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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 00:34

Une Eglise catholique sans pape ? par Eduardo Hoornaert, traduit en français par Alder Calado (catholique brésilien), diffusé dans le réseau IMWAC (International Movement We Are Church ; en France NSAE : Nous sommes aussi l'Eglise), et diffusé au sein du groupe des correspondants de la Fédération des réseaux du Parvis par Didier Vanhoutte le 28 février 2013.

Ce texte, motivé par la démission de Benoît XVI annoncée le 11 février 2013, fait un historique de l'institution épiscopale et de la papauté ; il se termine par le souhait que les conférences épiscopales régionales puissent avoir davantage d'autonomie .. peut-être jusqu'à atténuer (voir rendre caduc ?) un pouvoir central que certains jugent excessif. Nous en publions de larges extraits dans notre rubrique consacrée au christianisme épiscopal.

 

1. La papauté

La papauté est une réalité qui ne fait pas partie des origines du christianisme ; le terme « pape », n'apparaît pas dans les écrits du Nouveau Testament. Le verset de l'évangile de Matthieu « tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église »: (16, 18), est traditionnellement évoqué pour légitimer la papauté.  Il convient cependant de rappeler  que l'exégèse actuelle ne cesse de dire que l'on ne peut isoler un texte littéraire de son ensemble et d’en faire un oracle. C’est ce qui se produit avec ce verset. Mais quand on lit les textes des évangiles dans leur entièreté, on comprend sans difficulté qu'il est absurde de penser que Jésus ait prévu une dynastie apostolique du genre corporatif, avec la succession du pouvoir par transmission rituelle. L’expression « tu es Pierre » n'a rien à voir avec l'institution de la papauté. Notre lecture habituelle provient des écrits de l’évêque Eusèbe de Césarée, théoricien de la politique universaliste de l'empereur Constantin, au IVe siècle. Il a entrepris de composer des listes d’évêques successifs (succession apostolique) pour les principales villes de l’empire romain, souvent sans vérifier l'exactitude des données historiques qu’il propose. Son intention était d’adapter le christianisme au système romain de gouvernement. Eusèbe est à l’origine de l'image : ‘Pierre-pape’.

Aujourd’hui, les historiens regardent dans une autre direction et étudient l’émergence de la papauté dans l’optique de la religiosité populaire. Ainsi le mot « pape » (pope), qui provient du grec populaire du IIIe siècle et est un terme dérivé du mot grec « pater » (père), exprime l'affection que les chrétiens cultivaient pour certains évêques ou prêtres. Le terme est entré dans le vocabulaire des Eglises orthodoxes et catholiques. Dans la Russie traditionnelle de nos jours, le pasteur de la communauté est appelé « pope ». Les documents nous montrent que le premier évêque à être appelé « pape » a été Cyprien, évêque de Carthage entre 248 et 258, et que le terme n'est apparu que tardivement dans les écrits de Rome. En effet, le premier évêque de Rome à recevoir officiellement le titre de « pape » est Jean I, au VIe siècle.


2. L'épiscopat

Par contre, l'institution épiscopale a de solides racines dans les écrits du nouveau testament. Le terme   « évêque » (« surveillant ») se réfère à une fonction du système juif des synagogues et se retrouve à plusieurs reprises dans les textes chrétiens (1 Timothée 3, 1-2 ; Titus 1, 7 ; 1 Pierre 2 et à 20, 25, 29). Dans les synagogues juives, l' « episcopos » était responsable du bon ordre des réunions. C’est pourquoi, les premières communautés chrétiennes ont adopté et adapté le nom et la fonction : episcopos.


3. La lutte pour l’hégémonie

Au IIIe siècle s’est déclenchée, entre les évêques des quatre principales villes de l'Empire romain (Constantinople, Alexandrie, Antioche et Rome), une lutte à répétition autour de la suprématie du pouvoir. Cette lutte a été particulièrement dramatique dans la partie orientale de l'Empire, où l’on parlait la langue grecque. Les évêques en litige étaient appelés « patriarches », un terme qui associe le grec « pater » avec le pouvoir politique (« arché », qui, en grec signifie « pouvoir »). Le patriarche est en même temps père et dirigeant politique. Au début, Rome n'a pas joué un rôle important dans ce conflit, car la ville était située loin des grands centres du pouvoir et on y parlait le latin, une langue moins universelle qui était utilisée uniquement dans l'administration et dans l'armée de l’empire romain.  Jérusalem, ville ‘bercail’ du mouvement chrétien, était également hors concours, étant une ville de peu d'importance politique.

