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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 15:30

"Café Mosaïque" du lundi 3 mai, à 20heures, à la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Malartic, 33170 Gradignan, avec l'atelier "Connaissance des religions" du Réseau d'Echanges Réciproques de Savoirs RERS (commission de l'association Mieux Vivre à Malartic MVM) : débat sur le thème : « peut-on transmettre la foi religieuse et respecter la liberté de pensée ?»

arbre-et-gens1 - Transmettre pourquoi ?


- quelles sont les motivations des parents ? des enfants ? de la famille ?
- le choix d'une religion est-il encore nécessaire dans le contexte d'un humanisme généralisé où "les valeurs" de l'évangile ou d'autres textes fondamentaux rejoignent ceux de la conscience moderne ?


 2 - Transmettre quoi ?


- une morale religieuse
- une culture religieuse particulière
- toutes les grandes religions
- tous les courants de pensée : également philosophiques (donc l’athéisme) et spirituels
- des fêtes traditionnelles
- des obligations spécifiques (vêtements et parures, signes ostentatoires, etc.)
- des marquages corporels (circoncision, excisions, scarifications, etc.)
- des interdits religieux spécifiques (interdits alimentaires, etc.)
- des croyances métaphysiques : l’existence de Dieu, d’une âme, de la survie de l’âme ou d’une réincarnation, etc.


3 - Transmettre quand ?


- faut-il faire sans le consentement de l’enfant : par exemple le baptême d’enfant (le pédo-baptême)
- attendre l’âge de raison ? mais alors quel est l’âge de raison ?
- laisser l’enfant décider de lui même quand il en aura envie ?
- ne jamais lui en parler


4 - Transmettre comment ?

 

- par un enseignement systématique ?
- par le prosélytisme
- par l’exemple
- par initiation lors des étapes de la vie (lors des sacrements, etc.)
- selon les occasions ; mais quelles occasions ?


5 - Transmettre par qui ?


- des parents aux enfants, des grands parents aux petits-enfants
- le père ou la mère s’ils sont de religion différente ?
- un spécialiste ? (par exemple dans le cadre du catéchisme, d'une aumônerie)
- une institution religieuse ? (par ex. un mouvement de jeunesse, une paroisse, une école confessionnelle)

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Published by Jean-Claude Barbier - dans la transmission de la foi
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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 14:56

La grandeur de Jésus. Quel homme entrant dans une vision suffisamment pénétrante de cette extraordinaire existence ne serait porté à un sentiment d'admiration, de vénération, tout proche de ce que l'on éprouve devant la sainteté ? Qui ne serait, presque d'emblée, transformé et comme enfanté par une nouvelle naissance à une nouvelle vie par une telle communication, véritable seuil de la communion à la grandeur ? La sainteté et la grandeur de Dieu.

 

Par une telle lecture, une telle compréhension désacralisée des textes, sans théophanie, mais où Dieu et Jésus sont plus réellement agissants l'un et l'autre, plus réellement présents l'un à l'autre, l'homme est interpellé exactement au niveau que permet et appelle son état intime.

 

Quand on y est assez préparé, on découvre alors à un degré inégalé la simplicité, la droiture, la pureté et encore la vigueur, la grandeur, la noblesse vécues de façon quasi absolue. On en reçoit intimement l'empreinte. Leur rayonnement est tel, il est si bien adapté à ce qu'on est, qu'il simplifie, rend droit et purifie, donne force, grandit et ennoblit. Il pousse à s'approcher de ce que l'on est.

 

Qui ne serait porté à l'action de grâce pour cette vision donnée à l'homme par l'homme et où l'on entrevoit son propre accomplissement dans l'approche même de ce que Dieu est ?

 

A mesure qu'on entre dans l'intelligence de ce que Jésus a vécu et qu'on y correspond soi-même dans sa propre vie, on entrevoit en lui l'annonce de toutes les exigences intimes que les hommes ont progressivement découvertes en eux et l'amorce de tout ce qu'ils ont désiré de meilleur d'eux-mêmes au cours des siècles.

 

La vie humaine de Jésus, si brève pourtant, est comme le signe de la grandeur en puissance dans chaque homme. Elle est le sacrement qui donne lumière et force pour y tendre. Dans sa singularité exceptionnelle, cette vie relève de l'universel, bien que Jésus, homme d'un temps et d'un lieu, mort jeune, soumis aux préoccupations et aux perspectives de son temps, ne s'en soit pas complètement dégagé.

 

En lui, on entrevoit, indissolublement liées, une stabilité personnelle, une conscience de sa mission, une communion et comme une familiarité avec Dieu plus qu'humaines, tellement elles se révèlent exceptionnelles dans le peu qu'on est capable d'en saisir. Elles ne peuvent provenir que d'une conscience de soi et d'une proximité de Dieu sans comparaison avec ce que permettent les activités communes qui restent à l'initiative de chacun.

 

Inséparablement, l'intelligence croissante de ce que Jésus fut dans son humanité et de ce que l'on peut devenir pas à pas à sa suite grâce à ce qu'il devient pour soit est un cheminement vers Dieu. Cette intelligence et cette progression conduisent à se hisser comme hors du temps, à se rendre Dieu présent comme si l'invisible devenait visible et que l'inconcevable pointait à l'horizon de l'esprit.

 

Vivre ainsi de Jésus comme de la présence de celui qui est aimé, dont la pensée accompagne toujours et qui est l'unique recours au cœur de la solitude personnelle.

 

Vivre de son souvenir, sous-jacent à tous les instants, jaillissant en toute occasion, sans cesse en gestation de quelque vue neuve sur ce qui s'est réellement passé de son temps, grâce à une intelligence plus profonde et plus ouverte, plus vive à certaines heures, de certains passages de l'évangile, intelligence aidée indirectement par une compréhension plus poussée et plus réaliste de leur élaboration, si fervente et si complexe, de leur transmission dans l'extrême improbabilité, dans l'extrême précarité, élaboration et transmission réussies envers et contre tout.

 

Vivre de sa présence qui, à l'heure voulue, inspire à chacun la manière particulière de se comporter, celle qu'on doit inventer pour soi-même, afin non seulement de bien correspondre aux événements et aux situations, mais aussi, dans une certaine mesure, de les susciter indirectement en s'y préparant obscurément par la fidélité. N'est-ce pas la prière en acte, née de l'être et l'engendrant, provoquant le chemin et donnant la force de le suivre ? S'inspirer de ce que, au loin et globalement, on entrevoit de la vie intime de Jésus, pour orienter, coordonner et unifier en le transposant, dans la mesure où cela relève de l'initiative personnelle, ce qui s'amorce en soi et émerge de soi.

