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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 18:26

suite de l'article précédent  ...

 

M. Jas : mais quelle était l'attitude de vos parents sur le plan religieux ?
K. Elloff : je n'ai pas connu mon père qui est mort à Saint-Jory alors que j'avais 8 mois. Je sais qu'il était très religieux. Il lisait sa bible. Ma mère nous disait que nous étions protestants.
M. Jas : pas d'images dans les églises et pas de culte rendu à Marie chez les nestoriens, donc certainement une proximité a priori avec les protestants.
K. Elloff : peut-être que ma mère gardait tout simplement le souvenir des missionnaires protestants et anglicans qui ont beaucoup fait au XIXe siècle pour notre petite Eglise. Les missionnaires catholiques, eux, soutenaient les chaldéens de la plaine.
A Saint-Jory quand nous étions enfants, nous devions lire un verset de la Bible en français tous les jours. Ma mère y tenait beaucoup. Elle, elle suivait dans sa bible syriaque. Le pasteur Lagier venait de Toulouse pour nous rendre visite et faire notre catéchisme à domicile.
M. Jas : votre neveu Alain Cazes est connu par les amis de notre Eglise secteur Côte Pavée.
 eglise assyrienne mar dinkah IVK. Elloff : oui, la mère d'Alain qui était notre soeur aînée, avait collecté chez les paroissiens de ce quartier pour la construction du temple de la Côte Pavée... C'est elle aussi qui a brodé les accoudoirs en coussin de la chaire du temple du Salin.
M. Jas : votre frère David disait qu'il avait demandé au patriarche assyrien, qui est réfugié politique aux Etats-Unis, un prêtre nestorien pour la France, mais cela n'avait pas été possible.
K. Elloff : le patriarche Mar Dinkla IV est venu lui-même à Saint-Jory dans les années 70. Mais nous sommes trop peu nombreux pour constituer une paroisse assyrienne autonome. Nous avons par contre des contacts fraternels avec les prêtres chaldéens de Paris, Montpellier et Marseille. Quand nos parents sont venus en France comme réfugiés politiques, d'abord à Marseille en 1920, puis quatre ans après à Toulouse-Saint Jory, plusieurs familles les ont accompagnés. La plupart ont aujourd'hui rejoint la diaspora américaine et canadienne.
M. Jas : je crois qu'ils sont là-bas aussi nombreux que les Arméniens en France le long de la vallée du Rhône.
K. Elloff : à Chicago, où réside Mar Dinkha IV, il y a tout un quartier assyrien avec des écoles, des restaurants, des églises. Ils ont leur propre radio et une chaîne de télévision.

à suivre ...

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 15:02

« UNE HISTOIRE TRAGIQUE, UN PEUPLE ETRANGE, UNE RELIGION MECONNUE » - Dans le grand Sud-Ouest quelques familles à Saint-Jory, au nord de Toulouse se souviennent de l'identité religieuse de leurs ancêtres, de leurs luttes, leurs échecs et émigration... Des chrétiens venus d'Asie ! - par Michel Jas, pasteur de l’Eglise réformée de France (ERF) paru dans la revue protestante ENSEMBLE, n°68/ JANVIER 1992, rubrique « Eglises du Moyen-Orient ». Reportage reproduit dans les Etudes unitariennes avec l’autorisation de l’auteur

eglise_assyrienne__famille-a-toulouse.JPG1924 à Saint-Jory (près de Toulouse) un groupe de réfugiés « chrétiens assyriens » est accueilli par la famille du général Elloff. On aperçoit Mme et le Général en arrière plan.


A l'extérieur du village, à la lisière d'un bois de chênes, entouré par de larges prés, j'aperçois le château de mon ami Kodé' da Elloff et de sa compagne. Ma voiture passe devant un haut portail ouvert, un peu rouillé. Monsieur Elloff entouré par ses chiens de chasse m'attend. Nous nous entretenons du vide laissé depuis le décès de son frère aîné cet été ; de la nombreuse assemblée réunie au temple du Salin à l'occasion des obsèques.


K. Elloff : chez nous, le droit d'aînesse a de l'importance, David était le troisième de la famille ; moi, le huitième enfant. C'est lui qui, après le décès en 1969 de notre frère aîné Dimitri, s'était chargé de la cause de notre peuple. Dimitri avait créé, en 1960 à Toulouse, l'Association des Assyriens et amis des Assyriens (AAAA) et, en 1966 a organisé à Pau le premier congrès mondial assyrien d'où est sorti l’Alliance universelle des Assyriens (AUA). David avait repris le flambeau. Il entretenait une correspondance importante avec la diaspora assyrienne du monde entier : Etats-Unis, Australie, Suède, Allemagne, Irak, Iran, Liban, etc. Mais il nous parlait peu de ses relations et de ses démarches ; c'est pour cela qu'à Toulouse certains jeunes de notre communauté ont créé une association indépendante, ce qui nous a énormément peinés.

M. Jas : je les avais à l'époque aidés pour une demande de subvention. J'avais indiqué pour compléter le dossier pour le maire de Toulouse que la "croix occitane" avait très certainement été prise au Moyen âge par les comtes de Toulouse aux chrétiens nestoriens au moment des croisades.
K. Elloff : peu de personnes connaissent notre cause.
M. Jas : on entend parfois parler de « kurdes-chrétiens », que pensez-vous de cette appellation ?


eglise_assyrienne_st-jory_chateau.JPGDevant le château de Saint-Jory. M. Kodé'da Elloff, le fils du Général. nterviewé dans ce reportage. Photo et reportage : Michel Jas


K. Elloff : mon prénom Kodé' da est kurde. Il signifie « Dieu donné » ! Mais notre langue n'est pas le kurde. L'assyrien est de l'araméen, plus précisément du syriaque oriental (araméen moderne). Nous comprenons aussi le syriaque occidental parlé au Liban et en Syrie à côté de l'arabe. C'est une question d'accent, chez eux les mots se terminent par des « o », chez nous par des « a ». Il y a une dizaine d'années à la télévision, l'émission juive du dimanche matin a présenté les juifs du Kurdistan qui ont émigré aujourd'hui près de Tel-Aviv. Eh bien, ils parlaient exactement l'assyrien : je comprenais absolument tout !
M. Jas : vous parlez donc le syriaque.
K. Elloff : l'assyrien. C'est ma langue maternelle. A Saint-Jory nous parlions l'assyrien à la maison et pratiquions le français à l'école. Ma mère, en plus de notre langue et du français, savait parler le turc et l'arménien. Elle comprenait aussi le kurde, mais sans savoir le parler.
M. Jas : j'ai lu que Tarek Aziz, ministre de Saddam Hussein, était chrétien, et comme vous assyrien.
K. Elloff : il semblerait que oui, mais je ne sais rien de plus à son sujet ; il doit appartenir à une petite communauté assyrienne de Bagdad proche du pouvoir Baas. Une minorité de la minorité en quelque sorte ! ...
M. Jas : est-ce qu'on peut savoir l'attitude des Assyriens d'Irak pendant la guerre du Golfe ?

