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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 18:29

paul avec aquila et priscillaLà aussi, c’est grâce à Paul (1 Co 1, 12) que l’on apprend le passage de Pierre à Corinthe où il y a des baptisés qui se réfèrent à lui (et qu’il a donc baptisés ou fait baptiser) : il dénonce les baptisés qui se divisent en se référant à celui qui les ont baptisés ! « … chacun de vous parle ainsi : « Moi j’appartiens à Paul. – Moi à Apollos [un missionnaire venu d’Alexandrie] – Moi à Céphas, - Moi à Christ ».


Comment dater ce séjour de Pierre à Corinthe ? On sait que vers 45, l'empereur Claude (41-54) expulsa les juifs de Rome (Ac 18 ,2). Lorsque Paul arrive à Corinthe en hiver 50 dans le cadre de son second voyage, il y trouve Aquila (originaire du Pont) et son épouse Priscille, qui viennent d’ « Italie » (sans doute expulsés de Rome ? mais le texte ne le dit pas expressément). Il en repart en été 52. Les Epîtres aux Corinthiens sont datées de 56 avec un point d’interrogation (durant son long séjour de 2ans et 3 mois à Ephèse en 54-57).

Paul avec le jeune ménage qui va l'héberger et où il exercera son métier de fabriquant de toiles durant plusieurs mois.


Question : Pierre serait-il passé à Corinthe dans les années 50 en allant à Rome ?

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 17:49

Où Pierre séjourna-t-il entre Pâque 43 ou 44 (où il dût fuir) et la rencontre de Jérusalem en 48 ou 49 ? A Antioche ? La tradition de l'Église catholique attribue à Pierre la direction de l'Église d'Antioche. Il est présenté comme ayant été le premier évêque de cette ville et une fête de « la chaire de saint Pierre à Antioche » est célébrée chaque 22 février depuis le IVe siècle (article « Chaire de Pierre » dans le Dictionnaire de l'Antiquité, dir. Jean Leclant, éditions PUF, 2005). La liste des évêques d’Antioche est encore plus généreuse car elle attribue à Pierre un évêché d’une durée de 16 ans (vers 37- vers 53) ! (article Wikipedia « liste des patriarches d’Antioche »,  lien), mais il y a concurrence avec la liste des papes à Rome puisque le Liber Pontificalis (catalogue chronologique de tous les papes rédigé en 530) dit que Pierre fut pape de 33 à 67 ! et serait resté sept ans à Antioche … (article « liste des papes » dans Wikipedia,  lien

 

antioche_eglise_saint_pierre.jpg

église troglodyte Saint-Pierre à Antioche (actuelle Antakya en Turquie). L'une de ses chapelles menait à un souterrain par lequel les chrétiens pouvaient s'enfuir en cas de danger. La tradition la considère comme le premier lieu de culte chrétien. La façade que l'on voit a été construite par les Croisés.

 

En fait, c’est Barnabé qui fut le principal meneur de cette communauté antiochienne et non pas Paul ou Pierre (Ac 11, 19-26). C’est lui qui va chercher Paul à Tarse et qui mène la délégation (lui et Paul ; plus Tite qui accompagne Paul, Ga 2, 1) envoyée à Jérusalem pour y discuter des conditions à imposer ou non aux païens convertis. Malheureusement, Luc dans ses Actes ne nous aide pas car il ne nous dit pas où Pierre alla se réfugier durant le temps de sa cavale, ni ce qu’il fit après la rencontre de Jérusalem. En effet, il passe d’emblée (à partir de Ac 15, 36) aux missions pauliniennes.


C’est finalement Paul qui, dans ses épîtres, nous donne quelques éléments d’information car il mentionne une polémique avec Pierre précisément à Antioche avec un avant et un après la rencontre de Jérusalem : avant, Pierre à Antioche partageait ses repas avec des païens convertis, mais, après la venue des envoyés par Jacques le frère du Seigneur (les prophètes Judas et Silas Ac 15, 27 et 32-33), Pierre mange seulement avec les Judéo-chrétiens, craignant leurs réactions ! « lorsque Céphas vint à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, car il s’était mis dans son tort. En effet, avant que soient venus des gens envoyés par Jacques [le frère du Seigneur], il prenait ses repas avec les païens ; mais, après leur arrivée, il se mit à se dérober et se tint à l’écart, par crainte des circoncis ; et les autres Juifs entrèrent dans son jeu, de sorte que Barnabas lui-même fut entraîner dans ce double jeu » (Ga 2, 11-13). Ces deux versets sont riches d’information car ils nous apprennent que :
- Pierre se trouvait déjà à Antioche avant la rencontre de Jérusalem en 48 ou 49, donc après son évasion de Jérusalem ;
- Il n’en était pas pour autant parmi les principaux meneurs car ce sont Barnabé et Paul qui furent choisis (et non lui) pour représenter officiellement la communauté d’Antioche aux discussions à Jérusalem ;
- Après cette rencontre, Pierre est de retour à Antioche.

A quelle date eut lieu le clash ? Avant l’hiver 50, date où Paul arrive à Corinthe dans le cadre de sa seconde mission (Ac 15, 36), ou à son retour après l’été 52 (Actes 18, 22) ? L’attitude de Barnabé, qui se laisse influencer par Pierre, a-t-elle joué dans la séparation des deux missionnaires ; les Actes des apôtres avancent que c’est la cooptation de « Jean nommé Marc » (le futur évangéliste) qui fit le désaccord (Ac 15, 37-40), le nommé Marc les ayant abandonnés lors de la précédente mission ! ce qui n’exclut pas qu’il y ait eu en plus cette tension occasionnée par le changement d’attitude de Barnabé vis-à-vis des païens convertis (soit au final une grosse brouille entre Paul et Barnabé !). Ceci correspond à ce que Paul dit dans son Epître : c’est à l’arrivée des envoyés de Jérusalem que Pierre changea de comportement (donc juste après la rencontre de Jérusalem située en 48 ou 49). L’épître aux Galates ayant quant à elle été écrite après Pâque 57.