 

Atteindre ainsi le sens de sa vie, unique et nécessaire, se percevoir au niveau de l'existence, se découvrir dans la durée et la consistance, dans l'approche existentielle de l'être qu'on devient.

 

Atteindre en Jésus une réalité essentielle qui n'est pas tout autre que ce qu'on est soi-même parce que cette réalité aide à la prise de conscience des exigences radicales qui s'imposent intimement et qu'elle permet d'y correspondre, et pourtant réalité tout autre encore par sa plénitude inaccessible montrant combien elle n'est pas du même ordre.

 

Approcher Dieu en Jésus, sans faire de l'homme qu'il fût un Dieu, mais en le pressentant tellement de Dieu qu'il en est, de son vivant, comme l'image humaine historique, accessible et visible, et qu'il peut être aussi en toute vérité l'objet de l'adoration sans qu'on cède en rien à l'idolâtrie, d'une adoration qui, partant de lui et à travers lui, s'élève vers l'éternel, le radicalement autre, l'inconcevable.

 

Grâce à la présence de Jésus agissant par elle-même et à son souvenir en continuel développement, dépasser les conceptions extrinsèques de la divinité auxquelles on est porté ataviquement par les millénaires ancestraux, seules conceptions d'ailleurs qu'on peut atteindre au début d'une vie spirituelle.

 

Ne pas retomber dans les imaginations puériles anciennes, cérébrales ou piétistes, charnellement entrées au cœur de l'homme, complices de ses peurs, de sa recherche éperdue de sécurité et de certitudes. Ne pas s'abaisser à l'athéisme vulgaire que permettent la médiocrité humaine, l'impuissance et la fascination des sens. Ne pas céder à l'athéisme raisonné qu'imposent la considération exclusive des phénomènes, l'inadaptation des moyens de représentation, l'inadéquation de la raison. Approche de Dieu à la suite de Jésus, comme Jésus de son vivant, prenant conscience de lui-même, a atteint Dieu et a été en Dieu et de Dieu.

fin

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Published by Marcel Légaut - dans Jésus par Marcel Légaut
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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 14:27

suite des articles précédents

 

Les affirmations de Jésus et l'esprit général des paraboles qu'il inventa et proposa, ses prises de position vis-à-vis de la manière même dont on observait la loi autour de lui, les polémiques qu'il provoqua au sujet de la loi, tout son comportement fait apparaître au grand jour les dimensions de l'opposition entre sa religion et la religion pratiquée de façon générale dans son milieu. Tout montre l'importance de la mutation qui, à ses yeux, s'imposait à la tradition, à cette tradition dont il avait hérité, mais qu'il lui fallait accomplir.

 

Désormais et comme en écho à travers les âges, cette opposition radicale entre deux options fondamentales et, comme par ricochet, les luttes qui en découlent, vont se manifester dans les choix politiques conscients ou inconscients des hommes dans les actions qui en découlent sous les formes contingentes propres à chaque époque. Peu à peu se creuse ainsi en Jésus l'évidence que sa religion n'est plus tout à fait celle de son milieu. Par-delà les siècles, il se retrouve dans la situation et l'esprit de celui qui, appelé par Dieu, quitta son pays, sacrifia tout à la volonté qui s'imposait intimement à lui, alla contre les coutumes religieuses de son temps et devint ainsi le père des croyants. Il est de l'esprit qui, avant même qu'Abraham fût, était.

 

Peu à peu, l'opposition entre l'autorité que la loi a encore sur lui et celle qui s'inscrit impérieuse en lui, d'abord refusée, est de moins en moins niée. Cette opposition est toujours plus lucidement et franchement acceptée. Il la fait sienne, il l'épouse. Lutte sans répit en lui du passé et de l'avenir, lutte de moins en moins dissimulée et de plus en plus acceptée, lutte aussi auprès de ses disciples, action délicate, difficile, tenace, presque sans illusion, combat implacable, sans trêve, dans la lumière des évidences intimes, mais aussi dans les ténèbres que ses nuits de prière cherchent à éclairer, combat décisif qui eut raison de Judas, le patriote et le conservateur, qui conduira Jésus aux frontières de la vie qui donnent le vertige du doute et du non-sens radical, vertige devant le néant, ces frontières qui ouvrent sur l'absolu de la foi. Déjà la mort de Jean-Baptiste, le maître de sa jeunesse, montrait le chemin.

 

Apparaît, alors, à Jésus l'immensité de la tâche à laquelle il ne peut se refuser, mais qu'il ne peut pas, de son vivant, mener à bien, sa dimension surhumaine, la multitude non pas sans scribes, sans docteurs, sans hiérarques mais sans pasteurs, le petit nombre des ouvriers, leur impuissance à être à la hauteur de l'avènement qu'il lui faut provoquer, leur impossibilité d'en comprendre la dimension.

 

Alors apparaît à Jésus l'immensité de la tâche, sa dimension surhumaine, la multitude non pas sans scribes, sans docteurs, sans hiérarques, mais sans pasteurs, le petit nombre des ouvriers, leur impuissance à être à la hauteur de l'avènement qu'il lui faut provoquer, l'impossibilité d'y rien comprendre, leur manière d'en user, d'en profiter, de s'y installer. Mais aussi, après l'intérêt du début, l'inquiétude, d'abord larvée, des milieux religieux officiels, leurs propos onctueux, louvoyants, de moins en moins déguisés, leur hostilité croissante de plus en plus ouverte, de plus en plus violente et, en outre, les réactions de sa mère et des siens. Quelques mois après, le vide autour de lui.

 

Pour les uns, il est un séducteur, un illuminé, un homme aux relations douteuses, qui mine la base même d'Israël, le fossoyeur de la religion du peuple élu. Pour les autres, c'est un défaitiste et un esprit chimérique qui prêche la pauvreté aux pauvres que les riches exploitent, la miséricorde à ceux que la botte romaine écrase, l'opium du peuple, un ferment d'anarchie. Accusations, imputations qui se répètent sans fin, tels des échos à travers les âges. Les uns et les autres complotent de le supprimer. Tous voient en lui un traître à Israël. Talonné, harcelé, condamné désormais à ne pouvoir faire qui ne soit mal interprété, sous les menaces qui pèsent sur lui, toujours plus précises, plus proches, Jésus voit le caractère inéluctable de son destin.

