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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 11:38

La diffusion du culte au sein de la chrétienté


sept-dormants-d-ephese-christianismeLa dévotion au Sept Dormants est avérée dans toute la chrétienté. Nos héros ont figuré sur différents calendriers dont celui des Grecs, des Latins, des Russes ou encore des Abyssins. Ils étaient auparavant commémorés le 27 juillet dans l’Eglise latine, et sont désormais célébrés, selon le calendrier byzantin, le 4 août (jour supposé de leur emmurement) et le 22 octobre (jour de leur réveil).


Le culte s’est même diffusé jusqu’en Scandinavie dès le VIIIème siècle, si l’on en croit les nombreuses amulettes portant les noms des Dormants - parfois écrits en runes - trouvées lors de fouilles, comme à Alvastra, en Suède, ou à Bergen, en Norvège.


Un culte repris et diffusé par l’islam


Or, cette légende est reprise dans le Coran par un Prophète beaucoup plus au courant des affaires chrétiennes qu’on ne l’a souvent pensé, dans la sourate 18, intitulée Al-Kahf, celle dite de "la Caverne", qui rappelle le martyre, la dormition et le réveil des Dormants (dont le nombre n’est pas donné) et qui est lue tous les vendredis dans les mosquées.

" Cette sûrât, dite de la Caverne (al-Qaf) est bien lue en effet tous les vendredi. Elle est considérée selon un haddith reconnu comme ayant des vertus préservatrices : celui sur qui sont lus les 10 premiers versets est préservé des méfaits de l'Antéchrist et de son influence. Il y a à cela peu d'explications officielles, il n'y a pas eu d'explications prophétiques sur cette vertu thaumaturgique " (Fabien Maisonneuve, communication personnelle, 24 janvier 2010)

sept-dormants-d-ephese-islamsept-dormants-d-ephese-miniature-turque-16.jpg

Le Coran avance avec précision que les jeunes gens sont restés endormis 309 ans lunaires, ce qui correspond à 300 années solaires (eh oui, le temps que l’islam arrive !) : "Or, ils demeurèrent dans leur caverne trois cents ans et en ajoutèrent neuf ", Coran, 18:25. Le nombre de jeunes gens n’est pas indiqué et des traditions les feront accompagner d’un chien nommé Qitmir.


Ce culte s’est également largement diffusé du côté des pays musulmans, accompagnant les conquêtes arabes. A Damas, la mosquée dite des "Gens de la Caverne", masjid ahl al-kahf, située sur la pente du Qasiyûn, possède exceptionnellement sept mihrâb*, un pour chacun des Sept Dormants !

* le mihrâb est une niche (et habituellement une seule) dans le mur d'une mosquée qui indique la direction de La Mecque.


On retrouve très loin ce culte, cette fois-ci vers l’est, puisqu’une mosquée leur est dédiée à Kara-Khodja, près de la ville de Tourfan, dans la partie du Turkestan sous actuelle domination chinoise. A noter qu’il existe à Orléans une rue des Sept Dormants dont les origines sont mal connues, mais qui présente l'intérêt de se situer dans un quartier autrefois réservé aux prisonniers musulmans, ramenés d'Égypte ou de Syrie, à l'époque des Croisades


D’autres Dormants, manifestement inspirés des premiers


En Turquie, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Tarse, en Cilicie, une grotte dite des Ashâb al-Kahf a fait l’objet d’un pèlerinage. La tradition locale, musulmane, parle de sept voyageurs qui s'endormirent là. Pour les chrétiens, ce seraient des martyrs emmurés, puis retrouvé vivants 157 ans plus tard *
* "La grotte elle-même est assez spacieuse, profonde de plusieurs dizaines de mètres. La roche est partout usée par la fréquentation. Il y a un petit mouvement de pèlerins et beaucoup d'affluence les jours de fête, pendant la Nuit du Destin et tout le mois de Ramadan. A un kilomètre environ, s'étend un cimetière où on remarque des tombes récentes, malgré l'interdiction d'en ajouter " (Louis Massignon et al., Ahl al-Kahf, 90). Proximité des tombes afin de bénéficier du pouvoir de résurrection des martyrs !


