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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 10:09

Un article publié dans la rubrique "le vocabulaire religieux" du site de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU), le 26 août 2013 (lien), donnant un bref historique des différentes "vagues" évangéliques depuis la Réforme luthérienne du XVIème siècle. 

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 15:28

Les mouvements de Réveil ponctuent les grandes religions que ce soit le christianisme, l’islam, le bouddhisme, etc. Ils veulent nous rappeler les fondamentaux, les vérités qui sont à l’origine de la religion, les exigences contenues dans telle ou telle révélation. Ils s’insurgent contre les institutions existantes et les autorités qui auraient trahis le message. Ils mettent en avant la sincérité et l’émotion de la foi contre les raisonnements ; mais également la spontanéité en face des savoirs acquis, des études savantes, des appareils établis. La simple lecture des textes et leur incantation remplace l’exégèse patiente et érudite ; dès lors nul besoin de longues études car il s’agit plus d’exalter les foules que de les faire réfléchir sur des textes dont le sens n’est pas évident, parfois obscurs et contradictoires, en tout cas d’un autre âge.


De nombreuses Eglises évangéliques ont éclose dans le sillage du pentecôtisme américain du début du XXème siècle. Le langage était le même : la nécessité d’une nouvelle naissance (New Born Again), d’une foi vécue d’une façon sensible, d’un Dieu providentiel toujours présent et attentif à nos destins individuels ; mais elles ajoutaient aussi le désir d’une pensée libre, individualisée (même si elle ne fait que répéter les mêmes choses), surtout d’un entreprenariat pastoral clientéliste – un pasteur = une Eglise.


Une vague pentecôtiste-évangélique s’est développée au sein de l’Eglise catholique où elle a été bien acceptée car elle rejoignait le langage pieux qui y a toujours été valorisée. C’est le Renouveau charismatique apportant sa jeunesse, la foi vécue en couple par de jeunes ménages, ses chants, sa musique moderne, sa gestuelle signifiante, mais aussi quelques uns de ses fondateurs à la limite du sectarisme et de l’intégrisme. Défenseurs de l’orthodoxie doctrinale, des mœurs conservateurs, proclamant le culte marial et une jésulocratie exaltée, l’Eglise catholique ne trouvait rien à redire, sinon le soucis d’un encadrement ecclésial –ce qui fut fait avec le doigté que l’on connaît de la part de cette Eglise qui sait intégrer. Non seulement ces mouvements charismatiques animent aujourd’hui les paroisses, fournissent de bons animateurs liturgiques, mais aussi encore portent au sacerdoce des prêtres célibataires dont l’Eglise a tant besoin.


Côté protestant, on se demandait bien comment les Eglises historiques allaient gérer cet afflux. Au niveau de la Fédération protestante de France (FPF), l’affaire fut facile puisqu’il s’agit à ce niveau de coopter ou non de nouvelles Eglises indépendantes. L’initiative en fut prise par les mouvements évangéliques qui voulaient échapper au qualificatif de sectes et se couvrir d’une notabilité toute protestante. Les statuts de la Fédération sont suffisamment souples et ouverts pour que l’opération puisse se faire sans heurt, au grand bonheur des sociologues protestants qui constatèrent une hausse sensible des effectifs !


Mais l’entrisme se fit aussi au sein de l’Eglise réformée de France (ERF) où l’accueil beaucoup fut plus mitigé. En effet, cette Eglise, ouverte et multidiniste, n’en a pas moins sa propre histoire et évolution, et son style. Elle est issue à la fois d’un double refus ; celui d’une évolution libérale qui était prônée par un Ferdinand Buisson et ses amis au milieu du XIXème siècle (lien) et qui fut stoppée net par le synode nationale des années 1870 où les délégués libéraux ne dépassèrent pas les 40%, et à la fois celui d’un rétablissement de l’orthodoxie calviniste. Les libéraux se réfugièrent dans une exégèse spirituelle : les textes n’ont seulement ne sont pas à lire au premier degré, mais ils n’ont guère d’intérêt historique car c’est l’enseignement de Jésus qui prime dès lors que le Nouveau testament ne permet pas de savoir si les faits mentionnés sont réels ou inventés, si c’est Jésus qui dit ceci ou cela où les disciples ou les évangélistes ou les premières traditions chrétiennes, etc.