 

Bien plus, et c'est là qu'il est le plus grand, il comprend la nécessité de sa mort pour que ses disciples découvrent enfin quelle place il a prise dans leur vie, quelle semence il a jetée en eux, quel ferment il est pour eux. Il faut que son départ creuse en eux l'abîme de l'absence pour que jaillisse du fond d'eux-mêmes sa présence, la présence que tout homme attend pour avoir la force de devenir lui-même. Sa mort, qu'il fait sienne, est nécessaire pour que sa mission puisse se poursuivre, soit sauvée malgré tout ce qui sans cesse la déviera, tendra à la pervertir. Allant vers sa fin avec foi, il y va d'un trait, sans plus rien ménager.

 

Pendant le dernier repas qu'il prend avec ses disciples, tandis que déjà l'un d'eux l'a trahi, leur donnant, comme dans un testament, le sens de ce qu'il a vécu avec eux, ce qu'ils sont alors en mesure de recevoir. Tout près des moments ultimes, après ces heures trop denses, trop lourdes même pour lui, portant dans sa chair l'angoisse du destin qu'il a jusqu'alors aimé, de l'amour qu'il porte à son Père, nourri de celui que son Père lui a témoigné, Gethsémani, sa dernière nuit de prière d'où il sort avec la force de tenir tête solennellement, d'une façon décisive, aux puissants de ce monde, ces inconvertissables.

 

Son silence plein de mépris devant Hérode, ce haut fonctionnaire, ce personnage arriviste et falot; son silence plein de condescendance pour Pilate, brave homme au fond à qui il concède la royauté de ce monde; son silence lassé face à la parodie de jugement à laquelle se livre le grand prêtre.

 

Puis la déclaration proclamée de la lutte inexpiable entre le passé qui paralyse et l'avenir qui naît, entre l'autorité qui conserve et stérilise et celle qui crée, qui rend créateur en se livrant, entre le dieu que l'homme s'approprie et le Dieu qui appelle l'homme  … L'affirmation que rien ne peut empêcher l'essentiel d'apparaître, pas plus qu'on ne peut empêcher le réel d'être, l'affirmation que sa parole ne passera pas et qu'il sera glorifié… avant que tout soit consommé, se voyant dressé dans la foi nue, abandonné, dépouillé de tout ce qui avait aidé du dehors sa mission à naître et à se développer.

 

Après sa mort, pendant quelques semaines, les charismes étranges dont furent sujets ceux qui avaient cru en lui jusqu'à la fin. Songes, visions, illuminations, pentecôtes... qui, comme la transfiguration, montrent ce que ceux-ci vivaient obscurément mais puissamment dans la profondeur de leur être, charismes qui depuis se manifestent de façon d'autant plus discrète que les hommes sont spirituellement plus adultes, que l'appel de Dieu pénètre plus avant et va plus loin.

à suivre ...

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Published by Marcel Légaut - dans Jésus par Marcel Légaut
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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 13:59

suite de l'article précédent

 

Aussi n'est-ce pas seulement au niveau de l'habileté littéraire ni à celui de l'organisation technique d'un exposé qu'il faut atteindre les évangiles pour entrer dans une première connaissance de ce que Jésus a dit et fait et aussi pour deviner, autant que cela est donné à chacun, ce que Jésus a vécu et a été. Des détails souvent infimes révèlent, sans que les auteurs en aient peut-être conscience, l'aura d'amour et d'espérance qui rayonnait de leurs souvenirs personnels ou de leurs réactions devant ce qui leur avait été relaté.

 

Ces détails sont précieux pour faire voir Jésus, même s'ils sont très marqués par la mentalité des témoins ou des rédacteurs. Ils permettent des approches de Jésus mieux que les affirmations doctrinales des Écritures sur lesquelles ont pesé les charges affectives et les conceptions intellectuelles, les préoccupations et les perspectives de la société du temps. Ces détails ne peuvent être remarqués et convenablement interprétés, quoique toujours aux risques et périls de chacun, que si on lit les Ecritures avec une connaissance déjà profonde de soi et de l'homme, avec une expérience spirituelle déjà avancée. De loin, on entreverra Jésus à travers ses propos tout imprégnés de sa sagesse et de sa communion avec Dieu, à travers ses enseignements provoqués par ce dont il pressentait que les hommes avaient besoin pour bien l'entendre, à travers les confidences qu'il faisait à ses disciples à certaines heures intimes comme pour mieux saisir lui-même tout ce qui montait en lui et dont il vivait, à travers les béatitudes et les malédictions, à travers les paraboles inventées au jour le jour à mesure que toutes lui étaient comme arrachées par ses auditeurs.

 

C'est en lisant de cette manière les évangiles que l'on se rend réel ce que Jésus a vécu, que l'on y communie en profondeur. Encore que la singulière épopée spirituelle de Jésus reste certes loin au-delà de ce qu'on saurait atteindre par ses propres moyens, elle devient ainsi actuelle et présente et d'autant mieux qu'elle peut être davantage saisie et plus totalement comprise dans la ligne de ce que l'on vit soi-même. Aussi bien, il ne s'agit pas ici d'affirmer la vérité de tous ces aperçus sur la vie de Jésus mais, par une vision globale, d'en comprendre la ligne centrale et l'esprit fondamental tels que cela est accessible dans l'état actuel où on se trouve. A chacun de poursuivre pour soi cette recherche, de vivre cette découverte, de s'en inspirer à longueur d'années, suivant les étapes de sa maturation.

 

Ainsi pour moi, son incartade d'enfant de douze ans à Jérusalem, relaté par Luc, serait la première manifestation du caractère vigoureux, décidé, de cet enfant, de son ouverture sur les questions religieuses, première amorce de sa vocation, première séparation du milieu familial. Puis la secrète évolution de sa vie d'artisan de village durant quelques vingt ans qui l'a conduit à se joindre à la foule des pèlerins sur les bords du Jourdain et la singulière reconnaissance de Jean qui découvre en lui un disciple de choix, peut-être déjà un maître. Son écho dans le cœur de Jésus, l'horizon qui s'éclaire et s'élargit. Ce qu'il en a dit plus tard dans ses confidences et qui nous est parvenu à travers les commérages et les disputes de disciples. Plus tard, la lecture à la synagogue de Nazareth du texte d'Isaïe, lumière éblouissante sur l'avenir qui s'ouvre.