Malgré tout, Rome est parvenu à s´imposer dans la région occidentale de l'empire romain. [A Carthage], l’évêque Cyprien, déjà cité, a réagi énergiquement aux prétentions hégémoniques de l'évêque de Rome et insistait : il y a parmi les évêques une "égalité complète de fonctions et de pouvoir". Mais le cours de l'histoire fut impitoyable. Les patriarches de Rome ont réussi à étendre leur autorité se distançant toujours plus de leurs collègues orientaux, surtout après l'alliance conclue avec la puissance germanique qui était en plein essor (Charlemagne, 800). Les relations avec les patriarches de l'Est (en particulier avec le patriarche de Constantinople) devenaient toujours plus tendues jusqu'à la rupture en 1054. Ici commence l'histoire de l'Eglise catholique romaine proprement dite.


vatican.gif

4. La force de la papauté

Ayant le contrôle des affaires en Occident, Rome met en œuvre «l´art de la cour», qu’elle a apprise au contact des usages en vogue à Constantinople. Depuis lors, quasi tous les gouvernements de l´Europe occidentale ont appris à Rome (ou de Rome) l´art de la diplomatie. Il s´agit d´un art peu édifiant, qui implique l´hypocrisie, l’art des apparences, des habiletés dans les rapports avec le peuple : l´impunité, le secret gardé, le langage codifié (inaccessible aux fidèles), le rôle de l’affectif dans la piété, la cruauté enrobée d’un voile de charité; l’accumulation de ressources financières, d’ indulgences; la menace de l´enfer, la pastorale de la peur, etc. L’ «Histoire criminelle du christianisme» (en 10 volumes), que l´historien K. Deschner vient de terminer, décrit en détails cet art papal par excellence.

C’est notamment grâce à cet art diplomatique que le pape est parvenu à accumuler des réussites énormes, au cours du Moyen âge. Rome a su faire face, avec succès, aux plus grandes puissances de l´époque (Canossa, 1077). Ce qui a eu pour effet qu’elle a été affectée, d´après l´expression de l’historien Toynbee, de «l´ivresse de la victoire». Le pape perd graduellement le contact avec la réalité et commence à vivre dans un monde irréel, où des expressions surnaturelles (que personne ne comprend) font nombre. Comme l´a bien remarqué Ivone Gebara, quelques-unes de ces expressions restent en vigueur aujourd’hui, par exemple, lorsqu’on dit que l´Esprit Saint est à l’œuvre dans l’élection du prochain pape. [...]

 

5. Aujourd´hui, la papauté est un problème

[...] En Amérique latine, on a eu récemment, outre les évêques-martyrs Romero et Angelelli, une génération d´évêques exceptionnels (entre les années 1960 et 1990). Voulant renforcer le pouvoir épiscopal vis-à-vis du pouvoir papal, le concilie Vatican II a avancé l´idée de la collégialité épiscopale, sans récolter beaucoup de succès jusqu’à maintenant. Mais on continue à dire que le catholicisme est plus important que le pape et que les valeurs diffusées par le catholicisme sont plus importantes que l'actuel système du gouvernement de l’Eglise catholique.


6. L´Eglise catholique peut-elle survivre sans pape ?

[...] En général, on observe aujourd’hui un mouvement vers plus de démocratie et de participation sociale. Tôt ou tard, l´Eglise catholique devra faire face à la question de la papauté et penser un système de gouvernement central plus en consonnance avec les aspirations des générations qui se succèdent. Cependant, les moyens de communication de masse peuvent faire obstacle ; le succès énorme qu’ils ont emmagasiné, il y a quelques années, lors des transmissions autour de la mort et de la sépulture du pape Jean-Paul II ont appris que l’image du pape ‘se vend bien’.

Et, malgré tout, une nouvelle ère pointe à l’horizon. J’apporte ici deux exemples récents d’évêques qui ont compris le problème et se sont manifestés. Peu de gens savent qu’autour des années 1980, le cardinal Aloisio Lorscheider a discuté avec le pape Jean Paul II au sujet de la décentralisation du gouvernement de l´église catholique, mais il n’existe pas d´écrit ni d’enregistrement photographique de cette discussion. Il semble que le pape s’est montré ouvert aux suggestions du cardinal brésilien, puisqu’on peut lire dans son encyclique «ut unum sint» qu’il se montre conscient du problème. Ce point est commenté par Joseph Comblin dans un de ses derniers textes, intitulé «Problèmes de gouvernement dans l’Eglise » (voir sur internet). Je pense que le pape Jean Paul II n´a pas avancé dans ce domaine parce qu´il ne percevait pas, dans l´église, un réel mouvement vers la décentralisation. S’il est ainsi, il paraît clair, que le problème provient de l’image de la papauté crée et soutenue par la culture dominante.