eglise_assyrienne_st-jory_kodeda-elloff.JPG

K. Elloff : ils durent souffrir autant que les Kurdes parce qu'ils vivent dans les mêmes régions montagneuses aux frontières avec la Turquie et l'Iran et certainement davantage à cause de leur confession chrétienne... Je viens de lire que 20 000 chrétiens auraient été tués par Saddam au moment de la révolte kurde, 75 000 expulsés et près de 100 églises détruites... Les ecclésiastiques irakiens, eux, évidemment, font des déclarations modérées.
M. Jas : je suis terrifié. Les chrétiens nestoriens qui étaient nombreux au Moyen-Age puisqu'ils avaient évangélisé la Chine et l'Inde, n'étaient déjà plus que l'ombre d'eux-mêmes après leur repli en Hakkiari, puis le génocide au début du siècle.
K. Elloff : nous avons lutté aux côtés des Alliés lors de la première guerre mondiale, puis nous avons été abandonnés à nos persécuteurs quand les Occidentaux se sont retirés.
M. Jas : j'ai entendu au moment de la guerre du Golfe que les chefs kurdes avaient lancé sur leurs radios des appels à la révolte en kurde et aussi en assyrien.

 

Monsieur Kodé'da Elloff dans la salle principale du château. Photo Michel Jas.


K. Elloff : les assyriens ont plusieurs fois lutté aux côtés des indépendantistes kurdes pour la liberté dans nos montagnes ; notamment aux côtés de feu le général Barzani, père de l'actuel chef indépendantiste kurde qui lutte contre Saddam. Mais malheureusement nous n'avons jamais pu passer d'accord satisfaisant avec les Kurdes. Ils sont plus nombreux que nous et ne veulent pas reconnaître notre identité araméenne. Ils désireraient nous intégrer en tant que "Kurdes-chrétiens", ce que bien entendu nous ne pouvons pas accepter.

M. Jas : je ne comprends pas votre refus.
K. Elloff : les Kurdes nous ont tout le temps persécutés.
M. Jas : ils sont musulmans aussi.
K. Elloff : il existe une petite secte religieuse non-musulmane chez les Kurdes, des gnostiques appelés "Yézidis" ou adorateurs du Paon (les
musulmans disent "adorateurs du diable"). Nous avons accueilli chez nous, il y a cinq ou six ans, un chef Yézidi qui passait à Toulouse. Mais je ne connais pas les secrets de leur religion.
M. Jas : Parlez-nous de vos parents.
eglise_assyrienne_general_agha_petros.JPGK. Elloff : mon père, le général Agha Petros Elloff (photo jointe), était commandant en chef des forces assyro-chaldéennes (les chaldéens, majoritaires dans le pays, ce sont des Assyriens convertis au catholicisme). Au moment de la guerre 14-18, il fut contacté par les Alliés pour former une armée contre les forces turco-allemandes... Il entreprit 12 combats et remporta 12 victoires ! Je ne sais pas s'il est né dans la plaine de Mossoul, à côté des ruines de l'antique Ninive, ou plus au nord dans le Hakkiari aux confins de la Turquie, de l'Iran et de l'Irak. Nos tribus vivaient en relative autonomie dans ces montagnes très isolées avant les bouleversements coloniaux puis nationaux modernes.
Ma mère qui s'appelait Akras Zarifa est née à Ourmiah, l'actuelle ville de Rézaié en Iran. Elle était aussi d'une « bonne » famille. Mon grand' père était consul de Perse.

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 16:18

A partir de Damas, la Syrie est évangélisée et l’Euphrate est franchi au niveau royaume d’Edesse *. En 57, le roi d’Edesse, Ma’nu VI y persécute les chrétiens. Les prémisses de l’évangélisation du royaume sont attribués à Thaddée (l’un des 70 disciples de Jésus), sous le règne d’Abgar Ukama (ou le Noir).
* Sanurfa dans l'actuelle Turquie orientale, non loin de la frontière syrienne, à l’intérieur d’une boucle que l’Euphrate dessine au sortir des montagnes, à l’est de ce grand fleuve ; la ville est établie elle-même sur les rives du Daysan.


Vers 204, Agbar IX se convertit au christianisme. Le christianisme syriaque se développe autour d'Édesse et de nombreux monastères sont construits, en particulier celui "de la colline", le Torâ-dOurhoï. Une école de théologie voit le jour. Elle jouera un rôle important au sein de l'Eglise perse (nestorienne). Le Mandylion d'Edesse (lien) est attesté au milieu du IVème siècle par Eusèbe de Césarée (260-339) qui évoque à ce propos les polémiques provoquées par un nouveau culte de l'image du Christ.

Du II° au IV° siècle, le christianisme se répand lentement dans les provinces occidentales, de langue araméenne, de l’Empire perse, où il côtoie le mazdéisme (religion ancienne de la Perse attribuée au prophète Zarathoustra, datant de 1000 ans avant notre ère), le judaïsme (depuis que des Juifs y furent exilés en 721 – toujours avant notre ère - après la prise de Samarie, la capitale du royaume d’Israël, puis en 587 après la prise de Jérusalem, la capitale du petit royaume de Juda, enfin avec les déportations de 582-581) * et le manichéisme (syncrétisme d’inspiration gnostique initiée par le Perse Mani 216-276 après Jésus-Christ)
* l’empereur perse Cyrus (qui défait les Assyriens en 539) permet le retour des exilés en leur pays par un édit de 538 ; mais de nombreux juifs restent sur place, notamment à Babylone.


Une Eglise apostolique de l’Orient se constitue en Perse. En 431, elle ne suit pas les décisions du concile d’Ephèse qui a condamné la thèse du patriarche de Constantinople, Nestorius, lequel défendait la double personne, humaine et divine, du Christ (si bien que Marie est « Mère du Christ », mais non pas « Mère de Dieu »). Elle prend son autonomie sous la direction du catholicos de Séleucie-Ctésiphon (au sud de Bagdad). En 471, l’évêque de Nisibe (ville à l’est d’Edesse), Barsauma, accueille dans sa ville Narasaï, le chef de l’Ecole des Perses d’Edesse qui a été destitué pour nestorianisme. Pendant plusieurs siècles, l’Ecole de Nisibe constituera une pépinière d’hommes d’Eglise et de théologiens pour l’Eglise syrienne orientale. En 484, au concile de Bet-Lapat, la théologie de Nestorius est adoptés officiellement par l’Eglise de Perse et les autres confessions chrétiennes sont bannies par les autorités perses.