 

Perspectives crues sur-le-champ, quoique incroyables. Jésus en fut tellement illuminé que tous ceux qui le connaissaient depuis l'enfance le regardent muets, étonnés, dans le pressentiment des instants décisifs. Le voilà qui se lève, quitte les siens, son village, et part. Sa découverte des petits et des déshérités de la vie, sa pitié passionnée pour les exclus et les rebuts de la société. Parfois cette puissance étrange de guérison qui monte en lui, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent et les pauvres sont évangélisés. Vie nouvelle qui s'affirme toujours davantage, à chaque occasion, par son immense succès, par son exacte correspondance à ce qui est secrètement attendu de tous, attendu mais encore submergé sous le vice et le malheur, encore enfoui sous les mœurs et les coutumes.

 

Quelles confirmations de sa voie, quelle proximité avec Dieu qui lui a donné une telle mission, quelle intimité avec ce Père qui le conduit pas à pas, mieux encore qui l'engendre peu à peu ! Le repos de ses jours de tournée, après la fatigue, le havre de ses nuits de prière après les harassements de la multitude. Mais aussi quelles tentations, quelles embûches Jésus n'a-t-il pas déjouées peu à peu au long de sa mission, grâce à son intériorité où se développait son intimité avec Dieu !

 

Ne pas être victime du succès de ses premiers contacts avec les foules juives, ne pas voir dans ce succès une indication de la volonté divine, ne pas le préférer, quoique ce succès soit d'une singulière puissance auprès de lui, à ce qui sourd peu à peu en lui sous la forme de fines évidences et de vastes perspectives dans la solitude de ses nuits de prière. Au contraire, s'attacher à ces intuitions malgré leur subtilité et leur précarité, malgré leur invraisemblance.

 

Résister, au mépris de tout ce qui l'y portait, à la pitié devant l'immense misère, physiologique ou autre, des petits et des rejetés de la société, car cette puissance de miracle qui montait en lui, par la violence des désirs et des sentiments qu'elle soulevait, ne porte pas de soi vers la conversion du cœur qui, tout impossible qu'elle lui paraissait, s'imposait à lui comme l'objet essentiel de sa mission.

 

Résister, en ces temps d'oppression, à la puissante passion patriotico-religieuse d'Israël, nourrie d'un passé millénaire où Dieu était partout présent, passé rempli d'actes de foi et de courage, passé propre à ce peuple dont la solidarité raciale semble unique. Se refuser à d'abord conscientiser et à faire conquérir la liberté politique, finalement à se laisser aller à penser que seraient ainsi atteintes, comme de soi, l'exigence de la conscience et la liberté du cœur.

 

Au lieu de suivre l'appel intérieur, quelle tentation de se laisser entraîner par les événements et même d'aller au-devant d'eux, de les provoquer. Grisé par la gloire et la puissance de Dieu, quelle tentation de forcer en quelque sorte la motion de Dieu au lieu de l'attendre, immobile dans la disponibilité, d'enjamber sur le temps de Dieu sous la poussée de ce qui est donné aujourd'hui mais seulement pour préparer demain. Quelle tentation de convertir au lieu d'appeler à la conversion. Cependant l'essentiel de la vie de Jésus est au-delà

 

L'appel intime qui singularise Jésus à l'extrême et le fait devenir lui-même, monte en lui devant l'immense misère d'un peuple qui devient chaque jour davantage son peuple. Devant l'énorme gâchis des possibilités spirituelles que cette misère rend presque fatale, Jésus est conduit impérieusement, pour correspondre à la volonté de son Père, à condamner la manière dont les puissants et les nantis s'établissent dans la religion d'Israël, à condamner la manière dont ceux-ci se protègent, derrière la loi et les prescriptions légales, des comportements impérieux qui pourtant devraient s'imposer à eux avec force dans l'intime, à condamner même la piété des Juifs les plus fidèles qui, non seulement obéissent aux commandements, mais les aiment religieusement en en faisant un but, car c'est là encore fuite devant le réel et idolâtrie.

 

Il y a dans l'existence de Jésus une telle qualité d'être, une telle lumière de jugement, une telle puissance de décision, une telle fidélité sans faille allant avec certitude et sécurité jusqu'au bout, sans dévier, qu'il me semble avoir épuisé toute la potentialité humaine de façon surhumaine.

 

D'une part, la soumission dans la docilité aveugle à la loi considérée comme sacrée, voire comme volonté de Dieu sur l'homme, et la socialisation actuelle y pousse à sa manière laïcisée, mais encore toute dictatoriale. D'autre part, la liberté humaine dans une recherche de la fidélité atteinte avec l'aide de la loi, mais s'exerçant au-delà de celle-ci, liberté qui permet à l'homme de faire l'approche de son mystère et de répondre à l'appel de Dieu. Cette liberté de l'être est toute différente de la liberté anarchique du choix dans la gratuité du caprice ou même dans la sincérité qui, par manque d'intériorité, se refuse aux étapes exigeantes vers l'authenticité.

 

D'une part encore, affirmer que la perfectibilité illimitée de la loi est possible sans être soutenue et, dans une certaine mesure, précédée par celle de l'homme. Affirmer que la loi, grâce à une organisation technique réalisable, peut résoudre toutes les questions de base que l'existence humaine pose à chacun. D'autre part, la certitude que seule la croissance de l'intériorité, croissance illimitée dans ses développements, peut faire naître l'homme à la liberté et lui permettre d'atteindre le sens de sa vie, sa raison d'être. Mieux encore, la certitude que seule l'intériorité peut faire en sorte que rien ne puisse être radicalement aliénant pour l'homme et en arriver à le détruire dans l'essentiel.

