte, à savoir toutes les Eglises locales. Tout naturellement, cela introduit à une nouvelle fonction, celle des épiscopes, que sont nos évêques


Ces épiscopes (= surveillants) apparaissent seulement au IIème siècle ; et présenter Pierre à Rome, Marc à Alexandrie, Jean à Ephèse comme premiers évêques est un anachronisme. Ils sont élus par la communauté, ou du moins désignés d’une façon consensuelle. Ils ont le rôle de veiller à la transmission authentique de la Tradition et de lutter contre les dérives hérétiques (les Anti-christ que sont les gnostiques, les judéo-chrétiens restés … judaïsants, les promoteurs de sectes, etc.). Exemple d’Irénée à Lyon. Avec eux, on rompe avec le modèle juif qui repose seulement sur les Anciens réunis en collège de sages. Ici la direction de la communauté prend un visage individuel, un nom d’évêque, une liste de règnes.


Les épiscopes ne sont pas encore des évêques désignés par les princes, comme ils le seront après l’élévation du christianisme en religion d’Etat et la nomination ou la destitution d’évêques par le pouvoir politique. Ils sont en osmose avec leur communauté et sont élus. La tradition musulmane reprendra ce rôle : au sein des communautés musulmanes, l'imam est un enseignant et conduit la prière. Il est suffisamment lettré pour rappeler les préceptes coraniques. Mais il dépend de sa communauté comme dans le cas des pasteurs protestants.


Jérusalem, Antioche, Rome et Ephèse


Mais la prééminence "historique" va indéniablement à certaines villes. C’est sans conteste Jérusalem jusqu’à la chute de son Temple : c’est à Jérusalem que les débats nés à Antioche entre judéo-chrétiens et païens convertis trouvent leur solution ; Barnabé et Paul descendent précisément d’Antioche pour cela. On peut noter aussi l’aide d’Antioche, mais aussi des nouvelles communautés chrétiennes mobilisées par Paul, pour venir au secours de Jérusalem victime de la famille vers 48 (à cause entre autres à cause de l’année sabbatique 47/48 qui interdisait le travail de la terre correspondant à la jachère d’un an pour laisser reposer la terre, mais sans pratiquer une jachère tournante !). Puis ce sera Rome, avec l’arrivée des apôtres Pierre et Paul.


Enfin Ephèse rivalise avec Rome en se présentant l’évangile de Jean comme l’œuvre du témoin par excellence : à Pierre, la prééminence du chef reconnu, et à Ephèse le témoignage donné par le disciple que Jésus aimait. L’évangile de « Jean » se termine ainsi : « C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que vrai est son témoignage » (Jn 21, 24).


Ce disciple est avec André (le frère de Simon Pierre) lorsque le rabbi Jésus les appelle après son baptême reçu de Jean-Baptiste au bord du Jourdain (Jean seul 1, 35-40) et ce n’est que le lendemain que André contacte son frère pour lui dire qu’ils ont trouvé le Messie (v. 41).


C’est ce disciple qui, lors de la Cène, est penché (« couché » dit le texte) sur le sein de Jésus, et Pierre s’adresse à lui après que Jésus ait annoncé la trahison d’un des siens afin de connaître le nom du traître (Jean seul 13, 22-25). De même le disciple, jamais nommé, arrive en premier à la tombe que les femmes disent avoir trouvée vide (Jn 20, 3-9) ; étant plus jeune il court plus vite ! , il est le premier à voir les « bandelettes gisantes », mais s’efface alors devant Pierre qu’il laisse entrer en premier. Il est le premier à voir et à croire. L’évangéliste insiste « Alors entra aussi l’autre disciple qui était venu le premier au tombeau, il vit et il crut » (v. 8).

 

Quelques années auparavant (Luc dans les années 60, Jean dans les années 90), Luc (qui termine le récit de ses Actes des apôtres à Rome) n’avait mis en scène que Pierre. Marc, pourtant interprète de Pierre à Rome, n’en parle pourtant pas dans son évangile (la rédaction de celui-ci précède peut-être celui de Luc) ; quant au Matthieu grec (plus tardif que l’évangile de Luc), il n’en dit mot, sans doute parce qu’il reste plus centré sur les communautés judéo-chrétiennes et la diaspora vers Alexandrie et à l’est de la Syrie.


