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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 19:39
II – l’arrivée des grandes divinités possédantes du vodoun


16Shango (Hiéviesso au Bénin et au Togo), Sakpata, et Ogu (ou Gu, Ogoun) sont des divinités d’origine yoruba (des « orisha » en langue yoruba). Elles se sont diffusées d’une façon continue dans toute la zone littorale du Nigeria jusqu’au Ghana.

17 - Ce sont des divinités possédantes qui ciblent individuellement leurs adeptes (leur culte n’est donc pas familial ni communautaire, mais personnel) et les chevauchent lors de transes parfois particulièrement violentes. Elles « tombent » sur des individus indépendamment de leur statut social, comme le fait le pentecôtisme chez les chrétiens. Même des « Blancs » peuvent ainsi être « pris ». Si vous refusez d’obtempérer, vous risquez de tomber malade, d’avoir des ennuis, de mettre votre famille en danger, etc. Mais tous les fidèles ne sont pas possédés ! Il y a de simples pratiquants, des anciens guéris, des enfants qui, par un vœux, sont été voués à une divinité qui a permis leur naissance, etc.

18 - leur culte s’ajoute à ceux des divinités endogènes, comme par exemple Dan, divinité très répandue dans les villages du littoral au bord des lagunes du Togo et du Bénin, chez les populations Xhuéla (région de Grand-Popo) et Xhuédha (région de Ouidah).

19 - Alors que les divinités, pour punir les récalcitrants, envoient des maux divers (des maladies, des malheurs, etc.), les orisha déclenchent des maux de la nature bien précis : c’est la foudre pour Shango / Hiéviesso (à l’égal de Zeus !), la variole ou autres maladies cutanées assimilées pour Sakpata, la mort accidentelle pour Ogou. Pour ceux qui sont victimes des violences de la Nature, c’est qu’ils ont péchés ! A eux et à leur famille de se repentir en payant une amende et en allant quérir les services d’un prêtre dédié au culte du dieu qui s’est fâché, et de réparer les fautes commises.

heviesso_recade.jpgtête de la récade d'un dignitaire du culte de Shangho / Héviesso représentant la divinité envoyant la foudre par sa bouche

20 - En aucun cas, il ne convient de les assimiler aux forces de la nature qu’elles utilisent ; "Dieu du Tonnerre", "Dieu de la Variole", "Dieu de la Guerre", etc. – ce sont là des interprétations erronées (c’est aussi ridicule que si l’on disait que IHVH est le dieu des grenouilles ou encore des anophèles sous le prétexte qu’il a, à un moment donné, envoyé ces animaux pour punir Pharaon de son entêtement !).

21 - De même leurs autels ne sont aucunement des « fétiches », des « dieux objets », les divinités ne se réduisant nullement à des lieux ni aux apparences qu’elles peuvent prendre (Dan par exemple peut apparaître sous la forme d’un python royal ou d’un arc-en-ciel) – de même que le tabernacle des églises catholiques n’enferme pas Dieu dans cet espace, même si celui-ci y ait considéré comme étant plus particulièrement présent (ici sous la forme des hosties qui ont été consacrées).

22 – Ces puissances possédantes s’affichent comme puissantes et brutales. S’exprimant par les forces de la nature, elles ne sont pas de l’ordre de la culture et de la civilisation. Leurs autels ne présentent aucune esthétique, sinon un réalisme des plus vulgaires : une butte de terre pour Sakpata, un amas de ferrailles récupérées des plus hétéroclites pour Ogu, etc. ce faisant, elles apportent leur force particulière au système religieu antérieur.

23 - le vodoun coopte aussi des divinités périphériques : par exemple Nana Burunku provenant du pays adjuti (au Ghana central, à la frontière avec le Togo), et, à Haïti, Lucifer * qui provient du christianisme, etc. Dans ce cas, elles conservent toutes leurs caractéristiques.
* Lucifer n’est pas ici une incarnation du Mal, ni une figure satanique, mais une divinité utilitaire qui peut rendre des services, mais - attention ! - Lucifer conserve son tempérament vif et violent ; il faut donc être un prêtre ayant de l’expérience et faire une consultation aussi courte que possible afin d’éviter les dérapages toujours possibles liés à son « mauvais » caractère !

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 18:53

quelle différence y a-t-il entre les génies et les divinités ?

15 – La divinité a en plus un nom propre. Le Premier testament de la Bible établit bien la différence entre IHVH/adonaï que d’aucuns ont traduit par Yéhovah ou Yavhé – le dieu qui s’est révélé à Moïse – et l’Elohim ou encore les « élohim », cette dernière forme pluriel montrant bien qu’il s’agit d’une catégorie : le Dieu qui fait partie de la catégorie des dieux, à partir de la racine « el » qui se retrouve dans toutes les langues sémites et qui donnera le nom d’Allah pour le Coran.

16 –Les divinités ont aussi la possibilité de se manifester sous des formes différentes, par des avatars, ce que l’hindouisme pratique allègrement. Le Candomblé en Amérique latine et centrale va jouer sur cette possibilité. Interdites par le catholicisme, les divinités du vodoun trouvent « tout naturellement » et sans syncrétisme des formes correspondantes dans le registre chrétien. La douce Nana Burunku se fait Vierge Marie, l’archange Saint-Michel terrasse les dragons comme Shango foudroie les sorciers et les coupables, etc.

14 – Alors que les génies sont dans une seule fonction, les divinités répondent à toutes les demandes : guérir de maladies, protéger contre les jaloux (l’œil rouge), tuer des sorciers qui nous menacent, rendre les femmes fécondes, augmenter le troupeau, etc. Elles sont polyvalentes, même si chacune a sa ou ses réputations.