Un exemple très différent, mais qui va dans le même sens, vient d’un autre évêque brésilien, Helder Câmara. Arrivé à Rome pour participer au concile Vatican II, il s’étonne devant le comportement des évêques de la ‘cour romaine’, au point d´en avoir des hallucinations, comme il raconte dans ses «lettres circulaires». Une fois, à l'occasion d´une session dans la basilique de saint Pierre, il ‘voit’ l´empereur Constantin envahir l´église au galop, sur son cheval. Une autre fois, il rêve que le pape est devenu fou et qu’il jette sa tiare dans le Tibre et met le feu au Vatican. Dans des conversations privées, Don Helder disait que le pape ferait bien de vendre le Vatican à l´Unesco et de louer un appartement au centre de Rome. J´ai pu vérifier personnellement, en différentes occasions, que Monseigneur Helder Câmara détestait le "sigile papal", l'un des instruments du pouvoir romain). En même temps, l’évêque de Récife entretenait une sincère amitié avec le pape Paul VI, ce qui montre, que le problème n´est pas la personne du pape, mais plutôt la papauté en tant qu´institution.

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 07:13

propos de Marcel Légaut tenus au Mas de Roubiac (34270 Cazevieille), en octobre 1985, transmis par Michel Dubois, et publiés par Antoine Girin dans le bulletin Quelques nouvelles n° 243, avril 2011.

 

Dès le début, nous [ndlr - Marcel Légaut et ses amis] avons été une Église fondée sur une doctrine, pas sur une personne ! Tout cela est extrêmement difficile à dire, mais il est important de le dire. Dans le groupe, ces temps-ci, quand nous avons des prêtres, nous commençons par un partage à partir de la lecture de l'Évangile ensuite on ne lit pas du tout préface ni autre ; nous communions au pain et au vin et puis nous disons le Notre Père ; ça dure une demi-heure, trois quarts d'heure, pas plus. Enfin quand les chrétiens se rassemblent à deux ou trois en Son Nom, ils ne perdent pas leur temps.

 

Cependant, il est beaucoup plus facile de faire cela convenablement, dans un petit groupe qui se connaît stablement. Dans une communauté de foi, il serait tout à fait normal que, quand vous vous réunissez à quelques-uns, ici, même s'il n'y a pas de prêtre, vous ayez vraiment en vous l'impression de faire Eglise. Dans une communauté de base humaine, les grands évènements de la vie d'un membre de la communauté sont des évènements qui portent écho dans chacun des membres, pour leur propre histoire. Cela donne une certaine dimension sacramentelle qui aide celui qui se trouve atteint dans sa propre vie spirituelle. Le sacrement n'est pas autre chose que l'activité d'une communauté de foi, qui actualise dans une direction précise, pour un membre donné, une présence de Jésus qui existe dans la communauté de foi, par le fait même qu'ils sont rassemblés en Son Nom.

 

Autrefois ce que l'on donnait à l'homme, on l'enlevait à Dieu ; aujourd'hui, ce que l'on donne aux chrétiens, on l'enlève aux prêtres parce que la notion de prêtre aujourd'hui est extrêmement liée à la notion de pouvoir. À mon sens, le prêtre doit viser à l'originalité la plus discrète parce que là où l'Esprit agit, l'Eglise existe.

 

A la fin des premiers siècles, là où l'Evêque est, l'Eglise existe. C'est toute la différence : d'un côté une Eglise charismatique (au sens excessif du mot) et malgré tout spirituelle, de l'autre une Eglise organisée autour du pouvoir. Dès la fin du premier siècle, Ignace d'Antioche et Clément de Rome sont les théologiens et l'évêque est celui qui reçoit les pouvoirs des apôtres, qui eux sont censés avoir reçu les pouvoirs de Jésus.

 

Il est bien évident qu'il y aura besoin d'une certaine hiérarchie, c'est indispensable, mais lui donner un caractère absolu, comme nous voyons maintenant, c'est là qu'à mon sens se trouve la difficulté majeure. Pour cela la célébration me paraît importante car cela déplace le pouvoir d'un seul sur le pouvoir d'un certain nombre et ça a été un bénéfice considérable pour les communautés religieuses, quand elles ont pu concélébrer : quand nos carmélites (ndlr - allusion à une communauté locale fréquentée par Marcel Légaut et ses amis] pourront concélébrer, elles n'auront plus besoin d'avoir des prêtres pour célébrer leur messe.

 

A mon point de vue, il est tout à fait normal quand des chrétiens se réunissent en Son Nom, qu'ils puissent actualiser un des moments solennels où se récapitule toute la vie de Jésus et de ses disciples. Soyons modeste, commençons par prendre conscience quand on se réunit plusieurs en Son Nom, qu'il y a quelque chose qui se passe en nous, qui justifie toutes les difficultés et les sacrifices qu'il faut faire pour que les réunions soient possibles. Prenons cela comme point de départ et le reste viendra par surcroît.