Enfin, ultime mise en scène entre le destin de Pierre (Rome) et celui du disciple que Jésus aimait (Ephèse) dans le récit des apparitions, toujours dans le seul évangile de Jean (Jn 21, 20-23) : Jésus vient d’annoncer à Pierre sa mort en croix, et Pierre demande ce qu’il en sera pour le disciple bien aimé.


Du temps même de Jésus, celui-ci aurait affirmé la prééminence de Pierre :


- lors de son recrutement, Jésus change son nom en Céphas, qui désigne une pierre (Jean 1, 42).
- la base du mouvement de Jésus est à Capharnaüm, chez Pierre.
- Pierre est toujours nommé en premier des Douze (dans les synoptiques et les Actes 1, 13) (voir par exemple Mt. 10, 1-4) ; son frère André avec lui ou après les fils de Zébédée que sont Jean et Jacques.
- Pierre porte l’épée pour protéger le groupe contre les bandits de grand chemin
- Pierre est le premier dans les professions de foi
- il est la pierre où l’Eglise sera bâtie : Matthieu grec 16, 18-19 – « Et moi je te dis : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des Cieux … »
- Pierre est le premier à refuser que Jésus envisage sa propre mort et se fait traiter de Satan !
- il refuse le lavement des pieds fait par son Maître (Jean seul 13, 6-10).
- à Gethsémani, Jésus demande à son trio (Pierre et les fils de Zébédée Jean et Jacques) de veiller avec lui. Non seulement Pierre est encore nommé en premier, mais c’est à lui que Jésus s’adressera en dernier (pour les reproches) « Simon, tu dors ? Tu n’as pas pu veiller une heure ? » (Marc 14, 37), également Matthieu, mais ni Luc ni Jean l'évangéliste n’accableront Pierre.
- le reniement de Pierre symbolise la fuite des disciples en déroute


Clément 1er, évêque de Rome, de 88 à 97 selon la chronologie d'Eusèbe de Césarée au IVe siècle, écrit une épître (vers 95) à l'Eglise de Corinthe où des jeunes ont contesté les presbytes de leur communauté. L’Eglise catholique y voit, à tort, l’affirmation de la papauté (laquelle viendra seulement plus tard), mais on a là assurément tout le poids de la grande ville, capitale de l’Empire, dont l’évêque peut parler avec plus d’assurance ! 

à suivre ...

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 17:31

par Jean-Claude Barbier, le 19 octobre 2009


Comment les communautés chrétiennes se sont-elles organisées ? Au début il n’y a pas Une Eglise avec ses paroisses et cellules de base, mais une myriades de petites communautés s’organisant elles-mêmes d’abord au sein du judaïsme, puis en marge et à l’extérieur. Comment ces communautés se sont-elles gérées, coordonnées mutuellement, ont affirmé leur unité ? L’ecclésiologie consiste à étudier la façon dont les Eglises s’organisent sous leur aspect social et juridique.


Le christianisme naissant emprunte tout naturellement au judaïsme de la diaspora son mode d’organisation : l'assemblée toute entière se réunit à l’initiative de ses « Anciens » pour prendre les grandes décisions ; elle est délibérante ; elle fait ekklesia, terme qui sera traduit par « Eglise », (« la multitude des croyants n’avaient qu’un cœur et qu’une âme » Actes 4, 32).


Au début, ce sont les Douze (devenus apôtres) qui jouent le rôle d’animateurs, d’arbitres pour éventuellement trancher avec sagesse les débats, de proclamateurs des décisions, d’exhortateurs. « Avec beaucoup de puissance [allusion aux miracles faits par eux], les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur » (Actes 4, 33). C’est donc le groupe apostolique qui succède à Jésus et prend les affaires en main. Pierre en apparaît le leader incontesté, accompagné de Jean, le fils de Zébédée.


