Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 19:30

suite des articles précédents et fin


Avec les cultes à mystère, celui de Déméter puis celui de Dionysos, etc., va se développer, ce que l’on appelle l’orphisme où les fidèles sont invités à participer à la résurrection de leur dieu (Dionysos ressuscité après avoir été mangé par les Titans, et sortant sa mère des Enfers), à se purifier (lors des Grands mystères d’Eleusis, les adeptes se purifient dans la mer, et font retraite et jeûne). L’orphisme repose sur les philosophies pythagoricienne, platonicienne, puis néo-platonicienne, et rassemble diverses doctrines professant l’immortalité de l’âme et la succession de cycles de réincarnations jusqu’à la purification définitive. Les cosmogonies orphiques postulent une unité originelle, d'abord brisée, ensuite virtuellement restaurée sous le règne de Dionysos. « Ce thème central de réunification, de reconstitution, ou de réconciliation, relie ces diverses cosmogonies au mythe orphique fondamental de Dionysos » (Jacques Prévost, lien). Du chaos, on aboutit à un ordre divin éternel dirigé par Zeus.

Mieux, l’orphisme professe que nous avons une part de divin en nous, que nous sommes donc capables de choisir le Bien et le Beau et d’accéder à l’immortalité par le salut de notre âme. C’est le mythe de Zagreus, première incarnation de Dionysos, qui jette les bases de cette perspective :


« Plus tard Éros offre l'empire du monde à Zagreus. Jaloux et révoltés, les Titans s'emparent de lui et le dévorent. Zeus les foudroie, et de leurs cendres naissent les hommes, gardant en eux une parcelle du dieu dévoré. Dans une autre version, c'est Perséphone qui conçoit Zagréus. Poursuivi par la jalousie de Héra, Zagréus revêt plusieurs apparences. Sous la forme d'un taureau, il est dévoré par les Titans, mais la déesse Pallas réussit à préserver son cœur. Zeus foudroie les Titans et absorbe le cœur de son fils qui, régénéré, devient Iacchos, identifié à Dionysos. Perséphone interdit alors que l'homme gagne un jour le monde divin, le condamnant à errer sur Terre de vie en vie, en oubliant son origine divine. Une partie des cendres des Titans a donné aux hommes la capacité de faire le mal, mais l'autre moitié, porteuse de la divinité de Dionysos, leur confère une étincelle d'amour. L'Orphisme professe donc que l'homme a deux parts en lui, l'une proprement divine, dont le souvenir permet d'accéder de nouveau au monde divin, et l'autre d'audace, de révolte et de liberté, héritée des Titans, qui lui permet de braver l'ordre établi.


L'Orphisme propose aux fidèles des rites mystiques, des suites d’initiations, et des règles ascétiques de vie. Les adeptes sont opposés à toute violence. Végétariens, ils ne consomment aucune chair. Á travers sa double naissance, mortelle par sa mère et divine par son père, Dionysos apporte l’énergie sacrée à la nature ordinaire. Chaque année, il entre en cortège dans la cité grecque qui l’accueille avec des fêtes bruyantes et colorées. Il se manifeste différemment dans les Mystères extatiques accessibles aux seuls initiés. Les diverses légendes concordent. Dionysos ressuscité est ainsi né deux fois, ce qui est aussi son nom. Les hommes naissent des cendres des Titans foudroyés. Leur nature est donc animale et matérielle, mais ils recèlent en leur âme une parcelle du Dieu dévoré. Dans le système théogonique des adeptes d’Orphée, six générations divines se succèdent en bouclant sur elles-mêmes. Phanés, (la Lumière originelle), Fils de Zeus et de Métis, est le premier roi des Dieux, suivi de Nuit, d’Ouranos, de Kronos, et de Zeus, (prononcé Deus par les Romains et par nous-mêmes). Celui-ci remet enfin son pouvoir au fils, deux fois né, Dionysos, lequel est aussi le retour eschatologique de Phanés, le Lumineux des origines. Au delà de ses aspects cycliques, l'Orphisme propose un mythe universel de salut permettant au fidèle de sauver son âme divine. En cela, il annonce le Gnosticisme. » (Jacques Prévost, lien).


Le christianisme des inspirés


lumiere-du-ciel.jpg

 

C’est par une effervescence collective, celle de la Pentecôte (Ac 2, 12-13), que les Douze se font apôtres, annonciateurs de la Bonne nouvelle, et donneront corps à une voie juive eschatologique, les nazôréens (voir Michel Lucciani, « Jésus : de Nazareth, le Nazôréen, le Nazaréen ? », dans les Etudes unitariennes, lien). C’est par une vision de Pierre que les païens convertis seront dispensés des interdits alimentaires du judaïsme (Ac 10, 3-16), c’est par une transe de païens craignant Dieu que ceux-ci auront droit à l’accès au baptême (Ac 10, 44-48). La nouvelle Voie renoue manifestement avec le prophétisme du temps d’Elisée (2 R 2-13, sous le règne du roi Joram d’Israël, 852-841 av. J.-C.). Jésus avait prévenu le pharisien Nicodème : l’homme doit renaître à l’esprit qui vient d’en haut (Jean seul, 3, 1-21). Le christianisme naissant va infailliblement rencontrer les inspirés des cultes à mystères.


Avec les écrits johanniques, qui se terminent en apothéose par l’Apocalypse de Jean de Patmos (Ap 1, 9) – le livre des révélations – la porte est ouverte. A partir de la Phrygie, s’inspirant explicitement de ces écrits, le montanisme se développe au IIème siècle, autour d’un prophète et de femmes de son entourage (voir dans les Etudes unitariennes notre dossier sur le montanisme face au christianisme épiscopal, lien).

fin

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans Jésus et Dionysos
commenter cet article
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 18:32

suite des articles précédents


Des confréries religieuses


En plus des temples où le dieu Dionysos pouvait être consulté avec l’aide de prêtres, le culte s’organisait en confréries. Ce dieu n’est jamais seul, mais, convivial, il déambule avec tout un cortège de ménades et de satyres, du vieux Silène (le satyre qui dirigeait les nymphes chargées de veiller sur le jeune Dionysos) ; également d’animaux : panthères, boucs, ânes. Les adeptes qui s’exhibaient ainsi lors de ces cortèges dionysaques, étaient initiés au préalable à des mystères au sein de confréries appelées thyases.