 

 pierre goudreault chemins-d esperanceLe point de vue de Pierre Goudreault, prêtre dans le diocèse de Rouyn Noranda au Québec, docteur en théologie de l'Université Saint-Paul d'Ottawa, et auteur de "Chemins  d'espérance pour l'avenir de l'Église - Perspectives pastorales et enjeux ecclésiologiques" (édité par Lumen Vitae en janvier 2011, dans la collection "pédagogie pastorale", 349  p.), sur l'oeuvre de Marcel Légaut ; c.r. d'Antoine Girin

" Je demeure très attentif à la pensée de Marcel Légaut (1900-1990), écrit l'auteur pages 59-60, un Français et un témoin des profonds changements du monde et de l'Église au cours du XX° siècle. Père de famille, professeur d'université devenu berger et spirituel, il est aussi un penseur qui a beaucoup réfléchi sur la situation de l'Église en Occident, notamment en France. Il l'a fait à partir de ce qu'il vivait dans sa petite communauté de foi autour d'un partage d'évangile où il découvrait avec ses amis une nouvelle manière d'être Église.

 

J'ai été passionné par son œuvre au point d'en faire l'objet de ma thèse en théologie. Par sa vie, son témoignage de foi et ses écrits, j'ai appris de Marcel Légaut l'espérance en des temps de crises. Il souhaitait que l'Église se libère de ses peurs pour être davantage à la rencontre du monde d'aujourd'hui. "Il y a en moi, écrit-il, une espérance qui, tout en ne se fondant sur aucun espoir, se refuse à toute désespérance au sujet de l'avenir du monde. Ce temps, le nôtre, il l'entrevoyait comme une chance pour l'Église, afin d'être source d'espérance dans le monde d'aujourd'hui. L'Église est celle qui espère parce qu'elle est celle qui se souvient. Son origine affirme sa fin. Les temps s'approchent où elle sera, plus qu'elle ne l'a jamais été, la source de l'espérance. L'espérance des chrétiens - celle des disciples de Jésus - au sujet de l'avenir reste intacte, même dans les temps actuels où leur Église leur paraît particulièrement déficiente et faire eau de toutes parts. Cependant, sa forme future leur reste entièrement cachée et relève de la foi nue et de l'espérance dépouillée de tout espoir ". (…)


 Marcel Légaut, un pionnier des petites communautés de foi : Pierre Goudreault en un long paragraphe (p. 153-155) écrit :

 

Marcel Légaut, un homme de foi passionné par le présent et l'avenir de l'Église a vécu l'expérience d'une petite communauté à partir des années 1920. Il se situe parmi les pionniers qui ont réfléchi d'une façon originale sur ce renouveau communautaire, plus précisément sur les petites communautés de foi qui visent à redonner une vitalité spirituelle insoupçonnée pour innover avec sagesse sans trahir la mission. Elles sont «le nouveau tissu de l'Église» qui, elle, est appelée à changer : je suis persuadé que, sans bruit, sans éclat, bien des choses auront profondément changé dans l'Église sous l'action discrète et même seulement grâce à la présence [...] de ces petites communautés. Légaut entrevoit qu'une mutation en profondeur est nécessaire. Cette entreprise se réalise dans la mesure où l'Église fait l'expérience de «la naissance de nombreuses communautés de foi, diverses comme sont les hommes, mais unies dans la charité qui naît de l'intelligence de la vie Jésus et de la foi en lui qui en découle».

 

Pour mieux apprécier le fait que les petites communautés ouvrent un chemin d'avenir pour l'Église, il importe de comprendre la notion de «communauté». Dans une perspective ecclésiale, Légaut arrive à décrire le mot «communauté» en ces termes : Une communauté est un ensemble d'êtres qui sont suffisamment fidèles, les uns aux autres, à ce qu'ils doivent être pour avoir chacun le sens de la fidélité de l'autre et pour découvrir, dans la communion entre eux, la possibilité d'être encore plus fidèles. La communauté est chrétienne quand elle n'est plus seulement fondée sur une doctrine, mais sur l'intelligence de l'humanité de Jésus. Cette compréhension en profondeur [ ... ] rend manifeste entre nous et lui la transcendance que nous ne pouvons pas préciser davantage sans la limiter, et donc sans la blasphémer ". (…)

 

En 2000, Pierre Goudreault a publié sa thèse sur Marcel Légaut "L'Eglise de demain dans l'œuvre de Marcel Légaut. Les communautés de foi", ce qui lui a valu le prix du livre religieux 2000, attribué par l'organisme Communications et Société.

