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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 16:16

Note bibliographique de Amélie Neuve-Eglise dans « Rencontres islamo-chrétiennes (1) Les Sept Dormants d’Éphèse et les Ahl al-Kahf », n° 28, mars 2008, la revue de Téhéran, mensuel culturel iranien de langue française (lien)

- Bonnet, Jacques, Artémis d’Ephèse et la légende des sept dormants, Paul Geuthner, Paris, 1977.
- Debarge, Louis, "La caverne des Sept Dormants - une légende chrétienne dans le Coran", Esprit et Vie, 12 novembre 1991.
- De Ravignan, François, " Les Sept Dormants : lieu de rencontre abrahamique ", Horizons Maghrébins, n° 20-21, 1993.
- De Tours, Grégoire, Le livre des martyrs, Editions Paléo, Sources de l’Histoire de France, 2003.
- De Voragine, Jacques, La Légende dorée, I et II, Seuil, Points Sagesses, 2004.
- Hamidullah, Mohammad (trad.), Le Coran, Tawhid, 2001.
- Jourdan, Francis, La tradition des sept dormants, Maisonneuve & Larose, Paris, 1983.
- Leroux, Alain. Les Sept Dormants d’Ephèse et leur culte en Asie mineure, en Afrique du Nord et ... à Vieux Marché en Bretagne. Société d’archéologie et d’histoire du pays de Lorient, 1999.
-
Neuve-Eglise,Amélie. « Rencontres islamo-chrétiennes (1) Les Sept Dormants d’Éphèse et les Ahl al-Kahf», n° 28, mars 2008, La revue de Téhéran, mensuel culturel iranien de langue française.
- Massignon, Louis et Moubarac, Yoakim, "Le culte liturgique des VII Dormants Martyrs d’Ephèse (Ahl al-Kahf) : trait d’union Orient-Occident entre l’Islam et la Chrétienté " (1961), in Louis Massignon, Opera Minora, III, P.U.F, 1969.
- Massignon, Louis. La crypte-dolmen des VII Saints Dormants d’Ephèse au Stiffel (Le Vieux Marché), Mémoire de la Société d’Emulation des Côtes du Nord, 1992.
- Massignon, Louis, "Les fouilles archéologiques d’Ephèse et leur importance religieuse (pour la chrétienté et l’Islam)", Dar el-Salam, Le Caire, 1952.
- Rozelet, Anne-Marie, "Massignon et les pèlerins des Sept Dormants à Vieux-Marché", in Louis Massignon et ses contemporains, Karthala, 1997.
- Stétié, Salah, Les Sept Dormants au péril de la poé
sie, Leuvense Schrijversaktie, 1991.

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 12:21

sept-dormants-bretagne.jpgLocalisation : dans les Côtes d’Armor, cette fois-ci au nord de la route allant de Saint-Brieux à Morlaix, au sud de Lannion et à l’est du Plouaret, dans la commune du Vieux-Marché et hameau appelé " Les Sept-Saints ",


le 19 septembre 1951, l'historien orientaliste Louis Massignon (1883-1962), ancien professeur au collège de France, grand islamologue français du début du 20e siècle, et qui mena des études sur la mystique musulmane, notamment sur le soufisme, visita la crypte des Sept Dormants d’Ephèse. Puis en Bretagne, il commence à fréquenter la chapelle de Sept Saints où se trouve un dolmen et une source bénie. Il assiste au Pardon qui y a lieu en 1953 et il est frappé par la similitude entre les paroles de la vieille gwerz chantée en breton, et les versets de la sourate 18 du Coran, dite de la Caverne. Il revient l’année suivante en juillet 1954, quelques mois avant l’insurrection du 1er novembre en Algérie, cette fois-ci accompagné de jeunes musulmans afin de s'unir dans la prière pour la paix, lançant ainsi le pèlerinage islamo-chrétien que l’on connaît depuis.

Louis_MASSIGNON.jpg"C'est d'ailleurs, expliquera-t-il plus tard, l'intuition d'une solidarité généalogique et topographique, dans le cadre de la méditation du thème de la résurrection des morts de l'époque mégalithique que j'ai vécue, en venant, après avoir visité la crypte d'Éphèse (19.9.51), prier avec les paroissiens bretons, avec qui j'ai fait trois fois déjà la procession traditionnelle et le feu de joie, tantad, au pardon des Sept Saints" (Ahl al-Kahf, 103). Sa fille Geneviève contribua à la valorisation de ce pèlerinage.


