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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 04:54

En multipliant les sanctuaires sacrés comme autant d’autels aux dieux de la Nature, le paganisme a enchanté des espaces entiers, les protégeant ainsi bien avant l’heure de l’écologie. De leur côté, les grandes sagesses asiatiques qui ont su promouvoir le respect de toute vie. Mais les monothéismes religieux ont également contribué à ce respect de la Nature. Avec la civilisation musulmane, les surfaces irriguées, les oasis, les plantations d’arbres fruitiers et les jardins ont connu un âge d’or. En ce qui concerne le christianisme, on peut aussi énumérer de nombreuses réalisations et aussi des points forts d'une théologie ouverte à la Création entière.


D’abord, les chrétiens comme les Juifs s’inspirent des grands textes de la bible hébraïque : les récits de la création du monde où il est dit que celle-ci est bonne ; le sauvetage des espèces animales par le patriarche Noé (sur injonction divine !) à l’heure du Déluge ; les visions eschatologiques d’Isaïe où la paix règne entre les animaux (en rupture totale avec la chaîne alimentaire !) ; les psaumes pleins d’images animalières et végétales (lien) ; etc. Jésus continue cette inspiration biblique en évoquant les oiseaux et les activités rurales de sa Galilée natale.


La tradition chrétienne elle-même n’hésitera pas à présenter Jésus comme le bon berger réunissant son troupeau autour de lui, l’agneau rédempteur, ou bien encore comme le Christ cosmique régnant sur l’univers. Plus concrètement, les églises et les monastères seront des lieux qui cultiveront leur environnement en plantant des arbres, en entretenant des jardins fleuris, etc. Les ordres monastiques seront de grands défricheurs de forêts dans le sens d’un nouvel aménagement rural de l’espace (reboisement, plantations fruitières, irrigation, aménagement de marais où sévissait les « fièvres », entretien d’étangs, etc.). Les jardins de presbytères seront des conservatoires de légumes et de plantes médicinales (les « simples »). Par ses prières et bénédictions, par ses fêtes, l’Eglise accompagnera les communautés rurales, rythmant les saisons et les travaux des champs. Elle sera présente avec compassion aux drames de la mer et aux catastrophes naturelles.


Dans sa controverse théologique avec les cathares, l’Eglise catholique rejettera une vision dualiste du monde où le monde matériel serait l’œuvre d’un démiurge et non de Dieu lui-même (mais aura le tort d’en appeler au bras séculier et de mener croisade et inquisition). Dans ce contexte, saint Antoine de Padoue (1195-1231) adresse ses homélies aux poissons (puisque les « hérétiques » cathares ne veulent plus l’entendre ! … et afin de dire à sa façon qu’ils sont aussi des créatures du bon Dieu !) et saint François d’Assise (1181 ou 82 -1226) qui prêche aux oiseaux et écrit (en 1224) son célèbre « Cantique du frère Soleil » (ou « Cantique des créatures ») célébrant Dieu en sa création, premier texte en italien moderne et l'un des premiers grands poèmes italiens.


L’élan missionnaire multipliera des points d’ancrage dans le monde entier en faisant preuve d’un soucis d’aménagement tout à fait remarquable. Chaque mission locale s’entoure d’arbres, de fleurs et de jardins, s’assure de son approvisionnement en eau potable, gère son domaine avec le soucis d’économiser les ressources, etc. Ceci pour garantir son autonomie, parfois survivre en autarcie, en tout cas pour économiser les moyens et éviter le gaspillage, et à la fois pour montrer aux populations locales l’image d’un monde nouveau, moderne, christianisé, attractif. L’artisanat et la transformation des produits locaux sont à l’ordre du jour ; ils apportent des emplois et de l'argent. Le contraste est saisissant entre ces îlots de verdure entretenus avec soins par de multiples gestes quotidiens et les bâtiments administratifs résidentiels mis à la disposition des fonctionnaires au lendemain des Indépendances.

atelier-saint-joseph-fonde-par-le-p.-marc-de-rootz

Atelier Saint-Joseph à la mission de Nagasaki au Japon (lien) construit par le père Marc de Rotz (1840-1914, à Sotome près de Nagasaki de 1879 à 1911).


Enfin, la grande figure chrétienne moderne qui a su intégrer la Nature dans l’œuvre de Dieu est celle du théologien jésuite et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955)*. L’Eglise catholique craignit une dérive panthéiste et le condamna en 1923 à ne plus enseigner ni publier ; nonobstant, il n’en sera que plus lu ! Le parallèle protestant de cette figure, sera le biologiste Théodore Monod (1902-2000)*.
* Voir une présentation des thèses de ces deux auteurs par Jean-Claude Lacaze dans son livre récent « Le christianisme à l’ère écologique » (Paris, L’Harmattan, novembre 2013), pp. 43-50 (lien).

 

Au XXème siècle, les scoutismes catholiques et protestants sont l'occasion de faire découvrir la nature aux jeunes urbains. Des messes catholiques sont célébrées face à des paysages où les croyants peuvent admirer l'oeuvre du Créateur. La beauté des paysages grandioses est considérée comme une preuve de l'existence de Dieu, de sa providence.

 

Cependant, et Jean-Claude Lacaze ne cesse de le rappeler dans son livre, les Eglises elles-mêmes - hiérarchie catholique et synodes protestants - n'ont pas encore sonné la mobilisation de leurs fidèles sur la défense de l'environnement et sont jusqu'à présent absentes des grandes conférences mondiales sur ce thème. Aimer la Nature ne suffit pas ; il faut encore "sauver la planète" !