 

pierre_goudreault_celebrer_le_dimanche.gifIl a publié en septembre 2003 un appel au culte dominical même s'il n'y a pas de prêtre intitulé : " Célébrer le dimanche en attente d'eucharistie " (chez Novalis, 176 p.).

Au Québec, un rituel a été établi pour aider les laïcs à célébrer en l'absence d'un prêtre (du fait de la raréfication des prêtres). Les laïcs catholiques n'ont pas le droit de célébrer l'eucharistie, mais ils peuvent distribuer des hosties déjà consacrées et organiser la prière de l'assemblée (ce sont les ADACE dans le vocabulaire du Québec) ... à défaut d'une concélébration par eux-mêmes !

 

pierre_goudreault_faire_eglise_autrement.gifPuis, en décembre 2006 (chez Novalis, avec un  livre de 162 p.) : "Faire Eglise autrement", à partir des communautés de base


Des personnes se sentent en confiance les unes avec les autres. Elles trouvent un lieu qui leur permet d'accompagner leur processus de guérison, de partager leur foi, de méditer la parole de Dieu, d'œuvrer à un engagement social ou de vivre un temps de formation. Ces personnes tentent de mettre en pratique l'Evangile dans le concret de leur quotidien. Loin d'être des nids douillets, ces petits groupes sont des tremplins qui relancent leurs membres pour mieux participer à la mission de l'Eglise.
Dans Faire Eglise autrement, Pierre Goudreault identifie les diverses caractéristiques du petit groupe dans l'Eglise. Il passe en revue plusieurs catégories possibles de petits groupes et propose de nombreuses pistes concrètes pour aider les personnes qui souhaitent débuter un petit groupe dans l'Eglise et soutenir son développement. (présentation de l'éditeur)

 

Les livres de Pierre Goudreault sont en vente en ligne et peuvent être achetés en euros sur le site Decitre (lien)

 

Pour qu'une communauté chrétienne soit réelle, selon Légaut, il importe qu'elle favorise la proximité, c'est à dire qu'elle demeure petite. L'apport des petites communautés, pour Pierre Goudreault, ne fait pas de doute et il écrit : En Amérique, en Europe et en Afrique, les expériences du terrain montrent que des petites communautés de proximité surgissent avec dynamisme et transforment la manière d'être Église… L'auteur cite Yves Burdelot et son livre "Devenir humain" - La proposition chrétienne, aujourd'hui… Pierre Goudreault rappelle Medellin (1968), Puebla (1979), l'importance des communautés de base pour lutter contre la pauvreté et les injustices en Amérique Latine et l'urgence, pour l'Église, d'oser l'avenir (Antoine Girin).  

 

ndlr - Mais comment relier ces communautés de base aux paroisses où le prêtre représente le pouvoir épiscopal qui est censé rassembler ... mais aussi surveiller (au sens grec de episcope), et de là au diocèse ? Ces communautés de base trouveront-elles les ressources humaines locales pour grandir, se renouveller, essaimer, favoriser en leur sein la montée des nouvelles générations et leur assurer la formation nécessaire, durer dans le temps ? C'est cette articulation entre communautés de base et Eglise épiscopale (au niveau diocésain) qui justifie le classement de cet article dans notre rubrique "le christianisme épiscopal" (lien).

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 12:29

suite et fin

 

croix-huguenote--en-bronze.jpgEn mettant l’accent sur la troisième personne de la formule ternaire : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, le montanisme va ouvrir le chemin à la Trinité. Le concile de Nicée en 325, traitera seulement du rapport entre le Père et le Fils, et ce sera celui de Chalcédoine, en 381, qui va diviniser le Saint-Esprit. Montan alors, n’aurait peut-être plus été traité d’hérétique !

* Selon cette doctrine, Dieu consiste en une seule substance divine en trois personnes distinctes (le Père, le Fils et Le Saint-Esprit), trois « hypostases », égales et participant à une même « essence » dite consubstantialité ou homoousia.


croix huguenote en bronze, avec la colobe représentant le Saint-Esprit (depuis la scène du baptême de Jésus relatée par les évangiles)

 

On trouve le mot grec Τριας / Trias, qui signifie « trois », à propos des trois Personnes divines, pour la première fois (vers 180) dans les écrits de Théophile d'Antioche (évêque de 169 à 177/178, mort en 183 ou 185, dans A Autolycus, II, 15), qui lui-même n’affirme pas être l’inventeur du mot dans cette acception, puis est employé par Hippolyte de Rome (originaire d’Alexandrie, 170-235, dans Contre Noët, 14). C’est Tertullien qui a introduit le terme Trinitas dans le lexique théologique latin (dans Contre Praxeas). Mais « Trias » n'est pas employé aux conciles de Nicée, Constantinople I, Chalcédoine ; le mot s'est imposé plus tard avec Athanase d'Alexandrie (vers 298-373)


Il reste que les Eglises chrétiennes en général sont toujours restées réticentes pour un culte séparé au Saint-Esprit, les mouvements spirituels restant très discrets, carrément étouffés par les Réformateurs du XVIème siècle, … jusqu’à ce que les pentecôtistes et charismatiques n'investissent cette dimension au début du XXème siècle.

