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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 09:21

La question est d’importance car, selon l’approche choisie, le lecteur-croyant va prétendre être détenteur d’un savoir d’origine divine, donc indiscutable et éternel, qu’il brandira comme Vérité absolue et qui le conduira tout droit au fanatisme religieux, du moins au sectarisme : ma religion est la seule voie qui mène à Dieu. Ou bien, une approche scientifique lui permettra de mieux comprendre les textes, de les relativiser en les resituant dans leur culture d’origine et d’avoir ainsi une vision plus large et ouverte à d’autres sources.


Les unitariens ne prétendent pas à une exégèse confessionnelle de leur part. Ils recommandent tout simplement de suivre les progrès scientifiques en général et ceux concernant la Bible ou autres Ecritures dites saintes en particulier.


Déjà le théologien anti-trinitaire Faust Socin (1539-1604) pensait que Dieu ne pouvait que se révéler d’une façon rationnelle aux hommes puisque, Créateur, il avait doté ses créatures de la raison ! Ce Dieu, pour lui, était un pédagogue qui avait révélé progressivement les choses au fur et à mesure des progrès de son peuple élu. Plus tard, les bahá’ís auront eux aussi la même perception d’un Dieu pédagogue se manifestant à des prophètes selon les âges ; Mírzá Musayn`Alí Núrí (1817-1892) surnommé Bahá'u'lláh (en persan, « gloire de Dieu »), à l'origine de leur foi, est présenté comme le dernier prophète a avoir reçu une manifestation de Dieu, mais non point le dernier des derniers comme la majorité des chrétiens le prétendent pour Jésus et les musulmans pour Muhammad. D'autres prophètes viendront dans les siècles à venir ...


Avant Martin Luther (1483-1546), c’est Erasme (1469-1536) qui souleva l’enthousiasme des humanistes et des étudiants de son époque en amorçant une étude critique de la Vulgate, la première traduction en latin de la Bible par saint Jérôme, par confrontation aux manuscrits grecs. Il y décèle des erreurs de traduction. Toutefois les Réformateurs protestants du XVIème siècle avalisérent la Bible d’une façon tout à fait fondamentaliste, comme lieu d’une révélation divine qui s’adresse à notre foi, en y ajoutant un flux de grâce divine qui seule en permet la compréhension intime. A cette époque, Michel Servet (1511-1553) est l’un des rares érudits à avoir lu la Thora des juifs en hébreux et le Coran qui avait été traduit en latin à Tolède (lien).


Finalement, côté français, ce fut un catholique, l’oratorien français Richard Simon (1638-1712) (lien) qui, le premier, libéra la Bible de ses interprétations allégoriques ou spirituelles pour en éclairer le sens littéral, avec ses deux volumes de l’Histoire critique du Vieux Testament (1678) * puis du Nouveau Testament (1689). Ses travaux irritèrent vivement les jansénistes de Port-Royal et furent condamnés par Bossuet (1627-1704), auteur en 1681 d’un Discours sur l’histoire universelle. Persuadé que les livres de la Torah n’avaient pas été écrits par Moïse lui-même, il s’aliéna aussi les protestants !

* en illustration, la version imprimée en 1685 chez Reinier Leers, imprimeur à Amsterdam.

 

richard simon exegese


Les premiers pas de l’unitarisme aux Etats-Unis sont liés au fameux sermon du pasteur congrégationaliste William Ellary Channing (1780-1842), « Le christianisme unitarien », datant de 1819, dans lequel il rappelle la nécessité d’une critique textuelle scientifique de la Bible (lien). Mais il faudra attendre les années 1830 pour que cette approche scientifique fasse de nouveau des progrès avec l’Ecole exégétique allemande (notamment à Tübingen) laquelle s’interroge alors, non seulement sur la forme, mais sur le contenu, par exemple sur l’historicité des récits mythiques et des miracles. A Boston, aux Etats-Unis, le pasteur unitarien américain Théodore Parker (1810-1860) (lien), répercuta alors cette nouvelle problématique.


Thomas Jefferson (1743-1826), responsable de l'ébauche de la Déclaration d'indépendance et co-auteur de la version définitive de celle-ci, homme politique qui fut le troisième président des États-Unis de 1801 à 1809 (et à qui les Américains doivent l’achat de la Louisiane à la France), était déiste et unitarien ; il ne croyait pas que Jésus soit Dieu. Il avait l'habitude de marquer au crayon tous les passages de sa bible où il était question de miracles (bible qui a été précieusement conservée). Des 4 évangiles, par simple découpage des textes, il fit un diatasseron qui se termine de cette façon : « Les disciples déposèrent le corps de Jésus dans la tombe, roulèrent la pierre sur l'ouverture, et s'en retournèrent tout tristes ! ». Ce document appelé La Bible de Jefferson, mais initialement The Life and Morals of Jesus of Nazareth / Vie et enseignements moraux de Jésus de Nazareth, est utilisé par les édiles politiques américaines lors de leur prestation de serment au début de leur mandat. Il fut achevé en 1820, mais ne fut publié que bien plus tard, en 1895, par le National Museum de Washington à l’initiative d’un de ses descendants. Elle a été traduite en français par Luc Schneider en 2009 et publiée sur le site de La Besace des unitariens, à la rubrique "la bible de Jefferson" (lien).