La jeune communauté judéo-chrétienne (appelée aussi les nazôréens), à Jérusalem (et non en Galilée) s’organise très rapidement : le remplacement de Judas à l’initiative de Pierre, afin que le collège des Douze soit complet (Actes 1, 15-26) ; la Pentecôte, où Pierre joue le rôle de proclamateur (Actes 2, 14) ; pour le service des tables avec des diacres (Actes 6, 1-6); plusieurs vendent leurs terres ou leur maison et les apportent aux pieds des apôtres pour une mise en commun (Actes 1, 34-35) ; pour convenir de l'évangélisation des païens (Pierre doit se justifier Actes 11, 1-18), de leur baptême (Actes 10, 44-48), puis, en 48-49 d’une dispense de circoncision et de certaines prescriptions mosaïques (Actes, 15).


Les décisions font donc l’objet de délibérations à l’invitation des leaders historiques. Il n’y a pas de vote, mais constat d’un signe de Dieu : tirage au sort pour remplacer Judas, ou transe de possession (les païens candidats au baptême sous l’action du saint-Esprit), ou par vision acceptée par la communauté (celle de la nappe descendue du ciel et pleine de victuailles afin de pouvoir manger avec les païens). La décision peut venir d’une délibération mais dans un climat de recueillement, de foi : le consensus pour désigner les diacres, ou encore l’arbitrage (Jacques, le frère de Jésus lors de la réunion de Jérusalem en 48-49), Lorsque Paul vient pour la première fois à Jérusalem, vers 39, il parle des « trois colonnes » de l’Eglise naissante que sont Pierre l’apôtre, Jean l’apôtre et Jacques le frère de Jésus.


Après le martyre de l’apôtre Jacques, le fils de Zébédée, en 43 ou 44, puis le départ de Pierre à Antioche (vers 49), C’est Jacques, le frère de Jésus qui prend la tête de la communauté de Jérusalem. Les apôtres (du moins Pierre) sont alors partis en mission. A son martyre en 62, c’est Siméon (de la famille de Jésus) qui lui succède, par consensus de la communauté (dont les disciples de la première heure). Le premier évêque d’origine païenne sera Marc (environ 135 à 155) après que l’empereur Hadrien ait eu, en 135, expulsé tous les Juifs de Jérusalem.


Dans ces premières communautés les leaders historiques qui ne sont pas élus, mais reconnus, à savoir les Douze institués par Jésus, mais également les membres de la famille de Jésus (Marie sa mère, son frère Jacques, puis Siméon qui succèdera à Jacques, etc.). Ailleurs ce sont les « anciens », ceux qui font preuve de sagesse du fait de leur âge ou encore parce qu’ils sont les fondateurs de la communauté.


Au sein de ces communautés, des fonctions se dégagent : le maître de céans qui héberge l’assemblée lors des cultes (donc qui est assez riche pour être propriétaire d’une maison), l'enseignant pour les catéchumènes, le docteur en théologie au sens juif du terme, l'apôtre qui évangélise (tous partiront en mission) et qui peut imposer les mains, le visionnaire, le prophète itinérant. Paul les énumère comme autant de charismes, ainsi que la Didaché (texte écrit entre 60-90, et qui est considéré comme texte apostolique).

à suivre ...

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 19:11

suite des articles précédents ...


« Il y a quelque chose de libéral dans les sentiments des nestoriens à l'égard des autres dénominations. Leurs rites religieux sont plus simples que ceux des autres Orientaux. Ils ont en horreur le culte des images, la confession auriculaire, la doctrine du Purgatoire, et ce n'est pas sans raison qu'on les a appelés les protestants de l'Asie. Mais l'ignorance et la superstition n'en règnent pas moins chez eux : à l'arrivée des missionnaires, le clergé seul savait lire et écrire ; l'éducation des femmes était totalement négligée, ils attachaient plus d'importance à l'observation des fêtes, des jeûnes et des autres cérémonies extérieures, qu'à la pureté du coeur et de la vie.