 

Une cohabitation toute pacifique s’installa, les libéraux n’étant pas en force suffisante pour imposer une orientation ou quitter le navire pour fonder une autre Eglise. Elle fut d’autant plus aisée que l’ERF accepta en son sein des pasteurs non seulement réformés, mais aussi luthériens, baptistes, voir même unitariens (Mme Lucienne Kirk, ordonnée en décembre 1986 à Kolozsvar par l’Eglise unitarienne de Transylvanie, et qui a exercée son ministère pastoral dans une paroisse ERF des Cévennes jusqu’à son départ aux Etats-Unis en 1990) – sans compter quelques pasteurs déclarant plus ou moins ouvertement leur convictions unitariennes (déclarations publiques pour Pierre Bailleux en Belgique et Pierre Jean Ruff en France). Nous ne pouvons que saluer cette ouverture de ce qui a été une belle Eglise protestante (maintenant Eglise protestante unie de France EPUF depuis son union avec l’Eglise luthérienne en France en dehors de l’Alsace et de la Lorraine).


Ces dernières années, l’ERF a eu à intégrer, au niveau paroissial, de nouveaux venus : des catholiques en rupture de ban avec leur Eglise (des vieux militants écoeurés par la Restauration après le concile de Vatican II, mais aussi de jeunes couples mixtes sur le plan religieux du fait que l’Eglise catholique ne donne pas le mariage à égalité et impose l’éducation catholique des enfants, des remariés, etc.) ; quelques unitariens car les unitariens en France ne disposent pas de paroisse historique ni de groupes locaux ; et enfin de plus en plus d’évangéliques charismatiques. Ils ont en commun de ne pas avoir baignés dans la culture huguenote faite de sobriété, de références historiques constitutives d’une identité vécue douloureusement, de méfiance vis-à-vis d’un extérieur qui leur fut longtemps hostil. Les greffes prennent ou ne prennent pas. Les unitariens et les catholiques contestataires trouvèrent sur place des protestants libéraux habitués à ne pas bouger les lignes, si bien qu’ils s’agitèrent individuellement en ayant la sympathie de ceux-ci, mais non leur soutien.

 

Par contre les évangéliques trouvèrent un écho beaucoup plus favorable : le besoin de cultes plus animés pour être plus attractifs aux jeunes, le besoin aussi de réaffirmer les valeurs chrétiennes afin d’éviter une dilution dans le contexte social, et bien entendu le soutien des nostalgiques des principes du calvinisme, entre autres l’importance de la Grâce providentiel, de la Rédemption nous donnant un Christ incontournable pour notre Salut, une Résurrection qui donne l’espérance, etc. … Sans compter le financement des Eglises locales (même si le pasteur, à l'ERF, reçoit son salaire directement des instances supérieures).


Dans un tel contexte, les libéraux et encore plus les pasteurs de sensibilité unitarienne dérangent, risquent de briser le fragile consensus. A la retraite, on se garde bien de les inviter pour des prêches. La culture paroissiale a ses exigences. L’ERF, maintenant EPUF, n’implosera pas, mais passera d’une Eglise convictionnelle à une Eglise paroissiale et conviviale, de proximité, organisatrice de cérémonies familiales comme l’est déjà l’Eglise catholique. Elle laissera bien entendu ses prophètes s’égosiller individuellement, prêcher le Réveil et la Réformation permanente, une rhétorique qui n’aura aucun effet le jour des synodes.


La mouvance unitarienne, quant à elle, résiste beaucoup mieux à la vague évangélique. D’abord parce qu’elle se déclare « libérale », ce qui hérisse d’emblée les évangéliques : tout de suite ils y déplorent l’absence de résistance à l’évolution des mœurs, l’acceptation du divorce, de l’avortement, de l’homosexualité (et sur la lancée du mariage homosexuel et de l’adoption des enfants), etc. Pour eux, c’est le plus grand laxisme. Il n’y a donc pas de candidat pour un quelconque entrisme !


Ils se heurtent aussi au refus de la Trinité alors que leur profession de foi toute emprunte de jésulocratie en a besoin pour affirmer un Jésus divinisé qui nous sauve par le sang de la Rédemption. Pour les anti-trinitaires évangéliques dont nous avons parlé (lien), ce rôle, avec la même vigueur salvatrice, est placé au niveau d’un Dieu providentiel qui nous a fait des promesses contenues dans les textes bibliques ; Jésus nous envoyant l’Esprit saint lequel devient omniprésent.


Pour eux, les chrétiens unitariens ne sont pas chrétiens car ils ne croient pas au Jésus de la Trinité, doute de la Résurrection et de l’immortalité, de l’existence d’un au-delà après la mort, critiquent la représentation d’un Dieu manifestement anthropomorphique, providentiel à souhait, doutent de la lecture littérale des récits et pratiquent l’exégèse historico-critique, etc.

