Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 15:48
par Jean-Claude Barbier, article publié le vendredi 19 juin 2009 dans les Actualités unitariennes et transféré ici.

an 30, mort de Iéshoua de Nazareth. Il est déposé précipitamment au tombeau à cause d’une veille de sabbat, si bien que son corps n’est pas lavé. Le linceul s’imprègne des taches de sang et de la sueur. Nous sommes le jeudi soir (et non le vendredi soir comme généralement répété) et il s’agit en premier du sabbat de la Pâque juive, suivi du sabbat habituel lequel se termine le samedi soir à la tombée de la nuit. Le corps est enlevé, sans doute dans la nuit du samedi au dimanche, très probablement par la famille elle-même. Les femmes du groupe des disciples venues pour la toilette funéraire trouvent le tombeau vide. Pierre et le disciple que Jésus aimait constatent qu’il ne reste plus qu’un suaire enroulé dans un coin et les bandelettes à part. Le corps a disparu, avec le linceul.

 57, le roi d’Edesse*, Ma’nu VI persécute les chrétiens. Les prémisses de l’évangélisation du royaume sont attribuées à Thaddée (l’un des 70 disciples de Jésus), sous le règne d’Abgar Ukama (ou le Noir). 
* Sanurfa dans l'actuelle Turquie orientale, non loin de la frontière syrienne, à l’intérieur d’une boucle que l’Euphrate dessine au sortir des montagnes, à l’est de ce grand fleuve ; la ville est établie elle-même sur les rives du Daysan.

135, fin de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem car l'empereur romain Hadrien y interdit les Hébreux. Une communauté "nazaréenne" se constitue à Pellas, en Syrie.

Vers 204, Agbar IX se convertit au christianisme.
Le christianisme syriaque se développe autour d'Édesse et de nombreux monastères sont construits, en particulier celui "de la colline", le Torâ-dOurhoï. Une école de théologie voit le jour. Elle jouera un rôle important au sein de l'Eglise perse (nestorienne).

Le Mandylion d'Edesse est attesté dès le milieu du IVème siècle par Eusèbe de Césarée (260-339) qui évoque à ce propos les polémiques provoquées par un nouveau culte de l'image du Christ.
Il s'agit en fait du linceul qui, replié, montre seulement le visage du supplicié. Pour les gens d'Edesse, le roi Agbar
, l'aurait reçu directement de Jésus du temps même du vivant de ce dernier ! Cette relique est censée avoir protégé la ville contre les Perses venus l’assiéger en 540 et 544. Pour d'autres, ce sera "le voile de Véronique", laquelle aurait essuyé le visage de Jésus lors de sa montée vers le Gogotha.

Un traité apologétioque du début du V° siècle, intitulé Consultationes Zacchaei christiani et Apollonii philosophie, mentionne des vêtements du tombeau qui "contiennent encore les indices de la croix et de la mort du Seigneur"

au VIème siècle, des écrits évoquent un "portrait non fait de main d'homme", visible sur un linge – sans doute le linceul plié de façon à ne montrer que la face du défunt.
Dès ce siècle, les artistes orthodoxes peignent un visage de Jésus nettement inspiré du Mandylion.

En 609, les Perses sassanides arrivent à leur fin et conquièrent la ville ; les Byzantins la reprennent ; puis les Arabes musulmans arrivent ...

680, le pèlerin Arculf contemple, dans la première église du Saint-Sépulcre diverses reliques de la passion dont un suaire * présenté comme étant celui du Christ (mais aussi, le plat de la Cène, l'éponge de la crucifixion et la lance qui perça le flanc de Jésus).
* non pas le linceul, mais le linge qui couvre la tête du défunt ; il n'y a donc pas double compte !

En août 944, le Mandylion est échangé aux Byzantins par le calife Al-Mustakfi (calife abbasside de Bagdad de 944 à 946) contre des prisonniers. L’empereur Romain Ier la dépose dans l'une des églises du palais impérial, la chapelle du Phare. En 958, l'empereur Constantin Porphyrogénète l'énumère dans une lettre (avec le bois de la Croixc, la lance, le titulus, le roseau, le sang, la tunique, et les langes).

1147, Louis VII, roi de France, vénère la relique à Constantinople ; en en 1171, Amaury, le roi de Jérusalem. A cette époque, la chapelle du Phare devient un lieu saint accessible aux pélerins ordinaires.

1150, une délégation de diplomates hongrois est reçue à Constantinople en grandes pompes ; ils eurent la permission de contempler le linceul déployé *
* Lévêque et Pugeaut, 2003, "Le Saint-Suaire revisité", Éditions du Jubilé.

1192-1195, le codex De Pray (du nom du Jésuite qui l’étudia), conservé à la Bibliothèque nationale de Budapest, contient une miniature représentant l’onction du corps du Christ au cours de sa mise en linceul, ainsi que la découverte du linceul vide par les Saintes Femmes au matin de Pâques.
Il est tout à fait comparable à celui de Turin (représentation du corps entièrement nu, bras anormalement longs, mains croisées sur le bas-ventre, pouces repliés à cause des clous, trous dans le linceul suite à des brûlures ponctuelles – gouttes d'un liquide brûlant ou corrosif ?).

Le 12 avril 1204, les croisés mettent à sac la ville de Constantinople ; un croisé témoigne qu’il a vu " le Suaire du Seigneur ", mais le Mandylion disparaît. Le partage des reliques s'est fait d'abord sous le contrôle de Garnier de Trainel, évêque de Troyes, puis celui de Nivelon de Chérizy, évêque de Soissons.