Dès lors, ce pèlerinage réunit chaque année près de 500 chrétiens et musulmans venus prier pour un dialogue inter-religieux et une compréhension mutuelle. Il commence par un colloque le samedi après midi, suivi d’une messe puis d’un tantad (un feu de joie en breton). Le lendemain matin, les pèlerins assistent à la messe puis se rendent à la fontaine aux sept trous, symbolisant les sept frères martyrs, où la sourate 18 est récitée, la Fatiha, puis il y a échange de lait et de dattes et un repas pris en commun autour d'un méchoui.

 

ajout du 5 janvier 2012 par Régis Pluchet (sur Facebook) : Louis Massignon a vraiment eu une intuition géniale en lançant ce pèlerinage, basé sur un récit qui relève du mythe plus que de l'histoire. On peut quand même préciser que le rapprochement entre la version chrétienne et la version musulmane de cette légende était connu bien avant Massignon, il en est question en 1878 dans la revue de mythologie, Mélusine, qui publie deux articles sur le pèlerinage dont un d'Ernest Renan (mis en ligne dans la collection Gallica de la Bibliothèque nationale de France, lien). Il est dommage que l'article des Etudes unitariennes, lorsqu'il présente le déroulement du pèlerinage ne précise pas que la lecture de la sourate des Gens de la caverne qui se fait après la messe catholique est un rituel musulman. Enfin, il serait plus exact de parler de pèlerinage islamo-catholique plutôt qu'islamo-chrétien et je le regrette. Mais cela n'enlève rien à son intérêt.


Les sept saints du Vieux Marché seraient-il les sept dormants d’Ephèse ?


Pour les promoteurs du pèlerinage islamo-chrétien du Vieux-Marché, le culte aurait pu atteindre la Bretagne par l'intermédiaire de moines et de missionnaires grecs qui accompagnaient les commerçants d'Orient sur la route de l'étain. Ils accostaient au petit port du Yaudet en baie de Lannion et remontaient le Léguer vers l'intérieur de la Bretagne. Ils découvrirent le village du Stiffel (Les Sept-Saints actuels) et son dolmen.


Mais en l’absence de découvertes archéologiques, cela reste une hypothèse.


sept-saints-bretagne.jpgLe dolmen en question se retrouve en voûte de crypte de la chapelle qui a été bâtie sur les lieux (la date du VIème siècle est avancée pour une première construction mais est-elle confirmée ?). Sept statuettes y représentent les " sept saints ", mais ils sont debout et non en position de dormants ; pire, les saints semblent avoir une tenue ecclésiale, du moins pour certains ; sont de taille et de style différents ; la statue plus importante de la Vierge Marie les accompagne qui pourtant n’est pas dans la légende. Ils sont mis en rang derrière une barque remplie de sable et aménagée de façon à ce que les pèlerins y allument des bougies.


En découvrant le lieu, Louis Massignon avait formulé le commentaire suivant : " Retenons de cela ce qui parle à l’imagination : une caverne, surplombée d’un perron (grosse pierre) ; jumelée à une source où l’eau sort d’une pierre horizontale par "sept trous" disposés en triangle septénaire ". L. Massignon évoque d’ailleurs l’émotion d’un pèlerin musulman qui reconnut le "triangle septénaire" des sept trous où l’eau destinée à Sétif sort d’une pierre verticale à Ra’s el Mâ, près de Guidjel. Or, à Guidjel se trouvent aussi les sept piliers fatimides (en fait des vestiges romains) appelés les Sept dormants où les fidèles procèdent à des ablutions (Louis Massignon, "La crypte-dolmen des VII Saints Dormants d’Ephèse au Stiffel", Extrait des Mémoires de la Société d’Emulation des Côtes-du-Nord, St Brieuc, 1958).


Quoiqu’il en soi, le pèlerinage est actif depuis 1954 et très fréquenté, le dimanche qui suit la Sainte Marie-Madeleine (22 juillet), ce qui est assurément un second souffle sur un créneau spirituel d'actualité ...

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 11:38

La diffusion du culte au sein de la chrétienté


sept-dormants-d-ephese-christianismeLa dévotion au Sept Dormants est avérée dans toute la chrétienté. Nos héros ont figuré sur différents calendriers dont celui des Grecs, des Latins, des Russes ou encore des Abyssins. Ils étaient auparavant commémorés le 27 juillet dans l’Eglise latine, et sont désormais célébrés, selon le calendrier byzantin, le 4 août (jour supposé de leur emmurement) et le 22 octobre (jour de leur réveil).


Le culte s’est même diffusé jusqu’en Scandinavie dès le VIIIème siècle, si l’on en croit les nombreuses amulettes portant les noms des Dormants - parfois écrits en runes - trouvées lors de fouilles, comme à Alvastra, en Suède, ou à Bergen, en Norvège.