 

Jésus a vécu la secrète tension entre la tradition imposée du dehors globalement, à lui comme à tous, et son inspiration personnelle. Cette inspiration provenait du message et de la mission que cette tradition avait préparés en lui de longue date indirectement, secrètement. Cette inspiration provenait également de ce qu'il percevait dans le présent, au jour le jour et comme par réaction. Jésus a su prendre conscience de cette tension et ne pas se refuser à l'appel qu'elle lui faisait entendre. Fruit de l'intériorité, cette tension l'a porté à développer encore davantage cette intériorité, à prendre conscience progressivement de sa mission, à atteindre la certitude que cette mission était d'importance capitale au point de déborder les temps et les lieux, au point d'être universelle et de ne pas pouvoir passer

à suivre ...

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Published by Marcel Légaut - dans Jésus par Marcel Légaut
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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 19:02

Après un an de travail sur le "Suaire" de Turin, Ray Downing, du studio Macbeth à New York, présente une image en 3D de Jésus. L’information – pourtant importante – ne semble pas avoir ému outre mesure les médias français, y compris le journal La Croix, et c’est sur un site suisse, celui du journal Le Matin que nous avons eu l’information (un article du 4 février 2010) (lien ). Tout se passe comme si la datation au carbone 14 réalisée en 1988 avait littéralement sonné les chrétiens et les avaient complètement détachés de tout ce qui avait trait à cette « relique ». Bigre ! Hommes de peu de foi aurait dit Jésus.

 

Jesus_en_3D_portrait.JPGJesus_en_3D.jpg


Ray Downing a collaboré avec une équipe de scientifiques conduite par le physicien John Jackson. La technologie utilisée est similaire à celle mise au point par la NASA pour évaluer la hauteur des cratères de la Lune. La principale difficulté a été d’utiliser une image altérée du visage car le suaire a épousé le corps du supplicié et n’a donc pas constitué une surface horizontale. Pour son travail, ce spécialiste en imagerie a pu disposer de quelques 30 000 photos en haute définition qui avaient été prises par l'équipe américaine de John Jackson en 1978. Ray Downing a dû imaginer la forme des sourcils du supplicié, absents du linceul.

 

Voir les vidéos sur Youtube :

"The Face of the Man on the Shroud" (en anglais) (lien ),

"Schroud of Turin 2010" (vue du corps en entier d'après restitution, sans commentaire) (lien)

Etc. (nombreuses autres vidéos sur Youtube)


 


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Published by Etudes unitariennes - dans le linceul de Turin
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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 09:32

En 1988, trois laboratoires ont étudié un échantillon du linceul de Turin avec la méthode du carbone 14. Ces laboratoires, l’un en Suisse, l’autre en Grande-Bretagne et le dernier en Arkansas aux Etats-Unis, ont présenté un tir pas trop précis mais indiquant sans conteste des dates du Moyen âge, entre 1260 et 1390, ce qui correspond par ailleurs à la présence de ce linceul au village de Lirey en 1357. Dès lors, auprès de la communauté scientifique, dans les médias et dans l’opinion publique - y compris chrétienne - la cause était entendue : c’était un faux de l’époque des reliques fabriquées pour la foule naïve des pèlerins.


Mais quelle hâte ! quel soulagement pour certains ! Je me souviens d’un brave dominicain proclamant que seule la foi comptait (mais qu’en sait-il donc ce bavard !) et que, Dieu merci, l’homme n’avait aucun support matériel pour croire – pas même cette pièce d’étoffe puisque c’était un faux. Belle envolée ! Or, pour une fois qu’on a un document archéologique sous la main, ne vaut-il pas mieux l’étudier sérieusement et sereinement ?


D’autant plus que cette datation, non contestable, s’inscrivait en totale contradiction avec l’analyse du linceul et des traces s’y trouvant : un tissu en lin, tissé comme ce qui se faisait à l’époque de Jésus en Palestine, contenant d’ailleurs du pollen de cette région, marqué de sang et de sérum (en auréole des tâches sang et invisible à l’œil nu), ayant contenu un corps de crucifié et, mieux, qui a subit la passion selon les évangiles (coups de flagellations, couronne d’épine, coup de lance afin de vérifier le décès avant le commencement du sabbat, non lavement du corps avec des parfums). Les traces relevaient d’une oxydation du tissu, sans aucun pigment de peinture, et ne pouvait donc pas être un faux de la part d’un artiste peintre.


Contradiction aussi avec les données des historiens, le linceul, plié, ayant été vu, de sources bien établies, à Edesse et à Constantinople et ayant été reproduit par les peintres des icônes orthodoxes et par un artiste hongrois dans une enluminure du codex De Pray daté de 1192-1195 (voir notre article « Lorsque les historiens défendent le Suaire de Turin ») http://etudes.unitariennes.over-blog.com/article-35638522.html )


Au lieu de crier au faux et de jouer aux perroquets, il fallait donc résoudre cette contradiction. De toute façon, croire à un faux du Moyen âge n’était pas du tout fiable car il aurait fallu alors expliquer comment un artiste de cette époque aurait pu s’y prendre ... sans utiliser de pigments !


L’énigme a enfin été trouvée grâce à des tisserands et dûment vérifiée par des chercheurs. Il s'avère que l’échantillon a été pris à l’angle en bas et à gauche du linceul afin d'abîmer le moins possible. Or cette partie a été re-tissée, sans doute pour rétablir le rectangle de la pièce qui avait été quelque peu échancré pour faire des reliques. Il n’y a pas eu simple ajout d’une pièce pour boucher l'espace manq
 uant, mais re-tissage à partir d’un effilochage des fils des bords échancrés, ceci avec des fils de coton torsadés avec ceux du lin du linceul afin que la jointure ne soit pas visible. Mieux, les fils de coton ont été teints en ocre afin de s’assimiler à l’oxydation du lin du linceul. Ce ravaudage a été effectivement fait au Moyen âge (à Constantinople ou à Lirey ?). Mieux, les dates différentes qui ont été obtenues des analyses au carbone 14 (quand même 130 ans pour une date peu éloignée !) correspondent tout simplement à la présence plus ou moins abondante des fils de lin d’origine.


Il faudrait donc refaire une datation au carbone 14, mais cette fois-ci à partir d’un échantillon plus central. Une piste : le linceul a été nettoyé des parties carbonisées qui restaient encore visibles et qui datent de l’incendie de Chambéry en 1532 ; ors ces parties enlevées ont été pieusement conservée : l’Eglise catholique acceptera-t-elle de s’en dessaisir pour une seconde analyse au carbone 14 ?