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 11:55

suite de l'article précédent


Montan (Mo-Nathan / Mé-Nanthe, latinisé en Montanus) serait né à Ardabau, un village de Phrygie (Asie mineure) vers le milieu du IIème siècle. Ancien prêtre « païen », probablement du culte de Cybèle, il lance un mouvement charismatique de la mouvance johannique où il se présente comme le médium du Paraclet que Jésus aurait annoncé selon l’évangile de Jean (et seulement cet évangile !). En tout cas, c’est cet évangile qui a les faveurs des adeptes. Le mouvement est eschatologique, valorise le martyr (que les évêques Ignace et Polycarpe ont eux-mêmes exalté) mais cette fois ci en demandant à leurs adeptes d'aller au-devant, de se dénoncer eux-mêmes aux autorités, d'aller les provoquer, et est d'une ascèse encratique (en voir la définition dans l'article précédent). 


En extase, entouré de prophétesses, telles Maximilia (son épouse ?) et Prisca / Pricilla (sœur de la précédente) *, Montan profère des paroles qui viennent d’en haut. Ainsi, dans un fragment conservé par Épiphane (au IVe siècle), et qui lui a été attribué, il déclare : « Je suis venu non comme un ange ou un ambassadeur, mais comme Dieu le Père .» (mais cette citation ou ce raccourci tardif est à prendre avec des pincettes. Le raccourci final dérive sans doute du johannique : "nul ne connaît le Père que par le Fils"...). Figure d’un christianisme anatolien assurément populaire, Montan ne se prétendait pas être le Paraclet lui-même, mais un médium humain en extase prophétique.

* Les autres christianismes hétérodoxes (valentiniens, marcionistes ou nicolaïtes) accordèrent eux aussi une place éminente aux femmes. Jérôme traitera Maximilia et Prisca de «folles démoniaques et hystériques, causes de nombreux scandales».


Le montanisme apparaît au moment où l'Église s'organise en système. Ces chrétiens rejetaient le clergé et toute hiérarchie, puisque Jésus avait promis d’envoyer le Paraclet (toujours pas encore arrivé !), directement à chacun, lequel Esprit de Vérité devait conduire les chrétiens et demeurer éternellement avec eux pour leur enseigner les choses que les contemporains de Jésus n'avaient pu comprendre durant son bref enseignement. En fait, c’est un rappel de ce qu’on appelle aujourd’hui le Saint-Esprit et qui, à l’époque, ne s’était pas encore bien distingué comme acteur indépendant de l’invocation à Jésus. Il n’est pas tant hérétique (surtout après la divinisation de cet Esprit Saint avec le premier concile de Chalcédoine en 381) que schismatique puisqu’il se fait en dehors du cadre épiscopal !

 

asie mineure

 

Déclenché en 172 selon Eusèbe, le mouvement est assurément populaire et gagne de l’ampleur. Montan ne semble pas avoir présidé longtemps à l'œuvre qu'il avait commencée. Le plus probable est qu'il mourut en martyr, dès 173, du grand mouvement de professions de foi collectives et publiques qu'il avait déclenché dans l'espoir d'une parousie imminente... Mais sans lui le mouvement continue. Il est possible que les martyrs de 177 localisés à Claudiopolis (= Lyon) par Eusèbe (dans un texte tardif, vers 325) furent plutôt ceux d'une ville jouxtant la Galatie et, dans ce cas, ils signaleraient une extension du montanisme, entre 172 et 177, du sud au nord de l'Anatolie. Le christianisme ne s'est en effet implanté en Gaule, via Arles, qu'un siècle plus tard.

 

Désavoué par les évêques locaux qui excommunient les adeptes (c’est l’hérésie phrygienne, cataphrygienne ou encore pépusienne). les montanistes, en 177, en appellent aux chrétiens d'Occident dont plusieurs sont en prison pour leur foi ; ils s’adressent à Éleuthère, évêque de Rome de 175 à 189, « pour la paix de l’Eglise ». La visibilité des montanistes et leurs excès font en tout cas causer les auteurs païens : les premières grandes réactions critiques contre les "chrétiens", avec le "Peregrinus" de Lucien et le "Discours de vérité" de Celse, en 178, semblent être un contrecoup du mouvement montaniste.