Au temps du patriarche Mar Aba Ier (540-552) le mouvement d'expansion s'intensifia et s'étendit sur toute l'Asie. Les missionnaires suivaient les voies tracées par le commerce et les itinéraires des caravanes, principalement de celles qui transportaient la soie et les épices, traversant le Turkestan et la Mongolie, jusqu’à la Chine où leur première présence est attestée dès avant la dynastie T'ang, en 520. Vers l’Ouest, les Nestoriens sont présents en Arménie, en Palestine et à Chypre. Les missionnaires partent également pour la côte Ouest de l’Inde, la région Malabar. Ces chrétiens de l’Inde, qui ont le syriaque pour langue liturgique et qui se disent évangélisés par l’apôtre Thomas, se rangeront aux côtés de l’Eglise de Perse. De là, les missionnaires traversent l’océan indien, atteignent les îles de Bornéo, à Sumatra, à Java, aux Moluques, à la Malaisie, puis remontent le long des côtes en Mer de Chine méridionale.


En 540-545, les Nestoriens sont persécutés par les Perses, et en 609-628 le catholicossat nestorien est vacant, mais les Arabes conquièrent l’Empire perse en 633. Les Nestoriens ont alors le statut de minorités tolérée que les autres « gens du Livre » ; autres chrétiens, Juifs et Sabéens (cités ainsi dans le Coran, et qui sont connus aussi comme Mandéens, puis par les Portugais comme les « Chrétiens de Saint Jean » car ils se réfèrent à Jean-Baptiste).


Leur expansion se renforce et se poursuit sous cette domination arabe, Dès la seconde moitié du VIIe siècle, les tribus tibétaines étaient touchées par l'apostolat des missionnaires de l'Église d'Orient. Le Tibet – en araméen Beth Tûptayé –, a compté au VIIIe siècle un métropolite, avec plusieurs évêques sous son autorité *
* Le patriarche Timothée Ier (728-823) fait mention des chrétiens du Tibet dans une lettre écrite aux moines du couvent de Mar Maroun, en 782. Dans celle envoyée à son ami Serge, métropolite d'Élam, il écrit en 794 : « Ces jours-ci, l'Esprit consacra un métropolite pour les Turcs ; nous en préparons un autre pour les Tibétains ».


Cette présence nestorienne en Chine, jusque dans les sphères du pouvoir, persévère jusqu’au XIV, la dynastie mongole octroyant des privilèges divers aux chrétiens nestoriens. Selon le missionnaire Jean de Plan Carpin et le savant syriaque Bar Hebraeus, l'empereur Güyük (1246-1248) fut même chrétien. Cette influence chrétienne s’étendait jusqu’en Manchourie et en Mongolie orientale où un prince chrétien mit la croix sur les étendards de son armée composée presque uniquement de chrétiens.


Nestorian-Stele_photo_1892.jpgnestorian_stele_photo_1907.jpg

 

Cette stèle fut déterrée par les Jésuites en 1623. La photo de gauche date de 1892 et celle de droite de 1907, source : Wikipedia

 

Ce christianisme était parfaitement intégré aux cultures locales. Les missionnaires conservaient l'araméen comme langue sacrée liturgique, ils admettaient les lectures et les hymnes dans la langue du pays : il existait des lectionnaires, des chants et des psautiers dans des langues d'affinités différentes, comme le hunnique, le persan, le ouïgour, le turc, le mongol, le chinois et le sogdien. L’alphabet araméen sert de langue graphique pour la transcription de langues locales. En tous cas, les peuples asiatiques ne percevaient pas ce christianisme comme une excroissance de leur corps national. En atteste la stèle de Si-ngan-fou, érigée en 781, dont l'exposé doctrinal chrétien use d'expressions bouddhistes et taoïstes susceptibles de rendre le christianisme compréhensible aux adeptes de ces religions. Des monastères furent construits. L’évêque de Chine fut érigé au rang de métropolite.

 

Nestorian-Stele_haut.jpg

 

Nestorian Stele texte syriaque

 

La stèle nestorienne de Si-ngan-fou : en haut, écriture en chinois ; en bas, une inscription en syriaque. Source : Wikipedia

 

La réaction nationaliste en Chine, qui accompagna l'arrivée au pouvoir de la dynastie des Ming (1368-1644) succédant aux Yuan, réduisit toute chance de survie de l'Église d'Orient. Les étrangers furent chassés et tout s'écroula.


Source (et pour en savoir plus) : "De Babylone à Pékin, l'expansion de l'Église nestorienne en Chine" par Joseph Yacoub, professeur de sciences politiques à l'université catholique de Lyon, sur le portail Chine Informations (lien).

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:58

plotin.jpgPlotin (205 - 270 après J.-C.) était un philosophe romain de l'Antiquité tardive. Il fut le fondateur d'un courant philosophique appelé « néoplatonisme », qui influença de manière profonde la philosophie occidentale. Il installa son école à Rome, en 246. Sa relecture des dialogues de Platon fut une source d'inspiration importante pour la pensée chrétienne, en pleine formation à l'époque. L'intégralité de ses écrits a été publiée, par un autre disciple fidèle, Porphyre de Tyr, dans les Ennéades. La pensée de Plotin est originale en ce qu'elle approfondit la réflexion de Platon et d'Aristote sur la nature de l'Intelligence. Source Wikipedia (lien).


Dans La République, Platon dressait déjà un schéma tripartite de l'âme. Disciple de Platon, Plotin, à partir de la distinction platonicienne entre le monde sensible et le monde des idées, conceptualise dans l'au-delà du monde matériel la présence de 3 hypostases qui sont le principe de l'univers :


- Au centre se trouve l'Un. Immobile, permanent, il possède en lui-même le principe de son existence, il est la source même de son âme. Il précède tout ce qui existe et en fonde l'être.
- Émanant de l'Un et l'entourant, se trouve l'Intelligence. Elle est immobile et contient en elle la multiplicité des idées et des formes.
- Ensuite l'Âme qui émane de l'Intelligence. Elle est animée d'un mouvement circulaire et centrifuge qui la conduit à se diffuser vers le monde de la matière.