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 11:17

Jésus lui-même n’était pas un visionnaire. Certes, les évangiles relatent des épisodes de type vision mais qui sont manifestement des rajouts à l’histoire réelle (et qui ont une valeur littéraire et un sens théologique) : Jésus n’est pas en transe lorsqu’il reçoit le baptême des mains de Jean (selon les évangélistes, l’Esprit-Saint serait descendu sur lui tranquillement « comme une colombe », Mt 3, 13-17 ; Mc 1, 9-11 ; Lc 3, 21-22 ; Jn 1, 29-34) ; il ne l’est pas non plus lorsqu’il prédit sous forme de lamentations l’avenir apocalyptique de Jérusalem. Les seuls épisodes que l’on pourrait mettre au compte d’une vision, c’est celle de la Transfiguration où Jésus est accompagné de Pierre, Jean et Jacques et où ceux-ci le voit en compagnie de Moïse et d’Elie (Mt 4, 1-11 ; Mc 1, 12-13 ; Lc 4, 1-13), ou encore l’épisode inaugural d’un séjour au désert où il aurait été tenté (Mt 4, 1-11 ; Mc 1, 12-13 ; Lc 4, 1-13), mais ce sont les auteurs et non pas Jésus lui-même qui auraient eu ces visions !
On a la même chose avec Muhammad qui, d’après la tradition musulmane, avait des visions mystiques dans des grottes qui entourent La Mecque (à l’instar des ascètes de tendance monothéiste, les hunafâ) (1) ; visions auditives dans le cas du fondateur de l’islam, qu’il attribua à l’ange Gabriel (spécialisé dans les annonciations !). En fait, cela semble bien ajouté car Muhammad ne semble pas avoir continué d’être inspiré de cette façon là et se convertit en un chef religieux et temporel (pratiquant dans un premier temps le brigandage contre les caravanes !)
(1) Les hanîfs antéislamiques étaient des monothéistes arabes qui condamnaient les cultes païens, sans toutefois rallier les juifs ou les chrétiens.


Rien à voir avec l’effervescence de la Pentecôte où l’on a la description d’une transe collective, avec délire linguistique (le parler en langues étrangères), effets physiques et exhibitionnisme manifeste puisqu’ils sortent à la vue du public (« Ils (les curieux) étaient tous déconcertés, et dans leur perplexité ils se disaient les uns les autres : « Qu’est-ce que cela veut dire ? « . D’autres s’esclaffaient : « Ils sont pleins de vin doux » Ac 2, 12-13). Les « apparitions » où les disciples disent avoir vu Jésus post-mortem (dès lors qu’ils croient en sa résurrection) sont aussi à mettre au même compte des phénomènes de vision ; selon Paul, ils auraient été plus de 200 à avoir vu de telles apparitions !


La Pentecôte a été vécue comme un instant exceptionnel par les disciples. Toutefois, les Actes des apôtres mentionnent une extase, celle d’Etienne pendant qu’il est lapidé (Ac 7, 55-56), l’illumination de Paul de Tarse et son hallucination auditive sur le chemin de Damas (Ac 9, 1-9), des « païens » à Césarée sur qui tombe l’Esprit Saint et qui demandent le baptême (Ac 10, 44-46) – une sorte de Pentecôte bis au bénéfice cette fois-ci des non-Juifs.

 Pierre_la_vision_de_saint_pierre_a_joppe_par-frederico_zuc.jpgvision de Pierre à Joppé avant qu'il ne se rende chez le centurion Corneille à Césarée (par Frédérico Zuccaro)


Ce sera surtout Pierre qui va mettre à profit l’élan pentecôtiste. Est-ce un justificatif à posteriori ou un pressentiment ? quoiqu’il en soit, Pierre se fonde sur des visions pour prôner l’ouverture aux païens et sa visite au centurion romain de Césarée : une nappe pleine de bonnes victuailles lui indique que, désormais, Dieu a levé les interdits alimentaires (Ac 10, 9-16). La transe de païens qui souhaitent être baptisés (susmentionnée), en écho à son discours, le confirme dans cette voie.


Mais, revenu à Jérusalem, Pierre doit se justifier devant une communauté très choquée par ses hardiesses. Pierre, rappelant ses visions, arrive toutefois à convaincre (Ac 11, 1-18) -  car s’il est le meneur incontesté, il n’en a pas pour autant tout pouvoir, loin de là ! On a là le fondement d’un mouvement – celui des Nazôréens - qui accepte les phénomènes de vision et de transe comme autant de messages reçus de Dieu, dès lors que la communauté y adhère (et donc les authentifie).

Nous avons pu constater la même dynamique au XX° siècle au sein des Eglises prophétiques africaines (Eglises dites « sionistes » en Afrique du Sud, Chérubins et Séraphins à partir du Nigeria, Eglise du christianisme céleste à partir du Bénin, etc.).

 

A noter que ce grand débat, bien avant la rencontre à Jérusalem vers 48-49, n’a malheureusement pas suffisamment attiré l’attention si bien que c’est au missionnaire Paul de Tarse que nombre de chrétiens attribue l’ouverture aux païens – pourtant, Luc, dans son histoire du début du christianisme, explique fort bien l’action individuelle, innovante et hautement transgressive de Pierre. D’autant plus que, contrairement à ses actions précédentes où il était accompagné par l’apôtre Jean, Pierre a été à Césarée seulement accompagné par des proches ; il est également seul pour argumenter et convaincre la communauté de Jérusalem.


On savait que Pierre avait du caractère ; on le voit ici capable de faire l’Histoire … et d’être un orateur convainquant car la communauté judéo-chrétienne fonctionne au consensus et en présence de tous. Dès lors, la nouvelle voie, en s’ouvrant aux païens, va s’émanciper de plus en plus de sa matrice juive.