Retour en France, avec Ernest Renan, auteur d’une Vie de Jésus en 1863, qui, par une approche non confessante, ouvre la quête du Jésus historique. Puis, avec un temps de retard sur les protestants libéraux, les catholiques Alfred Loisy à partir de 1890 (lien) - il enseigna à l'Institut catholique de Paris ; ses travaux furent condamnés par son Eglise mais il put continuer son enseignement à l'Ecole pratique des Hautes études (EPHE) - , et le dominicain Marie-Joseph Lagrange (fondateur de l’Ecole biblique de Jérusalem en 1890) prônent une exégèse qui s’appuie résolument sur les connaissances scientifiques.  

 

Pie X condamne en 1907 le modernisme. Il faudra attendre l’encyclique Divino afflante Spiritu de Pie XII, en 1943, pour prendre acte des apports de la méthode historico-critique ; celle-ci sera encadrée par l’  « Instruction sur la vérité historique des Evangiles » de la Commission biblique pontificale en 1964, et encouragée par la constitution conciliaire Dei Verbum de 1965. Durant toute cette période, les catholiques français bénéficient des commentaires des Evangiles et des Actes des apôtres du dominicain français Marie-Emile Boismard (1916-2004).

 

ndlr - cette introduction est bien entendu très insuffisante et la liste des auteurs cités loin d'être exhaustive ! Ceux dont le nom a été mentionné nous servent de points de repère pour une approche historique plus complète.


Lire pieusement les textes sans s’interroger sur leur genèse, penser qu’ils sont révélés ou du moins inspirés, ou se contenter de dire qu’ils ont une valeur tout simplement spirituelle, paraît bien superficiel et anachronique de nos jours au regard des progrès de l’exégèse moderne. La culture biblique ne consiste pas à prendre tout ce que dit la Bible pour argent comptant, mais d’en comprendre les textes. L’esprit critique est plus que jamais nécessaire !

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Published by Jean-Claude Barbier - dans exégèse biblique
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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 11:16

Maurice Cabana-Proulx, historien québécois, de spiritualité unitarienne-universaliste, a animé une conférence-débat sur " Le dialogue chrétien-musulman et l’apport arabo-musulman à l’éclosion de la civilisation de l’Occident ", le dimanche 9 janvier 2011 à Ottawa, dans le cadre de l'Eglise unie du Canada.


Voici le contexte de cette manifestation :


" Le texte ci-dessous devait servir à préciser la thématique d’une rencontre que je leur proposais. Edward Barbezat, pasteur de St-Marc, de l'Eglise Unie d'Orrawa, et moi sommes allés rencontrer l’imam de la mosquée de Gatineau, Ahmed Limame, lequel s’est rallié avec enthousiasme au projet. L’évènement du 11 janvier a donc rassemblé des gens d’Ottawa et de Gatineau, des chrétiens, des unitariens et des musulmans et j’ose dire que le «dialogue» a été chaleureux, fraternel et très productif.


Les deux congrégations de la communauté unitarienne d’Ottawa ont organisé des rencontres semblables par le passé mais, comme pour la quasi-totalité de leurs initiatives, elles se sont déroulées dans la langue de Shakespeare. Je me suis donc tourné vers L’Église Unie du Canada (notre Eglise «réformée» au Canada). En plus d’être très proche des unitariens en ce qui concerne les questions sociales et politiques, elle a des paroisses francophones. J’ai donc trouvé chez les gens de St-Marc des collaborateurs sympathiques." (message du conférencier à la Correspondance unitarienne, le 14 mai 2011).

 

Introduction à la conférence :


francois-d-assise et sultanEst-il  possible, au 21e siècle, de tirer des leçons utiles du Moyen Âge ? L’«Âge d’or» de la civilisation islamique, qui a eu lieu pendant le Moyen Âge, peut-elle nous inspirer ? Je préfère poser la question suivante : Comment peut-on craindre un «choc de civilisations»  entre l’Orient musulman et l’Occident chrétien lorsque l’étude de l’Histoire nous révèle tout ce que ces civilisations ont en commun ?

 

rencontre de saint François d'Assise et du sultan d'Egypte : bien qu'ayant tournée court, elle a eu le mérite d'existée.