Toujours en Turquie, mais cette fois-ci près de Nicée, dans la partie occidentale de l’Asie mineure, le sanctuaire d’Ammûriya (aujourd'hui Hadj-Hamza), séparé de Nicée par une montagne, correspond à la caverne souterraine d'un ancien couvent grec. Ors, cette caverne s’ouvre, en contrebas de la montagne, par une galerie - laquelle donne accès à une salle des morts où se trouvent treize corps momifiés. La population de ces lieux est commise à la garde des reliques, enduites d'aloès, de myrrhe et de camphre, vêtues de manteaux, chaussées de sandales et de bottines. Malgré leur état de dessiccation absolue, elles dégagent, nous dit-on, une extraordinaire impression de vie ; à chaque nouvelle année, leurs gardiens, pour les dépoussiérer, peuvent les mettre debout, sans dommage pour elles, et, trois fois l'an, on leur coupe les ongles ! La version locale, musulmane, pensent qu’il s’agit de treize prophètes, "ressuscités ensemble, le même jour, 400 ans avant le Christ". A Nicée, s'élevait une porte des Sept Dormants (et à Alep, en Syrie, une porte est nommée Bâb 'Ammûriya !).


Dans l’Est algérois, à quelque 12 km de Sétif, le site berbère de Ikjân* (aujourd'hui Guidjdjel) propose la légende de sept jeunes gens, venant du Maroc : "Ils étaient de taille élancée, et un chien leur tenait compagnie". Ils s'arrêtèrent une nuit dans le village de Ikjân et furent trouvés inanimés le lendemain matin, sur l'emplacement de l'actuel cimetière musulman. Leurs huit tombes - dont une pour leur chien - sont de hauts piliers d'origine romaine, "surmontés de petits dômes renfermant des kânouns où les visiteurs et visiteuses viennent faire des fumigations d'encens" (Louis Massignon et al. , Ahl al-Kahf, 81).
* Ikjân fut fondé en 900 ap. J-C par les Fatimides d’Egypte en pays berbère du clan Kotâma.


En Scandinavie, Ove Ullestad signale une grotte, aux confins nord de la Norvège, où sept jeunes gens furent retrouvés intacts plusieurs années après leur mort.. Très curieuse par ailleurs est l'histoire, tirée des Annales islandaises, du naufrage d'un pasteur du nom d'Ingimud Torgeisson et de ses six compagnons, retrouvés dans une grotte quatorze hivers plus tard. Le corps du pasteur ainsi que ses vêtements étaient intacts et surtout, comme dans la version éphésienne de l'histoire, une tablette de cire, cette fois-ci écrite en runes, était déposée à leurs côtés.


Les Sept Saints de Bretagne

Mais ce ne sont pas des Dormants ! Ce sont tout simplement les sept évêques fondateurs des sept évêchés de Bretagne au VIème siècle : Saint Malo, Saint Samson (Dol), Saint Brieuc, Saint Tugdual (Tréguier), Saint Pol-Aurélien (Saint-Pol), Saint Paterne (Vannes) et Saint Corentin (Quimper). En Bretagne, le grand pèlerinage du Moyen-âge était le Tro Breizh (Tour de Bretagne) qui consistait à prier dans les cathédrales de ces sept évêchés.

sept-saints, fontaine
Une fontaine, située près de Bulat-Pestivien vers Callac (au sud de la route allant de Saint-Brieux à Morlaix) fut construite en 1683 par deux artisans du pays. Autrefois, les sept saints y avaient chacun leur statue dans des niches. Sans doute cette magnifique fontaine recevait-elle la visite des fidèles pèlerins (lien)

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 11:18

En 250 ap. JC, afin d'affermir l'unité romaine autour de sa religion, l'empereur Dèce (Décius) décréta une persécution contre les chrétiens qui refusaient de sacrifier aux dieux romains. Il envoya ses ambassadeurs à Ephèse pour faire renier leur foi à sept chrétiens (présentés dans certaines versions comme étant des frères consanguins) qui avaient de hautes charges. Devant leur refus, l'empereur leur fit enlever leurs fortunes et leurs charges, les réduisant ainsi à mendier leur pain. Les découvrant cachés dans une caverne, il donna l'ordre de les emmurer afin qu'ils meurent de faim et de soif.