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 18:56

Que va devenir cette primauté de fait de Pierre ? Au début des Actes des apôtres (écrits par Luc), on constate le maintien de l’institution des Douze, lesquels vont devenir les « apôtres » : ce sera le collège apostolique. Réduit à 11 membres après la trahison et la mort de Judas (Ac 1, 13), la première décision est d’ajouter un douzième pour le remplacer - ce sera un nommé Mathias, par tirage au sort (Ac 1, 26) - ce qui prouve bien l’importance de ce collège. Destinés à porter témoignage et donc à évangéliser, ils seront les « envoyés » (= apôtres) par excellence. Exceptionnellement, ce terme peut être étendu à des missionnaires : ainsi Paul et Barnabé en Lycaonie (Ac 14, 14). Paul prétextera sa vision de Damas (qui pour lui vaut une rencontre avec un Jésus vivant) pour se dire lui même apôtre (l’avorton ajoutera-t-il par humilité !). La tradition chrétienne, s’appuyant sur ce verset des Actes, entérinera cette promotion pour les deux bénéficiaires.

saint-pierre-en-gallicante.jpg

église Saint-Pierre en Gallicante à Jérusalem. Une première église fut érigée à cet emplacement en 457 sur l'emplacement supposé du palais du Grand-prêtre Caïphe (attesté par un pélerin de Bordeaux qui visita les lieux saints en 333-334) - palais où Pierre aurait "renié" Jésus par trois fois. Cette première église fut détruite par le calife fatimide Al-Hakim bi-Amr Allah en 1010, puis reconstruite par les Croisés en 1102 et nommée sous son nom actuel. Tombée en ruine, elle fut restaurée en 1931.

 

Au début des Actes, c’est manifestement Pierre qui mène la danse : il est toujours cité en premier de la liste des Douze (Ac 1, 13) ; il organise le remplacement de Judas (Ac 1, 15-26) ; il s’adresse à la foule après la Pentecôte (Ac 2, 14), prononçant le premier kérygme ; préside le jugement d’Ananie et de sa femme Saphire (Ac 5, 1-11) ; joue un rôle de premier plan pour les miracles effectués par les apôtres (Ac 5, 15) ; c’est chez lui que Paul séjourne lors de sa première venue à Jérusalem après sa conversion ; c’est lui qui rompe les interdits avec les étrangers (la vision de la nappe pleine de victuailles Ac 10, 9-16, et sa rencontre avec le centurion Corneille à Césarée Ac 10, 1-8 et 17-43 ; fait donner les premiers baptêmes à des « païens » Ac 10, 44-48) ; c’est lui qui reçoit Paul chez lui et durant 15 jours lorsqu’il arrive à Jérusalem après son séjour à Damas (vers 39, Paul s’échappe de Damas 2 Cor 11, 32 et s. et fait une première visite à la communauté de Jérusalem Ga, 1, 18 et s.).

Pierre agit souvent avec Jean, le fils de Zébédée, formant un tandem où c’est lui qui a le premier rôle, Jean l’accompagnant mais restant muet. D’ailleurs, ce Jean – qu’il ne faut pas surtout confondre avec Jean l’Evangéliste (très probablement le Disciple que Jésus aimait, lien) – est le grand muet du Nouveau testament ! Dans le récit littéraire lucanien des Actes, il semble être là comme faire valoir de Pierre et symboliser avec lui le collège apostolique. Après la Pentecôte, il accompagne Pierre à la prière du soir au Temple et participe à la guérison d’un impotent (Ac 3, 1-10), tient tête avec lui face au Sanhédrin (Ac 4, 1-22), est envoyé avec Pierre en Samarie, après que le diacre Philippe eut commencé l’évangélisation de cette région (Ac 8, 14). Il est, l'une des trois colonnes (selon l'expression de Paul) à l’assemblée de Jérusalem qui décida de ne pas imposer la circoncision aux païens convertis et scelle l'accord avec les Antiochiens (Ga 2, 9) - il est alors en 3ème position derrière Jacques le frère du Seigneur et Pierre.
C’est une tradition très tardive qui fera de l’apôtre Jean l’auteur du 4ème évangile, ceci en dépit de tout bon sens (pêcheur galiléen, il n’a nullement la culture suffisante pour écrire ou dicter un texte, et puis, il y a aussi une question d’âge car l’Evangile de Jean est daté de la fin du Ier siècle).

Mais Pierre est emprisonné par Agrippa I à Pâques de l’an 43 ou 44, après que celui-ci ait fait exécuté l’apôtre Jacques, le fils de Zébédée (dit dans la tradition Jacques le Majeur par rapport à Jacques le frère du Seigneur). Agrippa I est l’étoile hérodienne montante depuis que le nouvel empereur Caligula, à son avènement en 37, lui donna les tétrarchies de Philippe et de Lysinias avec le titre de roi. Cela se fait aux dépends d’Hérode Antipas (tétrarque de la Galilée et de la Pérée qui fit décapité Jean-Baptiste et qui reçut Jésus en son palais à Jérusalem), lequel est exilé dans les Pyrénées en 39 par le même empereur. Agrippa I hérite de sa tétrarchie. Mieux, Agrippa I, alors en séjour à Rome, a su se mettre du bon côté lors de l’avènement de l’empereur Claude en 41, si bien qu’il agrandit sa royauté en recevant la Judée et la Samarie. Il reconstitue ainsi une bonne partie du royaume d’Hérode-le-Grand.

Mais, désirant recevoir l’appui des Juifs, il sévit contre la nouvelle voie juive, celle des nazôréens. Il ne touche pas toutefois à Jacques le frère du Seigneur ni à l’apôtre Jean, le frère de Jacques (puisqu’on le retrouve à la rencontre de Jérusalem selon le témoignage de Paul en Ga, 2, 9). Pierre s’évade de nuit grâce à une complicité (Ac 12), mais il est plus prudent qu’il ne reste pas sur les terres d’Agrippa I.
Toutefois, Agrippa I meurt au printemps 44 et la Judée redevient alors une province procuratorienne (de 44 à 66) directement administrée par un fonctionnaire nommé par Rome, si bien que Pierre pourra assister à la rencontre de Jérusalem en 48-49 où fut décidé que les convertis du paganisme seront exemptés de la Loi (Ac 15, 5 et s.).