 

Seul un euro-centrisme myope et pessimiste peut véhiculer l’idée que le Moyen Âge a été une période de noirceur : la lumière était très vive et elle venait de l’Est. Pendant des siècles, l’empire arabo-musulman a porté la civilisation des parties ouest de l’ancien empire romain sur son dos. Cet empire a été pour l’Europe la source de découvertes scientifiques et médicales, l’innovateur technologique et, avec Byzance, le conservateur et continuateur du patrimoine gréco-romain. Dans l’Occident, nos chiffres, plusieurs de nos mots et plusieurs de nos aliments sont arabes.  Comme cette question est très vaste, notre conférence  va se concentrer sur les points de rencontre entre civilisations que furent l’Andalousie, la Sicile et, en moindre mesure, la «Terre Sainte».


Si nos origines se ressemblent, que faire des importantes différences qui pourraient nous séparer aujourd’hui ? Là aussi, l’Âge d’or peut nous proposer des pistes de solution.  Pendant presque toute cette période, l’exhortation coranique à la tolérance a été respectée, et la tolérance a souvent engendré la collaboration. Que ce soit à Bagdad, à Palerme ou à Tolède, la civilisation européenne en construction a trouvé des interlocuteurs, des enseignants et parfois même des alliés dans le monde arabo-musulman.  On n’est certainement pas moins capables de communiquer que nos ancêtres du Moyen Âge !

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Published by Maurice Cabana-Proulx - dans (site AIU) Amitiés islamo-unitariennes
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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 08:51

En complément à notre rubrique "Le linceul de Turin" (lien), vous trouverez des articles sur le même sujet dans les Actualités unitariennes, à la rubrique "Le temps des évangiles" (lien). En voici les articles :


tombeau--suaire-de-Turin-et-Nasa.jpgFiche d’identité post-mortem pour Jésus de Nazareth, le 19 juin 2009 (lien)
Le suaire de Turin ressuscité, le 4 avril 2010 (lien)
Le portrait caché de Jésus en 3d, le 4 avril 2010 (lien)
Une soirée à Paris sur le linceul de Turin, le 19 mai 2010 (lien)

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 08:20

roger_parmentier_musulmans.jpgLe pasteur protestant de l'Eglise réformée de France, Roger Parmentier, vient de publier "Musulmans nous vous respectons et nous vous aimons", aux éditions de L’Harmattan (Paris, mars 2011, 90 p.) - en sous-titre : Appels aux musulmans, aux juifs sionistes et non-sionistes, aux chrétiens protestants et catholiques, en faveur de l’estime, du respect et de l’attachement réciproques. Articles et appels dont certains ont paru dans Le Monde et Témoignage chrétien à nos frères musulmans et Arabes (ou les concernant).

 

Vous trouverez une présentation de ce livre dans nos Actualités unitariennes du 6 avril 2011 "Appel du pasteur Roger Parmentier aux musulmans et aux autres" (lien)

 

Chers frères Musulmans,
Au nom de Dieu « clément et miséricordieux » qu’aima Mohamed
et
Au nom de Dieu généreux qui inspira Jésus,
faisant lever son soleil sur les bons et les méchants
Nous vous en supplions,
Montrez-vous compatissants envers nous, malgré nos torts,
et envers toutes les populations innocentes et meurtries,
Cherchez davantage à convaincre qu’à vaincre
Et coopérez à la construction de l’avenir heureux de l’humanité.
Pardonnez les offenses de ceux qui vont ont offensés.
Cherchons ensemble les chemins de la justice et de la paix.

 

Roger Parmentier est membre des Amitiés islamo-unitariennes

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 21:05

suite des articles précédents


Le cheminement individuel du chrétien gnostique

 

pierre tombale : combattant bogomile avec épée et Livre

 

bogomiles_pierre_tombale.jpg

Bien que la gnose chrétienne repose sur une vision très pessimiste du monde - il a été créé par un démiurge et non par Dieu lui-même ; par le Dieu de l’Ancien testament qui n’a rien à voir avec le Dieu paternel et affectueux de Jésus dira Marcion, disciple du philosophe et maître gnostique Valentinus (1) ; de Satanaël diront les bogomiles (2) ; on retrouve là les "Ténèbres" des écrits johanniques – cette vision n’est somme toute qu’un point de départ. Il revient au chrétien de s’extirper de cette condition première (mais qui n’est nullement l’enfermement du Péché originel) par l’ascèse et la vie morale, de cheminer dans la prière et la méditation des textes évangéliques afin de se rapprocher de Dieu, d’être prêt au moment de son dernier souffle. Les gnostiques rejettent tout encadrement institutionnel, à commencer par le rôle des évêques (episcopos en grec signifie « surveillant ») (lien) et l’administration des sacrements (les cathares n’ont comme seul sacrement, le consolament). Tout dépend donc de l’homme et de sa propre volonté à devenir "parfait" (version cathare), "saint" (version catholique et orthodoxe). Les statuts ecclésiaux ne donnent aucun privilège ; c’est la proximité mystique à Dieu qui importe. Et leur Dieu est un Dieu d’Amour et non un cerbère, un Dieu en attente de l’homme et qui ne pose pas des conditions d’accès sinon une élévation de nos âmes.