 

En 180, l’empereur Commode (qui règne de 180 à 192) accorde une trêve aux chrétiens. Selon le Liber Pontificalis, un édit d'Éleuthère décrète qu'aucune nourriture n'est impure : « Et hoc iterum firmavit ut nulla esca a Christianis repudiaretur, maxime fidelibus, quod Deus creavit, quæ tamen rationalis et humana est », combattant ainsi des pratiques héritées des prescriptions juives sur la pureté des aliment et apaisant ainsi le débat.


Malgré la condamnation des évêques d’Asie mineure, fin IIème et début IIIème, le mouvement survit puisqu’on a retrouvé des inscriptions au Nord de la Phrygie datées d'entre 249 et 279. Il a sans doute même perduré jusqu’au VIème siècle dans les refuges de la Phrygie et de la Cappadoce si l’on en croit la haine de l’évêque Jean d’Ephèse vis-à-vis des restes de Montan et de ses prophétesses


Jean d’Ephèse, écrivain syriaque né en 507 en Asie Mineure, évêque monophysite du VIe siècle, agissant sur ordre de Justinien 1er, fait déterrer les cadavres de Montan et des prophétesses, pour éradiquer définitivement l’hérésie. A Constantinople depuis 535, il jouit de la confiance de l’empereur jusqu’à la mort de celui-ci en 565. Il obtient le rang d’évêque lorsqu’il est envoyé en mission pour convertir les derniers païens du centre de l’Asie mineure en 542 ; d’après Jean d’Éphèse, 70 000 d’entre eux sont baptisés. Il construit un vaste monastère à Tralles, sur les collines de la vallée du Méandre, et plus de 90 autres plus petits, le plus souvent sur l’emplacement de temples païens démolis. En 546, l’empereur lui confie la tâche de découvrir les pratiques idolâtres encore en cours à Constantinople et aux alentours. Il mène sa mission avec zèle, torturant les suspects. L’enjeu est alors important puisqu’il s’agit de convertir les derniers païens de l’Empire d’Orient afin de renforcer la chrétienté face à l’expansion des zoroastriens de la Perse Sassanide.

Tertullien.jpgGrâce au soutien de Tertullien, à partir de 207, le montanisme a connu un rebond dans la Carthage du IIIe siècle. Quintus Septimus Florens Tertullianus, dit Tertullien, né entre 150 et 160 à Carthage (actuelle Tunisie) et décédé vers 230-240 également à Carthage, est un écrivain de langue latine issu d'une famille berbère romanisée et païenne. Il se convertit au christianisme en 193 et devient la figure emblématique de la communauté chrétienne de Carthage. Théologien, père de l'Église, auteur prolifique, catéchète, il lutte activement contre les cultes païens et est considéré comme le plus grand théologien chrétien de son temps.

A suivre ...

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 11:18

par Jean-Claude Barbier

ignace_antioche.jpgLorsque Ignace, évêque de Syrie à Antioche, parcourt l’Asie Mineure pour se rendre à Rome afin d’y être jeté aux lions (en 109 ou 113), à la fin du règne de Trajan, il profite de l’occasion pour rencontrer des évêques d’Asie mineure, en passant par Philadelphie puis par Smyrne et Troas. A Smyrne, il y rencontre Polycarpe, jeune évêque de Smyrne – à qui il prodigue des conseils – et reçoit en audience des délégations d’autres villes (Ephèse, Magnésie et Tralles). Puis parvenu à Troas, il envoie une série de lettres à ses récents interlocuteurs (et une autre directement à Polycarpe). Il envoie aussi une épître aux Romains avant que d’arriver à Rome.

 

Nous y découvrons un évêque prônant l’unité des chrétiens autour de leur évêque, du presbytérium (constitué des presbytres) et des diacres ; cela au nom de l’unité de l’Eglise de Jésus-Christ. Il tempête contre les premiers hérétiques que sont les judaïsants et les gnostiques dont les docètes, condamne ceux qui font bande à part : seuls les baptêmes et les eucharisties faite par l’évêque ou ses délégués sont valides.

Vers 140/142, l’évêque Hygin (évêque de Rome entre 136 environ et 140–142) exclura de sa communauté romaine le gnostique syrien Cerdon (dualiste avec deux principes indépendants, il rejetait la plus grande partie des Écritures, et – comme les docètes - soutenait que Jésus-Christ n'avait qu'un corps fantastique) et le gnostique égyptien Valentin d'Alexandrie, enseignant à Rome de 135 à 160 (à la mort d’Hygin, il posa sa candidat pour être évêque de Rome en 143 !) – il faut dire que le gnosticisme de Valentin est particulièrement ésotérique et tout à fait délirant, restant toutefois nominativement chrétien car intégrant le Christ et Jésus dans une construction que la science-fiction actuelle ne désavouerait pas ! (lien ).