Le compte rendu de cette rencontre correspond tout à fait à la nouvelle situation issue de la clandestinité de Pierre : alors que c'est Pierre qui (seul) reçoit Paul, lors de son premier séjour à Jérusalem – vers 39 -; dix ans plus tard (vers 48-49), c'est Jacques, le frère du Seigneur qui clôture la rencontre de Jérusalem (tout en confirmant l'avis de Pierre). A partir de la Pâque 43 ou 44, il n’est plus à Jérusalem et c’est Jacques le frère du Seigneur qui, localement, a pris le premier rôle. Pierre conserve cependant tout son poids et c’est son argumentation qui est retenue, mais c’est Jacques qui désormais conclut.
Il n’est donc pas nécessaire d’imaginer des conflits au sein de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem pour expliquer ce changement local de leadership. Paul, dans le second chapitre des Galates apporte une précision importante : Pierre se consacre à la diaspora juive et lui, Paul, à l’évangélisation des païens (Galates 2). Ultérieurement, la tradition chrétienne, largement empreinte de légende, généralisera ce rôle missionnaire des apôtres : Pierre à Antioche puis à Rome, Jean à Ephèse, André (frère de Pierre) en Thracie, et Thomas vers l’Inde ! Toutefois, si l’historien n’a rien de consistant pour les trois derniers (Jean, André et Thomas), il n’en est pas de même pour Pierre.

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 17:11

Au sein du groupe des disciples, Simon va jouer le rôle de meneur : non seulement c’est lui (par belle-mère interposée) qui héberge le Maître, mais c’est lui qui est toujours cité en premier dans les listes de disciples, qui répond en premier lorsque le Maître interroge ceux-ci, qui est le premier de la liste des Douze, puis de la liste des Trois, qui restera le dernier à prier avec Jésus à Gethsémani (ou du moins celui que Jésus réveille pour l'accompagner dans son ultime prière ! Mt 26, 40 ; Mc 14, 37) et le dernier à quitter le Maître lorsque celui-ci sera fait prisonnier. Selon l'évangéliste Jean (seul), c'est lui qui porte le glaive afin de protéger la cohorte qui se déplace (Jn 18, 10).

 

Ce rôle est reconnu par Jésus qui le surnomme Kephas (« le roc », « la pierre » en araméen) : Simon-Pierre manifeste sa foi au nom de tous les disciples : « Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répond : Tu es le Christ. » (Mc 8, 29). Jésus lui déclare alors solennellement : « Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 18-19).


Jésus annonce ainsi à Pierre qu'il sera le fondement de son Église, en usant d'une triple image (article Wikipedia "Pierre, apôtre" (lien) :
- la pierre : de même que Jésus est la pierre angulaire (1P 2, 6-7), ainsi Pierre, en devenant son délégué sur cette terre, sera l’élément stabilisateur de son Église ;
- les clés du royaume des cieux : de même que Jésus est la Porte (Jn 10, 7), ainsi Pierre, en devenant son délégué sur cette terre, aura les « clés de la ville », c’est-à-dire exercera l’autorité sur la portion terrestre du Royaume des cieux (= l’Église) ;
- le pouvoir de lier et de délier : de même que Jésus a le pouvoir de remettre les péchés (Mc 2, 10), de même les Apôtres, ses délégués, pourront remettre les péchés en son nom (Jn 20, 22).


Ce surnom donne Simon Pierre en version française ; en grec Σιμων Κηφᾶς Simōn Kēphas ; en araméen Šimʻōn Kêfâ ; en syriaque Sëmʻān Kêfâ ; en araméen hellénisé Simon Céphas. Avec Pierre (Petros en grec, ou Petrus en latin), on est passé de « roc » à « pierre »  (Πετρος en grec) ! Pietro en italien, Pedro en espagnol, Peter dans les pays germaniques, Piotr en russe, etc. Paul va appeler Pierre uniquement par son surnom Céphas (1 Co 15, 5 ; Ga 1, 18).

Bien entendu, ces paroles de Jésus concernent le mouvement que celui-ci organise et non les futurs évêchés d’Antioche et de Rome (l’institution épiscopale n’est mise en place qu’au début du IIème siècle), encore moins la papauté (IVème siècle). Le débat sur ce sujet entre catholiques et protestants est anachronique et se base sur une lecture fondamentaliste des textes.
L'article de l'encyclopédie Wikipedia sur "Pierre, apôtre" précise les positions confessionnelles. Les orthodoxes - qui sont organisés en patriarcats - et les protestants reconnaissent que le siège de Rome avait la primauté d'honneur, selon le canon n°6 du concile de Nicée et le canon 28 du concile de Chalcédoine. En Occident et même chez les tridentins, cette compréhension était largement soutenue : ainsi, Bossuet dans la Déclaration des quatre articles et, avant, le décret Sacrosancta du concile de Constance.
Pour les protestants et les orientaux (mais aussi pour les gallicans jusqu'en 1870), c'est la déclaration de Pierre en elle-même qui serait la première pierre d'un édifice spirituel composée des pierres vivantes (tous les chrétiens) posés sur la grande pierre (rocher) qui est le Christ lui-même (1P 2,4-5). Ainsi, pour eux, l'origine de la fonction du pape romain résulterait d'une évolution historique de l'Occident et n'est pas inscrite dans le Nouveau Testament.

PardonZeffirelliQuoiqu’il en soit de ces exégèses chrétiennes divergentes car chacune défend des positions confessionnelles, force est de constater la figure dominante de Simon-Pierre dans les évangiles canoniques, y compris le dernier, celui de Jean (écrit vers 90). Dans un appendice à cet évangile (après une première conclusion en Jn 12, 30-31), qui évoque les apparitions post-mortem de Jésus au bord du lac de Tibériade, le Maître pardonne à Pierre son reniement et lui demande de paître son troupeau d’agneaux et de brebis (Jn, 21, 15-17) : « Simon, fils de Jean m’aimes-tu … ».