Source : émission sur ARTE le samedi 3 avril 2010 à 20h 40 « Le Suaire de Turin : la nouvelle enquête » (film de 47mn réalisé en 2008 au Royaume Uni par Michael Epstein)

 

maison_de_tiisserand_aignay_le_duc.jpgmaison d’un tisserand à Aignay-le-duc (Côte d’Or) (lien)

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le linceul de Turin
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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 18:26

Que peut-on mettre aujourd’hui sous ce vocable de religion civile initié par Jean-Jacques Rousseau au Siècle des lumières ? Nous proposons de distinguer les configurations concrètes suivantes :

jean-jacques-rousseau_montagne.jpgjean-jacques-rousseau_humaniste.gif

1 - Les religions communautaires. Elles sont basées sur des puissances tutélaires d’une collectivité lignagère (un fondateur de lignage, de clan, de tribu) ou territoriale (un premier roi qui est divinisé, ou une divinité qui se révèle aux premiers occupants des lieux). Cela implique pour tous le respect des lois édictées par les ancêtres, garanties par les mêmes ancêtres divinisées ou par les dieux tutélaires, et donc la punition des contrevenants et des blasphémateurs qui remettent en cause cette relation, cet équilibre ancestral qui se reproduit de génération en génération. Même en cas de conversion à une religion « étrangère », on doit toujours faire les rituels nécessaires au bon ordre familial ou social, ou à défaut les faire faire. Elles n’en sont pas moins libérales car elles autorisent le recours à des cultes « étrangers » et ne sont pas exclusives, à la condition toutefois que cela ne soit pas l’occasion de les critiquer comme le firent les missionnaires chrétiens et musulmans. Voir par exemple notre dossier sur les religions coutumières en Afrique noire (lien)

2 - Les théocraties : dans le cadre d’un Etat moderne, l’affirmation d’une seule religion à l’exception de toutes les autres. Il y a alors superposition d’une religion obligatoire à la société civile. Les théocraties sont intégristes car elles appliquent à tous les prescriptions religieuses d’une religion historique. Les républiques islamiques qui appliquent la charia entrent tout à fait dans cette catégorie ; l’Etat d’Israël, bien que cas particulier, connaît lui aussi cette tentation théocratique.

3 - Les religions englobantes. Elles assurent l’unité sociale et politique en proposant une coordination large où chaque culte peut se développer à sa propre façon. Exemple des triades indo-européennes, par exemple l’hindouisme. L’architecture d’ensemble ne doit toutefois pas être contestée, sinon les acteurs religieux non partie prenante sont hors jeux / hors loi. Voir notre dossier sur les triades indo-européennes (lien)

4 - Les religions dominantes et « officielles ». Elles jouent le même rôle de cohésion sociale. Elles admettent des religions minoritaires qui bénéficient alors d’un statut de minorités protégées par le pouvoir politique ou encore d’une simple tolérance : la diaspora juive en Europe médiévale, les chrétiens aux Moyen-Orient, les dhimmi dans l’empire ottoman, etc. Dans les pays protestants européens, les Eglises issues de la Réforme sont Eglises d’Etat ; les autres étant dites « libres ».

5 - Les religions de simple référence laissent libre cours aux religions « particulières » de chacun et ne s’y ingèrent pas, mais elles proposent une référence certes minimale, mais commune à la société civile. L’empire romain avec le culte à César, le théisme aux Etats-Unis, l’anglicanisme au Royaume-Uni (à partir du XIXème siècle, car avant il entre dans la catégorie précédente). Dans ces conditions, l’Etat peut devenir authentiquement laïc.

6 - Les religions concordataires bénéficient d’un contrat privilégié avec les Etats correspondants. Elles peuvent donc faire appel à la puissance temporelle. C’est toujours l’alliance du sabre et du goupillon, mais dorénavant basée sur la loi. Le concordat peut bénéficier à la seule religion dominante, mais dans un contexte plus large, toutes les communautés religieuses peuvent être reconnues comme étant d’utilité publique et aidées à ce titre par l’Etat. Sous Napoléon 1er, les protestants et les Juifs bénéficièrent eux aussi d’un concordat. Dans plusieurs pays européens et en Turquie, l’Etat prend en charge le salaire des clercs (à l’exemple de l’Alsace et de la Lorraine en France pour les prêtres, les pasteurs, les rabbins) ; les aumôniers militaires sont également pris en charge. Au niveau scolaire, les élèves doivent obligatoirement s’inscrire à un cours de religion. On a le choix entre diverses religions (du moins entre celles qui sont agréées par l’Etat), mais on doit avoir une religion ! Des impôts concernent la religion et, pour en être exempté, il faut se désengager des listes de baptême.

La « laïcité à la française » se refuse quant à elle à une telle prise en charge (hormis les aumôniers militaires). Pourtant les lois laïques de 1901 et de 1908 attribuent aux religions catholique, protestante et juive l’usufruit des lieux de culte qu’elles occupaient à ces dates, les réparations étant à la charge des communes ou du patrimoine religieux. Mieux, le concordat en Alsace et Lorraine a été maintenu après récupération de ces provinces au lendemain de la Dernière guerre mondiale.


7 – les religions d’utilité publique. La France admet la subvention d’acteurs pourtant privés qui sont considérés comme d’utilité publique : les partis politiques, les syndicats, les établissements scolaires confessionnels qui acceptent d’être conventionnés, des fondations caritatives et humanitaires, des Ong dont certaines sont confessionnelles, etc. Alors pourquoi des communautés religieuses ne seraient-elles pas elles aussi déclarées d’utilité publique moyennant un agrément et un suivi de l’Etat ?

Dans le modèle français de la laïcité, la distinction est établie entre les activités sociales d’une part et le culte d’autre part. Vérité en deçà du Rhin, erreur au-delà ? Le débat est ouvert et le modèle français n’est pas forcément exportable.

A noter qu’avec cette relation entre l’Etat et les principales communautés religieuses qui contribuent à l’encadrement social de la population, on est passé du singulier (une religion qui sert de cadre commun), à un pluriel : des religions sélectionnées pour leur rôle social – mais alors, à elles toutes, elles sont censé répondre aux besoins religieux des populations concernées ; elles sont en quelque sorte, toutes ensemble, « la religion ».