 

Marcion--enseignant.jpg

Marcion enseignant à Rome

 

Marcion, né vers 85, fils de l’évêque de Sinope dans la province du Pont, (par ailleurs riche armateur des bords de la Mer noire), arrive à Rome en 135. Il fut l’élève de Cerdon dont il amplifia le dualisme, opposant le Dieu de l’Ancien testament, pour les Juifs, et le Dieu du Nouveau Testament, celui de Jésus et des chrétiens ; il renforça aussi la sélection des textes, rejetant bien entendu l’A.T. et trouvant dans les épîtres de Paul une justification de l’opposition entre la Loi des Juifs et la Grâce accordée aux Païens, faisant de lui un digne prédécesseur de Martin Luther (voir l’article de Gaston Deluz dans Evangile et Liberté « Marcion (85-160) ou l’Ancien Testament est-il périmé ? » (lien). Il se fait exclure en 144 de la communauté romaine par l’évêque Pie 1er, qui vient de succéder à Hygin, mais il reste à Rome et, bon organisateur, il fonde une Eglise parallèle qui connaît un vif succès dans tout l’empire christianisé. Marcion mourut peut-être entre 161 et 168 ; on n’entend plus parler de lui sous le règne de Marc-Aurèle ; mais son Eglise perdurera jusqu’au Vème siècle. La plupart des survivants rejoidront le dualisme manichéen.


asie mineure archeologieUne éthique chrétienne faite d’humilité et de service, d’exemplarité morale et spirituelle aussi, accompagne la mise en place de ces autorités locales (évêque, presbytes formant le presbytérium, et diacres). Ignace d’Antioche conseille à son jeune confrère Polycarpe d’être attentif aux uns et aux autres, etc. Mieux, Les évêques voisins sont en relation, s’envoient des messagers et des délégations, s’écrivent (lettre de Clément de Rome aux Corinthiens vers 95, lettres d’Ignace d’Antioche vers 109/113, lettre de Polycarpe de Smyrne aux Philippiens – quelques années après le passage d’Ignace d’Antioche, etc.). Ce sont de très belles lettres empreintes de courtoisie, de louanges, d’encouragements, de conseils, de fraternité, de considérations pastorales, d’affirmation de la foi. Celui qui envoie la lettre n’a pas l’esprit de vouloir exercer une relation de supériorité, mais Rome est considérée comme une importante communauté, avec les figures de Pierre et de Paul, par Ignace d’Antioche.


Certes les évêques sont alors élus, mais il peut arriver que des dissidents soient mécontents (cas à Philadelphie lors du passage d’Ignace d’Antioche) ou que certains trouvent l’évêque trop jeune pour assumer la fonction (cas à Ephèse, cf. le même Ignace), ou encore trop médiocres (Hippolyte de Rome est proclamé anti-pape en 217 par ses partisans et le restera jusqu’à sa mort en 235), mais ce seront surtout les hérésies qui mettront à mal le système (les chrétiens judaïsant, les gnostiques encratiques, docètes, les marcionites, etc.).


"L’encratisme est un mouvement religieux ascétique des premiers siècles, lié au gnosticisme et au manichéisme, qui condamnait l’acte de chair et l’alimentation carnée afin d’atteindre l’état le plus proche de celui de l’âme non corrompue. On appelle encratite ou encratique l’adepte de l’encratisme" (Christian Godin, Dictionnaire de philosophie, Fayard / éditions du temps, 204p. 402). Les encratiques vont jusqu’à déconseiller le mariage. Ils interdisent l’usage du vin ; Tatien le Syrien préconisait l’eau pour l’eucharistie !


Et puis, il y a tous ceux qui, se sentant inspirés par Dieu, sont des entrepreneurs religieux hors de tout contrôle épiscopal. Certes Ignace reconnaît les prophètes, mais désormais on les devine sous le contrôle épiscopal au nom de l’unité de la communauté. Cette passion de l’unité autour de l’évêque fera la grande force d’un christianisme naissant s’appuyant sur la tradition transmise, sur les textes du Nouveau testament, déjà tous très utilisés dès cette époque ; et à contrario la faiblesse d’autres mouvements chrétiens qui sont moins institutionnels. Mais à l’orthodoxie de ce maillage épiscopale, vont répondre des mouvements populaires, se développant en milieux ruraux d’une façon diffuse.


Le montanisme en est un des premiers exemples

A suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le christianisme épiscopal
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