Jésus pardonne à Simon-Pierre dans le film de l'Italien Franco Zeffirelli "Jésus de Nazareth" (1977).

 

Cette primauté de fait, reconnue unanimement par les 4 évangélistes dans maintes situations, semble avoir été acceptée sinon voulue par Jésus lui-même. Toutefois, Jésus aurait-il institutionnalisé cette situation ? C’est ce que Matthieu nous dit avec l’histoire du surnom Céphas (Mt 16, 18-19)… mais il est le seul à nous le dire et il s’agit très certainement de la version grecque (donc très tardive) sinon il aurait été repris par les autres évangiles auxquels le Matthieu araméen a pu servir de matrice. Puis ensuite, in extremis, dans une seconde conclusion de l’évangile de Jean et dans le cadre (tout littéraire !) d’une apparition post-mortem (Jn 21, 15-17).

 

En fait, il y a eu par Jésus le choix des Douze, puis une plus grande proximité avec trois de ses disciples (Pierre et les fils de Zébédée que sont Jacques et Jean), mais il ne semble pas qu’il y ait eu choix d’un dauphin, encore moins d’un successeur. Mieux, lorsque la mère des fils de Zébédée avec sa progéniture (Mt 20, 20-21) - sinon ces derniers eux-mêmes (Mc 10, 35-37) - s’approche de Jésus pour que ses fils aient une place de choix dans le futur Royaume, Jésus en profite pour signaler que les premiers doivent être les serviteurs des autres et leur laver les pieds (Jn 13, 1-20) ! D'ailleurs, si Jésus semble avoir pressenti l'épreuve d'une Passion, il n'est pas sûr qu'il ait été jusqu'à y inclure sa mort car il avait foi en l'intervention eschatologique de Dieu. Sa succession n’était donc pas à l’ordre du jour.

Que va-t-il donc se passer après la mort de Jésus ?

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 16:29

Simon est un pêcheur galiléen que Jésus recruta comme disciple vers l’automne 27 (Lc 3,1 situe à l’an quinze du principat de Tibère César le début du ministère public de Jean-Baptiste et donc la mouvance baptiste à laquelle Jésus participa).  Il est né à Bethsaide en Batanée, un village de pêcheurs sur la rive nord du lac de Tibériade, juste au-delà de la frontière avec la Galilée, à l’est de l’endroit où le Jourdain se jette dans le lac. Il est le fils d’un nommé Jonas (il est ainsi Simon Barjonas, « fils » de Jonas). Lorsque Jésus fait sa connaissance, il habite Capharnaüm, autre village de pêcheurs de la rive nord, le plus voisin à l’ouest, cette fois-ci en Galilée, chez sa belle-mère (que Jésus va guérir d’une forte fièvre Mt 8, 14-15 ; Mc 1, 29-31 ; Lc 4, 38-39). Cette belle-mère est sans doute suffisamment aisée pour héberger son gendre, mais aussi le prédicateur qu’est Jésus. Simon est donc marié, mais conformément à l’époque, on ne parle pas de sa femme ; on peut seulement imaginer qu’elle n’apprécie pas les absences de son mari ; d’ailleurs, elle ne figure pas parmi les femmes qui suivent le Maître.

Simon n’est pas forcément le premier disciple que Jésus recrute. Dans la version de l’évangéliste Jean (Jn 1, 35-51), Jésus fait sa connaissance après celle du Disciple (« le disciple que Jésus aimait », sans doute Jean devenu plus tard Jean l’évangéliste, mais non Jean l’apôtre fils de Zébédée) et d’André, le frère de Simon. La version des synoptiques fait l’impasse sur le Disciple (car nous sommes en Galilée et non plus sur les bords du Jourdain et que ce Disciple ne sera finalement pas recruté par Jésus) et c’est le tandem des deux frères Simon et André qui sont les premiers appelés par Jésus (Mt 4, 18 et Mc 1, 16) ; Luc élargit à un second tandem, celui des fils de Zébédée, Jean et Jacques, eux aussi originaires de Bethsaïde (Lc 5, 10).

Ravenne___St_Vital___Appel_par_Jesus_de_Pierre_et_Andre.jpgIl s’agit de petits pêcheurs indépendants, qui ont la propriété de leur barque (de petite taille précise Lc 5, 2) et qui utilisent la main d’œuvre familiale (Simon est ainsi propriétaire d’une petite barque et son frère André travaille avec lui). La pêche se fait en jetant l’épervier (Mt 4, 18 ; Mc 1, 16 ; Lc 5, 2). C'est précisément ce milieu de pêcheurs qui fait dire à Jésus : je ferai de vous des pêcheurs d'hommes (Mt 4, 19 ; Mc 1, 17, Lc 5, 10).

Mosaïque de la basilique Saint-Vital à Ravenne (VI°s.), appel de Pierre et André par Jésus.

 

Simon est un nom masculin grec provenant de l'hébreu Shimeone ou Sim’ôn et qui signifie littéralement « Dieu a entendu ma souffrance » ou «IHVH a entendu » selon Genèse 29, 33 (lors de la naissance de Siméon, le second fils de Léa, la première femme de Jacob – et un peu délaissée car Jacob aime Rachel !). Jacques, le frère du Seigneur, nomme Pierre par « Symon » lors de la rencontre de Jérusalem (dans les Actes des apôtres 15, 14).

