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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 21:05

suite des articles précédents


Le cheminement individuel du chrétien gnostique

 

pierre tombale : combattant bogomile avec épée et Livre

 

bogomiles_pierre_tombale.jpg

Bien que la gnose chrétienne repose sur une vision très pessimiste du monde - il a été créé par un démiurge et non par Dieu lui-même ; par le Dieu de l’Ancien testament qui n’a rien à voir avec le Dieu paternel et affectueux de Jésus dira Marcion, disciple du philosophe et maître gnostique Valentinus (1) ; de Satanaël diront les bogomiles (2) ; on retrouve là les "Ténèbres" des écrits johanniques – cette vision n’est somme toute qu’un point de départ. Il revient au chrétien de s’extirper de cette condition première (mais qui n’est nullement l’enfermement du Péché originel) par l’ascèse et la vie morale, de cheminer dans la prière et la méditation des textes évangéliques afin de se rapprocher de Dieu, d’être prêt au moment de son dernier souffle. Les gnostiques rejettent tout encadrement institutionnel, à commencer par le rôle des évêques (episcopos en grec signifie « surveillant ») (lien) et l’administration des sacrements (les cathares n’ont comme seul sacrement, le consolament). Tout dépend donc de l’homme et de sa propre volonté à devenir "parfait" (version cathare), "saint" (version catholique et orthodoxe). Les statuts ecclésiaux ne donnent aucun privilège ; c’est la proximité mystique à Dieu qui importe. Et leur Dieu est un Dieu d’Amour et non un cerbère, un Dieu en attente de l’homme et qui ne pose pas des conditions d’accès sinon une élévation de nos âmes.


(1) Valentin (Valentinius) fut le plus important des maîtres gnostiques. Il naquit en Égypte et fut éduqué à Alexandrie. Il enseigna à Rome entre 135 et 160. Selon Tertullien, Il fut candidat pour être évêque de Rome en 143. Ses conceptions ésotériques le firent excommunier. "L’Évangile de Vérité", ainsi que d’autres textes découverts à Nag Hammadi, se rattachent à l’école valentinienne. Il est aussi l'auteur de la "Pistis Sophia". (Wikipedia à l’article « Valentin (gnostique) », lien). Marcion sera son disciple ; ses théses anti-juives seront condamnées par l’Eglise de Rome en 144.


(2) voir la présentation des bogomiles par Georges Castellan, l’historien des Balkans, « Les Bogomiles, l'hérésie dualiste au cœur du monde byzantin » (lien).

C’est donc l’histoire de toute une vie. On grandit, on se marie, on s’accouple pour donner des enfants dans la chair, mais, lorsque la femme est ménopausée, elle peut s’engager dans une vie spirituelle de parfaite ; et, de son côté, lorsque l’homme est veuf, il peut davantage se consacrer à une vie spirituelle qui le fera passer des Ténèbres à la Lumière. Il invite ses voisins pour prier ensemble dans la chaleur de sa maison ; et lorsqu’il est reconnu par un « bonhomme » comme pouvant l’être aussi, il administre le consolament à ceux qui le lui demande.


Avec les bogomiles et les cathares, d’après ce que nous en savons, nous sommes loin de la gnose intellectuelle et ésotérique d’un Valentinus. La grande référence pour eux reste les écrits johanniques. Ils peuvent donc se considérer à juste titre comme des chrétiens qui reviennent aux sources, qui – en cela – sont évangéliques (3). Ceci dit, leur vision pessimiste de la chair les détourne du symbole de la croix : le Christ n’est plus de chair et n’a pas de densité humaine ; à l’extrême, étant de tout temps avec Dieu, il n’a pas besoin de ressusciter. Par ses enseignements, il introduit à la « connaissance » de Dieu ; par sa personne il sert comme « véhicule » (au sens hindouiste et bouddhiste du terme) dans un univers cosmique.

(3) C’est la thèse que défend le pasteur Pierre-Jean Ruff : « Des origines du christianisme  aux cathares et des cathares à nous », plusieurs articles réunis dans le Cahiers Michel Servet, n° 7, février 2007, préface de Michel Jas, 16 p. en A4, plus couverture, (lien).


A l’opposé, les figures franciscaines d’un saint Antoine de Padoue (1195-1231) prêchant l’Evangile aux poissons (alors que les cathares lui tournaient le dos !) et – en contemplation - prenant le petit Jésus en ses bras, et d’un François d’Assise (1182-1226) donnant à manger aux oiseaux et marqué en ses paumes des stigmates du Jésus de la Passion, témoignent de l’harmonie de l’homme avec la Création de Dieu, de la complicité entre l’homme et les animaux, de la beauté de la Nature, de l’amour pour un Jésus enfant puis homme.