 

calice_GA_UUA_phoenix_2012.jpg

deux jeunes femmes unitariennes-universalistes allument le calice des unitariens lors de l'assemblée générale de l'UUA à Phoenix en Arizona, en juin 2012

 

Par ailleurs, ils ne comprennent pas l’ouverture des unitariens aux grandes sagesses de l’Humanité et aux non croyants. Là aussi, ils se heurtent à la solidarité des familles unitariennes qui se retrouvent, depuis 1995, au sein d’un réseau mondial, l’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU), aux bonnes relations entre les Eglises unitariennes de Transylvanie et de Hongrie (nos Eglises historiques datant des Réformes protestantes du XVIème siècle et restées depuis toute protestantes) et l’Unitarian Universalist Association of Congregations (UUA) aux Etats-Unis. En France, en août 2006, l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) a souscrit un accord de partenariat avec le Rassemblement unitarien universaliste francophone (RFUU) (lien).


En France, en Italie, en Norvège, etc., les chrétiens unitariens largement majoritaires en ces pays, ont tenu à mettre en place des instances nationales où les unitariens universalistes ont toute leur place ; voir par exemple le Conseil des unitariens et universalistes (CUUF) pour la France, depuis mars 2009 (lien).


Hormis des relations strictement personnelles, il n’y a aucune relation de travail entre les unitariens et les anti-trinitaires fondamentalistes (témoins de Jéhovah, etc.), y compris les nouvelles versions évangéliques de cet anti-trinitarisme. Ouf ! les unitariens sont préservés de la vague évangélique !

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 11:58

article complémentaire aux deux précédents ; par Jean-Claude Barbier

Alors que les unitariens du monde entier ont évolué vers une théologie libérale et une exégèse historico-critique, des chrétiens évangéliques, paradoxalement, se disent « unitariens ». Au-delà d’un paradoxe apparent, que signifie un tel rattachement ?

Le kérygme des chrétiens évangéliques tourne précisément autour d’un binôme constitué par Dieu (le Créateur, le Père) et Jésus (le Fils, le Rédempteur, le Sauveur). Dieu a élevé Jésus auprès de lui pour en faire le Messie venu apporter le salut au monde. Dès lors la formule trinitaire où le Fils est « Dieu le Père incarné » n’est pas absolument obligatoire.
 
On peut très bien en rester à une version minimaliste, qui n’est d’ailleurs pas sans similitude avec le subordinationnisme arien. Jésus est ressuscité et donc auprès de Dieu ; il est le premier ressuscité et il est notre guide ; au Ciel, il joue son rôle. A la rigueur sa divinisation ne s'impose pas comme strictement nécessaire. Nous mêmes, appelés à la résurrection, nous ne serons pas pour autant « divinisés ». Les anges et les chérubins qui vivent au Ciel ne le sont pas ! Tous les êtres spirituels (Satan compris !) ne le sont pas !

Mieux, les évangéliques étant des fondamentalistes, certains ne sont pas sans constater que le dogme trinitaire n’est pas dans le Nouveau testament. Il a été effectivement élaboré à la fin du IIème et au début du IIIème siècle et a connu un début d’officialisation au concile œcuménique de Nicée en 325. Dès lors, il existe des évangéliques de conviction non-trinitaires.

Leur mouvance ne disposant pas d’une doctrine exhaustive sur tous les points (en plus du kérygme de la Pentecôte), ils ne sont nullement en rupture de ban par rapport aux Eglises évangéliques. En France, un forum intitulé « chrétiens unitariens évangéliques » vient d’être lancé par des évangéliques non trinitaires.

Pour autant, peuvent-ils se rattacher aux institutions unitariennes existantes ? La question est complexe car les différences entre chrétiens libéraux et chrétiens évangéliques sont importantes. De part et d’autre, on voit mal des accords doctrinaux, des textes didactiques rédigés en commun, etc.

Par contre la référence à Jésus est partagée avec les chrétiens unitariens et puis la mouvance évangélique accorde une grande place au relationnel. C’est donc par ce niveau qu’il nous faut commencer : être en dialogue, se rencontrer, faire culte ensemble puisque les unitariens pratiquent les célébrations libres où chacun parle en son nom personnel et est écouté par les autres. Comme disent les promoteurs des rencontres matrimoniales : et plus si affinité !

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 10:21

suite de l'article précédent


ATTENTION, notre analyse porte sur une partie seulement des communautés qui se disent "évangéliques", à savoir celle qui est effectivement indépendante des autres dénominations chrétiennes, voir notre article précédent (lien)


l’émergence d’un christianisme indépendant

01 - Les chrétiens évangéliques sont apparus au début des années 1740 aux Etats-Unis dans un contexte de Grand Réveil. Les colonies anglaises du Nouveau Monde sont alors véritablement secouées par un mouvement religieux populaire avec effusions publiques d’expression piétiste, un « pentecôtisme » avant l'heure. C'est le Great Awakening. Ce n’est donc pas une mouvance aussi récente qu’on le pense.