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 15:57

d'après les textes du Nouveau testament

L’évangile de Jean évoque la mort de Pierre. Cet évangile insistant sur les qualités de prophète de Jésus, c’est-à-dire annonciateur d’événements futurs, lui fait tenir ce propos lors d’une « apparition » post-mortem : « En vérité, en vérité, je te le dis [Jésus s’adresse à Pierre] : lorsque tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même et tu marchais où tu voulais ; mais lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras tes mains et un autre te ceindra et te portera où tu ne voudras. Il dit cela pour signifier de quelle mort il glorifierait Dieu. » (Jn 21, 20-23)
Tout imprégné de la polémique entre chrétiens et juifs, cet évangile est postérieur à la décision de l’assemblée de Yabneh / Yamnia (qui est le sanhédrin en exil sur la côte palestinienne) d’exclure les chrétiens de la synagogue : donc après la destruction du temple en 75 et après la décision prise (à la demande de Gamaliel II qui succède au fondateur de l’assemblée, Rabbi Johannan ben-Zakkaï. En plus ce texte un ajout postérieur à la première conclusion de cet évangile en Jn 20, 30-31 (donc plus tardif que la première rédaction).

Mais cela ne nous donne pas la date du martyre de Pierre !
Lorsque Paul arrive à Rome pour son procès, après l’hiver 61 qu’il a passé à Malte, Pierre n’est pas là ; il n’est pas encore là lorsque les Actes des apôtres achèvent leur récit par les deux années entières de Paul dans sa résidence surveillée (où il pouvait recevoir « Il recevait tous ceux qui venaient le trouver … » (Ac 20-31) ; par contre Jean surnommé Marc, son secrétaire et l’évangéliste que l’on connaît, est bien là et est cité dans l’une des dernières épîtres de captivité de Paul (celle adressée à Philémon, Phm 24) comme l’un des collaborateurs du prisonnier.
Mais Pierre n’est toutefois pas loin car on sait par Paul que des chrétiens de Corinthe (en Grèce) ont été baptisés par lui : cette communauté se querelle sur les allégeances induits par ces baptêmes selon qu’ils ont été fait par Apollos, Céphas (= Pierre) et Paul ! (1 Cor 1, 12) ; l’épître est datée vers Pâques 57.
Dans la littérature chrétienne, c’est la 1ère Epître de Pierre (5, 13) * qui affirme la présence de Pierre à Rome, avec celle de Marc que l’apôtre considère comme « son fils » : « L'Église des élus qui est à Babylone [= Rome] vous salue, ainsi que Marc, mon fils » (13).
* En note de la bible de Louis Segond : 1 Pierre 5, 13 Jean-Marc, neveu de Barnabas, auteur de l'évangile selon Marc (voir Ac 12,12 et 25 ; 13, 13 ; 15.37-39; Col 4.10 ; Phm 24). Le mot fils indique, semble-t-il, que Pierre l'a amené à la foi (comparer 1 Tm 1.2; Tt 1.4).
 

Pierre a donc été à Rome, mais quand ?
Lorsque Paul écrit son épître aux Romains (datée de l’hiver 57-58), il n’évoque pas Pierre. Est-ce une mesure de prudence afin d’éviter une persécution ? Vers 45, l'empereur Claude (41-54) avait en effet expulsé les juifs de Rome, judéo-chrétiens inclus (Ac 18,2).

 

d'après la littérature chrétienne des temps apostoliques

Dans la littérature clémentine, Pierre est décrit comme un prédicateur itinérant dans les villes de la province romaine de Syrie. Il remporte de nombreux succès contre la prédication de Simon le Mage * et initie au cours de ses déplacements Clément qui l'accompagne. Il le nomme par la suite évêque de Rome où il se rend et gagne un affrontement contre Simon le Mage. La légende raconte que ce dernier a tenté de voler pour impressionner l'empereur Néron et que par la prière, Pierre est parvenu à le faire tomber. Mais Clément Ier est le 4ème « évêque de Rome » et a régné de 88 à 97 ; Pierre était déjà mort !
* sur Simon le magicien, voir l’article sur Wikipedia ( lien).
Plus sérieux : les témoignages apostoliques sont unanimes pour situer les derniers moments de Pierre à Rome :  Papias de Hiéropolis (évêque de cette ville, en Phrygie, dans la première partie du IIe siècle) témoigne que Marc était l’interprète fidèle de Pierre et que c’est bien à Rome qu’il a rédigé son évangile (rapporté par l'historien Eusèbe de Césarée) ; ce même historien  s’appuie sur bien d’autres témoignages (cités dans l’article Wikipedia consacré à « Pierre, l’apôtre »,  lien) : Ignace d’Antioche (sa lettre aux chrétiens de Rome « Je ne vous donne pas des ordres comme Pierre et Paul »), le prêtre chrétien romain Gaïus, Denys de Corinthe et Zéphyrin de Rome. Clément évêque de Rome confirme lui-même dans sa Lettre aux Corinthiens datée de 96.
Le lieu est même donné : à proximité du Circus Vaticanus … à l'emplacement approximatif de l'actuelle basilique Saint-Pierre (voir l’article de Wikipedia consacré à la "nécropole vaticane",  lien), laquelle succède à la basilique que l’empereur Constantin Ier fit construire entre 326 et 333 (avec précisément une abside autour du trophée de Gaïus), devenue plus tard Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs.
A noter qu’aucune autre cité antique ne revendique la tombe de Pierre. Les historiens supposent que Pierre a été pris dans les rafles de la persécution déclenchée par Néron après l’incendie de Rome en juillet 64.

rome_basilique_saint_pierre_necropole_vaticane.jpg

en (1) le trophée de Gaïus sous la basilique actuelle ; partie en rouge sur le croquis ci-dessous

 

rome_trophee_de_gaius.jpgd'après les fouilles archéologiques :