Dionysos_mosaic_from_Pella.jpg

Dionysos assis sur une panthère, mosaïque du IVe siècle av. J.‑C., musée archéologique de Pella.


Ces cortèges, bruyants et colorés, étaient accompagnées de musiciens. « Les chants et musiques dionysiaques font appel aux percussions [cymbales et tambourins] et aux flûtes. Ils sont dissonants, syncopés, provoquent la surprise et parfois l'effroi. En ce sens, il est l'antithèse d'Apollon, qui patronne l'art lyrique et l'harmonie. D'ailleurs les flûtistes (aulètes) étaient perçus comme des bateleurs et non des musiciens, car l'usage de l'instrument déformait leur bouche, ce qui heurtait l'esthétique grecque et donnait lieu à des plaisanteries » (Wikipedia).

dionysos_et_menades_dessin.jpg

Dyonisos et ménades, reproduction des peintures d'un vase en dessin


Dionysos_satyrs_Cdm_Paris_575.jpgDionysos et satyres, médaillon d'un kylix du Peintre de Brygos, vers 480 av. J.-C.,

Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France.


Le culte, populaire, se donnait à voir au théâtre grec au cours des Dionysies, en présence de ses prêtres (comme les mystères que l'on jouait au Moyen Âge sur les parvis des cathédrales). Les représentations adoptaient une forme littéraire scandée particulière, le dithyrambe. Elles étaient accompagnées des chants et de la musique que nous venons de présenter. Ceci fait que Dionysos est considéré comme le père de la comédie et de la tragédie (du grec τράγος / trágos, « bouc »).


« Le culte privé avait lieu entre initiés, c'est un culte à Mystères. Le regroupement de ces initiés porte le nom de thiase. Les thiases pratiquaient un culte caché et initiatique, souvent dans des cavernes et la nuit, au cours desquels on initiait les nouveaux membres du thiase, et qui officiaient dans la dimension ésotérique de la résurrection du dieu deux fois-né. On manque de sources pour savoir ce qui s'y passait exactement, mais ces cérémonies secrètes et nocturnes ont perduré jusque sous l'empire romain. Elles comportaient des sacrifices, mais aussi des délires dus à l'ivresse ou à la consommation de drogues végétales, et des excès de toutes sortes, notamment sexuels. » (Wikipedia).


Le néo-paganisme essaie de reproduire ces fameux thiases. Il en existe plusieurs aux États-Unis, et quelques-uns en Europe. 

à suivre ...

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans Jésus et Dionysos
commenter cet article
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 16:07

suite des articles précédents


Une religion à initiation


Même si le christianisme se présente comme une religion ouverte, elle n’est pas une auberge espagnole. Le néophyte doit suivre un enseignement, le catéchuménat, puis se faire baptiser ; on lui rappelle que la grâce de Dieu est nécessaire ; que l’Esprit vient d’en haut ; etc. Le christianisme gnostique, qui se développe à la fin du Ier et au IIème siècle, insiste sur le cheminement initiatique par la Connaissance pour élever l’âme.


Le culte de Dionysos a été l’un des premiers cultes à mystère de l’Antiquité, après celui de Déméter, la déesse des récoltes, de l’agriculture et des moissons – dont les rites agraires étaient de toute première importance.  

 
dionysos_et_ariane_-C._Albacini-_MRABASF_E-75-.jpg« Antérieur à l'orphisme, le culte associé à Dionysos contient des rites orgiaques qui impliquent que l'initié s'abandonne à sa nature animale pour en éprouver le pouvoir fécondant et la plénitude. Le vin était le moyen d'abaissement de conscience nécessaire à la révélation de secrets de la nature dont l'essence était symboliquement représentée par un accomplissement érotique et sacré : l'union de Dionysos et d'Ariane, sa compagne. Le second degré de l'ivresse, nous avons l'extase ressentie aux sons mélodieux de sa lyre. Associé à l'orphisme *, on retrouve dans cette religion des caractéristiques qui préfigurent le christianisme : mi-homme mi-dieu, Dionysos était aussi ce héros qui souffre, qui meurt et qui ressuscite. » (S Acharya, Les Mythes fondateurs du christianisme, lien).

* L’orphisme est un courant religieux de la Grèce antique, qui se rattache à Orphée, le maître des incantations, poète musicien de la mythologie grecque. Il a donné une abondante littérature entre le VIème siècle av. J.-C. et la fin du paganisme. Christian Godin le caractérise par la croyance en la divinité de l’âme, la transmigration, l’impureté du corps et le caractère libérateur de la mort : idées qui seront reprises par Platon (428-347 av. J.-C.) (Dictionnaire de philosophie, Fayard / éditions du Temps, 2004 : 919).


Le chevreau et l’agneau


Lors de son séjour en Thrace, pour le soustraire à la vengeance d'Héra, les nymphes a qui il a été confié, le transforment en gentil chevreau. Ceci fait penser à l’agneau de Dieu des textes johanniques, à commencer par Jean Baptiste qui le désigne ainsi à ses disciples (seul Jean l’évangéliste raconte la scène : Jn 1, 29 et 35-36). La comparaison est d’autant plus possible que, dans l’iconographie chrétienne, l’agneau de l’Apocalypse est représenté portant triomphalement un étendard ou une flamme au tissu ondulant … ce qui n’est pas sans faire penser à la thyrse (en latin thyrsus, du grec ancien θύρσος / thýrsos) que Dionysos porte à la main, qu'on trouve à ses pieds ou dans son cortège ; c’est l’attribut majeur par lequel on le reconnaît. Il s’agit d’un grand bâton jouant le rôle d’un sceptre. Probablement en bois de cornouiller (un arbre commun de nos haies et de nos bois dont le fruit donne un des fruits rouges et aigrelets, les cornouilles), il est orné de feuilles de lierre (ou de la vigne) et surmonté d'une pomme de pin (ou d’une grenade).


agneau_de_dieu_mosaique.jpgagneau-de-dieu_1.jpg
 agneau_de_dieu_2.jpgagneau_de_dieu_3.jpg

l'agneau de Dieu gardant les 7 sceaux de l'Apocalypse / le pied sur le Livre / dans la Jérusalem céleste / et en dessin sur un manuscrit.