 

croix nestorienne utilisée par l'Eglise assyrienne

eglise_assyrienne_croix.JPGCependant la conduite exemplaire de quelques personnes donne à penser que la vraie piété n'y était pas entièrement éteinte. Ce qu'il y a de plus remarquable c'est qu'ils aient permis à des hommes [ndlr – il s’agit des missionnaires protestants], venus d'un pays dont ils avaient à peine entendu parler, d'ouvrir des écoles parmi eux, de prêcher l'Evangile, de faire usage de tous les moyens d'instruction, non seulement sans aucune opposition, mais avec l'approbation la plus cordiale des évêques et des prêtres ; les ecclésiastiques de l'ordre le plus élevé regardent comme un honneur d'aider les missionnaires dans leurs travaux évangéliques.


M. Grant fait remarquer qu'ils sont considérés par les juifs répandus dans le pays, comme les descendants des Israëlites, -qu'ils parlent la même langue que ces juifs [ndlr – l’araméen], - qu'ils se nomment eux-mêmes « bénis d'Israël » [ndlr – sans doute dans un sens chrétien], - qu'ils pratiquent des rites dont l'origine est évidemment judaïque [ndlr – les judéo-chrétiens des premiers siècles conservèrent les pratiques juives]. Ainsi, quoiqu'ils professent que par la seule oblation de Christ, l'agneau de Dieu, pour les péchés de son peuple, tous les sacrifices qui la préfiguraient ont été abolis, ils pensent cependant que les offrandes volontaires, nommées communément "sacrifices de prospérité", peuvent encore être présentées. Quand ils veulent exprimer leur gratitude pour la délivrance d'une maladie, ils conduisent et immolent une victime à la porte de l'église, et répandent une partie du sang sur le linteau et les poteaux ; l'épaule droite de l'animal immolé appartient au prêtre officiant, ainsi que la peau. Qui ne reconnaîtrait dans ces usages la loi lévitique ?

 

Mais la conformité ne s'arrête pas là. La victime est mangée par le sacrifiant et par ses amis, quelquefois il en est envoyé une portion aux familles du village, spécialement aux pauvres, et l'usage veut qu'elle soit mangée tout entière le jour même où elle a été offerte. Les nestoriens ont aussi conservé le voeu du naziréat, l'offrande des premiers fruits de leurs champs et de leurs troupeaux. Ils gardent le jour de repos plus rigoureusement que ne le font les autres chrétiens de l'Orient. Autrefois ils auraient puni de mort quiconque eût voyagé ou travaillé ce jour-là, et quoiqu'ils soient devenus moins sévères par leurs relations avec les autres Eglises, ils ne se permettraient pas, pour la plupart, d'allumer du feu le dimanche.


Ils ont dans leurs églises une partie nommée le lieu saint, où les seuls prêtres peuvent entrer, et une autre appelée le saint des saints.


Comme chez les juifs on était souillé par l'attouchement d'un mort, il en est de même chez les nestoriens; quoiqu'ils considèrent les chrétiens comme sanctifiés par le baptême, de telle sorte qu'on ne contracte pas d'impureté en touchant leurs corps, ils ne s'en purifient pas moins après avoir assisté à des funérailles. »

 
Le missionnaire protestant américain Ashael Grant arriva dans les montagnes assyriennes dès 1835 (cf. A. Grant "The Nestorians or the lost tribes" New-York, 1841, trad. française 1843). L'ouvrage de Grant est actuellement cité par les Assyriens eux-mêmes comme un témoignage précieux, car ancien, de leur vie en Hakkiari. Par contre, les missions acculturatrices protestantes et anglicanes (XIXe siècle), russes orthodoxes (début XXe) et catholiques (dès le XVIe avec constitution d'une Eglise uniate majoritaire en plaine : l'Eglise chaldéenne) sont sévèrement critiquées par eux.

fin

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 18:51

suite des articles précédents ...