Les fouilles de la nécropole du Vatican ordonnées dès 1940 par Pie XII dans les Grottes du Vatican à l'occasion de la mise en place du sarcophage de Pie XI (lequel avait émis le voeu d'être enterré le plus près possible de l'apôtre !), et confiées au jésuite Antonio Ferrua, ont mis en évidence un cimetière païen et chrétien contenant de nombreuses tombes et, au-dessous de l'autel et à la verticale exacte du sommet de la coupole, un monument culturel au-dessus d’une de ces tombes, trouvée vide, du premier siècle, mémorial, qui serait le « trophée de Gaïus » cité par Eusèbe de Césarée.
Une inscription sur l'un des murs de soutien (mur rouge) a été incisé un graffito dont subsistent les quatre caractères grecs ΠΕΤR, c’est-à-dire les quatre premières lettres du nom de Pierre, et au-dessous EN(I), ce qui serait, selon Margherita Guarducci, une archéologue italienne *, la forme abréviative de εν εστι, mot à mot « dedans est ». Jérôme Carcopino, qui défendait l'hypothèse d'un transfert temporaire des reliques lors de la persécution de Valérien, lisait au contraire EN(Δ), ενδει « il manque ». Une cachette aménagée sur un mur perpendiculaire (mur G), découverte en 1953, contenait les ossements d'un individu de sexe masculin âgé de soixante à soixante-dix ans, de robuste constitution. Une expertise menée par Margarita Guarducci avec l'anthropologue Correnti permet de penser qu'il s'agit bien des ossements qui figuraient dans la tombe, car la terre à laquelle sont mêlés les ossements est du même type que celle qui se trouve devant le trophée de Gaïus.

* Margherita Guarducci est décédée en 1999. Pour un historique de ses fouilles vaticanes (lien).

 

Mais s'agit-il de Pierre ? Plusieurs faits vont dans ce sens :
- les ossements ont été conservés dans un tissu précieux de couleur pourpre, et brodé de fil d'or, ce qui indique un personnage illustre
- aucun os des pieds n'a été retrouvé : cela pourrait indiquer qu'on a coupé ceux du défunt (ce qui était commun aux suppliciés qui mouraient la tête en bas afin de la décrocher de la potence) ; ors les Actes de Pierre (un apocryphe du IIème siècle) indique que Pierre fut crucifié dans cette position.
- les rotules étaient abîmées comme peuvent l'être celles de pêcheurs qui poussent leur bateau à la mer.
- l’homme est de constitution robuste, ce qui va dans le sens des évangiles qui décrivent un homme énergique et qui portait une épée lors des déplacement du groupe,
- il a vécu au Ier siècle,
- et il est décédé entre 60 et 70 ans.

 

Devant 60 000 personnes le pape François a célébré dimanche 24 novembre 2013 une messe place Saint-Pierre. Il tenait dans ses mains un reliquaire contenant ces ossements. Déjà Paul VI avait annoncé en 1968 qu'il s'agissait très probablement des restes de l'apôtre Pierre.

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 09:09

Les textes du Nouveau testament (NT) ont été reconnus comme véridiques par les pères de l'Eglise et autres auteurs avant que le 3ème concile de Carthage (397) ne se prononce "officiellement" sur leur valeur. Par opposition, les textes non retenus sont déclarés apocryphes, c'est à dire non conseillés aux chrétiens. Le tableau suivant a été publié par les Témoins de Jéhovah ; nous remercions Fabien Girard de nous l'avoir fait parvenir.

 

La ligne d'en haut nous donne les textes qui compose le NT : Evangiles (Matthieu, Marc, Luc, Jean), Actes des apôtres, Epîtres de Paul (Romains, 1 Corinthiens, 2 Co., Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1 Thessaloniciens, 2 Th., 1 Timothée, 2 Ti., Tite, Philémon), autres épîtres (Hébreux, Jacques, 1 Pierre, 2 P., 1 Jean, 2 J., 3 J., Jude), Révélation (Apocalypse)
En ligne verticale, la liste des auteurs ou documents qui ont catalogué les textes : Canon de Muratori (Italie, 170 ap. J.-C.), Irénée (Asie Mineure, 180), Clément d’Alexandrie (190Tertullien (Afrique du Nord, 207), Origène d’Alexandrie (230), Eusèbe (Palestine, 320), Cyrille de Jérusalem (348), liste de Cheltenham (Afrique du Nord, 365), Athanase d’Alexandrie (367), Epiphane (Palestine, 368), Grégoire de Nazianze (Asie Mineure, 370), Amphilocius (Asie Mineure, 370), Philastre (Italie, 383), Jérôme (Italie, 394), Augustin (Afrique du Nord, 397), 3ème concile de Carthage (397).
En légende, l'appréciation : A = accepté sans conteste comme biblique et canonique ; D = douteux pour certains milieux ; DA = D. mais accepté par le catalogueur ; ? = incertain quant à la leçon du texte (par rapport à la Bible) ou la façon dont le livre mentionné est considéré ; en blanc = le livre n’a pas été utilisé ou mentionné.

ecritures_chretiennes_et_admission_canonique.jpg

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 22:12

Entre basse et haute chronologie pour les évangiles (VI).

L’évangile de Jean est postérieur à la mort de Pierre, car il y fait allusion : "…lorsque tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même et marchais où tu voulais ; mais lorsque tu seras devenu vieux, tu étendra tes mains et un autre te ceindra et te portera où tu ne voudras pas ". Il dit cela pour signifier de quelle mort il glorifierait Dieu. Et ayant dit cela, il lui dit " Suis moi ! " (Jn 21, 18-19).

Egalement à celle du disciple que Jésus aimait : Jésus répond à une question de Pierre : " Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi ". Ce propos se répandit donc parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Mais Jésus ne lui dit pas qu’il ne mourrait pas ... " (Jn 21, 22-23).


La rédaction de l’évangile de Jean ne saurait être le fait de l’apôtre Jean, lequel était un Galiléen sans instruction, fils de pêcheur (Zébédée) et pêcheur lui-même, et qui, en plus, aurait été sans doute trop vieux à la fin du siècle pour tenir la plume.