 

Dionysos et Jésus, avec leurs emblèmes, entraînent derrière eux la foule de leurs disciples.


L’entrée triomphale dans la cité.


Lié au culte de Déméter, la déesse de l’agriculture, les mystère d’Eleusis, cité au nord-ouest d’Athènes, incluaient Dionysos sous la figure de Iacchos *. Voici une description des Grands mystères (les Petits mystères étaient célébrés au printemps et on sacrifiait un cochon à la déesse !)


« Les Grands mystères duraient neuf jours, d’après la durée de l’errance de Déméter à la recherche de sa fille. En septembre, avant l’automne, on se préparait aux cérémonies préliminaires qui se déroulaient à l’extérieur et qui sont donc mieux documentées. La première partie du rituel débutait par une procession durant laquelle on transportait des reliques sacrées (les hiéra) jusqu’à Athènes pour les placer dans l’Éleusinion, un sanctuaire à la base de l’Acropole. Les mystes (candidats dignes des mystères) se plongeaient dans la mer pour se purifier. Une période de jeûne s’écoulait avant que la procession de mystes suivent la statue d'Iacchos, les hiéra et les prêtres en direction d’Éleusis le long de la route sacrée. » (Wikipedia, Mystères d’Eleusis)


* Iacchos (en grec ancien Ἴακχος / Iakkhos) est une figure incertaine de la mythologie et de la religion grecque antique : son nom pourrait n'être qu'une épithète de Dionysos, mais pourrait aussi désigner un avatar orphique du dieu. Selon la tradition, il est le porteur de torche qui guide les cortèges d'initiés aux mystères d'Éleusis. Dans les Bacchantes, Euripide rapporte que les ménades poussaient un cri à l'unisson pour appeler Dionysos : « Iacchos ! Bromios ! » (Bromios = « au bruyant cortège ») (Wikipedia, Iacchos).


dionysos_mysteres_d_eleusis.jpg

Procession des mystères d’Eulésis, plaque votive, milieu du IVe siècle av. J.-C.

Iacchos (avatar de Dionysos) figure en bas, portant deux torches, l'une levée, l'autre baissée,

et se présente en tête du cortège devant la déesse Déméter.


Jésus, lui aussi, fit une entrée triomphale à Jérusalem, juché sur un ânon conformément à la prophétie de Zacharie (Mt 21, 1-9 ; Mc 11, 1-10, Lc 19, 28-40 ; Jn 12, 12-19). Cortège, lui aussi bruyant, si bien que des pharisiens amis de Jésus lui conseillent de tempérer la fougue de ses supporters : « Maître, réprimande tes disciples » (Luc seul 19, 39-40).

à suivre ...

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans Jésus et Dionysos
commenter cet article
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 11:56

suite des articles précédents

 

Le breuvage qui procure l’extase


dionysos_et_la_coupe.jpgDionysos est le dieu de la vigne et du vin qu’il a apporté aux hommes. Bacchus, son équivalent romain, ajoutera la coupe à boire dans ses attributs. La bière *, puis le vin enivrait le cortège de ménades ** et de satyres qui l’escortaient dans ses déplacements. Au vin, les ménades ajoutaient de la bière additionnée de baies de lierre, toxiques, mais psychodysleptiques à faible dose, ainsi que des champignons comme l'amanite tue-mouches, hallucinogène. Tout excitées, en furie, elles pouvaient alors, dit la légende, déchirer un passant et en manger des lambeaux de chair ! Le musicien légendaire Orphée fut ainsi victime d’elles, démembré et tué.


* les Athéniens buvaient une bière d'épeautre, trágos en grec, qui est une variété de blé dur – du nom scientifique de triticum spelta - où la balle adhère fortement au grain. Le vin était l’apanage des classes aisées. Les « odes à l'épeautre » (tragédies) ont pu être considérées tardivement, par homonymie, comme des « odes aux boucs » (l'animal qui accompagnait le dieu Dionysos et qui est associé au vin chez les crétois). (selon Jane Ellen Harrison, citée par Wikipedia).
** Dans la mythologie grecque, les ménades (en grec ancien Μαινάδες / Mainádes, de μαίνομαι / maínomai, « délirer »), ou bacchantes chez les Romains, sont les accompagnatrices de Dionysos. Ce sont des femmes possédées qui personnifient les esprits orgiaques de la nature. Elles sont souvent accompagnées de satyres, avec qui elles forment le « thiase » (cortège) dionysiaque. Elles sont couronnées de feuille de lierre, portent un "thyrse" (un bâton qui sert de sceptre et qui se termine par une pomme de pin), et sont vêtues de la nébride ou de la pardalide.

 

dionysos_satires_menades_musee_louvre.jpg

Dionysos (avec son thyrse et une panthère à ses pieds), satyres et ménades,

figurant sur un vase grec du IV° siècle avant Jésus Christ, musée du Louvre, Paris.


La plupart d’entre les ménades sont les nourrices du dieu, les nymphes du mont Nysa, auxquelles Hermès avait confié le divin nourrisson. Elles l'escortent, vêtues de peaux de bêtes, en jouant du tambourin et en secouant leurs thyrses, en proie au délire dionysiaque. On désigne aussi par ce nom les participantes des Dionysies, célébrations religieuses athéniennes en l'honneur du dieu. Ces accompagnatrices de Dionysos sont ivres en permanence et portent des tatouages sur le visage en guise de camouflage. Elles ne font pas attention à ce qu'elles font. Elles chantent la joie de chasser les chèvres. Lorsque parfois les ménades deviennent folles, elles n'ont aucune pitié, démembrant les malheureux voyageurs et mangeant leur chair crue (voir notamment Orphée). Leur mois de prédilection est celui d'octobre car c'est le temps des vendanges.