15 – Mais on peut assister aussi à une divinisation de certains génies. Les légendes orales en pays yoruba ou encore celles qui sont véhiculées avec le système de divinisation du Fâ, montre un Legba rusé et malin, rivalisant avec les dieux, leur volant même la vedette *. En Haïti, Legba a un avatar chrétien qui est ni plus ni moins saint Pierre, gardien avec ses clefs des portes du Paradis ! Il en est de même de , l’esprit qui préside aux séances de divinisation et qui, lui aussi devient plus qu’un génie.
* mais le legba au Bénin ne génère pas un culte spécial. Il n’a pas d’adeptes à lui ; lorsque le chef de famille veut faire apporter une offrande (par exemple de la bouillie ou de la pâte) à son legba protecteur, il envoie de jeunes initiés d’autres divinités qui, alors, s’habillent d’une façon baroque et clinquante, avec un chapeau fantaisiste (haut de forme végétal, casque colonial, etc.). Ci-joints deux danseurs présentés comme "adeptes de legba", photographiés en 1950 à Abomey (sans doute par Pierre Verger)

legba_adepte_abomey_1950.jpglegba_adepte.jpg

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 18:36

Qui sont-ils ?

08 - des ancêtres qui, décédés, sont quelque part, dans un au-delà après la mort. Elles continuent à protéger leurs descendants (et eux seuls). Le culte qui leur est rendu est donc lignager et communautaire, impliquant obligatoirement tous les descendants nonobstant les choix religieux qu’ils peuvent faire par ailleurs.
Parmi ces ancêtres, certains sont plus importants car ils ont été fondateurs d’une chefferie ou d’un royaume. Dans ce cas, ils sont censés protéger tous les habitants de l’entité politique concernée ainsi que les gens qui en sont issus et qui ont émigré ailleurs.

09 - des divinités « endogènes », territoriales, qui « sortent de terre » ou d'une anfractuosité quelconque ou encore d'un trou d'eau, etc., et qui se sont révélées aux premiers occupants des lieux. Elles vont jouer le rôle de puissance tutélaire couvrant tous les habitants. Les descendants des ancêtres qui ont reçu ces révélations en restent les desservants.

dan pierre vergerautel à Dan, composé de plusieurs petites poteries censées contenir les attributs de la divinité (photo Pierre Verger prise vers 1950).
Cet autel n'est pas visible aux non initiés.
Dan est la grande divinité des populations Xhula de Grand-Popo et Xhwédha de Ouidah, région lagunaire du littoral béninois.
Elle se manifeste sous l'apparence des pythons royaux et de l'arc-en-ciel
.


10 – des divinités « exogènes » venues d’ailleurs (le cas des orisha yoruba) et qui sont cooptées par le système religieux en place, ou encore de nouvelles divinités qui se révèlent (cas des cultes post-coutumiers). Elles se superposent et s’articulent aux autres.

11 - des génies qui hantent des lieux de brousse (comme les djinns de l’islam ou les korrigans de nos légendes bretonnes, avec lesquels les voyageurs et les chasseurs doivent composer ; dans le Sud-Bénin, le génie Aziza hante les grandes termitières dites « cathédrales » ), ou encore dans les zones humides  (comme les génies de l’eau de la large vallée de l’Ouémé au Sud-Est Bénin et qui sont, dans ce cas, des fœtus avortés ou encore des bébés qui ont été tués à leur naissance ou peu après car considérés comme mal formés * ), ou encore des génies protecteurs dont les autels sont volontairement implantés par l’homme afin de protéger les lieux habités (par exemple les legba ** dans la tradition du vodoun)
* fœtus avortés et enfants malformés sont considérés comme étant des génies de l’eau qui se seraient égarés dans le milieu liquide du ventre maternel, si bien qu’on les remet dans leur élément qui est l’eau. Ce sont les tôhossou ou tôwossou
** un legba pour protéger une maison de grande famille, un to-legba pour protéger une place de marché ou un village (to = village), un legba-zangbeto en faction devant un couvent où se réunissent les initiés de la confrérie Zangbéto, etc.


12 - Les génies et les divinités, contrairement aux anges des discussions byzantines, sont sexués. Les legba, par exemple, gardiens des lieux dans les pays où le vodoun s’est développé, brandissent un sexe en érection perpétuelle. Nana Burunku est au contraire une figure féminine et toute maternelle.

13 - Ils ont aussi, les uns et les autres, un caractère bien trempé. Le legba dispose de cornes de taureaux pour bien montrer sa dangerosité : que nul de passe devant lui avec une mauvaise intention (de sorcier ou de simple voleur) car il peut alors le foudroyer sur place. Le chef de famille vient lui apporter de la nourriture en offrande chaque fois qu’il doit recevoir des étrangers nombreux afin que le legba ne s’emporte pas trop hâtivement et ne cause l’irréparable.

14 - Ces puissances ne sont pas « mauvaises ». Par définition elles veulent l’ordre moral et sont là pour nous aider. En conséquence, tout comme IHVH dans le Premier testament, elles punissent les sorciers, les malfaiteurs, les ennemis qui menacent la population qu’elles protègent, ou bien pour rappeler leur existence aux insouciants (afin qu’on leur rende un culte). Les prêtres qui les approchent doivent avoir le cœur pur sinon ils sont les premières victimes de ces divinités sévères. Les parents ne font-ils pas ainsi vis-à-vis de leurs enfants lorsque ceux-ci sont têtus et désobéissent ? Sauf que cela peut aller jusqu’à la mort !