L’évangile de Jean reprend à son compte le témoignage du disciple bien aimé que Jésus aimait. Ce dernier est Judéen et met en avant d’autres compatriotes à lui (Nicodème, Joseph d’Arimathie). C’est un citadin de Jérusalem qui vit dans la ville Haute et c’est chez lui que la Cène a lieu ainsi que le Cénacle (il est donc riche pour être propriétaire d’une maison disposant d’une "haute chambre"). Il sera le témoin par excellence des évènements qui se passeront à Jérusalem. Il a ses entrées dans les hautes sphères puisqu’il introduit Pierre le Galiléen dans la première cour du palais de Caïphe. Sa relation du procès de Jésus est des plus précis. Il est jeune car il pose la tête sur la poitrine du Maître et que Jésus lui marque de l’affection. Il fréquente les milieux baptistes (c’est lui qui nous renseigne sur l’endroit où Jean baptise et celui où Jésus se met lui aussi à baptiser avec ses disciples pendant une courte période) ; il a un serviteur essénien et habite non loin de la porte dite des Esséniens. Pour en savoir plus, voir sur le blog de Michel Benoît à la rubrique "la question de Jésus".


Mais on devine un rédacteur final qui s’est inspiré des synoptiques et puis un autre rédacteur du Prologue qui est un ajout d’un autre style. D’autres "Jean" sont également à distinguer de par leur style et les thèmes qu’ils traitent. Jean l’Ancien de la seconde et troisième Epître ; Jean déporté comme chrétien dans l’île de Patmos et qui reçut la vision de l’Apocalypse.


Par ailleurs, la façon dont cet évangile parle des Juifs comme si ceux-ci étaient des étrangers suppose que la séparation entre juifs et chrétiens a été consommée : dorénavant, chacun va son chemin et les chrétiens ne sont plus protégés par le statut particulier que les Romains avaient accordé au peuple juif.


Y. ben Zakkaï, qui a transféré le sanhédrin à Yavné /Yamna en 80, quitte l’assemblée la même année, puis meurt. C’est le rabbin Gamaliel II, également connu sous le nom de Gamaliel de Yavné, qui se retrouve en position de recteur de cette Académie du judaïsme pharisien. Il mourra vers 116. C’est sous sa présidence et à sa demande expresse, qu’une "bénédiction" (la 19ème) – mais en fait une malédiction ! – est introduite dans la liturgie synagogale afin d’ostraciser les judéo-chrétiens. Le docteur de la Loi, Samuel le Petit la rédige. On peut supposer qu’elle le fut peu après 80.


Jean est donc à situé plutôt vers 90, sur la base d'éléments contemporains de Jésus (le témoignage du disciple Bien aimé), mais développés et glosés très tardivement par le ou les rédacteurs finaux. Déjà, on y repère le souffle du gnosticisme chrétien qui se développera les années suivantes et que combattront les Pères de l’Eglise sous le thème de l’Anti-Christ.

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 17:56

Entre basse et haute chronologie pour les évangiles (V). 


Le Matthieu grec, celui que nous connaissons, est à la fois une traduction du Matthieu araméen, mais aussi une recomposition. Le plan est beaucoup mieux construit que dans Marc. " Cinq livrets se succèdent, composés chacun d’un Discours introduit par des faits habilement choisis pour le préparer, ce qui, joint aux récits de l’Enfance et à la Passion – Résurrection, constitue un ensemble de sept parties […]Comme par ailleurs il reproduit beaucoup plus complètement l’enseignement de Jésus et insiste sur le thème du "Royaume des Cieux", on peut caractériser son évangile comme un drame en sept actes sur la venue de ce Royaume " (Bible de Jérusalem, introduction aux évangiles synoptiques, p. 1287). Ses multiples références à l’Ancien testament en font l’évangile qui s’adresse aux Juifs : la Loi et les prophètes sont accomplis !
 

Sans doute de Luc, il reprend la généalogie de Jésus et la conception virginale de Jésus (qu’il n’y a pas chez Marc), mais surtout il fait œuvre de théologie en présentant une généalogie plus sophistiquée : plus symbolique avec 3 fois 14 générations (d’Abraham à David, de David à la déportation de Babylone, et de cette déportation "au Christ" (1, 11), plus théologique aussi car il montre combien l’histoire sainte passe par des maillons féminins qui constituent autant d’impossibilités humaines. Thamar car elle est veuve et que Judas son beau-père ne veut pas lui donner d’autres maris – nous savons comment elle lui força la main en se prostituant … et en lui donnant un rejeton ! Ruth la Moabite, car elle est étrangère et que sa belle-mère lui dit de rentrer chez les siens ; Rahab, une autre prostituée et une étrangère (Cananéenne de Jéricho en l’occurrence) ; la femme d’Urie qui commet l’adultère avec David et est complice du crime indirect que David commet contre son mari, grand officier de l’Armée ; enfin Marie, la fiancée de Joseph qui n’a pas connu l’homme !


Et puis, il est le seul évangile à évoquer la Mésopotamie, avec la venue des mages (prêtres zoroastriens) à Jérusalem pour adorer l’Enfant, et l’Egypte, avec la fuite de la Sainte famille en ce pays pour fuir le méchant et jaloux roi Hérode le Grand. Deux magnifiques fresques qui annoncent l’évangélisation de ces pays avec un message d’accueil : vous n’êtes pas les derniers ; mieux vous êtes parmi les premiers à avoir eu le message de la nouvelle voie ! Nous savons que Paul, à partir de Damas tenta en vain d’évangéliser les Nabatéens plus à l’est. C’est en quelque sorte le pendant des Actes des apôtres, tout orientés vers Rome. Le Matthieu grec est assurément oriental, branché sur Jérusalem, Damas et Alexandrie. Son influence perdure en Syrie du IIème siècle auprès des communautés judéo-chrétiennes, les nazôréens et les ébionites.


Pour toutes ces raisons, il s’agit d’un Matthieu tardif. Pas avant 65 disent certains car le texte insiste sur les persécutions à venir et cela fait penser à celle que déclencha Néron à Rome à la suite de l’incendie de juillet 64. Après 70, disent les exégètes qui rejettent tout après la ruine de Jérusalem, du moins de son Temple.

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