Le délire, caractéristique qualifiante des ménades, n'est pas seulement éthylique. Les participantes des Dionysies consommaient de la bière additionnée de baies de lierre, toxiques, mais psychodysleptiques à faible dose, ainsi que des champignons comme l'amanite tue-mouches, hallucinogène. (Wikipedia, à l’entrée « Ménades »)


Pays méditerranéen, Israël valorise la vigne ; la Didachée (texte chrétien de la fin du 1er siècle) dira éloquemment que le raisin provient du don de Dieu et du travail des hommes. Si Jésus à la Samaritaine parle de l’eau qui donne la vie éternelle (Jn 4, 14),  c’est finalement le vin qui va aboutir au rituel chrétien de l’eucharistie. Les noces de Cana préfigurent le kiddouch (la bénédiction juive sur le vin effectué par le père de famille au début d’un repas) qui sera fait par Jésus lors de son repas d’adieu. Jésus aurait alors annoncé que le vin du kiddouch, après sa mort, sera son propre sang selon Paul dans 1 Cor. 15, les évangiles synoptiques et Jean l’évangéliste - mais ce dernier place l’événement plus tôt, lors d’un discours de Jésus à la synagogue de Capharnaüm suite à la multiplication des pains sur les rives du lac du côté de Bethsaïde (Jn 16, 47-59). Dans un discours de Jésus à ses disciples, il comparera le vigneron à Dieu, son Père, lui au cep et les disciples aux sarments (Jn 15, 1-6).


Plus largement, « Dionysos est le dieu de la végétation arborescente et de tous les sucs vitaux (sève, urine, sperme, lait, sang), comme en témoignent ses épiclèses de Φλοῖος / Phloĩos (« esprit de l'écorce ») ou encore de Συκίτης / Sykítês (« protecteur des figuiers »). Il se spécialise ensuite dans la vigne, qu'il est censé avoir donnée aux hommes, ainsi que dans l'ivresse et la transe mystique. Ses attributs incluent tout ce qui touche à la fermentation, aux cycles de régénération. Il est fils de Sémélé, avatar de la déesse phrygienne de la terre, amant d'Ariane, déesse minoenne de la végétation, et le compagnon des nymphes et des satyres [ndlr – lesquels hantent la nature]. Il est également fréquemment associé au bouc et au taureau, animaux jugés particulièrement prolifiques. […] Dionysos, dieu de l'ivresse et de l'extase est celui qui permet à ses fidèles de dépasser la mort. Le vin, comme le soma védique, est censé aider à conquérir l'immortalité. » (Wikipedia).

dyonisos_et_hermes_Greek_vase_attica_520_bC.jpgDionysos parlant avec Hermès (le dieu du commerce et des voyageurs, porte parole des dieux) ;

un satyre danse à gauche, vase attique, v. 550-520 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen (Munich).


On l'aura compris, il ne s’agit pas de simples orgies, mais d’expériences mystiques. Ceci dit, les dérapages existaient et les pouvoirs publics devaient parfois sévir ; ce que fit par exemple un sénatus-consulte romain en 186 avant J.-C. suite à un scandale retentissant.


A noter que, bien au-delà de la seule vigne, Dionysos charrie toute une ruralité qui aspire à la survie. Les plantes qui, d'une façon toute baroque, ornent ses apparitions déjouent les rigueurs du climat et constituent des exceptions dans la Nature : la pomme du pin conserve ses graines en son intérieur ; le lierre vaut par ses petites baies noires, qui procurent l’extase  et qui sont cachées dans un feuillage pérenne ; le grenadier (issus du sang du dieu) donne ses fruits, les grenades, en hiver ; le figuier révèle, là où il pousse, les eaux souterraines et donc les sources possibles. En quelque sorte, la vie interne, immanente.


Des épiclèses, souligne la nature de ce dieu immanent qui irrigue la nature de l’intérieur : Acratophore, celui qui sert du vin pur ; Δενδρίτης / Dendrítês, protecteur des arbres ; Φαλληνός / Phallênós, garant de la fécondité ; Φλοῖος / Phloĩos, esprit de l'écorce ; Συκίτης / Sukítês, protecteur des figuiers ; Ὠμάδιος / Omádios, qui aime la chair crue.


Dans le Prologue de l’évangile de Jean, Jésus, en tant que récipiendaire du Logos, la Sagesse de Dieu, est préexistant à la Création, à laquelle il va présider. « Au commencement le Verbe était et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu [ndlr : Jésus est récipiendaire du Logos ; il participe au divin]. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui et sans lui rien ne fut. De tout être il était la vie … » (Jn 1, 1-4). Mais le christianisme ne va pas exploiter cette fonction d’un dieu qui anime toute la Création, d'un dieu de la Nature, limitant ainsi Jésus au salut des seules âmes humaines.

à suivre

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans Jésus et Dionysos
commenter cet article
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 11:06

suite des articles précédents

 

Nul n’est prophète en son pays


Son culte excite d'abord les railleries, et il doit châtier les filles d'Argos (Argos est le cyclope que tua le dieu Hermès) près d'Éleuthère, ainsi que Penthée, roi de Thèbes, pour cela. Les femmes d’Argos devinrent folles et se mirent à dévorer leurs nourrissons car elles n’exaltaient pas convenablement Dionysos. Les sœurs Agavé, Ino et Autonoé, tuèrent Penthée, le fils d'Agavé, lors d'un délire dû à Dionysos. Le dieu exigeant frappe également de folie, pour la même raison, les trois filles de Proétos (Lysippé, Iphinoé, Iphianassa) – mais elles furent heureusement guéries par un nommé Mélampous ! – ainsi que les Minyades, filles du roi d’Orchomène en Béotie, Minyas, au nombre de trois : Leucippé, Arsinoé et Alcathoé.


 « Le retour de Dionysos chez lui à Thèbes, s'est heurté à l'incompréhension et a suscité le drame aussi longtemps que la cité est demeurée incapable d'établir le lien entre les gens du pays et l'étranger, entre les autochtones et les voyageurs, entre sa volonté d'être toujours la même, de demeurer identique à soi, de se refuser à changer, et, d'autre part, l'étranger, le différent, l'autre. » (Jean-Pierre Vernant, « Dionysos à Thèbes », dans « L'univers, les dieux, les hommes », p. 190).

