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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 17:49

Où Pierre séjourna-t-il entre Pâque 43 ou 44 (où il dût fuir) et la rencontre de Jérusalem en 48 ou 49 ? A Antioche ? La tradition de l'Église catholique attribue à Pierre la direction de l'Église d'Antioche. Il est présenté comme ayant été le premier évêque de cette ville et une fête de « la chaire de saint Pierre à Antioche » est célébrée chaque 22 février depuis le IVe siècle (article « Chaire de Pierre » dans le Dictionnaire de l'Antiquité, dir. Jean Leclant, éditions PUF, 2005). La liste des évêques d’Antioche est encore plus généreuse car elle attribue à Pierre un évêché d’une durée de 16 ans (vers 37- vers 53) ! (article Wikipedia « liste des patriarches d’Antioche »,  lien), mais il y a concurrence avec la liste des papes à Rome puisque le Liber Pontificalis (catalogue chronologique de tous les papes rédigé en 530) dit que Pierre fut pape de 33 à 67 ! et serait resté sept ans à Antioche … (article « liste des papes » dans Wikipedia,  lien

 

antioche_eglise_saint_pierre.jpg

église troglodyte Saint-Pierre à Antioche (actuelle Antakya en Turquie). L'une de ses chapelles menait à un souterrain par lequel les chrétiens pouvaient s'enfuir en cas de danger. La tradition la considère comme le premier lieu de culte chrétien. La façade que l'on voit a été construite par les Croisés.

 

En fait, c’est Barnabé qui fut le principal meneur de cette communauté antiochienne et non pas Paul ou Pierre (Ac 11, 19-26). C’est lui qui va chercher Paul à Tarse et qui mène la délégation (lui et Paul ; plus Tite qui accompagne Paul, Ga 2, 1) envoyée à Jérusalem pour y discuter des conditions à imposer ou non aux païens convertis. Malheureusement, Luc dans ses Actes ne nous aide pas car il ne nous dit pas où Pierre alla se réfugier durant le temps de sa cavale, ni ce qu’il fit après la rencontre de Jérusalem. En effet, il passe d’emblée (à partir de Ac 15, 36) aux missions pauliniennes.


C’est finalement Paul qui, dans ses épîtres, nous donne quelques éléments d’information car il mentionne une polémique avec Pierre précisément à Antioche avec un avant et un après la rencontre de Jérusalem : avant, Pierre à Antioche partageait ses repas avec des païens convertis, mais, après la venue des envoyés par Jacques le frère du Seigneur (les prophètes Judas et Silas Ac 15, 27 et 32-33), Pierre mange seulement avec les Judéo-chrétiens, craignant leurs réactions ! « lorsque Céphas vint à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, car il s’était mis dans son tort. En effet, avant que soient venus des gens envoyés par Jacques [le frère du Seigneur], il prenait ses repas avec les païens ; mais, après leur arrivée, il se mit à se dérober et se tint à l’écart, par crainte des circoncis ; et les autres Juifs entrèrent dans son jeu, de sorte que Barnabas lui-même fut entraîner dans ce double jeu » (Ga 2, 11-13). Ces deux versets sont riches d’information car ils nous apprennent que :
- Pierre se trouvait déjà à Antioche avant la rencontre de Jérusalem en 48 ou 49, donc après son évasion de Jérusalem ;
- Il n’en était pas pour autant parmi les principaux meneurs car ce sont Barnabé et Paul qui furent choisis (et non lui) pour représenter officiellement la communauté d’Antioche aux discussions à Jérusalem ;
- Après cette rencontre, Pierre est de retour à Antioche.

A quelle date eut lieu le clash ? Avant l’hiver 50, date où Paul arrive à Corinthe dans le cadre de sa seconde mission (Ac 15, 36), ou à son retour après l’été 52 (Actes 18, 22) ? L’attitude de Barnabé, qui se laisse influencer par Pierre, a-t-elle joué dans la séparation des deux missionnaires ; les Actes des apôtres avancent que c’est la cooptation de « Jean nommé Marc » (le futur évangéliste) qui fit le désaccord (Ac 15, 37-40), le nommé Marc les ayant abandonnés lors de la précédente mission ! ce qui n’exclut pas qu’il y ait eu en plus cette tension occasionnée par le changement d’attitude de Barnabé vis-à-vis des païens convertis (soit au final une grosse brouille entre Paul et Barnabé !). Ceci correspond à ce que Paul dit dans son Epître : c’est à l’arrivée des envoyés de Jérusalem que Pierre changea de comportement (donc juste après la rencontre de Jérusalem située en 48 ou 49). L’épître aux Galates ayant quant à elle été écrite après Pâque 57.

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 11:17

Jésus lui-même n’était pas un visionnaire. Certes, les évangiles relatent des épisodes de type vision mais qui sont manifestement des rajouts à l’histoire réelle (et qui ont une valeur littéraire et un sens théologique) : Jésus n’est pas en transe lorsqu’il reçoit le baptême des mains de Jean (selon les évangélistes, l’Esprit-Saint serait descendu sur lui tranquillement « comme une colombe », Mt 3, 13-17 ; Mc 1, 9-11 ; Lc 3, 21-22 ; Jn 1, 29-34) ; il ne l’est pas non plus lorsqu’il prédit sous forme de lamentations l’avenir apocalyptique de Jérusalem. Les seuls épisodes que l’on pourrait mettre au compte d’une vision, c’est celle de la Transfiguration où Jésus est accompagné de Pierre, Jean et Jacques et où ceux-ci le voit en compagnie de Moïse et d’Elie (Mt 4, 1-11 ; Mc 1, 12-13 ; Lc 4, 1-13), ou encore l’épisode inaugural d’un séjour au désert où il aurait été tenté (Mt 4, 1-11 ; Mc 1, 12-13 ; Lc 4, 1-13), mais ce sont les auteurs et non pas Jésus lui-même qui auraient eu ces visions !
On a la même chose avec Muhammad qui, d’après la tradition musulmane, avait des visions mystiques dans des grottes qui entourent La Mecque (à l’instar des ascètes de tendance monothéiste, les hunafâ) (1) ; visions auditives dans le cas du fondateur de l’islam, qu’il attribua à l’ange Gabriel (spécialisé dans les annonciations !). En fait, cela semble bien ajouté car Muhammad ne semble pas avoir continué d’être inspiré de cette façon là et se convertit en un chef religieux et temporel (pratiquant dans un premier temps le brigandage contre les caravanes !)
(1) Les hanîfs antéislamiques étaient des monothéistes arabes qui condamnaient les cultes païens, sans toutefois rallier les juifs ou les chrétiens.


Rien à voir avec l’effervescence de la Pentecôte où l’on a la description d’une transe collective, avec délire linguistique (le parler en langues étrangères), effets physiques et exhibitionnisme manifeste puisqu’ils sortent à la vue du public (« Ils (les curieux) étaient tous déconcertés, et dans leur perplexité ils se disaient les uns les autres : « Qu’est-ce que cela veut dire ? « . D’autres s’esclaffaient : « Ils sont pleins de vin doux » Ac 2, 12-13). Les « apparitions » où les disciples disent avoir vu Jésus post-mortem (dès lors qu’ils croient en sa résurrection) sont aussi à mettre au même compte des phénomènes de vision ; selon Paul, ils auraient été plus de 200 à avoir vu de telles apparitions !


La Pentecôte a été vécue comme un instant exceptionnel par les disciples. Toutefois, les Actes des apôtres mentionnent une extase, celle d’Etienne pendant qu’il est lapidé (Ac 7, 55-56), l’illumination de Paul de Tarse et son hallucination auditive sur le chemin de Damas (Ac 9, 1-9), des « païens » à Césarée sur qui tombe l’Esprit Saint et qui demandent le baptême (Ac 10, 44-46) – une sorte de Pentecôte bis au bénéfice cette fois-ci des non-Juifs.

 Pierre_la_vision_de_saint_pierre_a_joppe_par-frederico_zuc.jpgvision de Pierre à Joppé avant qu'il ne se rende chez le centurion Corneille à Césarée (par Frédérico Zuccaro)


Ce sera surtout Pierre qui va mettre à profit l’élan pentecôtiste. Est-ce un justificatif à posteriori ou un pressentiment ? quoiqu’il en soit, Pierre se fonde sur des visions pour prôner l’ouverture aux païens et sa visite au centurion romain de Césarée : une nappe pleine de bonnes victuailles lui indique que, désormais, Dieu a levé les interdits alimentaires (Ac 10, 9-16). La transe de païens qui souhaitent être baptisés (susmentionnée), en écho à son discours, le confirme dans cette voie.


Mais, revenu à Jérusalem, Pierre doit se justifier devant une communauté très choquée par ses hardiesses. Pierre, rappelant ses visions, arrive toutefois à convaincre (Ac 11, 1-18) -  car s’il est le meneur incontesté, il n’en a pas pour autant tout pouvoir, loin de là ! On a là le fondement d’un mouvement – celui des Nazôréens - qui accepte les phénomènes de vision et de transe comme autant de messages reçus de Dieu, dès lors que la communauté y adhère (et donc les authentifie).

Nous avons pu constater la même dynamique au XX° siècle au sein des Eglises prophétiques africaines (Eglises dites « sionistes » en Afrique du Sud, Chérubins et Séraphins à partir du Nigeria, Eglise du christianisme céleste à partir du Bénin, etc.).

 

A noter que ce grand débat, bien avant la rencontre à Jérusalem vers 48-49, n’a malheureusement pas suffisamment attiré l’attention si bien que c’est au missionnaire Paul de Tarse que nombre de chrétiens attribue l’ouverture aux païens – pourtant, Luc, dans son histoire du début du christianisme, explique fort bien l’action individuelle, innovante et hautement transgressive de Pierre. D’autant plus que, contrairement à ses actions précédentes où il était accompagné par l’apôtre Jean, Pierre a été à Césarée seulement accompagné par des proches ; il est également seul pour argumenter et convaincre la communauté de Jérusalem.


On savait que Pierre avait du caractère ; on le voit ici capable de faire l’Histoire … et d’être un orateur convainquant car la communauté judéo-chrétienne fonctionne au consensus et en présence de tous. Dès lors, la nouvelle voie, en s’ouvrant aux païens, va s’émanciper de plus en plus de sa matrice juive.

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 18:56

Que va devenir cette primauté de fait de Pierre ? Au début des Actes des apôtres (écrits par Luc), on constate le maintien de l’institution des Douze, lesquels vont devenir les « apôtres » : ce sera le collège apostolique. Réduit à 11 membres après la trahison et la mort de Judas (Ac 1, 13), la première décision est d’ajouter un douzième pour le remplacer - ce sera un nommé Mathias, par tirage au sort (Ac 1, 26) - ce qui prouve bien l’importance de ce collège. Destinés à porter témoignage et donc à évangéliser, ils seront les « envoyés » (= apôtres) par excellence. Exceptionnellement, ce terme peut être étendu à des missionnaires : ainsi Paul et Barnabé en Lycaonie (Ac 14, 14). Paul prétextera sa vision de Damas (qui pour lui vaut une rencontre avec un Jésus vivant) pour se dire lui même apôtre (l’avorton ajoutera-t-il par humilité !). La tradition chrétienne, s’appuyant sur ce verset des Actes, entérinera cette promotion pour les deux bénéficiaires.

saint-pierre-en-gallicante.jpg

église Saint-Pierre en Gallicante à Jérusalem. Une première église fut érigée à cet emplacement en 457 sur l'emplacement supposé du palais du Grand-prêtre Caïphe (attesté par un pélerin de Bordeaux qui visita les lieux saints en 333-334) - palais où Pierre aurait "renié" Jésus par trois fois. Cette première église fut détruite par le calife fatimide Al-Hakim bi-Amr Allah en 1010, puis reconstruite par les Croisés en 1102 et nommée sous son nom actuel. Tombée en ruine, elle fut restaurée en 1931.

 

Au début des Actes, c’est manifestement Pierre qui mène la danse : il est toujours cité en premier de la liste des Douze (Ac 1, 13) ; il organise le remplacement de Judas (Ac 1, 15-26) ; il s’adresse à la foule après la Pentecôte (Ac 2, 14), prononçant le premier kérygme ; préside le jugement d’Ananie et de sa femme Saphire (Ac 5, 1-11) ; joue un rôle de premier plan pour les miracles effectués par les apôtres (Ac 5, 15) ; c’est chez lui que Paul séjourne lors de sa première venue à Jérusalem après sa conversion ; c’est lui qui rompe les interdits avec les étrangers (la vision de la nappe pleine de victuailles Ac 10, 9-16, et sa rencontre avec le centurion Corneille à Césarée Ac 10, 1-8 et 17-43 ; fait donner les premiers baptêmes à des « païens » Ac 10, 44-48) ; c’est lui qui reçoit Paul chez lui et durant 15 jours lorsqu’il arrive à Jérusalem après son séjour à Damas (vers 39, Paul s’échappe de Damas 2 Cor 11, 32 et s. et fait une première visite à la communauté de Jérusalem Ga, 1, 18 et s.).

Pierre agit souvent avec Jean, le fils de Zébédée, formant un tandem où c’est lui qui a le premier rôle, Jean l’accompagnant mais restant muet. D’ailleurs, ce Jean – qu’il ne faut pas surtout confondre avec Jean l’Evangéliste (très probablement le Disciple que Jésus aimait, lien) – est le grand muet du Nouveau testament ! Dans le récit littéraire lucanien des Actes, il semble être là comme faire valoir de Pierre et symboliser avec lui le collège apostolique. Après la Pentecôte, il accompagne Pierre à la prière du soir au Temple et participe à la guérison d’un impotent (Ac 3, 1-10), tient tête avec lui face au Sanhédrin (Ac 4, 1-22), est envoyé avec Pierre en Samarie, après que le diacre Philippe eut commencé l’évangélisation de cette région (Ac 8, 14). Il est, l'une des trois colonnes (selon l'expression de Paul) à l’assemblée de Jérusalem qui décida de ne pas imposer la circoncision aux païens convertis et scelle l'accord avec les Antiochiens (Ga 2, 9) - il est alors en 3ème position derrière Jacques le frère du Seigneur et Pierre.
C’est une tradition très tardive qui fera de l’apôtre Jean l’auteur du 4ème évangile, ceci en dépit de tout bon sens (pêcheur galiléen, il n’a nullement la culture suffisante pour écrire ou dicter un texte, et puis, il y a aussi une question d’âge car l’Evangile de Jean est daté de la fin du Ier siècle).

Mais Pierre est emprisonné par Agrippa I à Pâques de l’an 43 ou 44, après que celui-ci ait fait exécuté l’apôtre Jacques, le fils de Zébédée (dit dans la tradition Jacques le Majeur par rapport à Jacques le frère du Seigneur). Agrippa I est l’étoile hérodienne montante depuis que le nouvel empereur Caligula, à son avènement en 37, lui donna les tétrarchies de Philippe et de Lysinias avec le titre de roi. Cela se fait aux dépends d’Hérode Antipas (tétrarque de la Galilée et de la Pérée qui fit décapité Jean-Baptiste et qui reçut Jésus en son palais à Jérusalem), lequel est exilé dans les Pyrénées en 39 par le même empereur. Agrippa I hérite de sa tétrarchie. Mieux, Agrippa I, alors en séjour à Rome, a su se mettre du bon côté lors de l’avènement de l’empereur Claude en 41, si bien qu’il agrandit sa royauté en recevant la Judée et la Samarie. Il reconstitue ainsi une bonne partie du royaume d’Hérode-le-Grand.

Mais, désirant recevoir l’appui des Juifs, il sévit contre la nouvelle voie juive, celle des nazôréens. Il ne touche pas toutefois à Jacques le frère du Seigneur ni à l’apôtre Jean, le frère de Jacques (puisqu’on le retrouve à la rencontre de Jérusalem selon le témoignage de Paul en Ga, 2, 9). Pierre s’évade de nuit grâce à une complicité (Ac 12), mais il est plus prudent qu’il ne reste pas sur les terres d’Agrippa I.
Toutefois, Agrippa I meurt au printemps 44 et la Judée redevient alors une province procuratorienne (de 44 à 66) directement administrée par un fonctionnaire nommé par Rome, si bien que Pierre pourra assister à la rencontre de Jérusalem en 48-49 où fut décidé que les convertis du paganisme seront exemptés de la Loi (Ac 15, 5 et s.).

Le compte rendu de cette rencontre correspond tout à fait à la nouvelle situation issue de la clandestinité de Pierre : alors que c'est Pierre qui (seul) reçoit Paul, lors de son premier séjour à Jérusalem – vers 39 -; dix ans plus tard (vers 48-49), c'est Jacques, le frère du Seigneur qui clôture la rencontre de Jérusalem (tout en confirmant l'avis de Pierre). A partir de la Pâque 43 ou 44, il n’est plus à Jérusalem et c’est Jacques le frère du Seigneur qui, localement, a pris le premier rôle. Pierre conserve cependant tout son poids et c’est son argumentation qui est retenue, mais c’est Jacques qui désormais conclut.
Il n’est donc pas nécessaire d’imaginer des conflits au sein de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem pour expliquer ce changement local de leadership. Paul, dans le second chapitre des Galates apporte une précision importante : Pierre se consacre à la diaspora juive et lui, Paul, à l’évangélisation des païens (Galates 2). Ultérieurement, la tradition chrétienne, largement empreinte de légende, généralisera ce rôle missionnaire des apôtres : Pierre à Antioche puis à Rome, Jean à Ephèse, André (frère de Pierre) en Thracie, et Thomas vers l’Inde ! Toutefois, si l’historien n’a rien de consistant pour les trois derniers (Jean, André et Thomas), il n’en est pas de même pour Pierre.

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 07:00

Didier Long vient de publier (le 19 juin 2014) "Jésus l'homme qui aimait les femmes" aux Nouvelles Editions François Bourin, coll. "Compact", 260 p, 16 euros.

 

didier_long_jesus_et_les_femmes.jpgMessage de l'auteur (du 7 juillet 2014) - C'est un livre complètement nouveau sur le rapport de l’homme Jésus avec les femmes. J’y envisage Jésus comme un simple enseignant du premier siècle de notre ère et essaie de comprendre son étonnante proximité avec ses disciples femmes. J’ai essayé de rouvrir le dossier de manière complètement renouvelée à partir de la littérature juive (Talmud de Jérusalem) et gréco-romaine (ex : Ovide, l’art d’aimer) sur la femme.

Voilà mes conclusions : l’idée de perfection du corps de la femme, celle de sa liberté individuelle, de la monogamie, de la vision égalitaire du couple humain, et de la spiritualité de l’amour à laquelle nous croyons sont directement issues de la vision multimillénaire juive qu’a enseignée l’homme Jésus.

Cet idéal révolutionnaire juif a, via le christianisme, subverti de l’intérieur le modèle du couple gréco-romain où la domination des sexes exprimait la puissance du mâle et de l’Empire. Il forme la trame mentale de l’art d’aimer en Occident.

C’est sans doute mon livre le plus radical.

 

Présentation par l'éditeur - "Aux origines judéo-chrétiennes du féminisme" - L’enjeu : Jésus le rabbi (« l’enseignant »), que nous décrivent les Evangiles, est suivi par ses disciples sur les routes poussiéreuses de Galilée. Fait inouï pour l’époque, et mal connu, le petit groupe nomade est aussi composé de femmes seules. À la lumière de nombreuses sources juives, évangéliques et historiques, Didier Long éclaire les relations féminines de Jésus sous un jour nouveau et livre ici des conclusions inattendues. L’idée de perfection du corps de la femme, celle de sa liberté individuelle, de la monogamie, de la vision égalitaire du couple humain, et de la spiritualité de l’amour à laquelle nous croyons sont directement issues de la vision juive multimillénaire qu’a enseignée l’homme Jésus. Cet idéal révolutionnaire, via le christianisme, a subverti de l’intérieur un monde gréco-romain brutal où la domination des sexes exprimait la puissance du mâle et de l’Empire. Surtout, il a profondément influencé nos manières d’aimer. Décapant et radical.

 

Préface - Lorsque les éditions François Bourin me suggérèrent au cours de l’année 2007 d’écrire un livre sur Jésus, je leur proposai une étude et sur son « rabbinat » singulier et sur son rapport aux femmes. Ce double thème me semblait résumer mes deux décennies de recherches et lectures sur ce fascinant personnage que moi, l’ancien moine bénédictin et bibliste, j’avais découvert à l’âge de 16 ans. Plus tard, au monastère de La Pierre-Qui-Vire, je me suis imprégné de l’enseignement du frère Matthieu Collin et de son ami Pierre Lenhardt, pionniers des études juives en terre d’Israël auprès de maîtres du talmud comme Ephraïm Urbach à l’Université hébraïque. Cet enseignement n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd. J’ai publié une première version de ce texte intitulé Jésus, le rabbin qui aimait les femmes. Sans m’en apercevoir avec clarté, mon sujet couvrait trois domaines : Jésus rabbi juif de Galilée, sa relation étonnante avec les femmes, l’embryogenèse du premier judéo-christianisme. Autant de questions dont les réponses m’ont peu à peu transformé. C’est ainsi que j’écrivis Jésus de Nazareth juif de Galilée (2011), puis L’invention du christianisme (2012) sur le déploiement du christianisme dans le réseau des synagogues juives et le divorce et l’excommunication réciproque des jumeaux juif et chrétien consommé seulement au IVème siècle. Enfin, avec le psychanalyste Gérard Haddad, j’ai analysé avec Tu sanctifieras le jour du repos (2012), la survivance de la pratique juive du shabbat dans l’empire romain jusqu’au Ve siècle. Pour une raison que je ne m’expliquais pas, et qui fut et reste sans doute mon moteur intime, les origines juives du christianisme m’attiraient comme un aimant. J’avais l’impression d’une dette vis-à-vis du judaïsme mais aussi des « femmes de Jésus », car « sans elles nous aurions perdu notre mémoire » écrivais-je au début de ce chemin.

 

Je ne croyais pas si bien dire. Je ne fus pas déçu par la suite. Car de séjours en eretz Israël en recherches historiques et talmudiques, se dessinait un tout autre homme : un simple maître juif pharisien de Galilée, shomer shabbat, assassiné comme tant d’autres par le pouvoir romain, à l’aube de notre ère, pour le simple crime qu’il était juif. Un « Jésus cacher » assez éloigné du visage déformé par deux millénaires d’antisémitisme. Et plus je fréquentais ce juif attachant, plus je comprenais son enseignement sincère non plus à la lumière des dogmes chrétiens mais du Talmud, plus je fréquentais intellectuellement puis physiquement dans le shabbat, les fêtes et le culte, ce judaïsme qui m’attirait plus je me convainquis de cette idée : « Jésus est juif, le christianisme est une spiritualité sémite… Tu es juif ». Étonnante conclusion que ne peut pas comprendre un chrétien. Pensez : beaucoup sont descendus du Sinaï pour monter à l’Olympe, ont quitté Jérusalem pour Rome ou Notre Dame de Paris. J’ai effectué le chemin exactement inverse, un chemin relativement peu fréquenté… J’ai rencontré sur ma route un personnage extraordinaire directement sorti d’un conte juif, le rabbin Haïm Harboun. Né dans le Mellah de Marrakech dans les années 30, il est un vrai maître de la halakha (corpus des traditions, prescriptions et coutumes nommé « loi juive »). Plusieurs fois docteur des universités en France, diplômé de linguistique hébraïque de l'Université hébraïque de Jérusalem et de littérature rabbinique, parallèlement rabbin depuis 58 ans… cet homme m’aida avec affection à faire le point dans ce désert intellectuel et spirituel où je m’étais hasardé. Les coïncidences de la vie ont alors fait que j’ai découvert parallèlement les origines juives de ma femme et mes probables origines marranes de Corse (convertis au christianisme, le plus souvent sous la contrainte). Nous nous sommes mis en route vers qui nous étions. En profondeur. Comme un arbre assoiffé pousse ses racines vers la source. Nous sommes simplement des juifs en train de retrouver leur judaïsme mais aussi de mieux comprendre ce qui est arrivé avec le christianisme.

 

Depuis, dans mes recherches et mes lectures, au hasard des rencontres, je retrouve des indices, des silhouettes, des mots de ces femmes puissantes qui ont accompagné Jésus jusqu’au bout, sans faiblir, et qui m’avaient marqué, soutenu, inspiré de leur foi indéracinable. C’étaient finalement ces mêmes femmes qui m’avaient transmis une sorte de christianisme marrane de Corse. La hessed, la tendresse, dans un monde brutal. C’est même cette source féminine qui, au fond du christianisme, m’a toujours attiré. « dans le monde entier, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle a fait » proclame le récit de l’évangile où une femme oint Jésus avec un parfum de grand prix. En effet, sans elles, nous aurions perdu notre mémoire. Je règle une dette en leur dédiant ce livre. D.L, Jérusalem, novembre 2013.

 

Table des matières - 1. Les impures ; 2. Entre Rome et Jérusalem ; 3. Polygamie et lapidation ;  4. De l’amour ; 5. « Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée » ; 6. Les barrières de sainteté ; 7. L’accouplement ; 8 - Le Dieu androgyne ; 9. « Qu’il me baise des baisers de sa bouche » ; 10. La Samaritaine au bord du puits ; 11. La femme divorcée, selon Jésus ; 12. Célibat et maternité ; 13. Seules restèrent les femmes ; 14. Femmes dans le monde gréco-romain ; 15. La transmission féminine du message ; 16. Rabbi Paul et l’affaire du voile de Corinthe ; 17. Sabbataï Tsevi, l’autre messie qui aimait les femmes ; 18. Conclusion. En mémoire d’elles ; 19. chronologie.

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Published by Didier Long - dans vie de Jésus
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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 10:10

par Jean-Claude Barbier,

Dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), nous voyons une Marie, mère de Jésus, qui, avec ses autres fils et filles, désavoue publiquement son fils ; elle va jusqu’à penser qu’il est « insensé » et va à Capharnaüm afin de le ramener … à la raison et à la maison à Nazareth ! (voir notre article « la famille de Jésus » mis en ligne sur le site des chrétiens unitariens du Burundi le 10 février 2013,  lien). Mais alors qu’elle est absente aux évènements du ministère public de Jésus, voilà que la famille de Jésus fait son apparition, après sa mort, au sein du groupe de prière qui se réunit au Cénacle et lors de la Pentecôte.


Comment expliquer ce revirement ? J’ai fait l’hypothèse que c’est la famille de Jésus qui est venue chercher le cadavre de Jésus, mis provisoirement dans le tombeau prêté par Joseph d’Arimathie à cause du sabbat (voir notre rubrique « le tombeau vide » lien), récupération tout à fait légitime et considérée comme un devoir sacré dans toutes les sociétés. Dans le cas présent, vue la situation conflictuelle qui a causé la condamnation à mort de Jésus, il est parfaitement compréhensible que cette récupération du corps se soit faite nuitamment, avant l’aube, le sabbat s’étant d’ailleurs terminé la veille au voir, la nuit tombée. Nous sommes bien dans un agenda plausible.

 

L’enjeu, bien sûr, étant celui de la succession à la tête du mouvement initié par Jésus ; il sera confirmé par l’ascension de Jacques, le frère du Seigneur, à la tête de la communauté de Jérusalem, chose faite à la suite de l’emprisonnement de Pierre puis de son évasion à la Pâque 43 ou 44 (Ac, 12, 1-19), puis après la lapidation de Jacques en 62, ce sera Siméon qui succédera (selon l’historien Eusèbe de Césarée, il était le fils d’une nommée Marie, épouse de Cléophas et belle sœur de Marie la mère de Jésus).


C’est Luc, avec son Evangile de l’enfance, qui va amorcer la saga de Marie. Il nous raconte une naissance miraculeuse, celle de Jésus, afin de le magnifier selon le mode antique ; il s’appuie sans doute sur des légendes naissantes qu’il a recueillies (Lc 1, 1-4) et qui témoignent d’un début d’héroïsation de Jésus lequel ne peut plus être considéré comme un simple homme ordinaire. Marie est alors la Servante obéissante, écoutant l’annonciation par l’ange Gabriel, accomplissant la volonté de Dieu. Luc va même plus loin, en faisant de Marie, la dépositaire de la sagesse biblique ; c’est le Magnificat (seul Lc 1, 46-55) qui réaffirme que Dieu élève les humbles et abaissent les puissants arrogants.


pentecote_autour_de_marie.jpgMais contrairement à ce que deviendra plus tard l’iconographie mariolâtre, Marie n’est pas encore une référence centrale lors de la Pentecôte. Certes, elle est citée nommément dans le groupe de disciples qui se réunit au Cénacle après la mort de Jésus, mais elle vient après les Douze (qui ne sont plus que onze après la mort de Judas). A cette liste des onze, Luc ajoute « Tous unanimes, étaient assidus à la prière avec quelques femmes dont Marie la mère de Jésus, et avec les frères de Jésus » (Lc 1, 12-14, traduction TOB 2010). Puis, ce sera la Pentecôte, sans doute avec le même groupe (auquel Matthias a été adjoint pour remplacer Judas), et, là non plus, Luc ne donne pas la priorité à Marie, se contentant d’écrire « Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble » (Lc 2, 1). Le récit des Actes des apôtres est tout entier centré sur Pierre, puis sur Paul et ses missions à partir du chapitre 13, les deux apôtres par excellence …


Il faut cherchez d’autres auteurs et dans des textes postérieurs pour comprendre la référence centrale donnée à Marie. La généalogie de Jésus dans l’évangile de Matthieu témoigne d’une élaboration théologique plus avancée que celle de Luc. Alors que Luc fait de Jésus le fils de Joseph (bien qu’en distillant un doute, probablement en déduction de la naissance miraculeuse de Jésus) : « Et Jésus, en commençant (son ministère), avait environ trente ans, étant fils, selon ce qu’on croyait, de Joseph (fils) d’Héli ») (Lc 3, 23) ; la version selon Matthieu, elle, met en vedette la mère de Jésus : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, qui (est) dit Christ » (Mt 1, 16). Or, dans ce texte matthéen (très probablement le Matthieu grec beaucoup plus tardif que le Matthieu araméen), Marie fait suite à une série de femmes de la Bible ayant ouvert une nouvelle lignée, toutes d’ailleurs à partir d’une impossibilité humaine ! Thamar qui se prostitua pour avoir une descendance, Rahab la prostituée cananéenne qui trahit sa cité et la livre aux Hébreux, Ruth la Moabite qui voulut rester malgré tout auprès de sa belle-mère, enfin la femme d’Urie qui commit d’adultère avec le roi David et causa la mort de son mari. Dans cette logique généalogique, Marie se retrouve en position de tête de lignée, celle des nazôréens qui suivent la nouvelle voie de Jésus.


Jean l’évangéliste, très probablement le Disciple que Jésus aimait, mais devenu ancien d’Ephèse après avoir été prêtre juif à Jérusalem, va se faire le chantre de Marie. Il la met partout dans son évangile, à commencer par les noces de Cana, tout au début du ministère de son fils (Jn 2, 1-11), jusqu’à la croix où Marie est au pied du pieu en compagnie du Disciple et où Jésus confie sa mère à ce dernier (Jn 19, 25-26). S’il est plausible que le Disciple emmena Marie, la mère de Jésus, à Ephèse, ce ne fut possible qu’après la mort de Jacques en 62 et l’incendie du temple de Jérusalem le 29 août 70. Cette présence éventuelle de Marie à Ephèse n’est pas attestée dans les textes ; peut-être était-elle morte bien avant ! Quoiqu’il en soit, sa figure est importante à Ephèse où règne une grande déesse de type maternel et elle aussi vierge, Arthémis. A Ephèse elle représente la fécondité, la fertilité, c'est une mère nourricière qui allaite l'humanité entière par ses nombreux seins engorgés du lait divin (voir sa photo dans notre article « Marie était-elle au pied de la croix ? », lien). Jeune, Artémis demanda à Zeus, en cadeau, de rester vierge (par ailleurs et sous d’autres cieux, elle est la svelte chasseresse que les Romains assimileront à Diane), comme quoi le parallèle christianisme naissant / paganisme commence à fonctionner.


L’auteur de l’Apocalypse, un nommé Jean exilé un temps dans l’île de Patmos à la suite d’une persécution anti-chrétienne (Ap. 1,9), mais peut-être le même auteur que l’Evangile de Jean, va développer ce rôle central de Marie : une figure féminine mythique y est présentée comme mère de l’Eglise naissante et couronnée comme telle avec douze étoiles symbolisant les premières Eglises locales.


Bien entendu tous ces auteurs n’engagent qu’eux-mêmes dans leurs textes respectifs, mais ils se font l’écho de traditions naissantes autour de Jésus, de la ferveur christique au sein des premières communautés, et d’une christologie en pleine élaboration qui fera de Jésus, dès le début du IIème siècle (voir les épîtres d’Ignace, évêque d’Antioche - né vers 35, d'origine syrienne, mort en martyr probablement en 107 ou 113, lien), un dieu à part entière (à ne pas confondre avec le dogme trinitaire qui sera officialisé beaucoup plus tard, en 325, lors du concile de Nicée).

 

Ajouts du 15 août 2014 : messages du même jour dans le groupe "Unitariens francophones" sur Facebook

Jean-Claude Barbier - ce culte est entièrement construit car, historiquement, on ne connaît vraiment pas grand chose de Marie. Pire, nos évangiles synoptiques nous la montre en total désaccord par rapport au ministère public de Jésus ! (lien). Dans ce culte, nonobstant les contorsions théologiques visant à affirmer envers et contre tout un monothéisme de façade, Marie fonctionne comme une vraie déité ! Rien à voir avec la personne de Jésus, lui aussi déifié et mythologisé à souhait, mais dont on dispose néanmoins des informations d'ordre historique suffisantes pour qu'on puisse reconstituer (tant bien que mal) une partie de sa vie publique.

Roger Gau - Le premier auteur à faire état de l'ascension corporelle de Marie fut saint Grégoire en 594. Saint Serge Ier (pape de 687 à 701) instaure la fête de l’Assomption. Il faudra attendre le premier novembre 1950 pour que le pape Pie XII proclame le dogme de l’assomption de Marie par la bulle Munificentissimus Deus.
Rappel : quant au
dogme de l’Immaculée conception, c’est seulement le 8 décembre 1854 que le pape Pie IX le proclame.

Nadau Brocq - Je crois qu'en dehors des unitariens, les chrétiens sont en fait polythéistes tout simplement. Ils ont besoin de la Trinité, de Marie, des saints qui ne sont guère différents des dieux païens ...

Jean-Claude Barbier - C'est du grand délire métaphysique, sans limite ... Il reste toutefois la co-rédemption que (selon certains) Marie partagerait avec son fils ! Pour l'instant, aucune voix hiérarchique ne va jusque là.

Roger Gau - Je rappelle à ce sujet que le 31 janvier 1985, en Équateur, le pape Jean-Paul II a affirmé : « Le rôle de Marie corédemptrice n’a cessé avec la glorification de son fils. » Quelques mois plus tard, lors de l’angélus du dimanche des Rameaux, place Saint-Pierre il disait : « Puisse Marie, la corédemptrice à qui nous offrons nos prières, faire correspondre généreusement notre désir au désir du Rédempteur. » Toutefois, depuis, aucun pape n'a été plus loin.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le culte marial
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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 17:11

Au sein du groupe des disciples, Simon va jouer le rôle de meneur : non seulement c’est lui (par belle-mère interposée) qui héberge le Maître, mais c’est lui qui est toujours cité en premier dans les listes de disciples, qui répond en premier lorsque le Maître interroge ceux-ci, qui est le premier de la liste des Douze, puis de la liste des Trois, qui restera le dernier à prier avec Jésus à Gethsémani (ou du moins celui que Jésus réveille pour l'accompagner dans son ultime prière ! Mt 26, 40 ; Mc 14, 37) et le dernier à quitter le Maître lorsque celui-ci sera fait prisonnier. Selon l'évangéliste Jean (seul), c'est lui qui porte le glaive afin de protéger la cohorte qui se déplace (Jn 18, 10).

 

Ce rôle est reconnu par Jésus qui le surnomme Kephas (« le roc », « la pierre » en araméen) : Simon-Pierre manifeste sa foi au nom de tous les disciples : « Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répond : Tu es le Christ. » (Mc 8, 29). Jésus lui déclare alors solennellement : « Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 18-19).


Jésus annonce ainsi à Pierre qu'il sera le fondement de son Église, en usant d'une triple image (article Wikipedia "Pierre, apôtre" (lien) :
- la pierre : de même que Jésus est la pierre angulaire (1P 2, 6-7), ainsi Pierre, en devenant son délégué sur cette terre, sera l’élément stabilisateur de son Église ;
- les clés du royaume des cieux : de même que Jésus est la Porte (Jn 10, 7), ainsi Pierre, en devenant son délégué sur cette terre, aura les « clés de la ville », c’est-à-dire exercera l’autorité sur la portion terrestre du Royaume des cieux (= l’Église) ;
- le pouvoir de lier et de délier : de même que Jésus a le pouvoir de remettre les péchés (Mc 2, 10), de même les Apôtres, ses délégués, pourront remettre les péchés en son nom (Jn 20, 22).


Ce surnom donne Simon Pierre en version française ; en grec Σιμων Κηφᾶς Simōn Kēphas ; en araméen Šimʻōn Kêfâ ; en syriaque Sëmʻān Kêfâ ; en araméen hellénisé Simon Céphas. Avec Pierre (Petros en grec, ou Petrus en latin), on est passé de « roc » à « pierre »  (Πετρος en grec) ! Pietro en italien, Pedro en espagnol, Peter dans les pays germaniques, Piotr en russe, etc. Paul va appeler Pierre uniquement par son surnom Céphas (1 Co 15, 5 ; Ga 1, 18).

Bien entendu, ces paroles de Jésus concernent le mouvement que celui-ci organise et non les futurs évêchés d’Antioche et de Rome (l’institution épiscopale n’est mise en place qu’au début du IIème siècle), encore moins la papauté (IVème siècle). Le débat sur ce sujet entre catholiques et protestants est anachronique et se base sur une lecture fondamentaliste des textes.
L'article de l'encyclopédie Wikipedia sur "Pierre, apôtre" précise les positions confessionnelles. Les orthodoxes - qui sont organisés en patriarcats - et les protestants reconnaissent que le siège de Rome avait la primauté d'honneur, selon le canon n°6 du concile de Nicée et le canon 28 du concile de Chalcédoine. En Occident et même chez les tridentins, cette compréhension était largement soutenue : ainsi, Bossuet dans la Déclaration des quatre articles et, avant, le décret Sacrosancta du concile de Constance.
Pour les protestants et les orientaux (mais aussi pour les gallicans jusqu'en 1870), c'est la déclaration de Pierre en elle-même qui serait la première pierre d'un édifice spirituel composée des pierres vivantes (tous les chrétiens) posés sur la grande pierre (rocher) qui est le Christ lui-même (1P 2,4-5). Ainsi, pour eux, l'origine de la fonction du pape romain résulterait d'une évolution historique de l'Occident et n'est pas inscrite dans le Nouveau Testament.

PardonZeffirelliQuoiqu’il en soit de ces exégèses chrétiennes divergentes car chacune défend des positions confessionnelles, force est de constater la figure dominante de Simon-Pierre dans les évangiles canoniques, y compris le dernier, celui de Jean (écrit vers 90). Dans un appendice à cet évangile (après une première conclusion en Jn 12, 30-31), qui évoque les apparitions post-mortem de Jésus au bord du lac de Tibériade, le Maître pardonne à Pierre son reniement et lui demande de paître son troupeau d’agneaux et de brebis (Jn, 21, 15-17) : « Simon, fils de Jean m’aimes-tu … ».

Jésus pardonne à Simon-Pierre dans le film de l'Italien Franco Zeffirelli "Jésus de Nazareth" (1977).

 

Cette primauté de fait, reconnue unanimement par les 4 évangélistes dans maintes situations, semble avoir été acceptée sinon voulue par Jésus lui-même. Toutefois, Jésus aurait-il institutionnalisé cette situation ? C’est ce que Matthieu nous dit avec l’histoire du surnom Céphas (Mt 16, 18-19)… mais il est le seul à nous le dire et il s’agit très certainement de la version grecque (donc très tardive) sinon il aurait été repris par les autres évangiles auxquels le Matthieu araméen a pu servir de matrice. Puis ensuite, in extremis, dans une seconde conclusion de l’évangile de Jean et dans le cadre (tout littéraire !) d’une apparition post-mortem (Jn 21, 15-17).

 

En fait, il y a eu par Jésus le choix des Douze, puis une plus grande proximité avec trois de ses disciples (Pierre et les fils de Zébédée que sont Jacques et Jean), mais il ne semble pas qu’il y ait eu choix d’un dauphin, encore moins d’un successeur. Mieux, lorsque la mère des fils de Zébédée avec sa progéniture (Mt 20, 20-21) - sinon ces derniers eux-mêmes (Mc 10, 35-37) - s’approche de Jésus pour que ses fils aient une place de choix dans le futur Royaume, Jésus en profite pour signaler que les premiers doivent être les serviteurs des autres et leur laver les pieds (Jn 13, 1-20) ! D'ailleurs, si Jésus semble avoir pressenti l'épreuve d'une Passion, il n'est pas sûr qu'il ait été jusqu'à y inclure sa mort car il avait foi en l'intervention eschatologique de Dieu. Sa succession n’était donc pas à l’ordre du jour.

Que va-t-il donc se passer après la mort de Jésus ?

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 16:29

Simon est un pêcheur galiléen que Jésus recruta comme disciple vers l’automne 27 (Lc 3,1 situe à l’an quinze du principat de Tibère César le début du ministère public de Jean-Baptiste et donc la mouvance baptiste à laquelle Jésus participa).  Il est né à Bethsaide en Batanée, un village de pêcheurs sur la rive nord du lac de Tibériade, juste au-delà de la frontière avec la Galilée, à l’est de l’endroit où le Jourdain se jette dans le lac. Il est le fils d’un nommé Jonas (il est ainsi Simon Barjonas, « fils » de Jonas). Lorsque Jésus fait sa connaissance, il habite Capharnaüm, autre village de pêcheurs de la rive nord, le plus voisin à l’ouest, cette fois-ci en Galilée, chez sa belle-mère (que Jésus va guérir d’une forte fièvre Mt 8, 14-15 ; Mc 1, 29-31 ; Lc 4, 38-39). Cette belle-mère est sans doute suffisamment aisée pour héberger son gendre, mais aussi le prédicateur qu’est Jésus. Simon est donc marié, mais conformément à l’époque, on ne parle pas de sa femme ; on peut seulement imaginer qu’elle n’apprécie pas les absences de son mari ; d’ailleurs, elle ne figure pas parmi les femmes qui suivent le Maître.

Simon n’est pas forcément le premier disciple que Jésus recrute. Dans la version de l’évangéliste Jean (Jn 1, 35-51), Jésus fait sa connaissance après celle du Disciple (« le disciple que Jésus aimait », sans doute Jean devenu plus tard Jean l’évangéliste, mais non Jean l’apôtre fils de Zébédée) et d’André, le frère de Simon. La version des synoptiques fait l’impasse sur le Disciple (car nous sommes en Galilée et non plus sur les bords du Jourdain et que ce Disciple ne sera finalement pas recruté par Jésus) et c’est le tandem des deux frères Simon et André qui sont les premiers appelés par Jésus (Mt 4, 18 et Mc 1, 16) ; Luc élargit à un second tandem, celui des fils de Zébédée, Jean et Jacques, eux aussi originaires de Bethsaïde (Lc 5, 10).

Ravenne___St_Vital___Appel_par_Jesus_de_Pierre_et_Andre.jpgIl s’agit de petits pêcheurs indépendants, qui ont la propriété de leur barque (de petite taille précise Lc 5, 2) et qui utilisent la main d’œuvre familiale (Simon est ainsi propriétaire d’une petite barque et son frère André travaille avec lui). La pêche se fait en jetant l’épervier (Mt 4, 18 ; Mc 1, 16 ; Lc 5, 2). C'est précisément ce milieu de pêcheurs qui fait dire à Jésus : je ferai de vous des pêcheurs d'hommes (Mt 4, 19 ; Mc 1, 17, Lc 5, 10).

Mosaïque de la basilique Saint-Vital à Ravenne (VI°s.), appel de Pierre et André par Jésus.

 

Simon est un nom masculin grec provenant de l'hébreu Shimeone ou Sim’ôn et qui signifie littéralement « Dieu a entendu ma souffrance » ou «IHVH a entendu » selon Genèse 29, 33 (lors de la naissance de Siméon, le second fils de Léa, la première femme de Jacob – et un peu délaissée car Jacob aime Rachel !). Jacques, le frère du Seigneur, nomme Pierre par « Symon » lors de la rencontre de Jérusalem (dans les Actes des apôtres 15, 14).

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 09:57

" Le culte des droits de l'homme" par Valentine Zuber, 2014 (6 mars), Gallimard, bibliothèque des Sciences humaines, 416 p., 26,00 €.


Résumé par l'éditeur : La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, œuvre éclair du mois d’août 1789, est devenue dès sa promulgation l’un des symboles révolutionnaires les plus populaires en France et à l’étranger. Précocement comparée à un nouvel Evangile, elle devait être dans l’esprit de ses concepteurs et de leurs disciples, le solide garant de l’évolution inéluctable des sociétés modernes vers toujours plus d’égalité et de liberté. Socle premier des principes sacrés de la République française, la Déclaration de 1789 a peu à peu endossé une vocation universelle à l’usage du monde entier. Le souci constant de sa diffusion la plus large possible et sa célébration récurrente en France de la Révolution jusqu’à nos jours montrent encore l’exceptionnalité conférée à ce texte singulier par les républicains. L’hitoire de sa rédaction, de sa promulgation puis de sa postérité juridique et symbolique a cependant été contrastée. Objet de critiques précoces et continues émanant de bords politiques parfois opposés, le modèle déclaratif a connu une éclipse de 1848 à 1946. La Déclaration de 1789, comme archétype absolu de la déclaration des droits, n’a finalement été insérée que très tardivement dans la Constitution française. De plus, elle n’est devenue juridiquement effective qu’au tout début des années 1970. Elle n’a cependant  jamais cessée d’être invoquée par les auteurs progressistes et les zélateurs de la République. A ce titre, elle a immédiatement constitué la première référence civique de l’enseignement républicain dont elle est devenue l’indispensable abrégé, le seul véritable catéchisme de la formation politique des futurs citoyens.


declaration_des_droits_de_l_homme_et_du_citoyen.jpg Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Dessiné et gravé par Niquet le Jeune. A Paris chez L’Epine Gravure rue St Hyacinthe n°38. (BnF, estampe, 1789).

 

Longtemps non assumée, la sacralisation implicite de ce texte normatif devenu credo révolutionnaire puis républicain, pose la question de l’existence d’une forme de religion civile dans la République, en dépit de sa laïcité revendiquée. Le culte des droits de l’homme, élaboré dès les premiers mois de 1789, s’est en effet constamment perpétué dans la tradition républicaine, du centenaire de 1889 au bicentenaire de 1989, jusqu’à l’exaltation plus contemporaine de la France « pays des droits de l’homme »…

Bio-bibliographie de l’auteur : Valentine Zuber est historienne, spécialiste de l’histoire de  la liberté religieuse et de la laïcité en France et en Europe. Elle enseigne à l’École pratique des hautes études. Elle a notamment publié Les Conflits de la tolérance (2004) [ndlr. autour du procès de Michel Servet, des monuments commémoratifs qui lui ont été dédiés et plus largement des hérésies en général] ; avec Jean Baubérot : Une haine oubliée. L’antiprotestantisme avant le pacte laïque (2000) ; avec Fabienne Randaxhe : Laïcités-démocraties, des relations ambiguës (2003) ; et avec Jacques Huntzinger et Marjorie Moya, Laïcités et sociétés en Méditerranée (2012).

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Published by Valentine Zuber - dans la religion civile
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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 11:44

Dans le cadre d'un séminaire de formation animé par l'Eglise unitarienne francophone pour le compte de la Congrégation unitarienne du Rwanda, le rituel chrétien du lavement des pieds a été pratiqué lors du culte du dimanche 22 décembre 2013 (lien).

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le lavement des pieds
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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 10:23

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Published by Etudes unitariennes
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