Cette aide de l’Etat instaure une distinction entre les communautés religieuses « officielles », celles qui sont dûment agréées et financées, et les autres qui sont alors des « sectes » agissant plus ou moins d’une façon informelle, pouvant être tolérées de fait mais non protégées par la loi. Quid alors de la liberté religieuse ? de la liberté de culte ? Le concept de religion civile trouve là ses limites.

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 15:45

note de Jean-Claude Barbier, sociologue, le 15 mars 2010

La religion civile concerne l’ensemble d’une population sur un territoire politiquement contrôlée et se présente comme obligatoire aux citoyens qui y vivent quelque soit par ailleurs leurs opinions personnelles tout à fait légitimes. Dans le cadre d’Etats modernes (que ce soit des républiques ou des monarchies constitutionnelles), elle s’impose à tous et est considérée comme l’un des fondements de l’ordre social et le moteur par excellence de la solidarité. En cela, elle est différente des adhésions par décision individuelle et par conversion aux religions et aux cultes « particuliers » organisées et proposés par les divers clergés (« les religions des prêtres » selon J.-J. Rousseau).

Elle est donc liée au destin d’une nation, mais contrairement aux religions antiques, elle fait désormais l’objet d’un contrat social, conscient et volontaire, au sens où l’entendait Jean-Jacques Rousseau (Du Contrat social, 1762), philosophe du Siècle des lumières qui est l'initiateur de ce concept.

jean_jacques-rousseau-vicaire-savoyard.jpgElle est également distincte de « la religion naturelle » (toujours selon J.-J. Rousseau) selon laquelle, par l’éveil de notre conscience, l’ouverture de notre sociabilité à tous les autres humains et la reconnaissance des lois de la Nature et de la Vie par notre raison, nous adhérons à l’existence d’un Dieu universel et – ajoute notre philosophe - à la promotion de nos âmes dans une survie après la mort (ce qui est une définition du théisme).

le vicaire savoyard enseignant la religion naturelle au jeune Emile

En arrière plan de cette définition, c’est la religion comme garante de la morale car Dieu, non seulement est le super législateur (depuis Moïse et les Dix commandements qu’il reçut en théophanie !) ou du moins le garant de nos lois (car il punit les contrevenants), mais aussi le super gendarme (il voit tout et Caïn n’échappe pas à son « œil » comme le rappela Victor Hugo) et le super juge (puisqu’au jour du Jugement dernier, voir avant selon l’espérance chrétienne et musulmane, il fera le trie entre les bons et les méchants, entre ceux qui monteront au Ciel et ceux qui descendront en enfer) ; mieux – ou pire selon les cas ! - nous serons jugés selon nos actes, mais aussi selon nos intentions car Dieu ne sonde-t-il pas les reins et les cœurs ?

Une telle religion, assurément, encadre le peuple plus que ne pourraient le faire tous les pouvoirs temporels et toutes les vidéos caméra de nos espaces publics. Sans fard, les philosophes du XVIIIème siècle (que ce soient Rousseau ou Voltaire) l’appellent à leur rescousse, se défiant d’une image par trop naïve du bon peuple ; ils font appel à elle comme ils font appel aussi au despotisme éclairé du souverain pour imposer si besoin est les bonnes décisions, la démocratie électorale rimant parfois / souvent avec démagogie.

La démocratie au sens noble du terme – qui est un libre contrat social entre citoyens – peut-elle prendre le relais de ces systèmes qui s’appuient sur un ordre divin, donc  sanctionné par en haut ? A savoir, le respect des règles du jeu qui ont été établies d’un commun accord, un comportement moral valorisé, une éthique discutée et partagée, la transmission des valeurs aux générations suivantes, etc. Certes, les optimistes à tout crin, parfois démagogues sur les bords, répondront oui, mais d’autres se montreront plus prudents.

En tout cas, que l'on soit optimiste ou pessismiste vis-à-vis de la nature humaine, l’enjeu est bien réel : non pas celui de maintenir des formes religieuses anciennes (il n’en est plus question au niveau de nos Etats laïcs), mais de penser une démocratie qui, par ses seuls moyens, tienne debout, prône la vertu civique et le respect des lois et ne s’alanguisse point dans le relativisme universel, le laxisme, si ce n’est le laisser aller, la lâcheté ou la dissolution des mœurs comme disaient les Anciens ...

à suivre

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 16:16

Note bibliographique de Amélie Neuve-Eglise dans « Rencontres islamo-chrétiennes (1) Les Sept Dormants d’Éphèse et les Ahl al-Kahf », n° 28, mars 2008, la revue de Téhéran, mensuel culturel iranien de langue française (lien)

- Bonnet, Jacques, Artémis d’Ephèse et la légende des sept dormants, Paul Geuthner, Paris, 1977.
- Debarge, Louis, "La caverne des Sept Dormants - une légende chrétienne dans le Coran", Esprit et Vie, 12 novembre 1991.
- De Ravignan, François, " Les Sept Dormants : lieu de rencontre abrahamique ", Horizons Maghrébins, n° 20-21, 1993.
- De Tours, Grégoire, Le livre des martyrs, Editions Paléo, Sources de l’Histoire de France, 2003.
- De Voragine, Jacques, La Légende dorée, I et II, Seuil, Points Sagesses, 2004.
- Hamidullah, Mohammad (trad.), Le Coran, Tawhid, 2001.
- Jourdan, Francis, La tradition des sept dormants, Maisonneuve & Larose, Paris, 1983.
- Leroux, Alain. Les Sept Dormants d’Ephèse et leur culte en Asie mineure, en Afrique du Nord et ... à Vieux Marché en Bretagne. Société d’archéologie et d’histoire du pays de Lorient, 1999.
-
Neuve-Eglise,Amélie. « Rencontres islamo-chrétiennes (1) Les Sept Dormants d’Éphèse et les Ahl al-Kahf», n° 28, mars 2008, La revue de Téhéran, mensuel culturel iranien de langue française.
- Massignon, Louis et Moubarac, Yoakim, "Le culte liturgique des VII Dormants Martyrs d’Ephèse (Ahl al-Kahf) : trait d’union Orient-Occident entre l’Islam et la Chrétienté " (1961), in Louis Massignon, Opera Minora, III, P.U.F, 1969.
- Massignon, Louis. La crypte-dolmen des VII Saints Dormants d’Ephèse au Stiffel (Le Vieux Marché), Mémoire de la Société d’Emulation des Côtes du Nord, 1992.
- Massignon, Louis, "Les fouilles archéologiques d’Ephèse et leur importance religieuse (pour la chrétienté et l’Islam)", Dar el-Salam, Le Caire, 1952.
- Rozelet, Anne-Marie, "Massignon et les pèlerins des Sept Dormants à Vieux-Marché", in Louis Massignon et ses contemporains, Karthala, 1997.
- Stétié, Salah, Les Sept Dormants au péril de la poé
sie, Leuvense Schrijversaktie, 1991.