(1) Valentin (Valentinius) fut le plus important des maîtres gnostiques. Il naquit en Égypte et fut éduqué à Alexandrie. Il enseigna à Rome entre 135 et 160. Selon Tertullien, Il fut candidat pour être évêque de Rome en 143. Ses conceptions ésotériques le firent excommunier. "L’Évangile de Vérité", ainsi que d’autres textes découverts à Nag Hammadi, se rattachent à l’école valentinienne. Il est aussi l'auteur de la "Pistis Sophia". (Wikipedia à l’article « Valentin (gnostique) », lien). Marcion sera son disciple ; ses théses anti-juives seront condamnées par l’Eglise de Rome en 144.


(2) voir la présentation des bogomiles par Georges Castellan, l’historien des Balkans, « Les Bogomiles, l'hérésie dualiste au cœur du monde byzantin » (lien).

C’est donc l’histoire de toute une vie. On grandit, on se marie, on s’accouple pour donner des enfants dans la chair, mais, lorsque la femme est ménopausée, elle peut s’engager dans une vie spirituelle de parfaite ; et, de son côté, lorsque l’homme est veuf, il peut davantage se consacrer à une vie spirituelle qui le fera passer des Ténèbres à la Lumière. Il invite ses voisins pour prier ensemble dans la chaleur de sa maison ; et lorsqu’il est reconnu par un « bonhomme » comme pouvant l’être aussi, il administre le consolament à ceux qui le lui demande.


Avec les bogomiles et les cathares, d’après ce que nous en savons, nous sommes loin de la gnose intellectuelle et ésotérique d’un Valentinus. La grande référence pour eux reste les écrits johanniques. Ils peuvent donc se considérer à juste titre comme des chrétiens qui reviennent aux sources, qui – en cela – sont évangéliques (3). Ceci dit, leur vision pessimiste de la chair les détourne du symbole de la croix : le Christ n’est plus de chair et n’a pas de densité humaine ; à l’extrême, étant de tout temps avec Dieu, il n’a pas besoin de ressusciter. Par ses enseignements, il introduit à la « connaissance » de Dieu ; par sa personne il sert comme « véhicule » (au sens hindouiste et bouddhiste du terme) dans un univers cosmique.

(3) C’est la thèse que défend le pasteur Pierre-Jean Ruff : « Des origines du christianisme  aux cathares et des cathares à nous », plusieurs articles réunis dans le Cahiers Michel Servet, n° 7, février 2007, préface de Michel Jas, 16 p. en A4, plus couverture, (lien).


A l’opposé, les figures franciscaines d’un saint Antoine de Padoue (1195-1231) prêchant l’Evangile aux poissons (alors que les cathares lui tournaient le dos !) et – en contemplation - prenant le petit Jésus en ses bras, et d’un François d’Assise (1182-1226) donnant à manger aux oiseaux et marqué en ses paumes des stigmates du Jésus de la Passion, témoignent de l’harmonie de l’homme avec la Création de Dieu, de la complicité entre l’homme et les animaux, de la beauté de la Nature, de l’amour pour un Jésus enfant puis homme.


Déjà, la Première épître de Jean mettait en garde contre les "antichrists" qui ne confessent pas « Jésus Christ venu dans la chair » (4, 2) (4) ...

(4) la polémique contre les docètes, qui considéraient l’humanité de Jésus comme une simple apparence et qui niaient la réalité de la croix, est engagée dans cette épître (2, 18-29 ; et, de nouveau, 4, 1-6). Dans la Seconde épître de Jean, la lutte continue (4, 7-11). De son côté, l’Epître aux Colossiens, attribuée à Paul durant son séjour surveillé à Rome, met en garde contre les fausses ascèses relatives entre autres aux question de nourritures et de boisson (Col, 2, 16-23).

 

fin de l'article

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le christianisme gnostique
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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 19:44

suite de l'article précédent ...

 

Les religions verticales :
 

Pour les religions « morales » qui affirment une existence après la mort où nous serions récompensés ou au contraire punis de nos actes, la vraie vie, les vraies réalités, ne sont pas de ce monde. Un peu comme pour le platonicisme où les ombres qui s’agitent au fond d’une grotte ne reflètent qu’imparfaitement le monde extérieur, nos joies et nos bonheurs ne sont qu’un prélude à la plénitude qui attend notre âme dans l’au-delà. Cette âme est accompagnée de nos corps dans l’espérance juive eschatologique du premier siècle avant Jésus-Christ, qui sera reprise par la résurrection chrétienne : ce sont des corps glorieux, ressuscités, que nous voyons sur les icônes orthodoxes, déjà en contemplation de Dieu. Des communautés monachiques se développent comme des pierres d’attente pour l’avènement du Royaume de Dieu. La sérénité humaine du croyant introduit aux béatitudes célestes. La mort violente du martyre raccourcit notre exil sur terre et nous rend plus vite aux félicités du paradis.