Les sept frères furent alors pris d'un sommeil qui dura 177 ans * et c'est ainsi que lorsqu'on ouvrit la caverne, on les trouva réveillés, Dieu les ayant ressuscités pour rendre témoignage de la résurrection des morts.

* chiffre manifestement symbolique 100 + 77 ; soixante dix sept (qui double le chiffre 7) indique un long temps. Tu pardonneras 77 fois dit Jésus à Pierre qui lui demandait combien de fois il fallait accorder son pardon.


sept-dormants-ephese-grotte-mont-pionLa grotte considérée comme le lieu de refuge des Dormants et l’église que l’on y avait édifiée furent découvertes à la fin des années 1920 sur le mont Pion, près du site d’Ephèse et de la ville de Selçuk. Les travaux d’excavation permirent également la découverte de plusieurs centaines d’anciennes tombes datant des Ve et VIe siècles, sur lesquelles figuraient de nombreuses inscriptions et prières dédiées au Sept Dormants.


Les premières traces de cette légende édifiante ont été retrouvées dans des manuscrits syriaques anciens datant du Ve et VIe siècles. Grégoire de Tours (au VIe siècle) s’en fait l’écho *, ainsi que Paul Diacre, moine bénédictin d’origine lombarde du VIIIe siècle. On la retrouve dans la célèbre Légende dorée de Jacques de Voragine relatant le martyr de nombreux saints et saintes chrétiens à l’époque romaine. L’homme d’Etat et historien byzantin du Xe siècle Syméon Métaphraste en parle lui aussi.

* Notamment dans De gloria martyrium, ouvrage consacré aux miracles de saints chrétiens. Grégoire de Tours y évoque également l’origine syriaque de l’histoire des Sept Dormants. La version rapportée par Grégoire de Tours proviendrait d’un sermon réalisé par Jacques de Sarug, évêque de Syrie au VIe siècle, qui fut par la suite traduite du syriaque au latin.

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 10:33

Gélédé est une confrérie inspirée par un génie qui s'appelle Gélédé. Si bien que les danseurs, qui portent les masques de la confrérie, ne sont plus eux-mêmes, mais d'emblée Gélédé lui-même. C'est pour cela que l'on ne peut pas dire qu'ils dansent en hommage à Gélédé (comme on l'a dit précédemment pour les danseurs de Shango et de Sâkpata), car ils sont Gélédé en personne et en action ! On rejoint là la logique de la possession où la puissance surnaturelle utilise le corps des humains pour s'exprimer en public.

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photos Hugues Baubère


En entrant dans cette confrérie, hommes et femmes acquièrent le pouvoir de Gélédé qui leur permet de sévir contre les sorciers et autres malfaiteurs en les menaçant de représailles et en pouvant éventuellement, s'il le faut en cas d'extrémité, les tuer pour la salubrité publique ! Ils protègent la population et celle-ci applaudit à ses exhibitions.

Le fait que la confrérie soit présidée par des "mères" (celles-ci sont censées défendre leur progéniture, qui a réussi, contre les jaloux, lesquels sont toujours susceptibles d'envoyer des sorts) a fait fantasmer les anthropologues qui y ont vu un pouvoir des femmes ! Le genre étant à la mode, c'était inévitable ...


Les masques de Gélédé apportent la modernité et l'apprivoise. Ici, un masque représentant une jeune fille avec ses nattes d'écolière et exhibant une marmite en émail made in China.