On trouve ici un modèle (je dis bien un modèle et non pas le schéma exact !) de la Trinité élaboré au début du IIIème siècle après J.- C. et qui aura un grand écho dans le monde intellectuel antique, au moment même ou l'Église essaiera de donner un fondement argumenté à la doctrine trinitarienne (le concile de Nicée se tiendra en 325, celui de Chalcédoine en 451).


Plotin appelle le mouvement de qui part de l'Un vers le monde sensible via les deux autres hypostases la procession. Dans l'optique néoplatonicienne, le but de la vie spirituelle est la conversion, c'est à dire suivre le cheminement en sens inverse par le biais de la contemplation.


Laurens Trobat, protestant unitarien, message du 27 février 2011 au forum « Unitariens francophones » (lien)

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 05:28

Les intellectuels arabes signataires du présent manifeste considèrent les attaques barbares contre les chrétiens en Irak comme des crimes contre l'Humanité.

Ces crimes qui s'inscrivent dans une série de crimes collectifs visant les civils irakiens, toutes appartenances confondues, constituent un des aspects de la guerre livrée contre la liberté des individus et des minorités, ainsi qu'à leur droit légitime à la vie, à l'opinion et à l'expression.

Les actes de répression et d'intimidation que subissent les populations civiles irakiennes en général, les chrétiens en particulier, visent à vider l'Orient arabe de sa plus vieille composante humaine et à défaire sa pluralité civilisationnelle, ainsi que sa diversité culturelle, anéantissant ainsi l'acception même de cet Orient.

Ceux qui perpétuent ces crimes au nom de la pensée et de l'appartenance uniques pointent leurs armes contre tous les peuples de la région et contre ses générations futures, préparant à des guerres obscurantistes sans fin dans l'ensemble des pays arabes.

Nous appelons le peuple irakien à une prise de conscience immédiate avant qu'il soit trop tard et avant de sombrer dans le gouffre de la haine confessionnelle et de la pensée rétrograde et passéiste.

Signataires

 

Salah STETIE, ADONIS, Nabil ABOU-CHACRA, Issa MAKHLOUF, Nabil BEYHUM, Soraya ABOU-CHACRA, Nabil El AZAN, Abdel Rahman El BACHA, Khalida SAID, Gérard KHOURY, Béchara TARABEY, Myassa MESSAOUDI, Abdellatif LAABI, Fayçal JALLOUL, Venus KHOURY, GHATTA, Waciny LAARAJ, Ali NASSEREDINE, Saffa FATHY, Houria ABDELWAHID, Mustafa SAFOUAN, Dominique EDDE, Rochdi RACHED, Malek CHEBEL, Iman BAKRI, Abdelwahab MEDDEB, Schéhérazade HASSAN, Maram MASRI, Hassan CHAMI, Bouchra ISTAMBOULI, Bachir HILAL, Kadhim JIHAD HASSAN, Issam SAAD, Bourhan GALYUN, Nayla ABDULKHALEK, Saloua BEN ABDA, Nada ABBOUD.

Source : site Al Oufoq : http://www.aloufok.net/spip.php?article2761 (lien)

 

ndlr : Nous remercions Michel Roussel pour la transmission de cette information

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 01:48

"Itinéraires Spirituels" est un atelier du Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne (GAIC)


Karima Berger et Christine Ray vous proposent un atelier le dimanche 19 décembre 2010, de 16h à 18 heures, à l'Espace Le Scribe l'Harmattan, 19 rue Frédéric Sauton / Place Maubert, Paris V°, métro Maubert-Mutualité. Participation aux frais 4 €


epitre_des_freres_de_la_purete.JPGKarima BERGER est née en Algérie. Elle a publié plusieurs romans et nouvelles. Eclats d'islam, Chroniques d'un itinéraire spirituel, publié en 2009 aux éditions Albin Michel est un journal qui en écho aux « bruits » multiples de l’actualité de l’islam, cherche à renouer le fil d’une intériorité de l’entre-deux en tissant sa propre part spirituelle, en tant que sujet singulier, femme, musulmane et laïque. Son dernier ouvrage, un recueil de nouvelles, Rouge Sang Vierge vient d’être publié aux Editions El Manar.


Epître des frères de la pureté, Bassorah, 10ème siècle


Christine RAY a vécu plusieurs années en Algérie dans les années 80, où elle était journaliste. Elle a notamment publié Le cardinal Duval, un homme d'espérance en Algérie, éditions Cerf et Christian de Chergé, la biographie spirituelle du prieur de Tibhirine, récemment réédité chez Albin Michel. Actuellement artiste peintre et directrice de collection Témoins d'humanité, éditions de l'Atelier.

 

Ces ateliers proposent, entre chrétiens et musulmans un partage spirituel dans l'esprit suivant :


Chrétiens et musulmans, chacun(e) est objet d’un paradoxe que seul le Créateur peut aider à soutenir : d’un côté on est appelé par Dieu individuellement, à travers un itinéraire particulier fait d’innombrables face à face, dans une solitude absolue ; et de l’autre, on voit s’inscrire cet itinéraire dans un cheminement communautaire selon une tradition spécifique.

 

De même que le partage est possible et même indispensable au sein d’une même communauté, il l’est aussi d’une communauté à l’autre dans une humanité qui va à la rencontre de son Seigneur.

 

Déroulement des rencontres : Un petit groupe de chrétiens et musulmans vit ce partage, depuis la rentrée 2006-2007, selon une éthique bien définie : il s’agit de faire part, d’une manière libre, simple, claire et sincère, de notre rencontre avec Dieu en s’attachant aux deux dimensions personnelle et communautaire, aux moments forts, aux souvenirs de figures qui nous ont soutenu(e)s et aidé(e)s …


But et finalités : Le but en est certainement de nous soutenir mutuellement dans nos fois respectives en constatant comment Dieu nous choisit librement, en façonnant chacun et chacune d’entre nous d’une manière unique et similaire à la fois, comment Il se rend présent dans nos vies et comment Il accomplit Sa promesse au fil des jours.


Il s’agit aussi de découvrir nos religions respectives à travers un itinéraire personnalisé où l’expérience vécue, éclairée par les connaissances livresques, dessine nos profondes identités.


Principes à respecter :

1. un itinéraire spirituel se partage et ne se discute pas,

2. aucun esprit missionnaire ne préside aux échanges,

3. nous évitons de verser dans des préoccupations psychanalytiques ou thérapeutiques. 