Dès lors, notre vie sur terre s’avère être un véritable parcours du combattant et c’est sa finalité qui est importante : l’accès à l’éternité. Pour cela, le christianisme propose le baptême. Une fois entré au sein de l’Eglise, le fidèle, en obéissant à l’Eglise, est assuré d’arriver à terme. Mais hors de l’Eglise point de salut ! C'est pourquoi les théologiens du Moyen âge qui - dans cette logique - inventèrent les limbes avaient raison et les parents, qui négligeaient l’ondoiement en cas d’urgence et le baptême dans les meilleurs délais, étaient bel et bien des imprudents. Au baptême chrétien, rite d’entrée dans la communauté religieuse, correspond la présentation de l’enfant au temple chez les juifs et la conversion dans l’islam.


Toutefois, à cette vision positive et confiante dans l’encadrement religieux qui porte le croyant coutumier, lequel accomplit, sans état d’âme, les rites et autres obligations qui lui sont prescrites, s’oppose des visions pessimistes.


Le dualisme, même modéré, a introduit l’omniprésence du Mal en la personne de Satan et d’une armée de démons, lesquels rodent sans cesse pour nous tenter et nous faire succomber. Le parcours du combattant est semé d’embûches. Les séances d’ascétisme sont nécessaires pour fortifier la chair, ou encore pour accompagner la pénitence et le repentir : le jeûne, les veillées d'étude prolongées, les récitations de prières et de mantra, le lever matinal dans la froidure, les habits rugueux, la flagellation du corps, etc.


L’homme est pêcheur, incapable de se relever de lui-même de la Chute, de retrouver seul le chemin du Paradis perdu, entravé d’un péché originel qui se transmet de génération en génération. Il ne peut se lever et marcher que s’il « renaît d’en haut ». C’est ce que Jésus dira au pharisien Nicodème qui lui rend visite de nuit (Jean seul, 3, 1-21) : « Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous faut naître d’en haut » (6-7). Les Eglises pentecôtistes et évangéliques qui prônent ce « new born again » se sont engouffrées dans cette logique.


Dès lors, le baptême de l’eau hérité de Jean Baptiste doit être complété par le baptême de l’esprit, ce qu’annonceront précisément les amis de Paul à Apollos qui avait baptisé les premiers chrétiens Ephésiens selon le rituel baptiste de Jean (Actes, 18, 24-28, et 9, 1-6). Ce baptême complémentaire se donne par imposition des mains : « et quand Paul leur [les douze johanniques d’Ephèse] eut imposé les mains, l’Esprit saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues et à prophétiser » (19, 6). Ce sont les apôtres, puis les évêques selon la filiation apostolique, qui sont habilités à imposer les mains. Cela correspond, chez les catholiques, à la confirmation des baptisés et, par ailleurs, à l’ordination des prêtres. Contrairement au baptême qui part de la volonté d’une personne (ou par parents interposés pour le pédo-baptême), l’imposition des mains est un acte d’autorité de la part de l'autorité ecclésiale.


Pour les cathares, ce rituel était précisément celui du "consolament" (le seul sacrement cathare), lequel était donné par les "bonshommes" (à défaut des évêques qui ne purent exercer leur ministère à cause de la répression) et le plus tard possible afin d’éviter les rechutes éventuelles ! Ce qui, paradoxalement, équivalait somme toute au sacrement catholique de l’extrême onction.


Cette vision pessimiste d’un homme qu’il faut non seulement encadré mais aider « d’en haut » va se trouver fortement renforcée lors des réformes protestantes par le contre sens que Martin Luther effectue en lisant les épîtres de Paul et en proclamant « sola Gracia ». Alors que chez Paul, la grâce de Dieu accompagne tout croyant qui s’engage dans la nouvelle voie, celle ouverte par le Christ, et va de pair avec la charité, Martin Luther croit y voir un privilège que Dieu accorderait au compte goutte et selon un arbitraire total ! Jean Calvin, reprenant saint Augustin, en fera une prédestination. Dès lors, le salut n’a plus rien à voir avec un mérite, le bilan d’une vie, un karma pour reprendre une expression hindouiste, un solde moral, un repentir fut-il tardif, un dernier sursaut de la foi, une ultime conversion, mais il dépend exclusivement d’un libre arbitre divin sans aucun justificatif. C’est précisément le Dieu tyran contre lequel combattit Job au nom de la justice.
 

à suivre ...