Nombre de chrétiens n’apprécient pas alors cette effervescence. En 1742 - Charles Chauncy écrit contre cette effervence le pamphlet Enthusiasm Described and Cautioned Against. Les Puritains résistent à cette déferlante et, par contre coup, celle-ci favorise des mouvements plus raisonnés comme 1) l’universalisme qui repose sur l’affirmation que Dieu accorde le salut à tous, sans prédestination, ni rejet des incrédules dans un Enfer – En 1779, le prédicateur wesleyien John Murray, venu de Grande-Bretagne, fonde la première église universaliste officielle à Gloucester dans le Massachusset et deviendra ministre à Boston en 1793 -, 2) ainsi que l’unitarisme issu de l’anti-trinitarisme des Réformes protestantes du XVIème siècle - en 1785, la King's Chapel à Boston, jusqu'alors épiscopalienne, ordonne le pasteur unitarien James Freeman et rectifie les références concernant la Trinité dans son livre de prières. Ensuite, William E. Channing, dans un sermon de 1819, donnera ses lettres de noblesses à l'unitarisme américain.

02 - Ils se situent d’emblée dans un espace résolument trans-confessionnel, voir même post-confessionnel lorsqu'il y a l’affirmation que les confessions divisent les chrétiens : leurs communautés ont des appellations particulières, mais ce ne sont pas désormais des dénominations qui renvoient à une théologie spécifique comme c'étaient le cas pour les luthériens, calvinistes ou réformés, baptistes, adventistes, témoins de Jéhovah, pentecôtistes, etc. Elles s’affirment comme indépendantes, et nombre d’entre elles ne sont pas affiliées à une fédération quelconque. On est chrétien avant tout et cela suffit.

03 – En cela il convient de les distinguer des Eglises qui, bien que se dénommant « évangéliques », relèvent d’un courant particulier. Les luthériens par exemple se présentent comme Eglises évangéliques (en France, c’est l’Eglise évangélique luthérienne). En Suisse, des Eglises « évangéliques » dérivent de l’histoire du calvinisme (par exemple l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud  EERV). Les baptistes ont aussi une Eglise évangélique baptiste, idem pour les pentecôtistes. En France, les mennonites et les méthodistes * se disent « évangéliques ». Les Alliances évangéliques (comme par exemple en France l’Alliance évangélique française) joue sur ces dénominations pour ratisser large !
* Les méthodistes italiens se disent aussi « évangéliques », alors qu’en Grande-Bretagne, le berceau du méthodisme, aux Etats-Unis et en Afrique noire, l’Eglise est méthodiste sans ajout de qualificatif. Les mennonites, quant à eux, sont originaires de l'anabaptisme.

Il convient aussi de les distinguer du courant protestant « évangélique », que les historiens qualifient aussi d’orthodoxe car il s’est affirmé pour défendre l’orthodoxie protestante mise à mal par l’approche historico-critique de l’Ecole des exégètes protestants  allemands à partir des années 1830. Les libristes en France appartiennent à ce courant, ainsi que les darbystes, etc.

Enfin, il faut compter sur un effet de mode, la mouvance évangélique étant en pleine expansion, de nouvelles communautés en adoptent volontiers la dénomination.

Bien entendu des chrétiens évangéliques peuvent continuer à pratiquer au sein des Eglises historiques du protestantisme. Par ailleurs une mouvance « charismatique » très dynamique s’est développée au sein de l’Eglise catholique romaine qui a su l’accueillir et l’intégrer.

C’est dire combien les frontières de cette mouvance sont floues, mouvantes, fluides, difficiles à établir. Nous le faisons néanmoins ici pour les besoins de l’analyse, du moins comme première approche et pour éviter les amalgames qui consisterait à parler de choses différentes en même temps.

la relation avec les autres

04 - Ils sont christo-centrés et proclament le salut pour tous par un Jésus qui serait Rédempteur de nos péchés et qui nous entraîne dans sa Résurrection. En cela ce sont des confessants du kérygme de la Pentecôte (qui fut la toute première foi chrétienne). C’est le « solus Christus » des protestants de la Réforme. Chacun a à cœur de porter lui-même publiquement témoignage en expliquant que naguère il était dans les Ténèbres (de Satan, de l’immoralité ambiante, de l’absence d’éducation ou d'une mauvaise éducation, de néfastes influences et fréquentations, etc.) mais que, dorénavant, ayant rencontré Jésus, il est dans sa Lumière. C’est le chemin de Damas, mis en scène lors des offices, avec des revirements spectaculaires de comportement. Il s’agit là de messages personnels, au niveau du vécu de sa propre existence. Jésus nous sauve, Jésus sauve chacun d’entre nous. C’est le Bon pasteur qui va chercher sa brebis égarée.