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 12:29

suite et fin

 

croix-huguenote--en-bronze.jpgEn mettant l’accent sur la troisième personne de la formule ternaire : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, le montanisme va ouvrir le chemin à la Trinité. Le concile de Nicée en 325, traitera seulement du rapport entre le Père et le Fils, et ce sera celui de Chalcédoine, en 381, qui va diviniser le Saint-Esprit. Montan alors, n’aurait peut-être plus été traité d’hérétique !

* Selon cette doctrine, Dieu consiste en une seule substance divine en trois personnes distinctes (le Père, le Fils et Le Saint-Esprit), trois « hypostases », égales et participant à une même « essence » dite consubstantialité ou homoousia.


croix huguenote en bronze, avec la colobe représentant le Saint-Esprit (depuis la scène du baptême de Jésus relatée par les évangiles)

 

On trouve le mot grec Τριας / Trias, qui signifie « trois », à propos des trois Personnes divines, pour la première fois (vers 180) dans les écrits de Théophile d'Antioche (évêque de 169 à 177/178, mort en 183 ou 185, dans A Autolycus, II, 15), qui lui-même n’affirme pas être l’inventeur du mot dans cette acception, puis est employé par Hippolyte de Rome (originaire d’Alexandrie, 170-235, dans Contre Noët, 14). C’est Tertullien qui a introduit le terme Trinitas dans le lexique théologique latin (dans Contre Praxeas). Mais « Trias » n'est pas employé aux conciles de Nicée, Constantinople I, Chalcédoine ; le mot s'est imposé plus tard avec Athanase d'Alexandrie (vers 298-373)


Il reste que les Eglises chrétiennes en général sont toujours restées réticentes pour un culte séparé au Saint-Esprit, les mouvements spirituels restant très discrets, carrément étouffés par les Réformateurs du XVIème siècle, … jusqu’à ce que les pentecôtistes et charismatiques n'investissent cette dimension au début du XXème siècle.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le christianisme épiscopal
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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 11:55

suite de l'article précédent


Montan (Mo-Nathan / Mé-Nanthe, latinisé en Montanus) serait né à Ardabau, un village de Phrygie (Asie mineure) vers le milieu du IIème siècle. Ancien prêtre « païen », probablement du culte de Cybèle, il lance un mouvement charismatique de la mouvance johannique où il se présente comme le médium du Paraclet que Jésus aurait annoncé selon l’évangile de Jean (et seulement cet évangile !). En tout cas, c’est cet évangile qui a les faveurs des adeptes. Le mouvement est eschatologique, valorise le martyr (que les évêques Ignace et Polycarpe ont eux-mêmes exalté) mais cette fois ci en demandant à leurs adeptes d'aller au-devant, de se dénoncer eux-mêmes aux autorités, d'aller les provoquer, et est d'une ascèse encratique (en voir la définition dans l'article précédent). 


En extase, entouré de prophétesses, telles Maximilia (son épouse ?) et Prisca / Pricilla (sœur de la précédente) *, Montan profère des paroles qui viennent d’en haut. Ainsi, dans un fragment conservé par Épiphane (au IVe siècle), et qui lui a été attribué, il déclare : « Je suis venu non comme un ange ou un ambassadeur, mais comme Dieu le Père .» (mais cette citation ou ce raccourci tardif est à prendre avec des pincettes. Le raccourci final dérive sans doute du johannique : "nul ne connaît le Père que par le Fils"...). Figure d’un christianisme anatolien assurément populaire, Montan ne se prétendait pas être le Paraclet lui-même, mais un médium humain en extase prophétique.

* Les autres christianismes hétérodoxes (valentiniens, marcionistes ou nicolaïtes) accordèrent eux aussi une place éminente aux femmes. Jérôme traitera Maximilia et Prisca de «folles démoniaques et hystériques, causes de nombreux scandales».


Le montanisme apparaît au moment où l'Église s'organise en système. Ces chrétiens rejetaient le clergé et toute hiérarchie, puisque Jésus avait promis d’envoyer le Paraclet (toujours pas encore arrivé !), directement à chacun, lequel Esprit de Vérité devait conduire les chrétiens et demeurer éternellement avec eux pour leur enseigner les choses que les contemporains de Jésus n'avaient pu comprendre durant son bref enseignement. En fait, c’est un rappel de ce qu’on appelle aujourd’hui le Saint-Esprit et qui, à l’époque, ne s’était pas encore bien distingué comme acteur indépendant de l’invocation à Jésus. Il n’est pas tant hérétique (surtout après la divinisation de cet Esprit Saint avec le premier concile de Chalcédoine en 381) que schismatique puisqu’il se fait en dehors du cadre épiscopal !

 

asie mineure

 

Déclenché en 172 selon Eusèbe, le mouvement est assurément populaire et gagne de l’ampleur. Montan ne semble pas avoir présidé longtemps à l'œuvre qu'il avait commencée. Le plus probable est qu'il mourut en martyr, dès 173, du grand mouvement de professions de foi collectives et publiques qu'il avait déclenché dans l'espoir d'une parousie imminente... Mais sans lui le mouvement continue. Il est possible que les martyrs de 177 localisés à Claudiopolis (= Lyon) par Eusèbe (dans un texte tardif, vers 325) furent plutôt ceux d'une ville jouxtant la Galatie et, dans ce cas, ils signaleraient une extension du montanisme, entre 172 et 177, du sud au nord de l'Anatolie. Le christianisme ne s'est en effet implanté en Gaule, via Arles, qu'un siècle plus tard.

 

Désavoué par les évêques locaux qui excommunient les adeptes (c’est l’hérésie phrygienne, cataphrygienne ou encore pépusienne). les montanistes, en 177, en appellent aux chrétiens d'Occident dont plusieurs sont en prison pour leur foi ; ils s’adressent à Éleuthère, évêque de Rome de 175 à 189, « pour la paix de l’Eglise ». La visibilité des montanistes et leurs excès font en tout cas causer les auteurs païens : les premières grandes réactions critiques contre les "chrétiens", avec le "Peregrinus" de Lucien et le "Discours de vérité" de Celse, en 178, semblent être un contrecoup du mouvement montaniste.

 

En 180, l’empereur Commode (qui règne de 180 à 192) accorde une trêve aux chrétiens. Selon le Liber Pontificalis, un édit d'Éleuthère décrète qu'aucune nourriture n'est impure : « Et hoc iterum firmavit ut nulla esca a Christianis repudiaretur, maxime fidelibus, quod Deus creavit, quæ tamen rationalis et humana est », combattant ainsi des pratiques héritées des prescriptions juives sur la pureté des aliment et apaisant ainsi le débat.


