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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 10:42

par Jean-Claude Barbier (à la suite de "la rivalité entre Pierre et l'autre disciple" et des articles précédents de la série "le tombeau vide"). L'article présent a été publié le jeudi 9 avril 09 dans les Actualités unitariennes et transféré ici.

Alors que les évangiles synoptiques citent volontiers Marie comme mère de Jésus en relatant la naissance de celui-ci, seul Jean l’évangéliste situe Marie à l’aube du ministère de son fils, avec son rôle d’intermédiaire lors des noces de Cana. Très beau texte et en plus fort sympathique qui a eu le succès qu’il méritait, mais dont le sens s’inscrit dans un contexte d’héroïsation de Jésus et donc bien ultérieur, à savoir celui d’un parallèle entre Jésus et Bacchus / Dionysos, demi-dieu dont l’exploit était de transformer de l’eau en vin (voir l’article de Béatrice Spranghers " Par delà de Dionysos " sur le site de Profils de libertés).


Par contre, les synoptiques témoignent d’une rupture de Jésus d’avec sa famille. Lors d’un passage dans son village natal, Nazareth, "les siens" cherchent à mettre la main sur lui afin de l’empêcher de continuer car, selon eux, il a perdu le sens ("... les siens sortirent pour s’emparer de lui, car ils disaient : " il est hors de sens ", Mc 3, 20-21). Plus tard, lorsqu’on dira à Jésus que sa mère et ses frères sont dehors et cherchent à lui parler, Jésus refuse de les recevoir et en profite pour discourir sur sa famille spirituelle " Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la pratiquent " (Lc 8, 19-21, parallèles avec Mc 3, 31-35 et Mt 13, 46-50).

La famille de Jésus est en contre point, à l’écart, en rupture. Telle est donc notre surprise * de la voir rappliquer le jour de la Pentecôte. Les disciples (Pierre et Jean d’abord nommés) sont réunis dans la chambre haute "avec les femmes et Miriâm, la mère de Iéshoua’, et avec ses frères" (Ac, 1, 13-14). L’iconographie chrétienne s’empressera de placer Marie au centre de la nouvelle communauté, ce que le texte ne dit pas.
* dans nos articles précédents, nous avons émis l’hypothèse d’un enlèvement (tout à fait légitime d’ailleurs !) du cadavre de Jésus par sa famille pour une inhumation définitive.

Par sa présence avec les disciples, la dite famille assume l’héritage social de leur fils défunt. Jacques, le frère de Jésus, qui n’est pas encore nommé le jour de la Pentecôte, s’imposera comme la figure majeure de la nouvelle communauté.

 Alors que les 3 synoptiques énumèrent les femmes qui sont présentes lors de la crucifixion de Jésus et de sa mise au caveau, puis qui se rendent au tombeau de dimanche matin pour procéder aux soins funéraires, seul Jean l’évangéliste cite la mère de Jésus ; mieux il la place au pied de la croix. Après le coup de Cana, on peut s’interroger sur la raison d’être de cette information bien tardive. D’autant plus que la scène est au bénéfice du " disciple que Jésus aimait " (qui rappelons le n’est pas Jean l’apôtre, le fils de Zébédée) : Jésus lui confie, avant d’expirer, le soin de s’occuper de sa mère. Lorsqu’on sait que les Romains tenaient la foule à distance, on ne peut que douter qu’un tel dialogue ait pu avoir lieu.  La peinture saint-sulpicienne ci-contre est bien romantique !

Bien entendu, on peut procéder à une lecture toute spirituelle : Marie incarne la nouvelle lignée des croyants, l’Eglise naissante – ce qu’avait déjà dit en d’autres termes la généalogie de Jésus selon Matthieu où l’Histoire sainte passe par des lignées ouvertes par des femmes (Tamar qui se prostitua, Ruth la Moabite, la femme adultère d’Urie, enfin " Miriam, de qui naît Iéshoua, dit messie " Mt 1,16).

Manifestement l’évangile de Jean récupère la figure de Marie à son profit. On montre aux pèlerins et touristes, encore de nos jours, la maison que Marie aurait habitée à Ephèse ; elle y aurait fini ses jours. Plus tard, en 431, ce sera à Ephèse qu’un concile condamnera le patriarche de Constantinople, Nestorius * qui renâclait à reconnaître que Marie était bel et bien " Mère de Dieu " dès lors que son fils était considéré comme Dieu incarné (par le concile de Nicée en 325).

* Nestorius pensait que la nature divine, éternelle, s’était unie à la nature humaine lors de la naissance du Christ (et non lors de la conception). La Vierge se voit ainsi refuser l’appellation de " Mère de Dieu ". Cette " hérésie " se répandit en Syrie et donna naissance à l’Eglise nestorienne.

Or Ephèse est la cité de la grande Déesse Artémis, haute figure féminine de l’Antiquité ; les chrétiens de cette ville, en récupérant Marie, lui opposent le culte marial. Bien joué ! ... même si c’est au prix d’un détournement de l’histoire réelle.

Et puis, le sens spirituel est sauf, Marie est la mère des chrétiens (à défaut, pour les unitariens, d'être mère de Dieu !).

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le tombeau vide
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