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le vodoun
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 18:12

par Jean-Claude Barbier, sociologue de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Texte rédigé à partir d’une conférence donnée le samedi 13 février 2010, dans le cadre de l’exposition « La tradition qui nous protège » des œuvres de Virginie Jourdan et Paulin Zoffoun, organisée par le conseil municipal de la ville de Blaye (Gironde, France), du 29 janvier au 20 février, au couvent des Minimes, à la citadelle. Cette conférence était intitulée : « Le vodoun est-il une religion et une culture moderne ? »

blaye_hugues_baudere_4.jpgphoto Hugues Baudère


Introduction

Religion polythéiste issue du pays yoruba, dans la partie sud-ouest du Nigeria, le vodoun s’est diffusé dans les pays voisins du golfe du Bénin (Bénin du centre et du sud et Togo méridional) et, suite à la traite des esclaves, en Haïti et en Amérique latine (Brésil et Argentine).

Peut-on aujourd’hui être à la fois moderne et continuer à se référer aux divinités du vodoun d’une façon religieuse ou culturelle ? Le vodoun fait-il partie du patrimoine religieux de l’Humanité ? D’une façon plus générale, quel destin aujourd’hui pour les religions dites « païennes » ou « primitives » ?

Avec ses multiples divinités, que l’on présente volontiers d’une façon effrayante, ses mystères et ses initiés, sa magie en relation avec les forces de la Nature, le vodoun nous apparaît comme une forêt, combien opaque, combien impénétrable, où l’on ne peut pas s’hasarder sans avoir un prêtre pour guide.

Je n’aurais pas ici l’outrecuidance de prétendre vous guider dans ce labyrinthe, de vous dévoiler des mystères – car ceux–ci se perçoivent mais ne se violent pas ! – et surtout pas celui de me substituer aux pratiquants de cette religion car rien ne remplace le vécu de l’intérieur d’une spiritualité, d’une religion ou d’une culture. Mais je me propose en toute modestie de fournir quelques clefs d’entrée, quelques points de repère afin que vous puissiez voir par vous-mêmes ne serait-ce que l’espace religieux de ce qu’on appelle le vodoun.

I - Et d’abord quelques généralités qui peuvent nous être utiles


peut-on parler d’animisme ?

01 - Souvent, les religions coutumières d’Afrique noire sont taxées d’animisme : il y aurait des esprits partout, dans chaque arbre, chaque plante, chaque rivière, chaque rocher. En fait, il y a effectivement des lieux qui sont dits sacrés, mais ces lieux sont bien localisés ; ce sont des autels, des sanctuaires ou encore des « couvents »* concernant telle ou telle divinité, mais en aucun cas ce sont les choses de la Nature qui seraient sacrées en tant que telles. Certains arbres sont sacrés mais non pas tous. Pour ceux qui le sont, un bandeau blanc signale leur fonction d’autel.
* traduction en français empruntée aux chrétiens pour désigner les lieux de réunion des initiés à une divinité.

un dieu créateur

02 - D’une façon assez générale, les Africains coutumiers croient en l’existence d’un Dieu créateur – Mawou dans les pays du Golfe du Bénin qui nous concernent ici avec le vodoun.

03 - Mais ce dieu n’est ni tutélaire (comme IHVH du Premier testament le fut pour son peuple élu), ni providentiel comme l’est le dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans. Déçu en effet par le comportement des humains, il est remonté au ciel ; nous laissant à notre triste sort. C’est le Dieu du Déluge, mais sans colombe ni arc-en-ciel, qui se serait retiré définitivement de sa Création, dans un Olympe inaccessible. Certes on peut l’implorer lors des grandes catastrophes, crier vers lui, mais on sait très bien que c’est en ultime solution et qu’il ne nous entendra probablement pas … à moins que, on ne sait jamais. Mais en tout cas, s’il peut intervenir en dernier ressort, il ne nous le dira pas. Des prières sont donc dites, en désespoir de cause, mais sans attente de réponse.

04 - La modernité de ce dieu créateur, c’est qu’il est universel, n’étant pas approprié par un peuple ou par une religion. Nos interlocuteurs sont unanimes pour nous dire que son nom est simplement une question de langue. Finalement, on peut dire que c’est un monothéisme somme toute assez proche de notre théisme : il n’y a pas de révélation historique particulière (faite à un peuple, ou à un prophète ou à un médium), voir même avec notre déisme (le culte n’est pas nécessaire, par contre il nous faut respecter les lois édictés par nos ancêtres, et connaître celles qui régissent l’univers, etc. )

les puissances surnaturelles qui nous sont utiles

05 - Orphelins de ce dieu créateur, les hommes ont recours à des puissances surnaturelles qui les protègent : c’est précisément le titre de l’exposition de Virginie Jourdan et de Paulin Zoffoun. Ce sont des puissances utilitaires.

06 - A ces puissances surnaturelles sont adressés des cultes nominatifs. On établit avec elles un commerce qui passe par des prêtres ou des prêtresses. On apporte les produits de nos travaux (les prémices des récoltes, les premiers nés du troupeau), des biens, de l’argent, etc. ; on sacrifie des bêtes de valeur, etc. Mais, dans le cas de l’Afrique noire, jamais d’être humain (il y eut bien, naguère, des « sacrifices humains » mais liés à des pactes de sang ou encore, lors de l’enterrement d’un roi, des femmes et des esclaves pour l’accompagner dans l’au-delà).

07 – Ces puissances utilitaires ne sont pas des intermédiaires, ni des intercesseurs, ni des messagers. Ils agissent séparément les uns des autres. Il n’y a pas une hiérarchie, ni une coordination. En cela, le dieu créateur n’est pas un dieu " suprême " qui serait plus puissant que les autres ou en position de décideur ultime.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 11:58

article complémentaire aux deux précédents ; par Jean-Claude Barbier

Alors que les unitariens du monde entier ont évolué vers une théologie libérale et une exégèse historico-critique, des chrétiens évangéliques, paradoxalement, se disent « unitariens ». Au-delà d’un paradoxe apparent, que signifie un tel rattachement ?