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photos Jean-Claude Barbier

Ou bien encore cette jeune femme primipare, toute heureuse d'être enceinte, les seins déjà gonflés de lait, et dont les pythons royaux qui ondulent sur son ventre proéminant témoignent de sa protection par le dieu Dân (car ces pythons en sont les avatars).

gelede_blaye4_fevrier_2010.JPGgelede_blaye3_fevrier_2010.JPG
photos Jean-Claude Barbier

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 20:12

danse sakpata avlekete photo30 hugues baudere blayeLes danseurs de Sâkpata (le dieu qui punit en envoyant la variole !) portent un mouchoir blanc sur la tête. Comme les danseurs de Shango, ils disposent de la même armature soutenant une jupe de pagne.

danse_sakpata_avlekete_photo29_hugues_baudere_blaye.jpg
danse_sakpata_avlekete_photo29ter_hugues_baudere_blaye.JPG

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 19:59

Les adeptes qui dansent en l'honneur de la divinité Shango (laquelle envoie la foudre lorsqu'elle veut punir un coupable) sont reconnaissables à un bandeau blanc qui enserre la tête au niveau du front et qui porte, au milieu du front, une ou plusieurs plumes rouges de perroquet. Le danseur, homme ou femme, dispose aussi une large jupe soutenue par une armature recouverte d'un pagne, ce qui confère à ses gestes une grande ampleur. Il tient à la main une petite hache de bois à double tranchant, symbole de la puissance de la divinité qu'il honore.

danse_shango_avlekete_photo27_hugues_baudere_blaye.jpgdanse_shango_avlekete_photo28_hugues_baudere_blaye.jpg

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 19:23

avlekete photo33 hugues baudere blaye
Dans le cadre d'une l'exposition de batiks et de peintures par Virginie Jourdan et Paulin Zoffoun, intitulée "La tradition qui nous protège",  du vendredi 29 janvier au dimanche 21 février, la Mairie de Blaye a invité la compagnie Avlékété pour un spectacle de danses traditionnelles. La manifestation avait lieu au couvent des Minimes au coeur de la citadelle de Blaye (Gironde), dans un bâtiment exceptionnel, là où l'exposition s'est tenue.


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Animée par le Béninois Mathias Agbokou, la compagnie Avlékété comprend une douzaine d'artistes africains de diverses nationalités. Ce soir, le samedi 20 février, la compagnie jouait avec la moitié de la troupe, l'autre moitié étant retenue à Dax.

avlekete_photo31_hugues_baudere_blaye.jpgavlekete_photo32_hugues_baudere_blaye.jpg

La religion vodoun donne lieu à l'exhibition festive des adeptes des diverses divinités. Lors de ces fêtes religieuses, les danses occupent les places publiques au plus grand plaisir des habitants. C'est une religion populaire, entraînante, qui sait mettre en valeur les talents de chacun - que ce soit les notables qui sont assis en tribune et qui sont invités à quelques pas de danse, ou les badauds ou encore chaque danseur. Les danses sont mixtes, hommes et femmes dansant tous ensemble. Chaque danse est reconnaissable par sa musique et son rythme, parfois par les instruments de musique qui sont utilisés, en tout cas par les accoutrements multicolores des danseurs.


avlekete_photo2_hugues_baudere_blaye.jpgles photos sont de Hugues Baudère (Blaye, Gironde)
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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 09:20
V - Peut-on être moderne et pratiquer le vodoun ?


36 – Tout chef de famille a à cœur de protéger les siens, de les assurer contre les risques . s’il est lui-même converti au christianisme et à l’islam, demandera à un prêtre de faire le nécessaire. C’est être inconscient que de ne pas prendre les précautions face aux risques de la vie, ou bien d’abandonner ces protections sous prétexte qu’on s’est converti à une autre religion.