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 12:21

sept-dormants-bretagne.jpgLocalisation : dans les Côtes d’Armor, cette fois-ci au nord de la route allant de Saint-Brieux à Morlaix, au sud de Lannion et à l’est du Plouaret, dans la commune du Vieux-Marché et hameau appelé " Les Sept-Saints ",


le 19 septembre 1951, l'historien orientaliste Louis Massignon (1883-1962), ancien professeur au collège de France, grand islamologue français du début du 20e siècle, et qui mena des études sur la mystique musulmane, notamment sur le soufisme, visita la crypte des Sept Dormants d’Ephèse. Puis en Bretagne, il commence à fréquenter la chapelle de Sept Saints où se trouve un dolmen et une source bénie. Il assiste au Pardon qui y a lieu en 1953 et il est frappé par la similitude entre les paroles de la vieille gwerz chantée en breton, et les versets de la sourate 18 du Coran, dite de la Caverne. Il revient l’année suivante en juillet 1954, quelques mois avant l’insurrection du 1er novembre en Algérie, cette fois-ci accompagné de jeunes musulmans afin de s'unir dans la prière pour la paix, lançant ainsi le pèlerinage islamo-chrétien que l’on connaît depuis.

Louis_MASSIGNON.jpg"C'est d'ailleurs, expliquera-t-il plus tard, l'intuition d'une solidarité généalogique et topographique, dans le cadre de la méditation du thème de la résurrection des morts de l'époque mégalithique que j'ai vécue, en venant, après avoir visité la crypte d'Éphèse (19.9.51), prier avec les paroissiens bretons, avec qui j'ai fait trois fois déjà la procession traditionnelle et le feu de joie, tantad, au pardon des Sept Saints" (Ahl al-Kahf, 103). Sa fille Geneviève contribua à la valorisation de ce pèlerinage.


Dès lors, ce pèlerinage réunit chaque année près de 500 chrétiens et musulmans venus prier pour un dialogue inter-religieux et une compréhension mutuelle. Il commence par un colloque le samedi après midi, suivi d’une messe puis d’un tantad (un feu de joie en breton). Le lendemain matin, les pèlerins assistent à la messe puis se rendent à la fontaine aux sept trous, symbolisant les sept frères martyrs, où la sourate 18 est récitée, la Fatiha, puis il y a échange de lait et de dattes et un repas pris en commun autour d'un méchoui.

 

ajout du 5 janvier 2012 par Régis Pluchet (sur Facebook) : Louis Massignon a vraiment eu une intuition géniale en lançant ce pèlerinage, basé sur un récit qui relève du mythe plus que de l'histoire. On peut quand même préciser que le rapprochement entre la version chrétienne et la version musulmane de cette légende était connu bien avant Massignon, il en est question en 1878 dans la revue de mythologie, Mélusine, qui publie deux articles sur le pèlerinage dont un d'Ernest Renan (mis en ligne dans la collection Gallica de la Bibliothèque nationale de France, lien). Il est dommage que l'article des Etudes unitariennes, lorsqu'il présente le déroulement du pèlerinage ne précise pas que la lecture de la sourate des Gens de la caverne qui se fait après la messe catholique est un rituel musulman. Enfin, il serait plus exact de parler de pèlerinage islamo-catholique plutôt qu'islamo-chrétien et je le regrette. Mais cela n'enlève rien à son intérêt.


Les sept saints du Vieux Marché seraient-il les sept dormants d’Ephèse ?


Pour les promoteurs du pèlerinage islamo-chrétien du Vieux-Marché, le culte aurait pu atteindre la Bretagne par l'intermédiaire de moines et de missionnaires grecs qui accompagnaient les commerçants d'Orient sur la route de l'étain. Ils accostaient au petit port du Yaudet en baie de Lannion et remontaient le Léguer vers l'intérieur de la Bretagne. Ils découvrirent le village du Stiffel (Les Sept-Saints actuels) et son dolmen.


Mais en l’absence de découvertes archéologiques, cela reste une hypothèse.


sept-saints-bretagne.jpgLe dolmen en question se retrouve en voûte de crypte de la chapelle qui a été bâtie sur les lieux (la date du VIème siècle est avancée pour une première construction mais est-elle confirmée ?). Sept statuettes y représentent les " sept saints ", mais ils sont debout et non en position de dormants ; pire, les saints semblent avoir une tenue ecclésiale, du moins pour certains ; sont de taille et de style différents ; la statue plus importante de la Vierge Marie les accompagne qui pourtant n’est pas dans la légende. Ils sont mis en rang derrière une barque remplie de sable et aménagée de façon à ce que les pèlerins y allument des bougies.


En découvrant le lieu, Louis Massignon avait formulé le commentaire suivant : " Retenons de cela ce qui parle à l’imagination : une caverne, surplombée d’un perron (grosse pierre) ; jumelée à une source où l’eau sort d’une pierre horizontale par "sept trous" disposés en triangle septénaire ". L. Massignon évoque d’ailleurs l’émotion d’un pèlerin musulman qui reconnut le "triangle septénaire" des sept trous où l’eau destinée à Sétif sort d’une pierre verticale à Ra’s el Mâ, près de Guidjel. Or, à Guidjel se trouvent aussi les sept piliers fatimides (en fait des vestiges romains) appelés les Sept dormants où les fidèles procèdent à des ablutions (Louis Massignon, "La crypte-dolmen des VII Saints Dormants d’Ephèse au Stiffel", Extrait des Mémoires de la Société d’Emulation des Côtes-du-Nord, St Brieuc, 1958).


Quoiqu’il en soi, le pèlerinage est actif depuis 1954 et très fréquenté, le dimanche qui suit la Sainte Marie-Madeleine (22 juillet), ce qui est assurément un second souffle sur un créneau spirituel d'actualité ...

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