Le kérygme des chrétiens évangéliques tourne précisément autour d’un binôme constitué par Dieu (le Créateur, le Père) et Jésus (le Fils, le Rédempteur, le Sauveur). Dieu a élevé Jésus auprès de lui pour en faire le Messie venu apporter le salut au monde. Dès lors la formule trinitaire où le Fils est « Dieu le Père incarné » n’est pas absolument obligatoire.
 
On peut très bien en rester à une version minimaliste, qui n’est d’ailleurs pas sans similitude avec le subordinationnisme arien. Jésus est ressuscité et donc auprès de Dieu ; il est le premier ressuscité et il est notre guide ; au Ciel, il joue son rôle. A la rigueur sa divinisation ne s'impose pas comme strictement nécessaire. Nous mêmes, appelés à la résurrection, nous ne serons pas pour autant « divinisés ». Les anges et les chérubins qui vivent au Ciel ne le sont pas ! Tous les êtres spirituels (Satan compris !) ne le sont pas !

Mieux, les évangéliques étant des fondamentalistes, certains ne sont pas sans constater que le dogme trinitaire n’est pas dans le Nouveau testament. Il a été effectivement élaboré à la fin du IIème et au début du IIIème siècle et a connu un début d’officialisation au concile œcuménique de Nicée en 325. Dès lors, il existe des évangéliques de conviction non-trinitaires.

Leur mouvance ne disposant pas d’une doctrine exhaustive sur tous les points (en plus du kérygme de la Pentecôte), ils ne sont nullement en rupture de ban par rapport aux Eglises évangéliques. En France, un forum intitulé « chrétiens unitariens évangéliques » vient d’être lancé par des évangéliques non trinitaires.

Pour autant, peuvent-ils se rattacher aux institutions unitariennes existantes ? La question est complexe car les différences entre chrétiens libéraux et chrétiens évangéliques sont importantes. De part et d’autre, on voit mal des accords doctrinaux, des textes didactiques rédigés en commun, etc.

Par contre la référence à Jésus est partagée avec les chrétiens unitariens et puis la mouvance évangélique accorde une grande place au relationnel. C’est donc par ce niveau qu’il nous faut commencer : être en dialogue, se rencontrer, faire culte ensemble puisque les unitariens pratiquent les célébrations libres où chacun parle en son nom personnel et est écouté par les autres. Comme disent les promoteurs des rencontres matrimoniales : et plus si affinité !

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 10:21

suite de l'article précédent


ATTENTION, notre analyse porte sur une partie seulement des communautés qui se disent "évangéliques", à savoir celle qui est effectivement indépendante des autres dénominations chrétiennes, voir notre article précédent (lien)


l’émergence d’un christianisme indépendant

01 - Les chrétiens évangéliques sont apparus au début des années 1740 aux Etats-Unis dans un contexte de Grand Réveil. Les colonies anglaises du Nouveau Monde sont alors véritablement secouées par un mouvement religieux populaire avec effusions publiques d’expression piétiste, un « pentecôtisme » avant l'heure. C'est le Great Awakening. Ce n’est donc pas une mouvance aussi récente qu’on le pense.

Nombre de chrétiens n’apprécient pas alors cette effervescence. En 1742 - Charles Chauncy écrit contre cette effervence le pamphlet Enthusiasm Described and Cautioned Against. Les Puritains résistent à cette déferlante et, par contre coup, celle-ci favorise des mouvements plus raisonnés comme 1) l’universalisme qui repose sur l’affirmation que Dieu accorde le salut à tous, sans prédestination, ni rejet des incrédules dans un Enfer – En 1779, le prédicateur wesleyien John Murray, venu de Grande-Bretagne, fonde la première église universaliste officielle à Gloucester dans le Massachusset et deviendra ministre à Boston en 1793 -, 2) ainsi que l’unitarisme issu de l’anti-trinitarisme des Réformes protestantes du XVIème siècle - en 1785, la King's Chapel à Boston, jusqu'alors épiscopalienne, ordonne le pasteur unitarien James Freeman et rectifie les références concernant la Trinité dans son livre de prières. Ensuite, William E. Channing, dans un sermon de 1819, donnera ses lettres de noblesses à l'unitarisme américain.

02 - Ils se situent d’emblée dans un espace résolument trans-confessionnel, voir même post-confessionnel lorsqu'il y a l’affirmation que les confessions divisent les chrétiens : leurs communautés ont des appellations particulières, mais ce ne sont pas désormais des dénominations qui renvoient à une théologie spécifique comme c'étaient le cas pour les luthériens, calvinistes ou réformés, baptistes, adventistes, témoins de Jéhovah, pentecôtistes, etc. Elles s’affirment comme indépendantes, et nombre d’entre elles ne sont pas affiliées à une fédération quelconque. On est chrétien avant tout et cela suffit.

03 – En cela il convient de les distinguer des Eglises qui, bien que se dénommant « évangéliques », relèvent d’un courant particulier. Les luthériens par exemple se présentent comme Eglises évangéliques (en France, c’est l’Eglise évangélique luthérienne). En Suisse, des Eglises « évangéliques » dérivent de l’histoire du calvinisme (par exemple l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud  EERV). Les baptistes ont aussi une Eglise évangélique baptiste, idem pour les pentecôtistes. En France, les mennonites et les méthodistes * se disent « évangéliques ». Les Alliances évangéliques (comme par exemple en France l’Alliance évangélique française) joue sur ces dénominations pour ratisser large !
* Les méthodistes italiens se disent aussi « évangéliques », alors qu’en Grande-Bretagne, le berceau du méthodisme, aux Etats-Unis et en Afrique noire, l’Eglise est méthodiste sans ajout de qualificatif. Les mennonites, quant à eux, sont originaires de l'anabaptisme.