37 - Face à l’occidentalisation certains revendiquent la religion locale afin de défendre leur culture endogène. Des intellectuels maintiennent des sanctuaires en déshérence ; en font des musées que l’on peut visiter tout en assumant la continuité des services. Des artistes renouent avec leur culture afin de s’en inspirer. Cette culture, par ses légendes, par ses arts, par son sens de la Nature, va d’ailleurs bien au-delà de simples croyances religieuses.

38 – La pratique ou du moins le respect de la religion des ancêtres permet le maintien des relations familiales avec les générations antérieures, et la continuité des lignages et des entités politiques anciennes. L’Histoire se perpétue et donne une plus grande profondeur à chaque vie individuelle.

39 Le rappel de la religion des ancêtres est aussi le rappel de valeurs morales qu’on ne doit pas oublier : l’honnêteté, le respect des parents et anciens, l’amour de la famille, le travail bien fait, etc.

Gbe_languages.pngndlr : Phla-Phera = Xhla et Xhwedha ("xh" se prononçant comme la jota espagnole) dans notre texte

VI - une revalorisation des religions « païennes »
suite aux critiques adressées aux grands monothéismes


40 - Et puis, les monothéismes, chrétien et islamique en particuliers, vivent actuellement un fiasco qui les invite à être plus modestes. Plus que d’autres religions, ils sont en effet accusés d’avoir été trop souvent fanatiques et meurtriers. Et puis, hormis de grandes et belles périodes où ils ont été éminemment civilisateurs, ils ont constitué un obstacle au développement des connaissances scientifiques et à l’élaboration d’une morale plus moderne que celle héritée des mondes antiques.

41 - Alors que nous critiquons volontiers les « idoles » colorées et baroques des divinités de l’hindouisme, les représentations bibliques et coraniques de Dieu restent bel et bien très anthropomorphiques (même si Allah n’a pas le droit d’être figuré). Mieux, le culte marial et les cultes des saints (chrétiens, chiites et soufis) ne sont pas sans rejoindre l’ambiance générale des cultes dit « païens ».

42 - L’approche historico-critique des textes dit sacrés n’est plus dupe des prétentions des théologiens affirmant qu’il y a eu révélation ou inspiration d’en haut. Les religions apparaissent de plus en plus comme des constructions bien humaines, ce qui relativise les différences entre les religions : il n’y a plus de religions qui serait supérieure aux autres ; chacune s’est développée à partir d’une culture, d’une histoire, d’évènements particuliers.

43 - Si Dieu existe, on peut penser qu’il est en tout cas bien loin des représentations qu’on en fait. Sachons donc voir au-delà de ces représentations car elles ne sont que des jalons, des abécédaires, des vitraux d’église, des mises en scène théâtralisées. Voyons l’astre et non pas seulement le doigt qui le désigne. N’oublions pas qu’un Gandhi était héritier de l’hindouisme. Nos artistes africains, héritiers du vodoun, ont eux aussi quelque chose à nous dire, à nous faire comprendre ; à nous de voir et de comprendre les mystères de la vie dont ils nous parlent à travers une culture particulière qui a toute sa valeur.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 09:06

une religion universelle

34 – Alors que le culte des ancêtres ou ceux des divinités et génies territoriaux correspondent à une religion civique, liée à une tribu, à une ethnie ou à un territoire. Les divinités possédantes et les cultes post-coutumiers s’adressent à des personnes individuelles. En cela elles sont universelles et peuvent donc s’exporter dans des populations voisines par infiltration cultuelle : d’où son expansion par essaimage, chaque détenteur d’un sanctuaire pouvant à son tour initier un autre chef de famille ou son représentant. Ou bien encore s’exporter à l’occasion dans des pays plus lointains.