05 – Il en est de même pour la mouvance pentecôtiste, mais celle-ci insiste sur les phénomènes liés au Saint-Esprit : le parler en langue, les ondoiements, les transes, la prophétie, etc. Le sociologue Sébastien Fath (lien) dit à son propos que la perspective y est plus spirito-centrée et que la figure du prophète tend à y remplacer celle du pasteur, l’inspiration prenant ici le relais de l’enseignement. Or, si l’osmose existe entre les deux mouvances, nombre de chrétiens évangéliques n’ont pas une foi d’expression pentecôtiste.

06Les chrétiens évangéliques ne sont pas des libéraux théologiquement parlant puisqu’ils affirment une voie obligée, passant nécessairement par Jésus, par un seul intercesseur, voire même une porte étroite. Les autres chemins mènent au non-salut de l’homme, à son maintien dans les ténèbres ; les autres sont dans l’erreur.

07 - Toutefois ils ne sont pas exclusifs des autres mais au contraire prosélytes puisque tous les hommes de bonne volonté sont conviés au repas céleste indépendamment de leur appartenance. Ils ne rejettent personne ; nul n’est exclu d’avance pour ses choix, bien qu’il soit dans l’erreur tant qu’il n’a pas compris qu’il fallait rejoindre Jésus. Leur prosélytisme les conduit à des relations inter-religieuses tout azimut et inconditionnelles, très loin de l’attitude réservée et prudente des Eglises protestantes historiques. Ils convertissent des agnostiques et des athées, des chrétiens dont la foi était assoupie ; ils font redécouvrir Jésus aux Juifs (ils sont volontiers en relation avec les Juifs messianiques ou encore avec les chrétiens qui se disent « sionistes »). Conformément à l’invitation de Jésus, ils aiment les autres.

08Ils ne participent pas pour autant à l’élan œcuménique car ils jugent que les Eglises historiques se sont attiédies dans leur foi, assoupies sur leurs lauriers, sinon ont trahi leurs débuts. Pour rétablir le lien à Jésus, il faut réactiver les promesses du baptême, se réengager à la suite de Jésus ; ce sont des New born again, des renaissants. Poussant cette exigence, certaines communautés se présentent comme plus pures, plus sanctifiées, et se tiennent prudemment à l’écart des autres afin de ne pas être contaminées, souillées. Elles sont alors le Reste d'Israël en attente de la Parousie.

09 – Autre limite dans leur approche d’autrui : ils pensent que le refus manifeste de la conversion équivaut au choix du péché. Pour autant, ils ne pratiquent pas l’excommunication, ni l’anathème, car c’est à Dieu que revient la décision finale du salut. Ils parlent peu de l’enfer proprement dit, le péché étant plus un non-salut qu’une damnation. Le rôle de Satan n’est pas nié mais il ne pèse guère en face de l’attraction de Dieu ; quant à l’Antéchrist de l’Ecole johannique, il n’est pas non plus une obsession. En cela, on est à l’opposé du calvinisme du XVIème siècle.

10 – une fois converti, touché par la Grâce de Dieu, on peut fréquenter la communauté de son choix dès lors qu’elle est évangélique ; il n’y a pas de chasse gardée, de jalousie ecclésiale au sein de la mouvance ; certains fidèles fréquentent plusieurs lieux de culte indistinctement ; mais il ne convient pas cependant de s’égarer dans des Eglises qui ne seraient pas fidèles à Christ ! Lors d’une manifestation comme la venue d’un prédicateur célèbre, les diverses communautés convergent comme un seul homme.

une façon de lire la Bible

11 - la Bible est une parole « révélée » par Dieu, lequel nous a envoyé son Fils pour nous sauver. Ce message est parfaitement lisible pour tout le monde, sans contradiction interne, sans erreur historique et scientifique puisqu’il n’est pas une œuvre humaine, mais divine. Ils sont biblicistes : la Bible, seule, est la Vérité puisque Parole de Dieu. En cela, ils affirment la même chose que les coranistes : le Coran descendu du ciel et donc intouchable (en plus pour ces mêmes coranistes : écrit dans la langue sacrée qu’est l’arabe antique et donc non traduisible). Seule la Bible comme connaissance de la Vérité. Mais, sur les questions non traitées par la Bible, les chrétiens évangéliques acceptent tout à fait les connaissances scientifiques, dès lors que celles-ci ne sont pas en contradiction flagrante avec le corpus religieux.