Il convient aussi de les distinguer du courant protestant « évangélique », que les historiens qualifient aussi d’orthodoxe car il s’est affirmé pour défendre l’orthodoxie protestante mise à mal par l’approche historico-critique de l’Ecole des exégètes protestants  allemands à partir des années 1830. Les libristes en France appartiennent à ce courant, ainsi que les darbystes, etc.

Enfin, il faut compter sur un effet de mode, la mouvance évangélique étant en pleine expansion, de nouvelles communautés en adoptent volontiers la dénomination.

Bien entendu des chrétiens évangéliques peuvent continuer à pratiquer au sein des Eglises historiques du protestantisme. Par ailleurs une mouvance « charismatique » très dynamique s’est développée au sein de l’Eglise catholique romaine qui a su l’accueillir et l’intégrer.

C’est dire combien les frontières de cette mouvance sont floues, mouvantes, fluides, difficiles à établir. Nous le faisons néanmoins ici pour les besoins de l’analyse, du moins comme première approche et pour éviter les amalgames qui consisterait à parler de choses différentes en même temps.

la relation avec les autres

04 - Ils sont christo-centrés et proclament le salut pour tous par un Jésus qui serait Rédempteur de nos péchés et qui nous entraîne dans sa Résurrection. En cela ce sont des confessants du kérygme de la Pentecôte (qui fut la toute première foi chrétienne). C’est le « solus Christus » des protestants de la Réforme. Chacun a à cœur de porter lui-même publiquement témoignage en expliquant que naguère il était dans les Ténèbres (de Satan, de l’immoralité ambiante, de l’absence d’éducation ou d'une mauvaise éducation, de néfastes influences et fréquentations, etc.) mais que, dorénavant, ayant rencontré Jésus, il est dans sa Lumière. C’est le chemin de Damas, mis en scène lors des offices, avec des revirements spectaculaires de comportement. Il s’agit là de messages personnels, au niveau du vécu de sa propre existence. Jésus nous sauve, Jésus sauve chacun d’entre nous. C’est le Bon pasteur qui va chercher sa brebis égarée.

05 – Il en est de même pour la mouvance pentecôtiste, mais celle-ci insiste sur les phénomènes liés au Saint-Esprit : le parler en langue, les ondoiements, les transes, la prophétie, etc. Le sociologue Sébastien Fath (lien) dit à son propos que la perspective y est plus spirito-centrée et que la figure du prophète tend à y remplacer celle du pasteur, l’inspiration prenant ici le relais de l’enseignement. Or, si l’osmose existe entre les deux mouvances, nombre de chrétiens évangéliques n’ont pas une foi d’expression pentecôtiste.

06Les chrétiens évangéliques ne sont pas des libéraux théologiquement parlant puisqu’ils affirment une voie obligée, passant nécessairement par Jésus, par un seul intercesseur, voire même une porte étroite. Les autres chemins mènent au non-salut de l’homme, à son maintien dans les ténèbres ; les autres sont dans l’erreur.

07 - Toutefois ils ne sont pas exclusifs des autres mais au contraire prosélytes puisque tous les hommes de bonne volonté sont conviés au repas céleste indépendamment de leur appartenance. Ils ne rejettent personne ; nul n’est exclu d’avance pour ses choix, bien qu’il soit dans l’erreur tant qu’il n’a pas compris qu’il fallait rejoindre Jésus. Leur prosélytisme les conduit à des relations inter-religieuses tout azimut et inconditionnelles, très loin de l’attitude réservée et prudente des Eglises protestantes historiques. Ils convertissent des agnostiques et des athées, des chrétiens dont la foi était assoupie ; ils font redécouvrir Jésus aux Juifs (ils sont volontiers en relation avec les Juifs messianiques ou encore avec les chrétiens qui se disent « sionistes »). Conformément à l’invitation de Jésus, ils aiment les autres.

08Ils ne participent pas pour autant à l’élan œcuménique car ils jugent que les Eglises historiques se sont attiédies dans leur foi, assoupies sur leurs lauriers, sinon ont trahi leurs débuts. Pour rétablir le lien à Jésus, il faut réactiver les promesses du baptême, se réengager à la suite de Jésus ; ce sont des New born again, des renaissants. Poussant cette exigence, certaines communautés se présentent comme plus pures, plus sanctifiées, et se tiennent prudemment à l’écart des autres afin de ne pas être contaminées, souillées. Elles sont alors le Reste d'Israël en attente de la Parousie.

09 – Autre limite dans leur approche d’autrui : ils pensent que le refus manifeste de la conversion équivaut au choix du péché. Pour autant, ils ne pratiquent pas l’excommunication, ni l’anathème, car c’est à Dieu que revient la décision finale du salut. Ils parlent peu de l’enfer proprement dit, le péché étant plus un non-salut qu’une damnation. Le rôle de Satan n’est pas nié mais il ne pèse guère en face de l’attraction de Dieu ; quant à l’Antéchrist de l’Ecole johannique, il n’est pas non plus une obsession. En cela, on est à l’opposé du calvinisme du XVIème siècle.