 

Jésus à Nazareth connaîtra la même ingratitude !


Les apparitions


dionysos_et_la_coupe_2.jpgDionysos est, avec Apollon, un dieu qui se manifeste par épiphanies : éternel voyageur, il surgit par surprise. Il se présente toujours comme un étranger, courant le risque de ne pas être reconnu (comme nous venons de le voir à Thèbes). À la fois vagabond et sédentaire, il représente la figure de l'autre, de ce qui est déroutant, déconcertant, anomique.

 

Dionysos avec ses attributs : pomme de pin, lierre, coupe à boire, peau de panthère noué autour du cou


Les gens de cette époque étaient habitués à des visites de dieux ou à des apparitions d’êtres surnaturels. A Lystres, en Asie mineure (en Lycaonie de l'époque), Paul guérit un impotent " ... la foule s'écria, en lycaonien : "Les dieux, sous forme humaine, sont descendus parmi nous !" Ils appelaient Baranabé Zeus et Paul Hermès, puisque c'était lui qui portait la parole. Les prêtres du Zeus-de-devant-la-ville [car son temple était en dehors des remparts] amenèrent au portail des taureaux ornés de guirlandes, et ikls se disposaient, de concert avec la foule, à offrir un sacrifice" (Ac, 14, 11-13) A Malte, lorsque Paul se débarrasse d’un serpent sans en être piqué, les gens présents pensent tout de suite que c’est un dieu (Ac, 28, 1-6). Le même Paul nous dit que pas moins de 500 disciples à la fois virent Jésus après sa mort (1 Cor 15, 5) et les évangiles en relate plusieurs lieux d'apparitions : à Jérusalem au tombeau et au Cénacle, à Emmaüs, et en Galilée, sur une montagne puis au bord du lac de Tibériade.


Une existence sur terre


Dans le panthéon grec, Dionysos est un dieu à part : c'est un dieu errant, un dieu de nulle part et de partout. Bien qu’il fasse partie des douze Olympiens (mais pas dans toutes les listes), il ne vivait pas sur le mont où régnait Zeus et sa famille. Ses aventures sont multiples parmi les humains et les épisodes ravissaient les auditeurs. Mieux, il a des qualités humaines de compassion et de pardon : lui qui fut pourchassé par la cruelle Héra, l’épouse jalouse de Zeus, on le voit négocier la libération de celle-ci auprès du dieu des forgerons Héphaïstos qui l’a prise au piège.


Jésus, même remonté au ciel dans la mythologie chrétienne, vaut toujours pour son ministère public que relatent les évangiles. Sa nature humaine a d’ailleurs été toujours affirmée par les tenants mêmes du dogme trinitaire, contre les docètes (pour qui son séjour sur terre ne fut qu’une apparence au sens platonique du terme) : pleinement Dieu par ses origines et par sa résurrection, il est aussi pleinement homme !


Le solstice d’hiver


Alors qu’Apollon règne comme un soleil au firmament, et se fête en conséquence au solstice d’été, Dionysos est « en bas », sur terre. Par opposition à Apollon, il est fêté au solstice d’hiver.
« Il semble qu'à l'époque pré-olympienne, son culte soit à rapprocher des cultes cosmiques liées à la période solsticiale, agro-lunaires et chtoniens. Dionysos est nommé Pyrigénès, Pyrisporos, « né ou conçu du feu », c'est-à-dire de la foudre. Son nom implique une filiation reconnaissable avec le dieu céleste indo-européen et on peut reconstituer dans sa naissance un mythe classique où la Terre mère Sémélé est fécondée par l'éclair céleste du dieu du ciel, Zeus » (Wikipedia se référant à Henri Jeanmaire).


Alors que les Dionysies se fêtaient au temps des vendanges, en octobre, les Anthestéries étaient une célébration solsticiale hivernale et la fête des morts. « Dionysos dépasse cette période dangereuse par la conquête de l'immortalité. Il est alors le dieu chthonien de l'hiver, complémentaire ou opposé à l'Apollon solaire. » (Wikipedia).

 

Il y avait aussi comme autres fêtes dionysaques, les Agrionies.

à suivre ...

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans Jésus et Dionysos
commenter cet article
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 06:17

suite de l'article précédent


Nous utilisons principalement dans cette note l’entrée consacrée à Dionysos de l’encyclopédie en ligne Wikipedia (lien).
 
Dionysos (en grec ancien Διώνυσος / Diốnysos ou Διόνυσος / Diónysos) est une divinité très ancienne. On voit sur un vase grec du V° siècle avant Jésus Christ la naissance du dieu, sortant de la cuisse de Zeus, conservé au musée du Louvres. Le décryptage par Michael Ventris et John Chadwick des tablettes en linéaire B découvertes dans les palais mycéniens révèlent que le nom de Dionysos figurait dans la liste des divinités grecques dès l'époque archaïque. La période alexandrine voit les légendes entourant la naissance et la vie de Dionysos s'élaborer en épopée (Henri Jeanmaire, Dionysos, histoire du culte, Payot, 1991).

Les légendes grecques le font naître d’une mère mortelle, Sémélé, laquelle est la fille du roi de Thèbes (au nord-ouest d’Athènes), Cadmos et d’Harmonie (celle-ci était la fille d’Aphrodite, la déesse de l’Amour, d’une relation adultère avec Arès, le dieu de la guerre). Des temples importants furent construits pour lui à Athènes (le théâtre de Dionysos), Éleusis (au nord-est d’Athènes), Smyrne et Éphèse en Asie mineure ; mais d’une façon plus générale, son culte était très diffusé à l’époque de la Grèce antique.

dionysos_dans_les_bras_de_silene.jpgSon culte est d’origine étrangère, en Asie mineure, ce que trahit le port du bonnet phrygien qu’il partage avec Mithra. Va dans le sens de cette hypothèse le fait que son culte utilisait la bière de céréale avant que d’utiliser le vin ; également qu’il soit selon les versions le dernier dieu de l’Olympe placé en douzième et dernière position, et sans y résider, comme s’il avait été coopté tardivement (une autre liste le met en 13ème position sur 14). La légende le fait d’ailleurs séjourner un temps en Thrace, c'est-à-dire, pour les Grecs en Asie. Afin d’être préservée de la furie jalouse et meurtrière d’Héra, le jeune bambin a été confié aux nymphes, sous la direction du vieux Silène, un satyre, sur le mont Nysa (ou Nyséion).