Malgré la condamnation des évêques d’Asie mineure, fin IIème et début IIIème, le mouvement survit puisqu’on a retrouvé des inscriptions au Nord de la Phrygie datées d'entre 249 et 279. Il a sans doute même perduré jusqu’au VIème siècle dans les refuges de la Phrygie et de la Cappadoce si l’on en croit la haine de l’évêque Jean d’Ephèse vis-à-vis des restes de Montan et de ses prophétesses


Jean d’Ephèse, écrivain syriaque né en 507 en Asie Mineure, évêque monophysite du VIe siècle, agissant sur ordre de Justinien 1er, fait déterrer les cadavres de Montan et des prophétesses, pour éradiquer définitivement l’hérésie. A Constantinople depuis 535, il jouit de la confiance de l’empereur jusqu’à la mort de celui-ci en 565. Il obtient le rang d’évêque lorsqu’il est envoyé en mission pour convertir les derniers païens du centre de l’Asie mineure en 542 ; d’après Jean d’Éphèse, 70 000 d’entre eux sont baptisés. Il construit un vaste monastère à Tralles, sur les collines de la vallée du Méandre, et plus de 90 autres plus petits, le plus souvent sur l’emplacement de temples païens démolis. En 546, l’empereur lui confie la tâche de découvrir les pratiques idolâtres encore en cours à Constantinople et aux alentours. Il mène sa mission avec zèle, torturant les suspects. L’enjeu est alors important puisqu’il s’agit de convertir les derniers païens de l’Empire d’Orient afin de renforcer la chrétienté face à l’expansion des zoroastriens de la Perse Sassanide.

Tertullien.jpgGrâce au soutien de Tertullien, à partir de 207, le montanisme a connu un rebond dans la Carthage du IIIe siècle. Quintus Septimus Florens Tertullianus, dit Tertullien, né entre 150 et 160 à Carthage (actuelle Tunisie) et décédé vers 230-240 également à Carthage, est un écrivain de langue latine issu d'une famille berbère romanisée et païenne. Il se convertit au christianisme en 193 et devient la figure emblématique de la communauté chrétienne de Carthage. Théologien, père de l'Église, auteur prolifique, catéchète, il lutte activement contre les cultes païens et est considéré comme le plus grand théologien chrétien de son temps.

A suivre ...

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 11:18

par Jean-Claude Barbier

ignace_antioche.jpgLorsque Ignace, évêque de Syrie à Antioche, parcourt l’Asie Mineure pour se rendre à Rome afin d’y être jeté aux lions (en 109 ou 113), à la fin du règne de Trajan, il profite de l’occasion pour rencontrer des évêques d’Asie mineure, en passant par Philadelphie puis par Smyrne et Troas. A Smyrne, il y rencontre Polycarpe, jeune évêque de Smyrne – à qui il prodigue des conseils – et reçoit en audience des délégations d’autres villes (Ephèse, Magnésie et Tralles). Puis parvenu à Troas, il envoie une série de lettres à ses récents interlocuteurs (et une autre directement à Polycarpe). Il envoie aussi une épître aux Romains avant que d’arriver à Rome.

 

Nous y découvrons un évêque prônant l’unité des chrétiens autour de leur évêque, du presbytérium (constitué des presbytres) et des diacres ; cela au nom de l’unité de l’Eglise de Jésus-Christ. Il tempête contre les premiers hérétiques que sont les judaïsants et les gnostiques dont les docètes, condamne ceux qui font bande à part : seuls les baptêmes et les eucharisties faite par l’évêque ou ses délégués sont valides.

Vers 140/142, l’évêque Hygin (évêque de Rome entre 136 environ et 140–142) exclura de sa communauté romaine le gnostique syrien Cerdon (dualiste avec deux principes indépendants, il rejetait la plus grande partie des Écritures, et – comme les docètes - soutenait que Jésus-Christ n'avait qu'un corps fantastique) et le gnostique égyptien Valentin d'Alexandrie, enseignant à Rome de 135 à 160 (à la mort d’Hygin, il posa sa candidat pour être évêque de Rome en 143 !) – il faut dire que le gnosticisme de Valentin est particulièrement ésotérique et tout à fait délirant, restant toutefois nominativement chrétien car intégrant le Christ et Jésus dans une construction que la science-fiction actuelle ne désavouerait pas ! (lien ).

 

Marcion--enseignant.jpg

Marcion enseignant à Rome

 

Marcion, né vers 85, fils de l’évêque de Sinope dans la province du Pont, (par ailleurs riche armateur des bords de la Mer noire), arrive à Rome en 135. Il fut l’élève de Cerdon dont il amplifia le dualisme, opposant le Dieu de l’Ancien testament, pour les Juifs, et le Dieu du Nouveau Testament, celui de Jésus et des chrétiens ; il renforça aussi la sélection des textes, rejetant bien entendu l’A.T. et trouvant dans les épîtres de Paul une justification de l’opposition entre la Loi des Juifs et la Grâce accordée aux Païens, faisant de lui un digne prédécesseur de Martin Luther (voir l’article de Gaston Deluz dans Evangile et Liberté « Marcion (85-160) ou l’Ancien Testament est-il périmé ? » (lien). Il se fait exclure en 144 de la communauté romaine par l’évêque Pie 1er, qui vient de succéder à Hygin, mais il reste à Rome et, bon organisateur, il fonde une Eglise parallèle qui connaît un vif succès dans tout l’empire christianisé. Marcion mourut peut-être entre 161 et 168 ; on n’entend plus parler de lui sous le règne de Marc-Aurèle ; mais son Eglise perdurera jusqu’au Vème siècle. La plupart des survivants rejoidront le dualisme manichéen.


asie mineure archeologieUne éthique chrétienne faite d’humilité et de service, d’exemplarité morale et spirituelle aussi, accompagne la mise en place de ces autorités locales (évêque, presbytes formant le presbytérium, et diacres). Ignace d’Antioche conseille à son jeune confrère Polycarpe d’être attentif aux uns et aux autres, etc. Mieux, Les évêques voisins sont en relation, s’envoient des messagers et des délégations, s’écrivent (lettre de Clément de Rome aux Corinthiens vers 95, lettres d’Ignace d’Antioche vers 109/113, lettre de Polycarpe de Smyrne aux Philippiens – quelques années après le passage d’Ignace d’Antioche, etc.). Ce sont de très belles lettres empreintes de courtoisie, de louanges, d’encouragements, de conseils, de fraternité, de considérations pastorales, d’affirmation de la foi. Celui qui envoie la lettre n’a pas l’esprit de vouloir exercer une relation de supériorité, mais Rome est considérée comme une importante communauté, avec les figures de Pierre et de Paul, par Ignace d’Antioche.