10 – une fois converti, touché par la Grâce de Dieu, on peut fréquenter la communauté de son choix dès lors qu’elle est évangélique ; il n’y a pas de chasse gardée, de jalousie ecclésiale au sein de la mouvance ; certains fidèles fréquentent plusieurs lieux de culte indistinctement ; mais il ne convient pas cependant de s’égarer dans des Eglises qui ne seraient pas fidèles à Christ ! Lors d’une manifestation comme la venue d’un prédicateur célèbre, les diverses communautés convergent comme un seul homme.

une façon de lire la Bible

11 - la Bible est une parole « révélée » par Dieu, lequel nous a envoyé son Fils pour nous sauver. Ce message est parfaitement lisible pour tout le monde, sans contradiction interne, sans erreur historique et scientifique puisqu’il n’est pas une œuvre humaine, mais divine. Ils sont biblicistes : la Bible, seule, est la Vérité puisque Parole de Dieu. En cela, ils affirment la même chose que les coranistes : le Coran descendu du ciel et donc intouchable (en plus pour ces mêmes coranistes : écrit dans la langue sacrée qu’est l’arabe antique et donc non traduisible). Seule la Bible comme connaissance de la Vérité. Mais, sur les questions non traitées par la Bible, les chrétiens évangéliques acceptent tout à fait les connaissances scientifiques, dès lors que celles-ci ne sont pas en contradiction flagrante avec le corpus religieux.

12 - On s’arrête au Nouveau Testament et on n’a pas besoin des Pères de l’Eglise ; on se limite aux textes canoniques et on n’a pas besoin des apocryphes ou autres documents. Le fondamentaliste est ici total, alors que les protestants du XVIème siècle faisaient grand cas des Pères de l’Eglise. La Sola scriptura est donc appliquée au sens strict du terme. Les lectures profanes ne sont pas non plus conseillées, puisque « tout » est consigné dans la Bible.

13Le sens littéral des textes bibliques est souvent le seul capté. Tout y est pris pour argent comptant, sans esprit critique. Par exemple, le créationnisme est affirmé sur la base seule de la Genèse, et non à partir de l’étude des faits amassés par les scientifiques (lesquels ne sauraient avoir raison contre Dieu !) ; ce créationnisme naïf est ici à distinguer du Dessein intelligent qui, lui, est autre chose (une hypothèse contre le hasard, renvoyant à la structure interne et à la dynamique de la matière et de la Vie). Bien entendu le degré de ce littéralisme peut varier selon la formation et la culture de chacun.

une foi sans théologie ni exégèse

14 – La relation est directe avec Dieu comme le proclamait déjà le protestantisme, mais cette fois-ci, l’enseignement religieux n’est même plus nécessaire (alors que c’est le rôle principal du pasteur protestant). Les textes sont lus pour proclamer la puissance de Dieu mais non pour en donner l’explication : plus de catéchismes ou d’écoles du dimanche, plus besoin de pasteurs de niveau universitaire, formés dans des facultés de théologie. Ecoles primaires et formation des pasteurs au niveau du milieu du secondaire (classe de 3ème, BEPC) sont largement suffisants. Il suffit de lire les Ecritures saintes et de s’y retrouver dans les citations, lesquelles servent seulement d’exhortations et d’argumentaires péremptoires. Les prédications proclament la foi, et, à celle de l’orateur, répond celle des fidèles unanimes par des amen et des alléluia. En plus spontané et exalté, cela correspond aux répons des fidèles lors d’une messe catholique. Au sein de l’islam, cela correspond à la position des salafistes (mais la violence en moins !) lesquels font fi des grandes Ecoles juridiques, des élites historiques, des maîtres spirituels soufis et de l’apport des multiples mouvements que l’islam a pu connaître.

15 - Hormis quelques points « bibliques » qu’il ne faut pas toucher car cela correspond à une lecture littérale de la Bible, cette mouvance ne s’intéresse pas à la théologie proprement dite, ni à l’exégèse des textes. Elle est bien loin des professions de foi ciselées, bien précises, âprement discutées en synode par les protestants. Ce n’est pas là son affaire. La Parole de Dieu se suffit à elle même, il n’est pas nécessaire de la commenter, de l’expliquer, de l’étudier, d’en montrer les tenants et les aboutissants, les secrets ou les mystères. Les approches historico-critiques ou encore ésotériques ne sont pas de mises. La Parole est dite, redite, proclamée, assénée à satiété pour qu’on s’en émerveille.

16 - La discussion des dogmes ne les intéressent pas tellement, que ce soit celle des variantes trinitaires (arienne, nestorienne, etc.), du Péché originel (à distinguer du simple péché) , du positionnement de Marie, ou autres, etc. En cela, ils sont moins dogmatiques que les protestants évangéliques dit « orthodoxes », ou encore d’autres biblicistes comme les Témoins de Jéhovah. Il existe même des évangéliques qui se disent chrétiens unitariens (donc anti-trinitaires) tout en maintenant le lien privilégié et exclusif entre Dieu et son Fils (ce que ne font plus la plupart des chrétiens unitariens qui, eux, s’affirment libéraux). A la limite, contrairement aux Eglises dénominationnelles, les évangéliques n’ont pas de doctrine ! Il s’ensuit une certaine liberté de penser.

17 - C’est la foi seule (sola fide) de la Réforme protestante du XVIème siècle, mais dans ce cas, elle est finalement plus liée à la décision de l’homme qu’à l’arbitraire divin (Dieu est toujours amour ; il attend tout simplement notre réponse !) En somme un protestantisme à visage humain et à portée de l’homme ?