12 - On s’arrête au Nouveau Testament et on n’a pas besoin des Pères de l’Eglise ; on se limite aux textes canoniques et on n’a pas besoin des apocryphes ou autres documents. Le fondamentaliste est ici total, alors que les protestants du XVIème siècle faisaient grand cas des Pères de l’Eglise. La Sola scriptura est donc appliquée au sens strict du terme. Les lectures profanes ne sont pas non plus conseillées, puisque « tout » est consigné dans la Bible.

13Le sens littéral des textes bibliques est souvent le seul capté. Tout y est pris pour argent comptant, sans esprit critique. Par exemple, le créationnisme est affirmé sur la base seule de la Genèse, et non à partir de l’étude des faits amassés par les scientifiques (lesquels ne sauraient avoir raison contre Dieu !) ; ce créationnisme naïf est ici à distinguer du Dessein intelligent qui, lui, est autre chose (une hypothèse contre le hasard, renvoyant à la structure interne et à la dynamique de la matière et de la Vie). Bien entendu le degré de ce littéralisme peut varier selon la formation et la culture de chacun.

une foi sans théologie ni exégèse

14 – La relation est directe avec Dieu comme le proclamait déjà le protestantisme, mais cette fois-ci, l’enseignement religieux n’est même plus nécessaire (alors que c’est le rôle principal du pasteur protestant). Les textes sont lus pour proclamer la puissance de Dieu mais non pour en donner l’explication : plus de catéchismes ou d’écoles du dimanche, plus besoin de pasteurs de niveau universitaire, formés dans des facultés de théologie. Ecoles primaires et formation des pasteurs au niveau du milieu du secondaire (classe de 3ème, BEPC) sont largement suffisants. Il suffit de lire les Ecritures saintes et de s’y retrouver dans les citations, lesquelles servent seulement d’exhortations et d’argumentaires péremptoires. Les prédications proclament la foi, et, à celle de l’orateur, répond celle des fidèles unanimes par des amen et des alléluia. En plus spontané et exalté, cela correspond aux répons des fidèles lors d’une messe catholique. Au sein de l’islam, cela correspond à la position des salafistes (mais la violence en moins !) lesquels font fi des grandes Ecoles juridiques, des élites historiques, des maîtres spirituels soufis et de l’apport des multiples mouvements que l’islam a pu connaître.

15 - Hormis quelques points « bibliques » qu’il ne faut pas toucher car cela correspond à une lecture littérale de la Bible, cette mouvance ne s’intéresse pas à la théologie proprement dite, ni à l’exégèse des textes. Elle est bien loin des professions de foi ciselées, bien précises, âprement discutées en synode par les protestants. Ce n’est pas là son affaire. La Parole de Dieu se suffit à elle même, il n’est pas nécessaire de la commenter, de l’expliquer, de l’étudier, d’en montrer les tenants et les aboutissants, les secrets ou les mystères. Les approches historico-critiques ou encore ésotériques ne sont pas de mises. La Parole est dite, redite, proclamée, assénée à satiété pour qu’on s’en émerveille.

16 - La discussion des dogmes ne les intéressent pas tellement, que ce soit celle des variantes trinitaires (arienne, nestorienne, etc.), du Péché originel (à distinguer du simple péché) , du positionnement de Marie, ou autres, etc. En cela, ils sont moins dogmatiques que les protestants évangéliques dit « orthodoxes », ou encore d’autres biblicistes comme les Témoins de Jéhovah. Il existe même des évangéliques qui se disent chrétiens unitariens (donc anti-trinitaires) tout en maintenant le lien privilégié et exclusif entre Dieu et son Fils (ce que ne font plus la plupart des chrétiens unitariens qui, eux, s’affirment libéraux). A la limite, contrairement aux Eglises dénominationnelles, les évangéliques n’ont pas de doctrine ! Il s’ensuit une certaine liberté de penser.

17 - C’est la foi seule (sola fide) de la Réforme protestante du XVIème siècle, mais dans ce cas, elle est finalement plus liée à la décision de l’homme qu’à l’arbitraire divin (Dieu est toujours amour ; il attend tout simplement notre réponse !) En somme un protestantisme à visage humain et à portée de l’homme ?

18 - Ils ont une vision optimiste de l’homme et de son devenir. Ils ne parlent jamais du Péché originel qui nous handicaperait dès la naissance (mais on est pécheur « en général »), de la nécessité incontournable des sacrements pour nous donner la force. Toute personne, par sa seule foi, peut y arriver, sans rite ni sacrement, sans clergé, sans Eglise. Ce sont des mouvements de piété. Toutefois, les bénédictions par les pasteurs, par les frères et sœurs assemblées sont appréciées.

une religion providentielle

19 - Dieu nous couvre de son amour et de ses bienfaits dès lors qu’on le reconnaît. On a parlé à leur propos de l’Evangile de la prospérité qui renvoie tout à fait à la théologie biblique de la rétribution terrestre d’avant Job.