Déjà, la Première épître de Jean mettait en garde contre les "antichrists" qui ne confessent pas « Jésus Christ venu dans la chair » (4, 2) (4) ...

(4) la polémique contre les docètes, qui considéraient l’humanité de Jésus comme une simple apparence et qui niaient la réalité de la croix, est engagée dans cette épître (2, 18-29 ; et, de nouveau, 4, 1-6). Dans la Seconde épître de Jean, la lutte continue (4, 7-11). De son côté, l’Epître aux Colossiens, attribuée à Paul durant son séjour surveillé à Rome, met en garde contre les fausses ascèses relatives entre autres aux question de nourritures et de boisson (Col, 2, 16-23).

 

fin de l'article

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le christianisme gnostique
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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 19:44

suite de l'article précédent ...

 

Les religions verticales :
 

Pour les religions « morales » qui affirment une existence après la mort où nous serions récompensés ou au contraire punis de nos actes, la vraie vie, les vraies réalités, ne sont pas de ce monde. Un peu comme pour le platonicisme où les ombres qui s’agitent au fond d’une grotte ne reflètent qu’imparfaitement le monde extérieur, nos joies et nos bonheurs ne sont qu’un prélude à la plénitude qui attend notre âme dans l’au-delà. Cette âme est accompagnée de nos corps dans l’espérance juive eschatologique du premier siècle avant Jésus-Christ, qui sera reprise par la résurrection chrétienne : ce sont des corps glorieux, ressuscités, que nous voyons sur les icônes orthodoxes, déjà en contemplation de Dieu. Des communautés monachiques se développent comme des pierres d’attente pour l’avènement du Royaume de Dieu. La sérénité humaine du croyant introduit aux béatitudes célestes. La mort violente du martyre raccourcit notre exil sur terre et nous rend plus vite aux félicités du paradis.


Dès lors, notre vie sur terre s’avère être un véritable parcours du combattant et c’est sa finalité qui est importante : l’accès à l’éternité. Pour cela, le christianisme propose le baptême. Une fois entré au sein de l’Eglise, le fidèle, en obéissant à l’Eglise, est assuré d’arriver à terme. Mais hors de l’Eglise point de salut ! C'est pourquoi les théologiens du Moyen âge qui - dans cette logique - inventèrent les limbes avaient raison et les parents, qui négligeaient l’ondoiement en cas d’urgence et le baptême dans les meilleurs délais, étaient bel et bien des imprudents. Au baptême chrétien, rite d’entrée dans la communauté religieuse, correspond la présentation de l’enfant au temple chez les juifs et la conversion dans l’islam.


Toutefois, à cette vision positive et confiante dans l’encadrement religieux qui porte le croyant coutumier, lequel accomplit, sans état d’âme, les rites et autres obligations qui lui sont prescrites, s’oppose des visions pessimistes.


Le dualisme, même modéré, a introduit l’omniprésence du Mal en la personne de Satan et d’une armée de démons, lesquels rodent sans cesse pour nous tenter et nous faire succomber. Le parcours du combattant est semé d’embûches. Les séances d’ascétisme sont nécessaires pour fortifier la chair, ou encore pour accompagner la pénitence et le repentir : le jeûne, les veillées d'étude prolongées, les récitations de prières et de mantra, le lever matinal dans la froidure, les habits rugueux, la flagellation du corps, etc.


L’homme est pêcheur, incapable de se relever de lui-même de la Chute, de retrouver seul le chemin du Paradis perdu, entravé d’un péché originel qui se transmet de génération en génération. Il ne peut se lever et marcher que s’il « renaît d’en haut ». C’est ce que Jésus dira au pharisien Nicodème qui lui rend visite de nuit (Jean seul, 3, 1-21) : « Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous faut naître d’en haut » (6-7). Les Eglises pentecôtistes et évangéliques qui prônent ce « new born again » se sont engouffrées dans cette logique.