18 - Ils ont une vision optimiste de l’homme et de son devenir. Ils ne parlent jamais du Péché originel qui nous handicaperait dès la naissance (mais on est pécheur « en général »), de la nécessité incontournable des sacrements pour nous donner la force. Toute personne, par sa seule foi, peut y arriver, sans rite ni sacrement, sans clergé, sans Eglise. Ce sont des mouvements de piété. Toutefois, les bénédictions par les pasteurs, par les frères et sœurs assemblées sont appréciées.

une religion providentielle

19 - Dieu nous couvre de son amour et de ses bienfaits dès lors qu’on le reconnaît. On a parlé à leur propos de l’Evangile de la prospérité qui renvoie tout à fait à la théologie biblique de la rétribution terrestre d’avant Job.

20 – Le nom de Jésus (associé à Dieu dont il est le Fils) est puissant : Jésus guérit. On rappelle que Jésus fut en son temps thérapeute, multipliant miracles et guérisons. Les évangéliques exhibent leurs multiples guérisons comme autant de témoignages que leur voie est véridique et seule vraie et efficace. Qu’il suffit de demander dans la foi. C’est une religion guérisseuse.

une morale biblique

21 - La reprise de l’Ancien testament comme Parole de Dieu révélée aux hommes fait que les chrétiens évangéliques véhiculent une morale tout à fait antique, devenue de nos jours ultra conservatrice, d’où leur combat contre les avortements, le divorce, l’homosexualité, pour la seule raison que c’est interdit par la Bible (donc il n’y a pas de cas particuliers à prendre en considération ; l’interdit est absolu ; ce sont de rigoristes). Cette morale est finalement plus celle de l’Ancien testament que celle de Jésus qui, lui, prend en considération les cas particuliers.

22 - La politique est jugée également par rapport à ces absolus bibliques. En cela, on peut les accuser d’intégrisme. Ils votent en faveur des pouvoirs temporels qui « font la volonté de Dieu ». Ce n’est pourtant ni de Droite, ni de Gauche, mais c’est la nostalgie d’une théocratie. Ce ne sont pas des extrémistes, mais des absolutistes sur certaines questions morales affirmées par la Bible. Par leurs votes, ils sont nombreux à rejoignent les plus conservateurs, à la fois héritiers des Puritains et les catholiques de Droite.

Nonobstant, ils s’intéressent au Royaume de Dieu et non aux royaumes terrestres. Ils veulent des princes adéquats avec leur foi mais ils ne cherchent pas pour autant à prendre le pouvoir temporel. Ils votent en général pour les partis conservateurs mais n’apprécient pas la politique proprement dite et il n’y a pas de parti politique qui se disent « évangéliques ».

23une Gauche évangélique ? Sur les points non traités par la Bible, ils peuvent se montrer plus ouverts. Aux Etats-Unis, en face d’une importante Droite évangélique, une « Gauche » évangélique (evangelical left) pointe le nez ! (lien). D’une façon générale, s’ils se montrent sévères vis-à-vis de ce qui leur apparaît comme un délabrement des moeurs, ils ne sont nullement contre le modernisme en général et tout progrès, bien au contraire : ce ne sont pas des Amishs ! Des théologiens évangéliques se déclarent même post-conservateurs et relativisent les positions initiales.

mode d’organisation ecclésiale

24 – Ils ne forment pas une même Eglise, mais une mouvance, sinon une nébuleuse aux multiples ecclésioles … dont certaines ont grossi et sont devenues des « internationales ». Le système encourage les initiatives et les communautés de proximité se multiplient comme autant de petites entreprises. Elles sont conviviales, festives et on s’y entraide. On n’exige pas du pasteur qu’il ait fait des études supérieures et on n’est pas regardant sur les diplômes qu’il peut présenter. On lui demande d’être surtout charismatique, d’être un homme de piété par qui les bénédictions de Dieu pourront rejaillir sur ses fidèles, d’être accueillant et disponible envers tous. S’il tombe lui-même dans le péché, ses fidèles l’abandonneront. Sa vie privée doit en conséquence être exemplaire. Il doit faire partie des saints hommes qui montrent l’exemple.

25 – ces petites communautés où les nouveaux venus sont accueillis chaleureusement, où on peut se faire rapidement des relations, correspondent au besoin des immigrés, immigration interne dans le cadre d’un même pays ou encore immigration d’étrangers. Nombre de ces communautés sont d’ailleurs en fait des Eglises ethniques animées par des populations qui y apportent une culture colorée et une sociabilité plus spontanée.

26Certains pasteurs s’enrichissent, mais pas tous ! Dans les milieux plus aisés, la dîme biblique (le 10ème de nos revenus) peut plus facilement être perçue. Et puis, suite aux guérisons qui sont toutes attribuées à Jésus, mais auxquelles le pasteur ou son Eglise ont collaboré, des dons généreux de fidèles reconnaissants sont versés. La mouvance a par ailleurs ses militants dévoués ; elle a aussi ses mécènes. Des terrains sont achetés, des lieux de culte construits en durs. Des contrats peuvent être passés avec des banques pour que celles-ci avancent des fonds en échange d’une invitation faite aux fidèles d’y mettre leurs comptes, etc. Les télé-évangélistes deviennent des vedettes ; des show sont organisés avec eux. Ils sillonnent le monde avec des manifestations orchestrées par la mouvance évangélique locale qui s’active alors d’une façon tout à fait unanime.


27L'organisation pratique des évangéliques est résolument moderne, sans restriction. L’espace du chœur est transformé en podium pour un spectacle orchestré par le pasteur. Sous la houlette des pasteurs les plus entreprenants, des mega-church dotés de vastes parkings apparaissent à la sortie des villes. Des complexes se développent avec salles de réunion, chambres de passage, établissements scolaires, services et commerces, etc., et le succès est au rendez-vous.