Et tolérante

vodoun_ceremonie.jpg
35 - La religion vodoun propose ses services, le recours à des dieux qu’elle présente comme puissants et efficaces, mais elle n’impose aucune croyance particulière, aucune doctrine. Les consultants obéissent aux indications données par les devins et les prêtres. On ne leur demande pas d’adhérer, de devenir eux mêmes des fidèles.

le culte vodoun vu par un artiste

Mieux, ce sont des divinités oraculaires qui sont à la disposition de tous, sans exclusive (mais il faut cependant avoir le cœur pur pour les approcher), si bien qu’un chrétien ou un musulman peuvent très bien consulter (au grand dam des prêtres catholiques et des pasteurs protestants qui soupçonnent que leurs ouailles aillent de nuit faire des consultations !).

Egalement, le chef de famille qui introduit chez lui des divinités ou génies dans le soucis de protéger les siens (quelques soient leur propre obédience religieuse) peut très bien ne pas être lui-même un adepte ; il confiera tout simplement le soin de desservir les autels à un prêtre agréé.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 07:53
IV - Comment fonctionne ce système religieux ?


28 –Avec les grandes divinités possédantes, l’influence yoruba apporte aussi des sociétés de masques (dans un rôle de contre sorciers), dont les plus célèbres sont Oro (dont on entend les rhombes mais qu’on ne voit pas), Ogungun (les « revenants »), et Gélédé (avec ses masques caricaturant les nouveautés). Celles-ci s’ajoutent à la confrérie de Zangbéto qui est originaire d’Allada et qui joue le même rôle. Chaque société de masque est animée par un génie, si bien que le porteur de masque perd sa propre identité pour être le génie lui-même en action ; il est en situation de médium, prêtant son corps au génie.

29 - Il n’y a pas de cohabitation obligatoire au sein d’un panthéon, ni de filiation généalogique entre les entités surnaturelles, encore moins la formation d’une triade (ternaire ou trinitaire) à l’exemple des religions indo-européennes ; chaque culte fonctionne indépendamment des autres. Il peut s’ajouter à d’autres au sein d’une même maison, mais les sanctuaires restent bien distinctes. Toutefois, un même prêtre peut les desservir.

30 - Il n’y a pas de centralisation bien qu’il y ait des sanctuaires plus anciens qui ont davantage de notoriété. Mais, d’une façon générale, il y a une autorégulation parce que les gens connaissent leur culture et ne suivraient pas les aberrations ; il y a une culture partagée.

31 – Mais comme il n’y a pas d’uniformisation il peut y avoir des situations particulières ou présentée comme telles, comme le sanctuaire au Danhomey où un Lisa masculin (un culte local dont les autels sont garnis d’un chapelet de coquilles de gros escargots blancs ; la divinité elle-même est représentée comme unijambiste) se trouvait ni plus ni moins associé à un Mawou qui serait ici féminin, le dieu créateur ! Bigre ! … et Nana Burunku en serait leur fille (on retrouve ici le modèle helléniste de l’Olympe).
En fait, durant la période coloniale, des sanctuaires ont été dit « mawulé » - la maison de Dieu – puisque Mawu était compris et admis par les chrétiens contrairement aux autres « fétiches ». En fait, tout semble indiquer qu’il s’agisse de la seule divinité endogène Lisa qui s’est adaptée aux temps coloniaux ou encore qui a été présentée ainsi par des informateurs d’une façon qu’ils jugeaient mieux compréhensible aux chercheurs étrangers.

32 - Toutes ces entités répondent à un même besoin : nous sauver des sorciers (êtres imaginaires qui captent à leur profit nos forces vives, notre substance, et qui occasionne ainsi notre affaiblissement puis notre mort par anémie), des jaloux qui peuvent nous envoyer des sorts, des maladies, des malheurs de la vie quotidienne, des dangers des voyages, etc. Ces croyances sont partagées, y compris par ceux qui se convertissent à des religions « étrangères » comme l’islam ou le christianisme.