En 1239, puis en 1241 et 1242, Louis IX (notre saint Louis) auprès du jeune empereur byzantin Baudouin II voit des reliques, parmi lesquelles une partie du suaire (la pièce qui couvre seulement le visage du défunt et non le linceul). Ces reliques se trouvaient détenues par des créditeurs vénitiens et saint Louis les rachètent à prix d'or. Suaire et autres reliques sont entreposées dans la Sainte Chapelle, spécialement construite à cet usage. Elles sont exposées une fois par an jusqu'en 1781 ... puis disparaissent dans la tourmente révolutionnaire.

En 1357, le linceul est exposé pour la première fois à Lirey (dans le diocèse de Troyes). Il s'agit d'un linceul et non d'un suaire (pièce de tissus qui couvre le visage du cadavre afin d'en éponger la sueur). Il fait 4 m de long et 1,10 de large. Il est la possession de la veuve du chevalier Geoffroy Ier de Charny, à Lirey, en Champagne. En 1360, l'évêque de Troye, Henri de Poitiers, en  interdit l'ostentation, doutant fortement de son authenticité et arguant du fait que les évangiles n'en parlent pas ! En 1390, le pape Clément VII en autorise cependant les ostentations mais seulement discrètes, à l'usage des seuls pélerins et sans que cela fasse croire à son autenticité.

1453, Marguerite de Charny cède la relique au duc Louis 1er de Savoie qui le dépose dans la Sainte-Chapelle du château de Chambéry. 1454-1578, il est exposé dans de nombreuses villes ; successivement : Saint Hippolyte-sur-Doubs, Liège, Germolles, Vercelli, Chambéry, Bourg-en-Bresse, Chambéry, Turin, Milan, Vercelli, Chambéry. 1506, le pape Jules II autorise le culte liturgique, donc public du Saint-Suaire.

4 décembre 1532, incendie à la Sainte-Chapelle de Chambéry. Un côté de la petite caisse en argent qui contient la relique repliée est chauffé au rouge par la température et une goutte de métal fondu du couvercle transperce les nombreuses couches du linceul : il en résulte 29 trous. En plus auréoles sur la relique provenant de l’eau utilisé pour éteindre l’incendie.
Du 15 avril – 2 mai 1533, les sœurs clarisses de Chambéry raccommodent les parties carbonisées en cousant des pièces de tissu triangulaires.

1578, Emmanuel Philibert de Savoie apporte le linceul à Turin, en Italie où il est connu sous le nom de "Saint-Suaire".

1er juin 1694, le linceul est placé dans une somptueuse chapelle dessinée exprès par l’abbé Guarino Guarini.


25-28 mai 1898, le linceul est photographié pour la première fois (par Secondo Pia, un avocat). Le négatif rend plus visible le corps du défunt qui s’est en quelque sorte imprimé sur son linceul.


23 novembre 1973, première ostension télévisée, puis du 26 août au 8 octobre 1978, ostension publique à l’occasion du IVème centenaire du transfert de la relique à Turin.


L’ostension de 1978 permet à un groupe de plus d’une vingtaine de scientifiques et chercheurs américains du Shroud of Turin Research Project (STURP), assistés de deux italiens, Giovanni Rigi (micro-analyste) et Luigi Gonella (conseiller scientifique du Cardinal de Turin), de mener pendant 120 heures des analyses approfondies de l’objet et de prélever des échantillons de surface. Le STURP rend son rapport final en 1981, lequel écarte toute trace de peinture et confirme la présence de sang humain. A l’aide des instruments de la NASA, une image tridimensionnelle de Jésus est faite.

1983, à la mort d’Umberto II de Savoie, la relique est léguée au Saint-Siège.

En 1986, le docteur Yves Cartigny repère les trous (disposés en "L" inversé) sur la miniature du codex De Pray qui correspondent à ceux du linceul de Turin.

21 avril 1988, prélèvement de quelques centimètres carrés au bord du tissu pour permettre la datation au carbone 14 ; 3 laboratoires effectuent les analyses. Celles-ci sont publiées juillet 1988 et donnent la période 1260-1390, en contradiction avec toutes les données réunies jusqu’à ce jour.

Janvier 1995, Thierry Pétillot, photographe informaticien, propose une photo de Jésus à partir de la méthode du "morphing", initiée par le FBI et depuis pratiquée couramment par les laboratoires des autres polices.

11-12 avril 1997, peu de jour avant la fin des travaux de restauration (entrepris depuis février 1993), la chapelle de Guarini est dévastée par un incendie. Le Saint-Suaire est sauvé par les pompiers. Il n’a subit aucun dommage.

18 avril – 14 juin 1998, puis 12 août – 22 octobre 2000, ostensions publiques.
 

 

20 juin – 13 juillet 2002, travaux conservatoires de restauration : remplacement de la doublure (toile de Hollande) et retrait des pièces triangulaires.

Juin 2005, la revue mensuel Science et Vie publie (dans son n° de juillet) un article "Saint Suaire, la science aveuglée par la passion" (il s’agit de la passion des sindologues - les scientifiques qui étudient le linceul -, pas celle des anti !) par Isabelle Bourdial, pp. 110-125 ; voir le résumé sur le site du Journal La Croix (en date du 21 juin 2005). Th. Heimburger, dès le 27 août de la même année, apporte une réfutation de ce dossier, lien.


Le 16 juin 2009, l'émission documentaire "Questions à la Une" de TV5 Monde relance le débat en interpellant la méthode du carbone 14 et son application dans le cas présent.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans le linceul de Turin
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives