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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 10:33

Gélédé est une confrérie inspirée par un génie qui s'appelle Gélédé. Si bien que les danseurs, qui portent les masques de la confrérie, ne sont plus eux-mêmes, mais d'emblée Gélédé lui-même. C'est pour cela que l'on ne peut pas dire qu'ils dansent en hommage à Gélédé (comme on l'a dit précédemment pour les danseurs de Shango et de Sâkpata), car ils sont Gélédé en personne et en action ! On rejoint là la logique de la possession où la puissance surnaturelle utilise le corps des humains pour s'exprimer en public.

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photos Hugues Baubère


En entrant dans cette confrérie, hommes et femmes acquièrent le pouvoir de Gélédé qui leur permet de sévir contre les sorciers et autres malfaiteurs en les menaçant de représailles et en pouvant éventuellement, s'il le faut en cas d'extrémité, les tuer pour la salubrité publique ! Ils protègent la population et celle-ci applaudit à ses exhibitions.

Le fait que la confrérie soit présidée par des "mères" (celles-ci sont censées défendre leur progéniture, qui a réussi, contre les jaloux, lesquels sont toujours susceptibles d'envoyer des sorts) a fait fantasmer les anthropologues qui y ont vu un pouvoir des femmes ! Le genre étant à la mode, c'était inévitable ...


Les masques de Gélédé apportent la modernité et l'apprivoise. Ici, un masque représentant une jeune fille avec ses nattes d'écolière et exhibant une marmite en émail made in China.

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photos Jean-Claude Barbier

Ou bien encore cette jeune femme primipare, toute heureuse d'être enceinte, les seins déjà gonflés de lait, et dont les pythons royaux qui ondulent sur son ventre proéminant témoignent de sa protection par le dieu Dân (car ces pythons en sont les avatars).

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photos Jean-Claude Barbier

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 20:12

danse sakpata avlekete photo30 hugues baudere blayeLes danseurs de Sâkpata (le dieu qui punit en envoyant la variole !) portent un mouchoir blanc sur la tête. Comme les danseurs de Shango, ils disposent de la même armature soutenant une jupe de pagne.

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 19:59

Les adeptes qui dansent en l'honneur de la divinité Shango (laquelle envoie la foudre lorsqu'elle veut punir un coupable) sont reconnaissables à un bandeau blanc qui enserre la tête au niveau du front et qui porte, au milieu du front, une ou plusieurs plumes rouges de perroquet. Le danseur, homme ou femme, dispose aussi une large jupe soutenue par une armature recouverte d'un pagne, ce qui confère à ses gestes une grande ampleur. Il tient à la main une petite hache de bois à double tranchant, symbole de la puissance de la divinité qu'il honore.

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 19:23

avlekete photo33 hugues baudere blaye
Dans le cadre d'une l'exposition de batiks et de peintures par Virginie Jourdan et Paulin Zoffoun, intitulée "La tradition qui nous protège",  du vendredi 29 janvier au dimanche 21 février, la Mairie de Blaye a invité la compagnie Avlékété pour un spectacle de danses traditionnelles. La manifestation avait lieu au couvent des Minimes au coeur de la citadelle de Blaye (Gironde), dans un bâtiment exceptionnel, là où l'exposition s'est tenue.


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Animée par le Béninois Mathias Agbokou, la compagnie Avlékété comprend une douzaine d'artistes africains de diverses nationalités. Ce soir, le samedi 20 février, la compagnie jouait avec la moitié de la troupe, l'autre moitié étant retenue à Dax.

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La religion vodoun donne lieu à l'exhibition festive des adeptes des diverses divinités. Lors de ces fêtes religieuses, les danses occupent les places publiques au plus grand plaisir des habitants. C'est une religion populaire, entraînante, qui sait mettre en valeur les talents de chacun - que ce soit les notables qui sont assis en tribune et qui sont invités à quelques pas de danse, ou les badauds ou encore chaque danseur. Les danses sont mixtes, hommes et femmes dansant tous ensemble. Chaque danse est reconnaissable par sa musique et son rythme, parfois par les instruments de musique qui sont utilisés, en tout cas par les accoutrements multicolores des danseurs.


avlekete_photo2_hugues_baudere_blaye.jpgles photos sont de Hugues Baudère (Blaye, Gironde)
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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 09:20
V - Peut-on être moderne et pratiquer le vodoun ?


36 – Tout chef de famille a à cœur de protéger les siens, de les assurer contre les risques . s’il est lui-même converti au christianisme et à l’islam, demandera à un prêtre de faire le nécessaire. C’est être inconscient que de ne pas prendre les précautions face aux risques de la vie, ou bien d’abandonner ces protections sous prétexte qu’on s’est converti à une autre religion.

37 - Face à l’occidentalisation certains revendiquent la religion locale afin de défendre leur culture endogène. Des intellectuels maintiennent des sanctuaires en déshérence ; en font des musées que l’on peut visiter tout en assumant la continuité des services. Des artistes renouent avec leur culture afin de s’en inspirer. Cette culture, par ses légendes, par ses arts, par son sens de la Nature, va d’ailleurs bien au-delà de simples croyances religieuses.

38 – La pratique ou du moins le respect de la religion des ancêtres permet le maintien des relations familiales avec les générations antérieures, et la continuité des lignages et des entités politiques anciennes. L’Histoire se perpétue et donne une plus grande profondeur à chaque vie individuelle.

39 Le rappel de la religion des ancêtres est aussi le rappel de valeurs morales qu’on ne doit pas oublier : l’honnêteté, le respect des parents et anciens, l’amour de la famille, le travail bien fait, etc.

Gbe_languages.pngndlr : Phla-Phera = Xhla et Xhwedha ("xh" se prononçant comme la jota espagnole) dans notre texte

VI - une revalorisation des religions « païennes »
suite aux critiques adressées aux grands monothéismes


40 - Et puis, les monothéismes, chrétien et islamique en particuliers, vivent actuellement un fiasco qui les invite à être plus modestes. Plus que d’autres religions, ils sont en effet accusés d’avoir été trop souvent fanatiques et meurtriers. Et puis, hormis de grandes et belles périodes où ils ont été éminemment civilisateurs, ils ont constitué un obstacle au développement des connaissances scientifiques et à l’élaboration d’une morale plus moderne que celle héritée des mondes antiques.

41 - Alors que nous critiquons volontiers les « idoles » colorées et baroques des divinités de l’hindouisme, les représentations bibliques et coraniques de Dieu restent bel et bien très anthropomorphiques (même si Allah n’a pas le droit d’être figuré). Mieux, le culte marial et les cultes des saints (chrétiens, chiites et soufis) ne sont pas sans rejoindre l’ambiance générale des cultes dit « païens ».

42 - L’approche historico-critique des textes dit sacrés n’est plus dupe des prétentions des théologiens affirmant qu’il y a eu révélation ou inspiration d’en haut. Les religions apparaissent de plus en plus comme des constructions bien humaines, ce qui relativise les différences entre les religions : il n’y a plus de religions qui serait supérieure aux autres ; chacune s’est développée à partir d’une culture, d’une histoire, d’évènements particuliers.

43 - Si Dieu existe, on peut penser qu’il est en tout cas bien loin des représentations qu’on en fait. Sachons donc voir au-delà de ces représentations car elles ne sont que des jalons, des abécédaires, des vitraux d’église, des mises en scène théâtralisées. Voyons l’astre et non pas seulement le doigt qui le désigne. N’oublions pas qu’un Gandhi était héritier de l’hindouisme. Nos artistes africains, héritiers du vodoun, ont eux aussi quelque chose à nous dire, à nous faire comprendre ; à nous de voir et de comprendre les mystères de la vie dont ils nous parlent à travers une culture particulière qui a toute sa valeur.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 09:06

une religion universelle

34 – Alors que le culte des ancêtres ou ceux des divinités et génies territoriaux correspondent à une religion civique, liée à une tribu, à une ethnie ou à un territoire. Les divinités possédantes et les cultes post-coutumiers s’adressent à des personnes individuelles. En cela elles sont universelles et peuvent donc s’exporter dans des populations voisines par infiltration cultuelle : d’où son expansion par essaimage, chaque détenteur d’un sanctuaire pouvant à son tour initier un autre chef de famille ou son représentant. Ou bien encore s’exporter à l’occasion dans des pays plus lointains.

Et tolérante

vodoun_ceremonie.jpg
35 - La religion vodoun propose ses services, le recours à des dieux qu’elle présente comme puissants et efficaces, mais elle n’impose aucune croyance particulière, aucune doctrine. Les consultants obéissent aux indications données par les devins et les prêtres. On ne leur demande pas d’adhérer, de devenir eux mêmes des fidèles.

le culte vodoun vu par un artiste

Mieux, ce sont des divinités oraculaires qui sont à la disposition de tous, sans exclusive (mais il faut cependant avoir le cœur pur pour les approcher), si bien qu’un chrétien ou un musulman peuvent très bien consulter (au grand dam des prêtres catholiques et des pasteurs protestants qui soupçonnent que leurs ouailles aillent de nuit faire des consultations !).

Egalement, le chef de famille qui introduit chez lui des divinités ou génies dans le soucis de protéger les siens (quelques soient leur propre obédience religieuse) peut très bien ne pas être lui-même un adepte ; il confiera tout simplement le soin de desservir les autels à un prêtre agréé.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 07:53
IV - Comment fonctionne ce système religieux ?


28 –Avec les grandes divinités possédantes, l’influence yoruba apporte aussi des sociétés de masques (dans un rôle de contre sorciers), dont les plus célèbres sont Oro (dont on entend les rhombes mais qu’on ne voit pas), Ogungun (les « revenants »), et Gélédé (avec ses masques caricaturant les nouveautés). Celles-ci s’ajoutent à la confrérie de Zangbéto qui est originaire d’Allada et qui joue le même rôle. Chaque société de masque est animée par un génie, si bien que le porteur de masque perd sa propre identité pour être le génie lui-même en action ; il est en situation de médium, prêtant son corps au génie.

29 - Il n’y a pas de cohabitation obligatoire au sein d’un panthéon, ni de filiation généalogique entre les entités surnaturelles, encore moins la formation d’une triade (ternaire ou trinitaire) à l’exemple des religions indo-européennes ; chaque culte fonctionne indépendamment des autres. Il peut s’ajouter à d’autres au sein d’une même maison, mais les sanctuaires restent bien distinctes. Toutefois, un même prêtre peut les desservir.

30 - Il n’y a pas de centralisation bien qu’il y ait des sanctuaires plus anciens qui ont davantage de notoriété. Mais, d’une façon générale, il y a une autorégulation parce que les gens connaissent leur culture et ne suivraient pas les aberrations ; il y a une culture partagée.

31 – Mais comme il n’y a pas d’uniformisation il peut y avoir des situations particulières ou présentée comme telles, comme le sanctuaire au Danhomey où un Lisa masculin (un culte local dont les autels sont garnis d’un chapelet de coquilles de gros escargots blancs ; la divinité elle-même est représentée comme unijambiste) se trouvait ni plus ni moins associé à un Mawou qui serait ici féminin, le dieu créateur ! Bigre ! … et Nana Burunku en serait leur fille (on retrouve ici le modèle helléniste de l’Olympe).
En fait, durant la période coloniale, des sanctuaires ont été dit « mawulé » - la maison de Dieu – puisque Mawu était compris et admis par les chrétiens contrairement aux autres « fétiches ». En fait, tout semble indiquer qu’il s’agisse de la seule divinité endogène Lisa qui s’est adaptée aux temps coloniaux ou encore qui a été présentée ainsi par des informateurs d’une façon qu’ils jugeaient mieux compréhensible aux chercheurs étrangers.

32 - Toutes ces entités répondent à un même besoin : nous sauver des sorciers (êtres imaginaires qui captent à leur profit nos forces vives, notre substance, et qui occasionne ainsi notre affaiblissement puis notre mort par anémie), des jaloux qui peuvent nous envoyer des sorts, des maladies, des malheurs de la vie quotidienne, des dangers des voyages, etc. Ces croyances sont partagées, y compris par ceux qui se convertissent à des religions « étrangères » comme l’islam ou le christianisme.

Fa_devin_tablette.JPGun devin avec sa tablette


33 -
Grâce à la divinisation (la géomancie du Fa avec ses 16 signes fondamentaux et ses 240 combinaisons), le fidèle peut savoir à quelle divinité il doit s’adresser. C’est donc le devin, le boko, qui met en relation la demande et l’offre. Ici, la géomancie met en relation généralisée les puissances surnaturelles et les hommes, d’où le rôle incontournable du devin. Sa maison est d’ailleurs protégé par des génies particuliers – et curieusement ce ne sont pas des legba – ce qui montre bien le caractère composite de cette religion.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 07:08
III - les cultes post-coutumiers


24 – Au contact des religions monothéistes importées au moment de la traite des esclaves puis de la colonisation, des cultes, que nous appellerons "post-coutumiers", sont apparus. Ils s’ajoutent aux cultes antérieurs en y apportant une note de modernité avec le message suivant : les Blancs n’ont pas à eux seuls le monopole des nouveautés.

Ces cultes sont centrés sur une seule divinité laquelle se trouve en position seconde après Dieu, ce qui n’est pas sans rappeler la place de Jésus dans le christianisme arien où ce dernier est bel et bien divinisé mais en position subordonnée, comme première créature de Dieu. Il s’agit là d’une monolâtrie, qui valorise un dieu particulier mais sans pour autant nier l’existence d’autres dieux et donc s’adapte parfaitement à un contexte polythéiste.

mami wata pretreMami Wata (la Sirène), au contact avec les navires européens qui apportaient des biens manufacturés et de l’argent, Fa-Church et Atingali au contact d’avec le christianisme, Thron Alafia, au contact avec les Haoussa, commerçants musulmans arrivés à Kété-Kratchi au Ghana à la fin du XIXème siècle tout à fait au début de la période coloniale allemande, etc.

Hounon Kavaia, prêtre de Mami-Wata

25 – Ce sont des divinités modernes imitatrices des religions non africaines. Mami Wata a la peau blanche et est blonde aux cheveux longs comme les Européens, et ses adeptes féminines portent des robes blanches ; Atingali, au bout de sa pique-autel fument la cigarette et ses dignitaires arborent des croix bleues ou rouges  (mais de forme grecque avec les 4 branches d’égale longueur) ; Thron-Alafia respecte le calendrier musulman (mais sans pour autant réciter le Coran), Fa-Church organise des offices dominicales dans un temple rectangulaire avec son insigne à la place de la croix. Ils n'en sont pas pour autant syncrétiques et chacun a sa propre cohérence et logique.

26 – Autant les orishas que nous avons cités sont barbares (donc violents), autant ces divinités sont « civilisées ». On leur offre des boissons sucrées (et non pas de l’eau de vie ou autres alcools forts !), des morceaux de sucre, des tablettes de chocolat et des bonbons, des parfums, des cigarettes et autres douceurs modernes, etc. Ceci dit, elles n’en sont pas moins exigeantes et, par exemple, Mami-Wata est réputée pour sa jalousie, imposant même à ses prêtres des périodes de chasteté avec leur propres épouses !

mami-wata_adeptes.jpgadeptes de Mami-Wata ; vêtements et parures témoignent de leur enrichissement


gelede_jeune_fille.JPG27 Par ailleurs, la confrérie Gélédé, présente en pays nago au Bénin (la partie centrale et septentrionale du département de l’Ouémé, entre le fleuve du même nom et la frontière d’avec le Nigeria), joue sur les nouveautés. Il s’agit d’une société de masques animé par le génie Gélédé et qui mène la chasse aux sorciers et autres malfaiteurs. Les masques, portés sur la tête, représentent des visages yoruba, reconnaissables aux scarifications (de 1 à 4 traits de chaque côté sur la partie supérieure des joues ou au milieu du front), et les têtes des masques portent des scènes modernes : une marmite en émail, une machine à coudre, des nattes d’écolière, une perruque blonde, une coiffure sophistiquée, des métiers modernes, etc. Une façon d’apprivoiser les nouveautés, de les introduire dans la sphère indigène, de les acclimater, de les intégrer.

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 19:39
II – l’arrivée des grandes divinités possédantes du vodoun


16Shango (Hiéviesso au Bénin et au Togo), Sakpata, et Ogu (ou Gu, Ogoun) sont des divinités d’origine yoruba (des « orisha » en langue yoruba). Elles se sont diffusées d’une façon continue dans toute la zone littorale du Nigeria jusqu’au Ghana.

17 - Ce sont des divinités possédantes qui ciblent individuellement leurs adeptes (leur culte n’est donc pas familial ni communautaire, mais personnel) et les chevauchent lors de transes parfois particulièrement violentes. Elles « tombent » sur des individus indépendamment de leur statut social, comme le fait le pentecôtisme chez les chrétiens. Même des « Blancs » peuvent ainsi être « pris ». Si vous refusez d’obtempérer, vous risquez de tomber malade, d’avoir des ennuis, de mettre votre famille en danger, etc. Mais tous les fidèles ne sont pas possédés ! Il y a de simples pratiquants, des anciens guéris, des enfants qui, par un vœux, sont été voués à une divinité qui a permis leur naissance, etc.

18 - leur culte s’ajoute à ceux des divinités endogènes, comme par exemple Dan, divinité très répandue dans les villages du littoral au bord des lagunes du Togo et du Bénin, chez les populations Xhuéla (région de Grand-Popo) et Xhuédha (région de Ouidah).

19 - Alors que les divinités, pour punir les récalcitrants, envoient des maux divers (des maladies, des malheurs, etc.), les orisha déclenchent des maux de la nature bien précis : c’est la foudre pour Shango / Hiéviesso (à l’égal de Zeus !), la variole ou autres maladies cutanées assimilées pour Sakpata, la mort accidentelle pour Ogou. Pour ceux qui sont victimes des violences de la Nature, c’est qu’ils ont péchés ! A eux et à leur famille de se repentir en payant une amende et en allant quérir les services d’un prêtre dédié au culte du dieu qui s’est fâché, et de réparer les fautes commises.

heviesso_recade.jpgtête de la récade d'un dignitaire du culte de Shangho / Héviesso représentant la divinité envoyant la foudre par sa bouche

20 - En aucun cas, il ne convient de les assimiler aux forces de la nature qu’elles utilisent ; "Dieu du Tonnerre", "Dieu de la Variole", "Dieu de la Guerre", etc. – ce sont là des interprétations erronées (c’est aussi ridicule que si l’on disait que IHVH est le dieu des grenouilles ou encore des anophèles sous le prétexte qu’il a, à un moment donné, envoyé ces animaux pour punir Pharaon de son entêtement !).

21 - De même leurs autels ne sont aucunement des « fétiches », des « dieux objets », les divinités ne se réduisant nullement à des lieux ni aux apparences qu’elles peuvent prendre (Dan par exemple peut apparaître sous la forme d’un python royal ou d’un arc-en-ciel) – de même que le tabernacle des églises catholiques n’enferme pas Dieu dans cet espace, même si celui-ci y ait considéré comme étant plus particulièrement présent (ici sous la forme des hosties qui ont été consacrées).

22 – Ces puissances possédantes s’affichent comme puissantes et brutales. S’exprimant par les forces de la nature, elles ne sont pas de l’ordre de la culture et de la civilisation. Leurs autels ne présentent aucune esthétique, sinon un réalisme des plus vulgaires : une butte de terre pour Sakpata, un amas de ferrailles récupérées des plus hétéroclites pour Ogu, etc. ce faisant, elles apportent leur force particulière au système religieu antérieur.

23 - le vodoun coopte aussi des divinités périphériques : par exemple Nana Burunku provenant du pays adjuti (au Ghana central, à la frontière avec le Togo), et, à Haïti, Lucifer * qui provient du christianisme, etc. Dans ce cas, elles conservent toutes leurs caractéristiques.
* Lucifer n’est pas ici une incarnation du Mal, ni une figure satanique, mais une divinité utilitaire qui peut rendre des services, mais - attention ! - Lucifer conserve son tempérament vif et violent ; il faut donc être un prêtre ayant de l’expérience et faire une consultation aussi courte que possible afin d’éviter les dérapages toujours possibles liés à son « mauvais » caractère !

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 18:53

quelle différence y a-t-il entre les génies et les divinités ?

15 – La divinité a en plus un nom propre. Le Premier testament de la Bible établit bien la différence entre IHVH/adonaï que d’aucuns ont traduit par Yéhovah ou Yavhé – le dieu qui s’est révélé à Moïse – et l’Elohim ou encore les « élohim », cette dernière forme pluriel montrant bien qu’il s’agit d’une catégorie : le Dieu qui fait partie de la catégorie des dieux, à partir de la racine « el » qui se retrouve dans toutes les langues sémites et qui donnera le nom d’Allah pour le Coran.

16 –Les divinités ont aussi la possibilité de se manifester sous des formes différentes, par des avatars, ce que l’hindouisme pratique allègrement. Le Candomblé en Amérique latine et centrale va jouer sur cette possibilité. Interdites par le catholicisme, les divinités du vodoun trouvent « tout naturellement » et sans syncrétisme des formes correspondantes dans le registre chrétien. La douce Nana Burunku se fait Vierge Marie, l’archange Saint-Michel terrasse les dragons comme Shango foudroie les sorciers et les coupables, etc.

14 – Alors que les génies sont dans une seule fonction, les divinités répondent à toutes les demandes : guérir de maladies, protéger contre les jaloux (l’œil rouge), tuer des sorciers qui nous menacent, rendre les femmes fécondes, augmenter le troupeau, etc. Elles sont polyvalentes, même si chacune a sa ou ses réputations.

15 – Mais on peut assister aussi à une divinisation de certains génies. Les légendes orales en pays yoruba ou encore celles qui sont véhiculées avec le système de divinisation du Fâ, montre un Legba rusé et malin, rivalisant avec les dieux, leur volant même la vedette *. En Haïti, Legba a un avatar chrétien qui est ni plus ni moins saint Pierre, gardien avec ses clefs des portes du Paradis ! Il en est de même de , l’esprit qui préside aux séances de divinisation et qui, lui aussi devient plus qu’un génie.
* mais le legba au Bénin ne génère pas un culte spécial. Il n’a pas d’adeptes à lui ; lorsque le chef de famille veut faire apporter une offrande (par exemple de la bouillie ou de la pâte) à son legba protecteur, il envoie de jeunes initiés d’autres divinités qui, alors, s’habillent d’une façon baroque et clinquante, avec un chapeau fantaisiste (haut de forme végétal, casque colonial, etc.). Ci-joints deux danseurs présentés comme "adeptes de legba", photographiés en 1950 à Abomey (sans doute par Pierre Verger)

legba_adepte_abomey_1950.jpglegba_adepte.jpg

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