28C’est un système sans surveillance (sans évêque, dont l’étymologie grecque dit qu’il est un «surveillant») , mais si la gestion d’une communauté se révèle catastrophique, celle-ci périclitera et se dissoudra. Une autorégulation se met donc en place. Finalement, il semble bien que les dérapages n’y sont pas forcément plus nombreux que dans un système hiérarchisé où un clerc peut éventuellement faire jouer ses relations d’en haut pour se maintenir en toute impunité malgré le désaveux des fidèles.

sont-ils protestants ?

29 – Pourquoi rejoignent-ils les rangs des fédérations protestantes ? Est-ce afin de ne pas être stigmatisées comme « sectes » par les catholiques et autres ? Est-ce parce qu’ils perçoivent dans le protestantisme la liberté ecclésiale de faire autant d’Eglises que l’on veut ? de lire la Bible directement ? En face, certains protestants sont ravis d’augmenter leurs effectifs, d’autres, par contre, surtout dans les rangs des libéraux, craignent leur conservatisme moral et politique et l’expression d’une foi qui est mise en spectacle.

30 - Quoiqu’il en soit, ils ne se rattachent en aucune manière à l’histoire du protestantisme. Leur vécu est «ici et maintenant», sans référence à l’Histoire. On saute de la Bible au présent sans aucune transition. La Réforme, connaissent pas ! Encore moins la « Réformation ». Là aussi, tout comme les salafistes en islam, ils annulent le Temps et l’Espace et font fi des contingences. Ils sont partout chez eux puisque porteurs d’un message universel pour le monde entier : la Bonne nouvelle. Tant pis pour les Eglises déjà installées !

Si vous avez des remarques à faire sur ce texte, vous pouvez les adresser à l’auteur sous couvert de la Correspondance unitarienne (contact). Elles seront prises en compte et serviront à enrichir ce texte ou à le rectifier. Nous remercions déjà tous ceux qui nous ont aidé à la mise au point de cet article avant sa publication.

à suivre ...

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 10:14

" Le christianisme évangélique : est-il différent du protestantisme ? " par Jean-Claude Barbier, le 4 février 2010

Introduction.

Nous proposons ici une approche typologique afin de mieux saisir l’émergence d’une mouvance en Europe, qui s’y fait en partie sous couvert du protestantisme, mais qui est par ailleurs en plein développement indépendant en Amérique latine et en Afrique noire.

Ces dernières décennies, le phénomène a pris de l’ampleur. Il n’est pourtant pas encore bien défini ni bien connu dans ce qu’il apporte d’inédit, restant largement informel. Il se présente comme une galaxie, plus qu’un courant, où se mêlent bien souvent des éléments évangéliques et pentecôtistes, où chacun fait sa propre combinaison, et qui se décline en une multitude d’Églises indépendantes. Il s’agit pour nous, ici, de nous apercevoir de l’espace théologique qu’il a pris.

Toutefois, comme pour toute approche typologique, le « portrait » que nous allons en dresser peut s’avérer réducteur en face de cas particuliers. Les influences sont en effet diverses et un chrétien évangélique ou même une communauté donnée pourra être à cheval sur plusieurs types, au croisement de chemins contrastés, ou bien encore développer une synthèse inédite et toute individuelle. Notre approche reste donc loin d’en inventorier toutes les passerelles, toutes les protubérances, toutes les osmoses, toute la richesse du vécu.

Bien que les imbrications existent et afin de mieux cerner le cœur de cette mouvance, nous distinguerons le christianisme évangélique proprement dit par rapport
- aux Eglises issues de la Réforme qui se disent « évangéliques »,
- aux Eglises qui ajoutent ce qualificatif à leur propre dénomination confessionnelle,
- au courant, interne au protestantisme historique, appelé « évangélique » ou encore « orthodoxe » (par opposition au courant "libéral").
- à la mouvance pentecôtiste et charismatique, qui a ses propres spécificités.


Notre analyse porte sur la mouvance effectivement indépendante des autres dénominations.

à suivre ...

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 17:53

Galerie de photos de Mazhar-ul-Haq Khan vue sur Fickr signalée par Nicolas Semaille au forum des Unitariens francophones

La Ahmadiyya est une voie moderniste et réformiste qui s’est développée au Pakistan à la fin du XIXème siècle. Les musulmans sunnites et chiites la considèrent comme hérétique, mais elle recueille la sympathie des pays occidentaux car elle prône l’égalité des hommes et des femmes, l'éducation moderne et condamne catégoriquement la Guerre sainte, disant qu’il faut entendre le djihad comme un effort sur soi-même pour son élévation morale et spirituelle.

Nous y avons remarqué, pour leur originalité, les photos suivantes :

mosquees_ahmadiyya.jpgMoubarak Mosquée à Saint-Prix, dans le Val-d’Oise au nord de Paris, est la toute première mosquée construite en France par la communauté musulmane Ahmadiyya. Elle a été inaugurée par Sa Sainteté Hadhrat Mirza Masroor Ahmad, cinquième calife du Messie promis le vendredi 10 octobre 2008.

Nusrat Jahan Mosque, à Copenhague, au Danemark

Noor Mosque, à Oslo, en Norvège

Baitul Ahad Mosque, à Bedford, aux Etats-Unis : une église presbytérienne rénovée et convertie en mosquée en 1986

Baitur Rahman Mosque, à Glasgow, en Ecosse

Baitus Salam Mosque, à Sarajewo, en Bosnie-Herzégovine

Pour en savoir plus : Ahmadiyya Muslim Mosques Around the World. A Pictorical Presentation. Khilafat Centenary Edition USA, 360 p. , lien

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 12:28

main_de_fatma_et_monde.jpg

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 12:24

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