Certes les évêques sont alors élus, mais il peut arriver que des dissidents soient mécontents (cas à Philadelphie lors du passage d’Ignace d’Antioche) ou que certains trouvent l’évêque trop jeune pour assumer la fonction (cas à Ephèse, cf. le même Ignace), ou encore trop médiocres (Hippolyte de Rome est proclamé anti-pape en 217 par ses partisans et le restera jusqu’à sa mort en 235), mais ce seront surtout les hérésies qui mettront à mal le système (les chrétiens judaïsant, les gnostiques encratiques, docètes, les marcionites, etc.).


"L’encratisme est un mouvement religieux ascétique des premiers siècles, lié au gnosticisme et au manichéisme, qui condamnait l’acte de chair et l’alimentation carnée afin d’atteindre l’état le plus proche de celui de l’âme non corrompue. On appelle encratite ou encratique l’adepte de l’encratisme" (Christian Godin, Dictionnaire de philosophie, Fayard / éditions du temps, 204p. 402). Les encratiques vont jusqu’à déconseiller le mariage. Ils interdisent l’usage du vin ; Tatien le Syrien préconisait l’eau pour l’eucharistie !


Et puis, il y a tous ceux qui, se sentant inspirés par Dieu, sont des entrepreneurs religieux hors de tout contrôle épiscopal. Certes Ignace reconnaît les prophètes, mais désormais on les devine sous le contrôle épiscopal au nom de l’unité de la communauté. Cette passion de l’unité autour de l’évêque fera la grande force d’un christianisme naissant s’appuyant sur la tradition transmise, sur les textes du Nouveau testament, déjà tous très utilisés dès cette époque ; et à contrario la faiblesse d’autres mouvements chrétiens qui sont moins institutionnels. Mais à l’orthodoxie de ce maillage épiscopale, vont répondre des mouvements populaires, se développant en milieux ruraux d’une façon diffuse.


Le montanisme en est un des premiers exemples

A suivre ...

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 19:14

par Jean-Claude Barbier, chrétien unitarien, France

 
table ronde « Servet, Biandrata, Calvin et la tolérance : l’actualité d’une leçon »,
colloque international « La liberté de conscience au cœur même des droits de l’homme »
organisé par l’Association Biandrata à Saluzzo (Italie),
les 21 et 22 mai 2010 (à l’Ancien palais communal, Salita al Castello, Saluzzo, Italie)
en « Hommage à Michel Servet et à Georges Biandrata »,


Dans les sociétés démocratiques, la liberté de conscience, de penser, de s’exprimer fait aujourd’hui partie des droits élémentaires de toute personne, avec cependant des limites qu’il convient de rappeler : ne pas tenir de propos racistes ni xénophobes, ne pas exciter à la haine meurtrière (appel au crime), ne pas accuser autrui sans justificatif, rester courtois dans les échanges, etc. Les valeurs de tolérance, de cohabitation pacifique, de respect des autres se sont largement diffusées et chacun est désormais invité à prendre la parole sans agresser son voisin.

En cela, les humanistes des réformes protestantes du XVIème siècle ont-ils été de bons exemples ? Que ce soit à Villanueva de Sijena, à l’initiative de l’Instituto de estudios sijenenses Miguel Servet, à Saluzzo à celle de l’Associazione Biandrata, ou encore durant la commémoration à Genève du 500ème anniversaire de la naissance de Jean Calvin, on nous cite en exemple ces protestants qui firent avancer la chrétienté vers plus de conscience individuelle à partir d’une lecture désormais directe et personnelle de la Bible.

Des militants

Certes ! mais ces personnes étaient encore très loin de la liberté de penser telle que nous l’entendons aujourd’hui. Même Michel Servet acceptait – comme chez les luthériens – qu’une personne soient déclarée indésirable à cause de ses idées et exilée. La diète de Torda en 1568 (sous le règne du roi Jean Sigismond de Transylvanie), premier édit de tolérance et bien en avance sur tous les autres pays européens d’alors, accorde la liberté de culte aux seuls catholiques, luthériens, calvinistes et unitariens … mais ne parle pas de la foi orthodoxe qui était pourtant la religion des premières populations de cette région ni des autres religions (juifs, sabbatéens, musulmans), encore moins de l’athéisme. Le progrès consistait alors à demander qu’on n’accapare pas les biens du proscrit et qu’on ne le malmène pas à cause de ses opinions.

En fait nos humanistes était des personnes de conviction : Miguel Servet, dans sa correspondance avec Jean Calvin, polémique avec lui à propos d’interprétations tirées de la Bible ; Giorgio Biandrata demande et obtient que les disputes théologiques n’utilisent que des arguments tirés de la Bible ; c’est toujours au nom de la même Bible que ce dernier fait appel à Fausto Soccini afin qu’il convainc le Hongrois Ferenc David de maintenir le culte à Jésus. Nous avions à faire à des hommes engagés, dont les polémiques étaient publiques et virulentes. C’étaient des hommes qui cherchaient la vérité et qui défendaient leurs points de vue. La vérité était alors unique, toute entière contenue dans la Bible, lieu de la seule Révélation divine. C’étaient ce qu’on appelle aujourd’hui des fondamentalistes.

Les chrétiens unitariens, qui se disent, héritiers des anti-trinitaires de ce siècle, sont-ils encore des radicaux affirmant des idées et en rejetant d’autres ? Pour ma part, je vais répondre par l’affirmative.


- oui à un Dieu monothéiste, unique, universel, le même pour tous les peuples ; et non à ceux qui se prétendent peuple élu, qui disent posséder la vraie religion, la seule Révélation valable, se sentent plus près de Dieu que les autres, forment la « vraie » Eglise, vivent le « vrai » christianisme, etc.


- non à la divinisation de Jésus et à une sotériologie (doctrine du salut) dont il serait la porte d’entrée incontournable par on ne sait quelle énigme ontologique.


- non aux dogmes ou autres affirmations qui se présentent comme des mystères non accessibles à la raison humaine


- oui à l’approche historico-critique des Ecritures et aux progrès des connaissances scientifiques lesquelles priment sur les connaissances anciennes véhiculées par les religions.


- oui à un christianisme pluriel qui a toujours existé et que symbolise magnifiquement les 4 évangiles et la résistance à la tentation de rédiger un diatessaron (1) et non aux Eglises impérialistes.


- non aux mouvements intégristes, politico-religieux, sectaires que ce soit dans le champ chrétien ou dans ceux des autres religions ; oui à la démocratie et à la laïcité.