M. Jas : est-ce que votre mère vous parlait du pays ?
K. Elloff : fréquemment, elle nous parlait à la fois des épisodes terribles que notre peuple a vécus et de la vie heureuse et confortable qu'elle avait connue en Perse auprès de ses parents. De ce que l'on m'a transmis, il me reste quelques flashs : la vision de troupeaux de moutons dans les hautes montagnes, le naphte (ou pétrole brut) que les paysans ramassaient pour se chauffer, et la description des fêtes folkloriques. Mais pour ma mère à Saint-Jory, après la mort prématurée de mon père, ce fut très difficile...
M. Jas : et puis il y eut la Deuxième guerre mondiale.
K. Elloff : pendant la guerre nous avons caché au château des arméniens et des juifs. Mon frère David a été interné au camp du Vernet car les Allemands l'avaient pris pour un juif.
M. Jas : croyez-vous qu'un retour en Hakkiari soit possible ?


eglise assyrienne irak

chrétiens de l'Eglise assyrienne en Irak. Archives familiales

 

K. Elloff : depuis 400 ans avant Jésus Christ nous n'avons plus de pays [ndlr – sans doute allusion à l’arrivée d’Alexandre le Grand qui, en 331, par la victoire d’Arbèles, met fin à l’empire perse]. Si nous avons conservé non seulement le langage mais surtout l'écriture, c'est parce que nous sommes restés dans nos montagnes et nos territoires. Au XXe siècle, on crée des réserves pour protéger les Indiens qui parfois ne sont qu'une poignée. Faut-il que nous autres chrétiens d'Orient soyons tous exterminés pour que le monde entier prenne enfin conscience de notre existence ?
Les Alliés avaient proposé à mon père de nous donner des territoires en Argentine afin d'installer toutes les tribus assyriennes. Il refusa, déclarant que son peuple était le peuple des deux fleuves "Bet-Nahraïn". En désespoir de cause il réclamait que l'on nous donne pour le moins le village de Van (près de l'Arménie turque) où nous nous serions installés.
M. Jas : vous êtes parmi les vaincus de l'histoire...
K. Elloff : aujourd'hui les fils ou petits-fils d'Assyriens en France sont ou seront bientôt totalement assimilés. C'est peut-être mieux à cause de la situation toujours conflictuelle au Moyen-Orient... Je pense au voyage touristique que j'ai fait en Turquie orientale en 1989. J'avais demandé à un guide de me rechercher des chrétiens, « si vous venez en France, je ferai mon possible pour vous présenter des Turcs » lui avais-je dit. Mais les visages des gens là-bas s'assombrissaient quand je leur parlais des chrétiens. Mon guide m'a dit une parole qui m'a beaucoup chagriné : « sur votre carte d'identité il y a votre nom, la date de votre naissance et votre taille, chez nous il y a le nom, la date de naissance et la religion ». J'ai tout de suite compris.
A Diarbakir près de la frontière syrienne j'ai entendu depuis la rue de la musique assyrienne. J'en suis sûr ! Les guides nous faisaient visiter les ruines des églises du IVe siècle mais se fermaient totalement au dialogue quand il s'agissait de l'époque moderne.
M. Jas : volontairement ou involontairement ignorée, votre cause devrait être entendue.
K. Elloff : il faut penser aux Arméniens aussi.
M. Jas : je suis personnellement gêné par votre appellation d' "Assyrien ". On pense tout de suite à Assurbanipal un des plus sanguinaires souverains de l'Antiquité ! [ndlr – Il y eut vers 1100 av. J.-C. une hégémonie assyrienne en Mésopotamie avec Téglat-Phalasar 1er, puis un réveil assyrien avec Assurnasirpal II, 883-859 ; enfin un empire avec Assurbanipal, 669- v. 627 av., lequel conquit l’Egypte, soumit Babylone et détruisit l’empire Elamite] Vous méritez mieux que cela. Au XIX e siècle, les missionnaires protestants vous identifiaient aux descendants des juifs de Babylone. Vous savez, la fameuse quête mythique des tribus israélites perdues !
K. Elloff : les juifs du Kurdistan qui parlaient la même langue que nous, étaient compris par nos pères comme une tribu juive, assyrienne comme nous, à côté des autres tribus (chrétiennes) du Hakkiari telles que les Bàz (mon père était de la tribu Baz), Djello, Tiara ou Ourmiah.
M. Jas : je pense à tout ce passé englouti...Quand Marco Polo visita la Chine il découvrit des Eglises chrétiennes nestoriennes ...
K. Elloff : nous ne devons pas non plus oublier que Jésus parlait l'araméen, notre langue ! .

à suivre ...

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