20 – Le nom de Jésus (associé à Dieu dont il est le Fils) est puissant : Jésus guérit. On rappelle que Jésus fut en son temps thérapeute, multipliant miracles et guérisons. Les évangéliques exhibent leurs multiples guérisons comme autant de témoignages que leur voie est véridique et seule vraie et efficace. Qu’il suffit de demander dans la foi. C’est une religion guérisseuse.

une morale biblique

21 - La reprise de l’Ancien testament comme Parole de Dieu révélée aux hommes fait que les chrétiens évangéliques véhiculent une morale tout à fait antique, devenue de nos jours ultra conservatrice, d’où leur combat contre les avortements, le divorce, l’homosexualité, pour la seule raison que c’est interdit par la Bible (donc il n’y a pas de cas particuliers à prendre en considération ; l’interdit est absolu ; ce sont de rigoristes). Cette morale est finalement plus celle de l’Ancien testament que celle de Jésus qui, lui, prend en considération les cas particuliers.

22 - La politique est jugée également par rapport à ces absolus bibliques. En cela, on peut les accuser d’intégrisme. Ils votent en faveur des pouvoirs temporels qui « font la volonté de Dieu ». Ce n’est pourtant ni de Droite, ni de Gauche, mais c’est la nostalgie d’une théocratie. Ce ne sont pas des extrémistes, mais des absolutistes sur certaines questions morales affirmées par la Bible. Par leurs votes, ils sont nombreux à rejoignent les plus conservateurs, à la fois héritiers des Puritains et les catholiques de Droite.

Nonobstant, ils s’intéressent au Royaume de Dieu et non aux royaumes terrestres. Ils veulent des princes adéquats avec leur foi mais ils ne cherchent pas pour autant à prendre le pouvoir temporel. Ils votent en général pour les partis conservateurs mais n’apprécient pas la politique proprement dite et il n’y a pas de parti politique qui se disent « évangéliques ».

23une Gauche évangélique ? Sur les points non traités par la Bible, ils peuvent se montrer plus ouverts. Aux Etats-Unis, en face d’une importante Droite évangélique, une « Gauche » évangélique (evangelical left) pointe le nez ! (lien). D’une façon générale, s’ils se montrent sévères vis-à-vis de ce qui leur apparaît comme un délabrement des moeurs, ils ne sont nullement contre le modernisme en général et tout progrès, bien au contraire : ce ne sont pas des Amishs ! Des théologiens évangéliques se déclarent même post-conservateurs et relativisent les positions initiales.

mode d’organisation ecclésiale

24 – Ils ne forment pas une même Eglise, mais une mouvance, sinon une nébuleuse aux multiples ecclésioles … dont certaines ont grossi et sont devenues des « internationales ». Le système encourage les initiatives et les communautés de proximité se multiplient comme autant de petites entreprises. Elles sont conviviales, festives et on s’y entraide. On n’exige pas du pasteur qu’il ait fait des études supérieures et on n’est pas regardant sur les diplômes qu’il peut présenter. On lui demande d’être surtout charismatique, d’être un homme de piété par qui les bénédictions de Dieu pourront rejaillir sur ses fidèles, d’être accueillant et disponible envers tous. S’il tombe lui-même dans le péché, ses fidèles l’abandonneront. Sa vie privée doit en conséquence être exemplaire. Il doit faire partie des saints hommes qui montrent l’exemple.

25 – ces petites communautés où les nouveaux venus sont accueillis chaleureusement, où on peut se faire rapidement des relations, correspondent au besoin des immigrés, immigration interne dans le cadre d’un même pays ou encore immigration d’étrangers. Nombre de ces communautés sont d’ailleurs en fait des Eglises ethniques animées par des populations qui y apportent une culture colorée et une sociabilité plus spontanée.

26Certains pasteurs s’enrichissent, mais pas tous ! Dans les milieux plus aisés, la dîme biblique (le 10ème de nos revenus) peut plus facilement être perçue. Et puis, suite aux guérisons qui sont toutes attribuées à Jésus, mais auxquelles le pasteur ou son Eglise ont collaboré, des dons généreux de fidèles reconnaissants sont versés. La mouvance a par ailleurs ses militants dévoués ; elle a aussi ses mécènes. Des terrains sont achetés, des lieux de culte construits en durs. Des contrats peuvent être passés avec des banques pour que celles-ci avancent des fonds en échange d’une invitation faite aux fidèles d’y mettre leurs comptes, etc. Les télé-évangélistes deviennent des vedettes ; des show sont organisés avec eux. Ils sillonnent le monde avec des manifestations orchestrées par la mouvance évangélique locale qui s’active alors d’une façon tout à fait unanime.