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 19:32

Sagesses horizontales et religions verticales. Introduction à la gnose chrétienne, exposé de Jean-Claude Barbier, sociologue, le 4 avril 2011 au groupe "Religion" du Réseau d’Echanges de Savoirs (RES) de Gradignan Malartic

Les sagesses horizontales :

Si les religions nous situent d’emblée dans une verticalité par rapport à l’existence de dieux ou de Dieu et attisent dans les esprits et les coeurs le désir d’une vie éternelle avec ces derniers ou comme eux (depuis l’épopée mythique de Gilgamesh), les sagesses humanistes ont au contraire le soucis d’organiser la vie humaine ici-bas, d’une façon – je dirais – réaliste.


Il s’agit de connaître les lois de la Nature afin de s’y adapter, d’en tenir compte, de ne pas prendre de risques inconsidérés, inutiles. Que ce soit le stoïcisme ou le bouddhisme, on demande aux humains d’être raisonnables, de s’abstenir des passions, de restreindre leurs ambitions, quitte à brimer leur ego. Le théisme des philosophes du siècle des Lumières accompagne la découverte des lois de l’univers. Aux lois physiques, il ajoute le respect des lois morales : l’amour du bien, la contemplation du beau, la philanthropie, etc.


Les sagesses anciennes comme le confucianisme en Chine vantent les vertues de la famille et exhorte au respect des anciens. Le christianisme nous demande d'obtempérer aux autorités temporelles, d’obéir au Magister de l’Eglise et, le Coran, de nous soumettre à la religion.


Ce que l’on peut appeler le christianisme humaniste - avec entre autres le catholicisme social et le protestantisme social du XIXème siècle, puis les mouvements d’Action catholique et les prêtres ouvriers, aujourd’hui la Fédération des réseaux du Parvis (lien) - affirme toujours sa croyance en un Dieu providentiel, le "Notre Père", mais complète cette verticalité par une horizontalité faite de justice humaine, d’égalité dans la dignité et de fraternité. Le Royaume de Dieu est désormais ici-bas et le chantier de son avènement ouvert à tous. Sans nier la dimension divine du Christ, c’est son humanité, égale à la nôtre, qui est prise en compte. « Ce que vous ferez au plus petit d’entre nous, c’est à moi que vous le ferez » avait dit Jésus. Jésus et Dieu sont parmi nous et nous n’avons plus à lever les yeux aux cieux ; notre destin est au présent et non plus à reporté à un futur métaphysique. Ce faisant, il devient à cent pour cent compatible avec la lutte des humanistes.

à suivre ...

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 05:39

par Louis Cornu (suite des articles précédents)


Dans le groupe de leurs disciples [ndlr – à Jean le Baptiste et à Jésus], il y a des nouveaux : André, Pierre, Philippe, Nathanaël ( ?), mais aussi, très probablement, des anciens qui gravitaient autour du Baptiste, comme le Disciple, depuis le début de sa prédication messianique, sinon depuis plus longtemps encore si, comme on peut le penser, le Baptiste n’est pas un essénien dissident, mais un essénien en mission avec des acolytes esséniens comme lui. Sur cette base, ont peut avoir une vision assez réaliste des « disciples de Jean » dont il est fait mention en Jn 3, 23 et surtout en Lc 7, 15. Bien entendu, le Disciple ne renie aucunement le Baptiste lorsqu’il s’attache à Jésus. Désormais proche de lui, il assiste à sa rencontre avec Nathanaël (Jn 1, 43-51).


Ce dernier  - Israélite pur jus – n’avait pas encore entendu parler de Jésus. D’abord sur la réserve, il va rapidement le proclamer « Fils de Dieu, roi d’Israël », déclaration d’allégeance messianique davidique sans notion de divinité incarnée. Jésus ne la repousse pas, mais en oriente le sens vers la figure du Fils de l’Homme. C’est, dans les quatre évangiles, la première utilisation de cette figure dont le Disciple expliquera plus tard le statut divin (Jn 5, 26). La rédaction spontanément nationaliste de Nathanaël est l’illustration du glissement dangereux que redoutaient les autorités de Jérusalem.


Nouvelle recrue de Jésus, le Disciple, va donc assister aux « Noces de Cana » avec d’autres disciples, dont il ne présente pas l’identité, puis rentrer à Jérusalem où Jésus monte lui aussi pour la Pâque (30 avril 28) après quelques jours passés à Capharnaüm.

à suivre ...

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 04:48

par Louis Cornu (suite des articles précédents)


Si l’incertitude demeure en ce qui concerne les trois de Béthanie, il est en revanche certain que le Disciple n’est entré en contact avec Jésus que quelques jours avant Pâque 28, dans des circonstances qu’il raconte lui-même (Jn 1, 19-42), à l’occasion d’un voyage en Galilée [ndlr – un récit de 3 jours qui se termine par les noces de Cana, Jn 2, 1 et un séjour à Capharnaüm Jn 2, 12] où il rencontre le baptiste Jean, dont il se dit déjà disciple.