Silène portant Dionysos enfant, copie romaine d'un original du second classicisme, musées du Vatican.


Il a été adopté par les Romains sous le nom de Bacchus (du grec ancien Βάκχος / Bákkhos, un de ses autres noms), assimilé au dieu italique Liber Pater. Durant l'Antiquité, de nombreux peuples vivaient dans la péninsule à l’époque pré-romaine. Ces peuples n'avaient pas tous la même langue ni la même origine ethnique. Certains parlaient une langue italique (de peuples indo-européens apparus en Italie au IIe millénaire av. J.-C), d'autres grec, celtique, ou même des langues non indo-européennes. La classification des ethnies est souvent inconnue ou très disputée.

Certes, Dionysos n’est pas Jésus et inversement, mais il s’avère que, à plusieurs siècles de distance, leur destin est étonnamment comparable sur plusieurs points. Convertis au christianisme, on peut penser que les anciens sympathisants de Dionysos n’étaient nullement dépaysés au sein de leur nouvelle appartenance. pur eux, le passage c’est sans doute fait en douceur !

Une naissance divine
 

Dionysos est le seul dieu né d'une mère mortelle : dès Homère et Hésiode, il est présenté comme le fils de Zeus et de Sémélé, dont nous avons vu qu’elle était la fille du roi de Thèbes. Il est même né deux fois à la suite d’une légende mouvementée comme les Grecs en raffolaient : Héra, l’épouse légitime de Zeus, est furieuse de cette naissance et décide de se venger ; elle pousse la nourrice de Sémélé, Béroè, à conseiller à celle-ci de voir Zeus dans toute sa splendeur. Zeus consent à la demande de son amante, mais celle-ci meurt, étant enceinte, en voyant la foudre et les éclairs qui sont les attributs de ce dieu souverain de l’Olympe (Moïse avait aussi voulu voir IHVH et celui-ci l’avait épargné lors de son passage en mettant sa main devant les yeux de Moïse). Zeus sauve de justesse le nouveau né en le mettant dans sa cuisse, lequel renaîtra en en sortant *. C’est cette légende que représente cette peinture d’un vase grec du V° av. J.-C.

* d’où l’un des épithètes de notre héros, δίογονος / díogonos, « le deux fois né » ; d’où aussi notre dicton « être né la cuisse de Jupiter » pour désigner quelqu’un qui s’enorgueilli de son rang social de naissance, Jupiter étant ici le correspondant romain de Zeus. La cuisse peut être une désignation euphémique pour les organes sexuels (procédé courant, voir par exemple le français « bas-ventre »).

 

Dionysos_naissance.gid.gif

dionysos naissance 2

 

La mort de l'innocent et la manducation de son corps

 Pourtant Héra ne se contente pas de la mort de Sémélé et, apprenant la naissance de l’enfant, elle demande aux titans (Cronos, Océan, Japet, etc.) de se débarrasser du nouveau-né. Ceux-ci coupent donc Dionysos en morceaux et le font cuire dans une marmite. Certes, la légende ne dit pas expressément qu’il s’agit pas là d’une communion anthropophage, mais on ne peut s’empêcher d’y penser. Dans une version concernant Zagreux, une incarnation de Dionysos, les titans mangeront cru le dieu nouveau-né !

Même si la communion chrétienne est un acte symbolique, nonobstant le dogme de la transsubstantiation qu’affirme toujours l’Eglise catholique et qui équivaut à du cannibalisme rituel, on ne peut pas oublier l’insistance de l’évangéliste Jean, dans les années 90, pour nous dire qu’il s’agit du vrai corps de Jésus (Jn 6, 22-59) : les auditeurs de Jésus à la synagogue de Capharnaüm n’en reviennent pas « Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? » (v. 52), mais Jésus confirme :

 

« Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dit : si vous ne mandez pas la chair du Fil de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang est un vrai breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Comme le Père, vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, et celui qui me mange celui-là vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : non comme ont mangé les Pères et ils sont morts [allusion à la manne du désert que Dieu envoya aux Hébreux pour leur survie] ; qui mange ce pain vivra pour toujours » (v. 53-58).

Une résurrection
 
C’est la titanide Rhéa, épouse de Chronos et mère de Zeus, qui va sauver Dionysos : en un miracle, elle recolle les bouts du petit que les Titans avaient découpé et c'est ainsi que Dionysos passe au rang des immortels.

La descente aux Enfers


Désireux d'aller visiter sa mère aux Enfers, Dionysos demande l'aide d'un guide, le vieux Prosymnos, qui accepte de lui montrer le chemin en plongeant avec lui dans le lac de Lerne, qui communique avec le royaume d'Hadès. Ce plongeon est associé à de nombreux rites initiatiques en Grèce ancienne, généralement liés au passage de l'adolescence à l'âge adulte, et donc aussi aux amours entre un aîné (éraste) et un cadet (éromène). Prosymnos accepte ainsi d'aider le jeune dieu mais exige en échange que celui-ci, lorsqu'ils seraient de retour, lui accorde ses faveurs. Mais lorsque Dionysos revient des Enfers, Prosymnos, lui, est mort. Le dieu décide de tenir son engagement malgré tout : il taille un morceau de figuier en forme de phallus et s'acquitte de sa dette sur la tombe de son guide.