Un culte repris et diffusé par l’islam


Or, cette légende est reprise dans le Coran par un Prophète beaucoup plus au courant des affaires chrétiennes qu’on ne l’a souvent pensé, dans la sourate 18, intitulée Al-Kahf, celle dite de "la Caverne", qui rappelle le martyre, la dormition et le réveil des Dormants (dont le nombre n’est pas donné) et qui est lue tous les vendredis dans les mosquées.

" Cette sûrât, dite de la Caverne (al-Qaf) est bien lue en effet tous les vendredi. Elle est considérée selon un haddith reconnu comme ayant des vertus préservatrices : celui sur qui sont lus les 10 premiers versets est préservé des méfaits de l'Antéchrist et de son influence. Il y a à cela peu d'explications officielles, il n'y a pas eu d'explications prophétiques sur cette vertu thaumaturgique " (Fabien Maisonneuve, communication personnelle, 24 janvier 2010)

sept-dormants-d-ephese-islamsept-dormants-d-ephese-miniature-turque-16.jpg

Le Coran avance avec précision que les jeunes gens sont restés endormis 309 ans lunaires, ce qui correspond à 300 années solaires (eh oui, le temps que l’islam arrive !) : "Or, ils demeurèrent dans leur caverne trois cents ans et en ajoutèrent neuf ", Coran, 18:25. Le nombre de jeunes gens n’est pas indiqué et des traditions les feront accompagner d’un chien nommé Qitmir.


Ce culte s’est également largement diffusé du côté des pays musulmans, accompagnant les conquêtes arabes. A Damas, la mosquée dite des "Gens de la Caverne", masjid ahl al-kahf, située sur la pente du Qasiyûn, possède exceptionnellement sept mihrâb*, un pour chacun des Sept Dormants !

* le mihrâb est une niche (et habituellement une seule) dans le mur d'une mosquée qui indique la direction de La Mecque.


On retrouve très loin ce culte, cette fois-ci vers l’est, puisqu’une mosquée leur est dédiée à Kara-Khodja, près de la ville de Tourfan, dans la partie du Turkestan sous actuelle domination chinoise. A noter qu’il existe à Orléans une rue des Sept Dormants dont les origines sont mal connues, mais qui présente l'intérêt de se situer dans un quartier autrefois réservé aux prisonniers musulmans, ramenés d'Égypte ou de Syrie, à l'époque des Croisades


D’autres Dormants, manifestement inspirés des premiers


En Turquie, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Tarse, en Cilicie, une grotte dite des Ashâb al-Kahf a fait l’objet d’un pèlerinage. La tradition locale, musulmane, parle de sept voyageurs qui s'endormirent là. Pour les chrétiens, ce seraient des martyrs emmurés, puis retrouvé vivants 157 ans plus tard *
* "La grotte elle-même est assez spacieuse, profonde de plusieurs dizaines de mètres. La roche est partout usée par la fréquentation. Il y a un petit mouvement de pèlerins et beaucoup d'affluence les jours de fête, pendant la Nuit du Destin et tout le mois de Ramadan. A un kilomètre environ, s'étend un cimetière où on remarque des tombes récentes, malgré l'interdiction d'en ajouter " (Louis Massignon et al., Ahl al-Kahf, 90). Proximité des tombes afin de bénéficier du pouvoir de résurrection des martyrs !


Toujours en Turquie, mais cette fois-ci près de Nicée, dans la partie occidentale de l’Asie mineure, le sanctuaire d’Ammûriya (aujourd'hui Hadj-Hamza), séparé de Nicée par une montagne, correspond à la caverne souterraine d'un ancien couvent grec. Ors, cette caverne s’ouvre, en contrebas de la montagne, par une galerie - laquelle donne accès à une salle des morts où se trouvent treize corps momifiés. La population de ces lieux est commise à la garde des reliques, enduites d'aloès, de myrrhe et de camphre, vêtues de manteaux, chaussées de sandales et de bottines. Malgré leur état de dessiccation absolue, elles dégagent, nous dit-on, une extraordinaire impression de vie ; à chaque nouvelle année, leurs gardiens, pour les dépoussiérer, peuvent les mettre debout, sans dommage pour elles, et, trois fois l'an, on leur coupe les ongles ! La version locale, musulmane, pensent qu’il s’agit de treize prophètes, "ressuscités ensemble, le même jour, 400 ans avant le Christ". A Nicée, s'élevait une porte des Sept Dormants (et à Alep, en Syrie, une porte est nommée Bâb 'Ammûriya !).