27L'organisation pratique des évangéliques est résolument moderne, sans restriction. L’espace du chœur est transformé en podium pour un spectacle orchestré par le pasteur. Sous la houlette des pasteurs les plus entreprenants, des mega-church dotés de vastes parkings apparaissent à la sortie des villes. Des complexes se développent avec salles de réunion, chambres de passage, établissements scolaires, services et commerces, etc., et le succès est au rendez-vous.

28C’est un système sans surveillance (sans évêque, dont l’étymologie grecque dit qu’il est un «surveillant») , mais si la gestion d’une communauté se révèle catastrophique, celle-ci périclitera et se dissoudra. Une autorégulation se met donc en place. Finalement, il semble bien que les dérapages n’y sont pas forcément plus nombreux que dans un système hiérarchisé où un clerc peut éventuellement faire jouer ses relations d’en haut pour se maintenir en toute impunité malgré le désaveux des fidèles.

sont-ils protestants ?

29 – Pourquoi rejoignent-ils les rangs des fédérations protestantes ? Est-ce afin de ne pas être stigmatisées comme « sectes » par les catholiques et autres ? Est-ce parce qu’ils perçoivent dans le protestantisme la liberté ecclésiale de faire autant d’Eglises que l’on veut ? de lire la Bible directement ? En face, certains protestants sont ravis d’augmenter leurs effectifs, d’autres, par contre, surtout dans les rangs des libéraux, craignent leur conservatisme moral et politique et l’expression d’une foi qui est mise en spectacle.

30 - Quoiqu’il en soit, ils ne se rattachent en aucune manière à l’histoire du protestantisme. Leur vécu est «ici et maintenant», sans référence à l’Histoire. On saute de la Bible au présent sans aucune transition. La Réforme, connaissent pas ! Encore moins la « Réformation ». Là aussi, tout comme les salafistes en islam, ils annulent le Temps et l’Espace et font fi des contingences. Ils sont partout chez eux puisque porteurs d’un message universel pour le monde entier : la Bonne nouvelle. Tant pis pour les Eglises déjà installées !

Si vous avez des remarques à faire sur ce texte, vous pouvez les adresser à l’auteur sous couvert de la Correspondance unitarienne (contact). Elles seront prises en compte et serviront à enrichir ce texte ou à le rectifier. Nous remercions déjà tous ceux qui nous ont aidé à la mise au point de cet article avant sa publication.

à suivre ...

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 10:14

" Le christianisme évangélique : est-il différent du protestantisme ? " par Jean-Claude Barbier, le 4 février 2010

Introduction.

Nous proposons ici une approche typologique afin de mieux saisir l’émergence d’une mouvance en Europe, qui s’y fait en partie sous couvert du protestantisme, mais qui est par ailleurs en plein développement indépendant en Amérique latine et en Afrique noire.

Ces dernières décennies, le phénomène a pris de l’ampleur. Il n’est pourtant pas encore bien défini ni bien connu dans ce qu’il apporte d’inédit, restant largement informel. Il se présente comme une galaxie, plus qu’un courant, où se mêlent bien souvent des éléments évangéliques et pentecôtistes, où chacun fait sa propre combinaison, et qui se décline en une multitude d’Églises indépendantes. Il s’agit pour nous, ici, de nous apercevoir de l’espace théologique qu’il a pris.

Toutefois, comme pour toute approche typologique, le « portrait » que nous allons en dresser peut s’avérer réducteur en face de cas particuliers. Les influences sont en effet diverses et un chrétien évangélique ou même une communauté donnée pourra être à cheval sur plusieurs types, au croisement de chemins contrastés, ou bien encore développer une synthèse inédite et toute individuelle. Notre approche reste donc loin d’en inventorier toutes les passerelles, toutes les protubérances, toutes les osmoses, toute la richesse du vécu.

Bien que les imbrications existent et afin de mieux cerner le cœur de cette mouvance, nous distinguerons le christianisme évangélique proprement dit par rapport
- aux Eglises issues de la Réforme qui se disent « évangéliques »,
- aux Eglises qui ajoutent ce qualificatif à leur propre dénomination confessionnelle,
- au courant, interne au protestantisme historique, appelé « évangélique » ou encore « orthodoxe » (par opposition au courant "libéral").
- à la mouvance pentecôtiste et charismatique, qui a ses propres spécificités.


Notre analyse porte sur la mouvance effectivement indépendante des autres dénominations.

à suivre ...

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