Ce que raconte le Disciple, prêtre de Jérusalem, au début du 4ème évangile, est postérieur de quelques semaines à la scène que relate Luc sur la rive du Jourdain, mais au sud, à proximité de Jérusalem (Lc 3, 21-22) et à la retraite consécutive au désert (Lc 4, 1-2).


L’histoire des relations de Jésus avec l’évangile de Jean « disciple aimé de Jésus » commence donc au sortir de l’hiver 27-28, « en la quinzième année de Tibère César » par la prédication eschatologique véhémente d’un prophète spectaculaire (Lc 3, 1-8) qui, lui aussi, est prêtre : Jean, fils de Zacharie. Il annonce la venue imminente du Messie d’Israël, pour restaurer définitivement l’autorité de YHWH, la royauté de Dieu. Il propose à ses nombreux auditeurs de Judée et de Jérusalem de se convertir, de se repentir et de marquer leur retournement en se pliant au baptême d’immersion en eau vive, tel qu’il le pratique dans le Jourdain. L’immersion n’est qu’un rite, car c’est le repentir qui entraîne la purification, le pardon de Dieu et le salut eschatologique. Ce salut est réservé aux seuls purifiés : seuls les baptisés seront sauvés.


Informées de cette prédication eschatologique baptiste, les autorités religieuses de Jérusalem, Grand prêtre (alors Caïphe), pharisiens du sanhédrin (comme Gamaliel) ne devraient pas être vraiment surprises, car, à l’évidence, Jean, fils de Zacharie, faisait partie de la mouvance essénienne bien connue : même conviction eschatologique, même baptême.


Quelques temps après l’invasion romaine de – 63, les Esséniens s’étaient retirés au désert. Au temps d’Hérode, ils avaient un maître vénéré sous le titre de « Maître de Justice ». Persécuté par un « prêtre impie », ce maître était décédé apparemment en exil. Les esséniens, conformément à l’enseignement de ce Maître de Justice, étaient persuadés que Dieu allait bientôt intervenir définitivement dans le combat eschatologique des « Fils de Lumière », conduits par le (ou les) messie(s) d’Aaron et d’Israël, contre les « Fils des Ténèbres ». Dans un texte datable de la fin du règne d’Hérode, l’ « Ecrit de Damas », une communauté essénienne, qui se prétendait « communauté de la Nouvelle alliance », affirmait sa certitude du retour du Maître de Justice, quarante ans après qu’il lui eut été enlevé. Plus précis, un autre texte essénien, le « Testament de Moïse », rédigé un peu après l’an 6, affirmait que les temps eschatologiques messianiques surviendraient, au plus tard, vers 30. On voit ici une évidente concordance avec l’annonce du Baptiste en 28, donnant pour imminente l’arrivée du « Messie qui doit venir ».


Les esséniens étaient baptistes. Selon leur « Règle », retrouvée en nombreux exemplaires parmi les Manuscrits de la Mer Morte, ils réservaient leur baptême (un rite d’immersion) aux seuls membres de leur communauté (1QS v, 13). Voici la définition – sacramentelle . ? – qu’ils donnaient de leur baptême :


« C’est par Esprit saint de la Communauté … qu’il sera purifié de toutes ses iniquités ; c’est par l’Esprit de droiture et d’humilité que sera expié son péché. C’est par l’humilité de son âme à l’égard de tous les préceptes de Dieu, que sera purifiée sa chair … quand il se sanctifiera dans l’eau courante … » (1QS, III, 7-9)


Avec un même rite d’immersion en eau courante, repentir, conversion, dans le « baptême de Jean », humilité du cœur, dans le baptême essénien ; il s’agit bien du même baptême. Pour les autorités religieuses de Jérusalem, il est évident que Jean, sur la rive du Jourdain, en 28, essaie de généraliser le baptême essénien, rite réservé jusque là aux seuls membres d’une secte très marginale, car le peuple, dans sa grande majorité, continuait à faire confiance aux maîtres pharisiens. Si le petit peuple adoptait massivement le baptême « essénien » de Jean, pour les esséniens, cela équivaudrait au ralliement qu’ils attendaient au détriment de leurs rivaux pharisiens.


En raison de l’urgence eschatologique dont ils étaient convaincus, la pratique baptismale généralisée de Jean n’était pas inacceptable pour les esséniens, loin s’en faut : elle pouvait même combler leur attente.