Fa_devin_tablette.JPGun devin avec sa tablette


33 -
Grâce à la divinisation (la géomancie du Fa avec ses 16 signes fondamentaux et ses 240 combinaisons), le fidèle peut savoir à quelle divinité il doit s’adresser. C’est donc le devin, le boko, qui met en relation la demande et l’offre. Ici, la géomancie met en relation généralisée les puissances surnaturelles et les hommes, d’où le rôle incontournable du devin. Sa maison est d’ailleurs protégé par des génies particuliers – et curieusement ce ne sont pas des legba – ce qui montre bien le caractère composite de cette religion.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 07:08
III - les cultes post-coutumiers


24 – Au contact des religions monothéistes importées au moment de la traite des esclaves puis de la colonisation, des cultes, que nous appellerons "post-coutumiers", sont apparus. Ils s’ajoutent aux cultes antérieurs en y apportant une note de modernité avec le message suivant : les Blancs n’ont pas à eux seuls le monopole des nouveautés.

Ces cultes sont centrés sur une seule divinité laquelle se trouve en position seconde après Dieu, ce qui n’est pas sans rappeler la place de Jésus dans le christianisme arien où ce dernier est bel et bien divinisé mais en position subordonnée, comme première créature de Dieu. Il s’agit là d’une monolâtrie, qui valorise un dieu particulier mais sans pour autant nier l’existence d’autres dieux et donc s’adapte parfaitement à un contexte polythéiste.

mami wata pretreMami Wata (la Sirène), au contact avec les navires européens qui apportaient des biens manufacturés et de l’argent, Fa-Church et Atingali au contact d’avec le christianisme, Thron Alafia, au contact avec les Haoussa, commerçants musulmans arrivés à Kété-Kratchi au Ghana à la fin du XIXème siècle tout à fait au début de la période coloniale allemande, etc.

Hounon Kavaia, prêtre de Mami-Wata

25 – Ce sont des divinités modernes imitatrices des religions non africaines. Mami Wata a la peau blanche et est blonde aux cheveux longs comme les Européens, et ses adeptes féminines portent des robes blanches ; Atingali, au bout de sa pique-autel fument la cigarette et ses dignitaires arborent des croix bleues ou rouges  (mais de forme grecque avec les 4 branches d’égale longueur) ; Thron-Alafia respecte le calendrier musulman (mais sans pour autant réciter le Coran), Fa-Church organise des offices dominicales dans un temple rectangulaire avec son insigne à la place de la croix. Ils n'en sont pas pour autant syncrétiques et chacun a sa propre cohérence et logique.

26 – Autant les orishas que nous avons cités sont barbares (donc violents), autant ces divinités sont « civilisées ». On leur offre des boissons sucrées (et non pas de l’eau de vie ou autres alcools forts !), des morceaux de sucre, des tablettes de chocolat et des bonbons, des parfums, des cigarettes et autres douceurs modernes, etc. Ceci dit, elles n’en sont pas moins exigeantes et, par exemple, Mami-Wata est réputée pour sa jalousie, imposant même à ses prêtres des périodes de chasteté avec leur propres épouses !

mami-wata_adeptes.jpgadeptes de Mami-Wata ; vêtements et parures témoignent de leur enrichissement


gelede_jeune_fille.JPG27 Par ailleurs, la confrérie Gélédé, présente en pays nago au Bénin (la partie centrale et septentrionale du département de l’Ouémé, entre le fleuve du même nom et la frontière d’avec le Nigeria), joue sur les nouveautés. Il s’agit d’une société de masques animé par le génie Gélédé et qui mène la chasse aux sorciers et autres malfaiteurs. Les masques, portés sur la tête, représentent des visages yoruba, reconnaissables aux scarifications (de 1 à 4 traits de chaque côté sur la partie supérieure des joues ou au milieu du front), et les têtes des masques portent des scènes modernes : une marmite en émail, une machine à coudre, des nattes d’écolière, une perruque blonde, une coiffure sophistiquée, des métiers modernes, etc. Une façon d’apprivoiser les nouveautés, de les introduire dans la sphère indigène, de les acclimater, de les intégrer.

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