Dès lors, le baptême de l’eau hérité de Jean Baptiste doit être complété par le baptême de l’esprit, ce qu’annonceront précisément les amis de Paul à Apollos qui avait baptisé les premiers chrétiens Ephésiens selon le rituel baptiste de Jean (Actes, 18, 24-28, et 9, 1-6). Ce baptême complémentaire se donne par imposition des mains : « et quand Paul leur [les douze johanniques d’Ephèse] eut imposé les mains, l’Esprit saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues et à prophétiser » (19, 6). Ce sont les apôtres, puis les évêques selon la filiation apostolique, qui sont habilités à imposer les mains. Cela correspond, chez les catholiques, à la confirmation des baptisés et, par ailleurs, à l’ordination des prêtres. Contrairement au baptême qui part de la volonté d’une personne (ou par parents interposés pour le pédo-baptême), l’imposition des mains est un acte d’autorité de la part de l'autorité ecclésiale.


Pour les cathares, ce rituel était précisément celui du "consolament" (le seul sacrement cathare), lequel était donné par les "bonshommes" (à défaut des évêques qui ne purent exercer leur ministère à cause de la répression) et le plus tard possible afin d’éviter les rechutes éventuelles ! Ce qui, paradoxalement, équivalait somme toute au sacrement catholique de l’extrême onction.


Cette vision pessimiste d’un homme qu’il faut non seulement encadré mais aider « d’en haut » va se trouver fortement renforcée lors des réformes protestantes par le contre sens que Martin Luther effectue en lisant les épîtres de Paul et en proclamant « sola Gracia ». Alors que chez Paul, la grâce de Dieu accompagne tout croyant qui s’engage dans la nouvelle voie, celle ouverte par le Christ, et va de pair avec la charité, Martin Luther croit y voir un privilège que Dieu accorderait au compte goutte et selon un arbitraire total ! Jean Calvin, reprenant saint Augustin, en fera une prédestination. Dès lors, le salut n’a plus rien à voir avec un mérite, le bilan d’une vie, un karma pour reprendre une expression hindouiste, un solde moral, un repentir fut-il tardif, un dernier sursaut de la foi, une ultime conversion, mais il dépend exclusivement d’un libre arbitre divin sans aucun justificatif. C’est précisément le Dieu tyran contre lequel combattit Job au nom de la justice.
 

à suivre ...

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 19:32

Sagesses horizontales et religions verticales. Introduction à la gnose chrétienne, exposé de Jean-Claude Barbier, sociologue, le 4 avril 2011 au groupe "Religion" du Réseau d’Echanges de Savoirs (RES) de Gradignan Malartic

Les sagesses horizontales :

Si les religions nous situent d’emblée dans une verticalité par rapport à l’existence de dieux ou de Dieu et attisent dans les esprits et les coeurs le désir d’une vie éternelle avec ces derniers ou comme eux (depuis l’épopée mythique de Gilgamesh), les sagesses humanistes ont au contraire le soucis d’organiser la vie humaine ici-bas, d’une façon – je dirais – réaliste.


Il s’agit de connaître les lois de la Nature afin de s’y adapter, d’en tenir compte, de ne pas prendre de risques inconsidérés, inutiles. Que ce soit le stoïcisme ou le bouddhisme, on demande aux humains d’être raisonnables, de s’abstenir des passions, de restreindre leurs ambitions, quitte à brimer leur ego. Le théisme des philosophes du siècle des Lumières accompagne la découverte des lois de l’univers. Aux lois physiques, il ajoute le respect des lois morales : l’amour du bien, la contemplation du beau, la philanthropie, etc.


Les sagesses anciennes comme le confucianisme en Chine vantent les vertues de la famille et exhorte au respect des anciens. Le christianisme nous demande d'obtempérer aux autorités temporelles, d’obéir au Magister de l’Eglise et, le Coran, de nous soumettre à la religion.


Ce que l’on peut appeler le christianisme humaniste - avec entre autres le catholicisme social et le protestantisme social du XIXème siècle, puis les mouvements d’Action catholique et les prêtres ouvriers, aujourd’hui la Fédération des réseaux du Parvis (lien) - affirme toujours sa croyance en un Dieu providentiel, le "Notre Père", mais complète cette verticalité par une horizontalité faite de justice humaine, d’égalité dans la dignité et de fraternité. Le Royaume de Dieu est désormais ici-bas et le chantier de son avènement ouvert à tous. Sans nier la dimension divine du Christ, c’est son humanité, égale à la nôtre, qui est prise en compte. « Ce que vous ferez au plus petit d’entre nous, c’est à moi que vous le ferez » avait dit Jésus. Jésus et Dieu sont parmi nous et nous n’avons plus à lever les yeux aux cieux ; notre destin est au présent et non plus à reporté à un futur métaphysique. Ce faisant, il devient à cent pour cent compatible avec la lutte des humanistes.

à suivre ...

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