La liberté de pensée, mais au service d’une exigence de vérité, d’une transcendance qui élève moralement et spirituellement l’Homme.

Pas gentils les chrétiens unitariens ? quelque peu ombrageux ? non portés au compromis et au consensuel ? Cela dépend bien sûr du caractère de chacun et de sa façon de s’exprimer, au style plus ou moins non religieusement correct. Mais c’est vrai qu’il y a un positionnement nettement plus engagé que les mouvances libérales habituelles. Alors que celles-ci sont portées à relativiser les croyances, à les resituer dans un contexte historique et culturel et non dans une formulation définitive, à mettre l’accent sur celles qui sont importantes en gommant sinon en occultant les divergences, à dégager des dénominateurs communs, à taire les désaccords théologiques au sein de communautés paroissiales, le christianisme unitarien est plus nettement identitaire : il affirme une vision du christianisme, une théologie, une tradition, une histoire, une culture. C’est ainsi que, réunis à Avignon en août 2007, les chrétiens unitariens d’Europe ont tenu à proclamer un manifeste (2).

Ce radicalisme explique les disputes idéologiques des unitariens qui se sont successivement distingués d’avec les tenants du culte à Jésus (à Kolozsvar en Transylvanie et en Lituanie) (lien), les ariens et les sociniens (en Angleterre), puis les congrégationalistes libéraux de Boston, en Nouvelle-Angleterre.

Qui se sont ouverts au pluralisme démocratique

Mais l’unitarisme contemporain s’est diversifié et, à la fin du XIXème siècle aux Etats-Unis, les assemblées chrétiens unitariennes ont ouvert leurs rangs à des non-chrétiens (agnostiques, puis athées spirituels appelés aux Etats-Unis « religious humanists ») qui se réfèrent eux aussi aux valeurs de l’Evangile indépendamment de la personne même de Jésus.

 

Ce christianisme d’ouverture a continué sur sa lancée avec des croyants d’autres religions ou mouvances spirituelles (bouddhistes, ba’hais, soufis, néo-païens, etc.) ; il a abouti à des congrégations hétérogènes où chaque personne est respectée dans sa propre foi dès lors qu’elle fait effort pour vivre des valeurs à portée universelle. C’est donc la contribution à l’universel des patrimoines culturels et religieux particuliers qui se trouvent valorisée. A la Bible comme autorité suprême se s'est substitué le partage des grandes sagesses de l’Humanité (interfaith) et l’affirmation des Droits de l’Homme.

Cette mouvance nord-américaine est connue sous le nom d’unitarisme-universalisme, du nom de deux dénominations chrétiennes qui ont fusionné en 1961 après avoir toutes deux évoluées dans ce sens d’une ouverture aux autres, d’une part les congrégations unitariennes qui émargeaient à l’American Unitarian Association (AUA, fondée en 1825) et d’autre part l’Universalist Church of America (UCA, dont la première église fut fondée à Gloucester dans le Massachusetts en 1779).

 

Ces nouvelles assemblées pratiquent le respect de toutes les religions et les enseignent à leurs progénitures au sein de leurs « écoles du dimanche » ; elles célèbrent volontiers les fêtes traditionnelles des uns et des autres, écoutent des prédications de ministres qui choisissent bien d’autres sujets que ceux de la Bible, encouragent au développement spirituel des uns et des autres, à partir d’eux mêmes et sans direction de conscience (3). L’unitarisme-universalisme a ensuite essaimé dans de très nombreux pays (déjà dans les années 20 en Tchécoslovaquie avec le révérend Norbert Capek fondateur d’une congrégation libérale en 1922, puis de la Religious Society of Czech Unitarians RSCU en 1930).

En Europe, également, les communautés chrétiennes de base (CCB), qui se sont multipliées ces dernières décennies dans la marge du catholicisme contestataire, se sont mises à pratiquer des célébrations libres qui valorisent l’expression personnelle et vécue de sa foi (tout en restant, quant à elles, internes au christianisme).

L’Eglise unitarienne francophone (EUfr) a repris ces héritages en invitant chacun à faire un culte de maison (avec sa famille, ses voisins, ses amis, etc.) selon sa propre foi (donc un culte identitaire au niveau de chacun), puis à partager sur le site de l’Eglise en utilisant un langage non ésotérique, communicable à tous, afin qu’il puisse y avoir un partage effectif (lien). De même, les rituels doivent être expliqués, resitués dans leur contexte historique afin d’être mieux compris ; ils sont simplement proposés et non plus imposés comme pratiques communautaires (lien).

Il va de soi que de tels échanges ne peuvent se faire que dans un climat de coopération réciproque, d’empathie, d’écoute de cœur et d’intelligence, d’attention aux itinéraires spirituels et religieux des autres. La tolérance qui imprègne toutes ces pratiques implique donc une lutte contre les intolérances, contre ceux qui veulent imposer leurs idées et leur foi particulière, et rejettent le vécu des autres. En cela, tous les unitariens d’aujourd’hui sont à la fois des gens de conviction et des libéraux, en quelque sorte des intolérants aux dogmatiques et aux autoritaires.

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(1) au IIème siècle, Tatien le Syrien, née en Syrie romaine du côté de la Mésopotamie vers 110-120, rédigea la première concordance des quatre évangiles qui connu un grand succès en Syrie et ailleurs et qui fut traduit en de nombreuses langues de l’époque. Cela lui valut d’être considéré comme Père de l’Eglise en dépit d’idées quelque peu hérétiques. Plus près de nous, l’unitarien et président de la République américaine, Thomas Jefferson, proposa par collage un évangile unique expurgé de tout ce qui était merveilleux et miraculeux (connu sous le titre de « Bible de Jefferson ») ! Ce texte a été traduit en français et publié dans La Besace des unitariens (lien)
(2) ce manifeste, rédigé en français et en anglais, a été traduit en italien, portugais, espagnol et norvégien. Il a été cosigné par les communautés chrétiennes unitariennes d’Afrique noire francophone (lien).

(3) cela se fait au sein de sous-groupes d’accord commun (« covenant groups »), de petite taille, chacun n’ayant pas plus d’une douzaine de participants : « small group ministry » (groupe pour soutenir les engagements des uns et des autres), « chalice group » (groupe de prière avec le rite de l’allumage du calice des unitariens), « caring group » (groupe d’attention mutuelle), « spiritual practice circle » (cercle de pratique spirituel), etc. Pour une présentation en français de ces groupes de croissance spirituel, voir l’article de Lucie-Marie Castonguay-Bower (lien).

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