 La Septante ayant traduit le shéol des textes hébraïques par l’hadès : Pierre, lors de la Pentecôte, s’adresse à la foule de badauds et cite le psaume 16 avec référence au terme grec « … ma chair elle-même reposera dans l’espérance que tu n’abandonneras pas mon âme à l’Hadès et ne laisseras pas ton saint voir la corruption. Tu m’as fait connaître des chemins de vie, tu me rempliras de joie en ta présence » (Actes des apôtres, 2, 26-28)


La divinisation de la mère
 

dyonisos_zeus_et_semele.jpg

la mortelle Sémélé mourant en voyant son amant Zeus dans toute sa puissance

peinture de Gustave Moreau (1826-1898) :  "Jupiter et Sémélé"

 

Revenu des Enfers, Dionysos avait également arraché Sémélé, sa mère, au royaume des Ombres. Il la transporta sur l'Olympe, grâce à la déesse Hestia * qui lui cède sa place, où elle devint immortelle sous le nom de Thyoné.
* Hestia (la 14ème déesse de l’Olympe dans une version) est la fille aînée de Chronos et de Rhéa, et donc sœur de Zeus, Hadès et Poséidon ; elle est la déesse du foyer, protectrice des villes et des colonies.


Avec l’appellation de Théotokos (mère de Dieu) attribuée à Marie, mère de Jésus, avec l’Assomption (la Dormition chez les chrétiens orthodoxes), puis le dogme catholique de l’Immaculée conception, et d’une façon plus générale le culte marial, on assiste à une quasi divinisation de Marie, même si les catholiques se refusent à le dire.

à suivre

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans Jésus et Dionysos
commenter cet article
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 15:33

"Le christianisme dans le contexte des cultes à mystère : Jésus et Dionysos", par Jean-Claude Barbier, communication au Groupe "Religions" du Réseau d'échanges des savoirs (RES) de Gradignan-Malartic, séance du 19 septembre 2011.

 

Les noces de Cana, Jn 2, 1-11
Illustration : Les noces de Cana par Corinne Vonaech, acrylique 1997, vu sur le site de l’Ordre franciscain séculier de Sherbrooke, article de Sébastien Doane, bibliste à Montréal (Québec), 8 septembre 2009 « le vin : de la débauche à l’alliance avec Dieu » (lien).

noce-de-Cana.jpgSeul l’évangile de Jean parle des noces de Cana où Jésus, accompagné de ses disciples, et sa mère furent invités. Il convient donc de s’interroger sur cet inédit par rapport aux évangiles antérieurs.

 
Pour cet évangile, Cana est le bourg d’origine du Galiléen Nathanaël que Jésus vient de connaître lors de son séjour auprès de Jean-Baptiste à Béthanie, sur la rive Est du Jourdain, non loin de là où il se jette dans la Mer morte. Nathanaël lui a été présenté par Philippe, celui-ci étant originaire de Bethsaïde comme Simon-Pierre et André (ceux-ci étant frères). Jésus, ayant exprimé son désir de rentrer en Galilée après son baptême, on peut penser qu’il fit ce retour en compagnie de ces disciples galiléens de Jean-Baptiste dont il venait de faire la connaissance.


L’itinéraire géographique a pu être le suivant : Jésus, avec ses nouveaux amis galiléens, passe à Nazareth où il rend visite à sa famille, puis il se rend à Cana, un peu plus au nord, avec sa mère et ses disciples, puis descend ensuite à Carpharnaüm, avec les mêmes « et ses frères » (Jn 2, 12). Cet itinéraire géographique s’inscrit dans ce qu’on appellera « la semaine inaugurale » : 1er jour, le témoignage de Jean ; 2ème jour, le baptême de Jésus ; le 3ème jour le recrutement des deux premiers disciples : André et le Disciple que Jésus aimait ; 4ème jour : recrutement de Simon-Pierre ; le 4ème jour, Jésus s’apprête à repartir pour la Galilée et recrute Philippe et Nathanaël * ; 7ème jour, à Cana car,  comme le précise une note de la Bible de Jérusalem, le 3ème jour mentionné en Jn 2, 1 est à compter après la rencontre avec Nathanaël.
* curieusement l’évangile de Jean ne parle pas du recrutement des fils de Zébédée, lesquels étaient pêcheurs du lac de Galilée à Capharnaüm comme Simon-Pierre, André et Philippe (quant à eux originaires de Bethsaïde ; Simon-Pierre habitait à Capharnaüm chez sa belle-mère que Jésus guérit).


Mais l’épisode fut-il historique ?  Provient-il des notes du Disciple que Jésus aimait ou bien fut-il un ajout du rédacteur final de l’évangile de Jean, que nous appellerons Jean l’évangéliste * ? - et non Jean l’apôtre ! celui-ci aurait été manifestement trop âgé à la date de rédaction – vers 90 – et en tout cas ne disposait pas du niveau culturel pour en être l’auteur.  On peut en effet s’étonner de plusieurs aspects de ce texte :


1 - Les évangiles synoptiques font allusion aux très mauvaises relations entre Jésus et sa famille : le fils aîné n’a pas repris l’atelier de son père, préférant les études auprès des rabbins pharisiens, ou encore s’absentant durant plusieurs années dans une cellule essénienne dans le désert de Judée, en tout cas célibataire à plus de 30 ans alors que tout Juif se doit de contribuer à la promesse de fertilité faite à Abraham. Or, Jean l’évangéliste veut nous faire croire à la belle unanimité familiale de la mère de Jésus et de ses frères l’escortant à Capharnaüm (2, 12), après qu’il eut été le héros des noces de Cana ; c’est vraiment trop idyllique pour être vrai !


2 – L’évangéliste Jean, nous dit dans ce texte que Marie a été au début du ministère public de Jésus, comme elle le sera jusqu’au bout au pied de la Croix (toujours lui seul, 19, 25-27). Or, dans les autres textes elle n’apparaît comme participante qu’après la mort de Jésus, dans la « chambre haute » qui sert de lieu de réunion aux Douze, lesquels ont été rejoints par la mère et les frères de Jésus (Actes des apôtres, 1, 13-14), puis elle disparaît des récits. On a là deux versions incompatibles ; mais Jean l’évangéliste rédigeant à Ephèse où préside la grande déesse mère Arthémis, on comprend qu’il ait eu besoin de valoriser la figure de Marie afin de concurrencer cette influence. La dévotion mariale, dont Luc jeta les prémices avec son Evangile de l’enfance, et que le Matthieu grec prolonge avec une généalogie de Jésus où l’Histoire sainte passe par les femmes  et où Marie est placée à la tête de la nouvelle lignée de croyants (les Nazôréens, les « sauvés »), se trouve ici largement confirmée. Mais nous somme là dans l’idéologie et non plus dans l’Histoire.