On comprend dès lors pourquoi Grands prêtres et pharisiens devaient être inquiets devant le succès de la prédication du Baptiste en Judée, au début de l’année 28. Il y avait à cela encore une autre bonne raison : son messianisme avait toutes chances d’attiser le nationalisme populaire juif anti-romain, donc de provoquer des troubles, puis des représailles, situation que tenaient à éviter aussi bien les autorités civiles (le préfet romain, Pilate, et le tétrarque Antipas) que les responsables religieux (Caïphe, le sanhédrin). Depuis vingt ans, la paix sociale que les révoltes « sicaires » de Judas le Galiléen avaient ébranlée en l’an 6, avait été rétablie, mais se maintenait plutôt difficilement, sous la main de fer de Rome, grâce à l’habilité collaborationniste des Grands prêtres successifs. L’initiative de Jean le Baptiste contraignait Caïphe à agir. Il décida d’envoyer vers Jean une délégation  « de prêtres et de lévites » chargée de le rencontrer et l’interroger.


On ne peut évidemment pas affirmer avec certitude que le Disciple, ce familier de Caïphe, fut au nombre de ces Judéens qui écoutèrent Jean Baptiste au printemps 28 et reçurent son baptême, cela demeure pourtant très probable. De toute façon, vivant dans l’entourage du Grand prêtre, il fut certainement informé des soucis de celui-ci à propos du Baptiste et de sa décision d’envoyer une délégation.


Pour l’atteindre, cette délégation dût se rendre en Galilée car Jean Baptiste y était venu pour revoir Jésus, quelques semaines avant Pâque (30 avril 28) : une concertation entre eux à ce sujet, un rendez-vous, est plus vraisemblable qu’une rencontre fortuite. Le Disciple faisait-il partie de la délégation ou bien se contenta-t-il de l’accompagner ? Toujours est-il que ce fut pour lui l’occasion de revoir Jean, d’assiter à l’interrogatoire … et de faire assez longuement la connaissance de Jésus et de s’attacher à lui en s’agrégeant à un groupe qui l’entoure : des « disciples » à la fois de Jean et de Jésus, les deux, en effet, ont un même projet et agissent en concertation selon un plan unique, dans lequel chacun a son rôle propre.

à suivre ...

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 04:23

par Louis Cornu (suite de l’article précédent)


Jésus avait tissé des liens d’amitié avec les trois de Béthanie. Ces liens apparaissent en Luc dans deux épisodes qu’on peut dire erratiques car, dans les deux cas, le lieu et la date sont difficiles à situer. Le plus connu (Lc 10, 38-42) est casé par l’évangéliste au cours de l’ultime montée à Jérusalem, dans un climat tendu, pour la Pâque 30 ; au contraire, c’est dans une ambiance familiale sereine que se déroule la scène de Luc 10, 38-42 où Marie, assise aux pieds de Jésus, ne se lasse pas de l’écouter, alors que Marthe s’affaire à la besogne ménagère. Cela se passe « dans un certain village » dit Luc. On suppose à bon droit qu’il s’agit de Béthanie. Quand ? Au cours des semaines qui suivirent Soukot 29 ? C’est possible. L’année précédente, après Pâque (30 avril 28) ? Peut-être. Encore plus tôt ? Pourquoi pas.


L’autre épisode (Lc 7, 36-49) est une scène également très connue, « l’onction de la pécheresse ». Femme anonyme, chez un pharisien inconnu. Encore, Luc n’indique pas le lieu, mais situe son récit avant la mission des Douze du printemps 29. En racontant la résurrection de Lazare au début de l’année 30, Jean fournit une précision inattendue en présentant les sœurs de Lazare, Marthe et Marie. Il signale : « Il s’agit de cette même Marie qui avait oint le seigneur d’une huile parfumée ». La pécheresse anonyme de Luc est donc Marie soeur de Lazare de Béthanie ; c’est d’elle que Jésus – qui la connaît mieux que son hôte pharisien – dit  « ses nombreux péchés ont été pardonnés, parce qu’elle a montré beaucoup d’amour ». La scène se déroule dans une ville où Marie a mauvaise réputation – Béthanie donc, ou plutôt Jérusalem – chez un pharisien qui a invité Jésus à sa table.

 

Il est donc difficile de la situer après l’intervention des pharisiens lorsque ceux-ci sont très remontés contre Jésus (Lc 6, 11) et sont résolus à le « faire périr » comme le précise Mc 3,6. Elle pourrait être datée, au plus tard, au printemps 28, lors du séjour de Jésus à Jérusalem à Pâque (30 avril). Le pharisien pourrait être Nicodème que Jésus rencontra justement à l’occasion de ce séjour (Jn 3, 1-21).

 

Si l’on retient cette date pour la scène de l’onction de Luc, il convient de noter aussi qu’alors Jésus paraît bien la connaître cette femme, et la juger positivement … et apprécier le comportement affectueux qu’elle vient de manifester à son égard. Depuis quand et où se sont tissés les liens d’amitié entre Jésus et les trois de Béthanie ? Avant le début de sa vie publique ? On ne peut exclure cette éventualité.

à suivre …

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