Dans l’Est algérois, à quelque 12 km de Sétif, le site berbère de Ikjân* (aujourd'hui Guidjdjel) propose la légende de sept jeunes gens, venant du Maroc : "Ils étaient de taille élancée, et un chien leur tenait compagnie". Ils s'arrêtèrent une nuit dans le village de Ikjân et furent trouvés inanimés le lendemain matin, sur l'emplacement de l'actuel cimetière musulman. Leurs huit tombes - dont une pour leur chien - sont de hauts piliers d'origine romaine, "surmontés de petits dômes renfermant des kânouns où les visiteurs et visiteuses viennent faire des fumigations d'encens" (Louis Massignon et al. , Ahl al-Kahf, 81).
* Ikjân fut fondé en 900 ap. J-C par les Fatimides d’Egypte en pays berbère du clan Kotâma.


En Scandinavie, Ove Ullestad signale une grotte, aux confins nord de la Norvège, où sept jeunes gens furent retrouvés intacts plusieurs années après leur mort.. Très curieuse par ailleurs est l'histoire, tirée des Annales islandaises, du naufrage d'un pasteur du nom d'Ingimud Torgeisson et de ses six compagnons, retrouvés dans une grotte quatorze hivers plus tard. Le corps du pasteur ainsi que ses vêtements étaient intacts et surtout, comme dans la version éphésienne de l'histoire, une tablette de cire, cette fois-ci écrite en runes, était déposée à leurs côtés.


Les Sept Saints de Bretagne

Mais ce ne sont pas des Dormants ! Ce sont tout simplement les sept évêques fondateurs des sept évêchés de Bretagne au VIème siècle : Saint Malo, Saint Samson (Dol), Saint Brieuc, Saint Tugdual (Tréguier), Saint Pol-Aurélien (Saint-Pol), Saint Paterne (Vannes) et Saint Corentin (Quimper). En Bretagne, le grand pèlerinage du Moyen-âge était le Tro Breizh (Tour de Bretagne) qui consistait à prier dans les cathédrales de ces sept évêchés.

sept-saints, fontaine
Une fontaine, située près de Bulat-Pestivien vers Callac (au sud de la route allant de Saint-Brieux à Morlaix) fut construite en 1683 par deux artisans du pays. Autrefois, les sept saints y avaient chacun leur statue dans des niches. Sans doute cette magnifique fontaine recevait-elle la visite des fidèles pèlerins (lien)

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 11:18

En 250 ap. JC, afin d'affermir l'unité romaine autour de sa religion, l'empereur Dèce (Décius) décréta une persécution contre les chrétiens qui refusaient de sacrifier aux dieux romains. Il envoya ses ambassadeurs à Ephèse pour faire renier leur foi à sept chrétiens (présentés dans certaines versions comme étant des frères consanguins) qui avaient de hautes charges. Devant leur refus, l'empereur leur fit enlever leurs fortunes et leurs charges, les réduisant ainsi à mendier leur pain. Les découvrant cachés dans une caverne, il donna l'ordre de les emmurer afin qu'ils meurent de faim et de soif.

Les sept frères furent alors pris d'un sommeil qui dura 177 ans * et c'est ainsi que lorsqu'on ouvrit la caverne, on les trouva réveillés, Dieu les ayant ressuscités pour rendre témoignage de la résurrection des morts.

* chiffre manifestement symbolique 100 + 77 ; soixante dix sept (qui double le chiffre 7) indique un long temps. Tu pardonneras 77 fois dit Jésus à Pierre qui lui demandait combien de fois il fallait accorder son pardon.


sept-dormants-ephese-grotte-mont-pionLa grotte considérée comme le lieu de refuge des Dormants et l’église que l’on y avait édifiée furent découvertes à la fin des années 1920 sur le mont Pion, près du site d’Ephèse et de la ville de Selçuk. Les travaux d’excavation permirent également la découverte de plusieurs centaines d’anciennes tombes datant des Ve et VIe siècles, sur lesquelles figuraient de nombreuses inscriptions et prières dédiées au Sept Dormants.


Les premières traces de cette légende édifiante ont été retrouvées dans des manuscrits syriaques anciens datant du Ve et VIe siècles. Grégoire de Tours (au VIe siècle) s’en fait l’écho *, ainsi que Paul Diacre, moine bénédictin d’origine lombarde du VIIIe siècle. On la retrouve dans la célèbre Légende dorée de Jacques de Voragine relatant le martyr de nombreux saints et saintes chrétiens à l’époque romaine. L’homme d’Etat et historien byzantin du Xe siècle Syméon Métaphraste en parle lui aussi.

* Notamment dans De gloria martyrium, ouvrage consacré aux miracles de saints chrétiens. Grégoire de Tours y évoque également l’origine syriaque de l’histoire des Sept Dormants. La version rapportée par Grégoire de Tours proviendrait d’un sermon réalisé par Jacques de Sarug, évêque de Syrie au VIe siècle, qui fut par la suite traduite du syriaque au latin.

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