3 – Alors que les autres évangiles situent Capharnaüm comme ayant été la base opérationnelle de l’action de Jésus en Galilée, l’évangile de Jean s’attarde à Cana, certes une ville de Galilée, mais à l’intérieur des terres. Il y a les noces de Cana, puis, de nouveau de passage à Cana (Jn 4, 46-47) la rencontre avec un fonctionnaire royal (v. 46) / un officier (v. 49) de la bourgade et la guérison de son fils qui se mourait à Capharnaüm « Ce fut là un second signe accompli par Jésus à son retour de Judée en Galilée » (v. 54) *. Manifestement, Jean l’évangéliste utilise cette bourgade, qui est sur l’itinéraire entre la Galilée et Jérusalem, comme un contre poids par rapport à Capharnaüm ; de même qu’il insiste sur la présence de Jésus à Jérusalem lors des fêtes, en Judée chez ses amis de Béthanie (Marie, Marthe et Lazare) ou à Ephraïm lorsqu’il fallut trouver refuge après la condamnation à mort par le sanhédrin, et en Samarie avec la rencontre de la Samaritaine (là aussi relaté par Jean seul !).

Nathanaël se trouve ainsi tiraillé entre l’évangile de Jean qui met ainsi sa bourgade sur le boisseau et les évangiles synoptiques où il n’est pas même pas nommé, mais où il apparaît sous un autre nom, celui de Barthélémy.
* un centurion romain, selon Mt 8, 5-13, mais celui-ci se déplace lui-même à Capharnaüm pour faire sa demande auprès de Jésus ; pour Lc 7, 1-10, le centurion, ami des Juifs et qui avait fait construire la synagogue, lui envoie des Anciens et, sur ce, Jésus prend la route de Cana.


4 – Le miracle en question, la transformation de l’eau en vin, discrédite le texte dans sa lecture littérale. Alors que certaines guérisons dites miraculeuses peuvent recevoir des explications : exorcisme de gens qui se sentent possédés par des démons ou par le Diable, sortie de crise épileptique, sortie de coma, aide psychologique et effet de bien-être par contact physique, par un regard ou un geste compatissant, grâce à une parole compréhensive, un contexte fortement émotionnel, etc., les miracles inversant les lois de la Nature se heurtent par contre à l’incrédulité.
Michel Benoît (Dans le silence des oliviers, 2011 : 56-58), qui attribue ce passage au Disciple que Jésus aimait, veut à tout prix y trouver une explication plausible : Jésus, du temps où il avait pris la suite de son père, se trouvait en contact avec les élites juives hellénisées de Sepphoris  et de Capharnaüm en sa qualité de tâcheron intervenant dans les travaux de bâtiment. Il y vit comment on coupait le vin avec de l’eau, avant de servir, le vin brut n’étant pas consommable ; ce qu’il aurait fait à Cana.
Mais Jean l’évangéliste, lui, proclame haut et fort qu’il y a eu miracle et non seulement une fête populaire bien sympathique, à savoir un signe de Dieu. C’est la raison même du récit. Là aussi, il se différencie des évangiles antérieures. Alors que ceux-ci nous dressent un portrait de Jésus qui affirme progressivement sa messianité, qui interdit même qu’on en parle avant que son heure ne soit venue, l’évangile de Jean, par cette « Semaine inaugurale », proclame tout de go que Jésus est « l’agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde ». Les noces de Cana participent à cette glorification de Jésus avant même sa Passion : « Tel fut le premier des signes de Jésus. Il l’accomplit à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui » (Jn 2, 11). Tout est déjà dit sur le rôle et le statut de Jésus dès les premières pages de cet évangile.


Dans le contexte d’Ephèse, à la fin du 1er siècle, où les cultes grecs sont prospères, Jean l’évangéliste héroïse les personnages. Marie est une grande dame qui préside au banquet de Cana avec vigilance et doigté ; et Jésus transforme l’eau en vin comme le fait le demi-dieu Dionysos. Les héros chrétiens sont aussi puissants que ceux des Grecs, capables eux aussi de prodiges  … Fils bien aimé, Fils unique de Dieu, en toute intimité avec le Père, avec son Père, récipiendaire de la Sagesse, du Logos, préexistant à la Création, Jésus est prêt à être divinisé. Ce sera chose faite avec les épîtres d’Ignace d’Antioche écrites vers 110 où, à plusieurs reprises, l’auteur affirme sans ambage que Jésus est dieu.


Bien entendu, pour que cela puisse s’opérer, il ne faut plus être dans la matrice juive caractérisée par le monothéisme. L’évangile de Jean peut encore recevoir une explication juive, entre autres à partir du livre d’Hénoch et des apocalypses juives (voir notre dossier « le Fils de l’homme » dans nos Etudes unitariennes, lien). Mais c’est la culture grecque qui a permis le basculement que représente la divinisation de Jésus. Alors que le Logos est du divin qui investit le prophète, et est donc dans le prolongement du prophétisme biblique, la divinité à part de Jésus, distincte, relève quant à elle du polythéisme en dépit des dénégations des apologistes chrétiens. La construction trinitaire aura à charge d’unifier cette nouvelle situation, ce qui donnera un seul Dieu en trois personnes (voir notre dossier sur « la Trinité est une triade indo-européenne » dans nos Etudes unitariennes, lien).


Avec l’évangile de Jean, les païens convertis au christianisme se trouvent en terrain culturel connu. Sans doute l’auteur n’avait-il pas l’intention de livrer un double langage, mais se sont en quelque sorte ses lecteurs hellénisés qui en ont décidé !

 

Voir aussi l’analyse de ce texte par Béatrice Spranghers, théologienne protestante, à qui nous sommes redevable : « Par delà Dionysos : Jésus, tel Dionysos, transforme l’eau en vin » , sur le siteProfils de libertés, le 12 août 2003 (lien)

à suivre ...

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans Jésus et Dionysos
commenter cet article

Recherche

Archives