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 08:01

jean-claude_lacaze_christianisme_ecologie.jpgAprès « Le christianisme face à la crise écologique mondiale » publié en 2009 à Paris aux éditions L’Harmattan, 168 p. ( lien), Jean-Claude Lacaze persiste et signe avec « Le christianisme à l’ère écologique » aux éditions L’Harmattan, Paris, novembre 2013, 108 p., 12 € (et 9 € en version numérique), et en sous-titre "Tu aimeras ta planète comme toi-même" (lien). Il demande ni plus ni moins que les grandes religions se réforment afin d’intégrer la donne écologique et de sauver notre planète.


Présentation par l’éditeur :
La civilisation judéo-chrétienne a oublié la nature. Cette dernière se rappelle à nous avec la crise écologique mondiale qui est aussi une crise morale. Il s'agit de construire une éco-spiritualité capable de répondre aux défis soulevés par la destruction de la planète. François d'Assise, Teilhard de Chardin, Théodore Monod, mystiques chrétiens pro-nature, étaient dans cette mouvance. La « traditionnite » des trois monothéismes bloque toute refondation. On ne tourne pas indéfiniment le dos aux réalités écologiques ; c’est à partir de ces dernières qu’une spiritualité doit être construite, qu’un vrai dialogue entre les religions(qui doivent progressivement se repenser) peut s’établir. L’écologie est fédératrice ; elle est un élément de concorde entre les différentes Eglises chrétiennes et avec toutes les spiritualités et religions. Une nouvelle éthique s’impose donc, celle d’une éco-spiritualité, qui intègre aux acquis des grands courants religieux et spirituels ceux plus récents de l’écologie. C’est aussi une question de survie.


Présentation de l’auteur :

océanographe biologiste, docteur ès sciences, maître de conférences émérite au Muséum national d’histoire naturelle, Jean-Claude Lacaze se consacre aujourd’hui à la protection des espèces menacées. Ses recherches sur les effets des pollutions marines ont été conduites conjointement au Muséum, à l’Institut océanographique de Paris et dans plusieurs laboratoires maritimes. Il est l’auteur d’une centaine de publications scientifiques.

 

L'engagement des chrétiens unitariens :

Dans la logique de sa démarche, l’auteur a interpellé (par une lettre du 23 août 2013) l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) (lien) afin que celle-ci prenne en ce domaine ses responsabilités et mène campagne sur ce thème. En conséquence, elle a ouvert une nouvelle rubrique « AFCU (pour un engagement écologique) » (lien). Un prochain numéro de la Correspondance unitarienne portera sur l’unitarisme écologique.
C’est le site des Etudes unitariennes, avec sa rubrique « la religion écologique » (lien) qui continuera à mener une réflexion d’ordre générale sur cette question.

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 15:57

d'après les textes du Nouveau testament

L’évangile de Jean évoque la mort de Pierre. Cet évangile insistant sur les qualités de prophète de Jésus, c’est-à-dire annonciateur d’événements futurs, lui fait tenir ce propos lors d’une « apparition » post-mortem : « En vérité, en vérité, je te le dis [Jésus s’adresse à Pierre] : lorsque tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même et tu marchais où tu voulais ; mais lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras tes mains et un autre te ceindra et te portera où tu ne voudras. Il dit cela pour signifier de quelle mort il glorifierait Dieu. » (Jn 21, 20-23)
Tout imprégné de la polémique entre chrétiens et juifs, cet évangile est postérieur à la décision de l’assemblée de Yabneh / Yamnia (qui est le sanhédrin en exil sur la côte palestinienne) d’exclure les chrétiens de la synagogue : donc après la destruction du temple en 75 et après la décision prise (à la demande de Gamaliel II qui succède au fondateur de l’assemblée, Rabbi Johannan ben-Zakkaï. En plus ce texte un ajout postérieur à la première conclusion de cet évangile en Jn 20, 30-31 (donc plus tardif que la première rédaction).

Mais cela ne nous donne pas la date du martyre de Pierre !
Lorsque Paul arrive à Rome pour son procès, après l’hiver 61 qu’il a passé à Malte, Pierre n’est pas là ; il n’est pas encore là lorsque les Actes des apôtres achèvent leur récit par les deux années entières de Paul dans sa résidence surveillée (où il pouvait recevoir « Il recevait tous ceux qui venaient le trouver … » (Ac 20-31) ; par contre Jean surnommé Marc, son secrétaire et l’évangéliste que l’on connaît, est bien là et est cité dans l’une des dernières épîtres de captivité de Paul (celle adressée à Philémon, Phm 24) comme l’un des collaborateurs du prisonnier.
Mais Pierre n’est toutefois pas loin car on sait par Paul que des chrétiens de Corinthe (en Grèce) ont été baptisés par lui : cette communauté se querelle sur les allégeances induits par ces baptêmes selon qu’ils ont été fait par Apollos, Céphas (= Pierre) et Paul ! (1 Cor 1, 12) ; l’épître est datée vers Pâques 57.
Dans la littérature chrétienne, c’est la 1ère Epître de Pierre (5, 13) * qui affirme la présence de Pierre à Rome, avec celle de Marc que l’apôtre considère comme « son fils » : « L'Église des élus qui est à Babylone [= Rome] vous salue, ainsi que Marc, mon fils » (13).
* En note de la bible de Louis Segond : 1 Pierre 5, 13 Jean-Marc, neveu de Barnabas, auteur de l'évangile selon Marc (voir Ac 12,12 et 25 ; 13, 13 ; 15.37-39; Col 4.10 ; Phm 24). Le mot fils indique, semble-t-il, que Pierre l'a amené à la foi (comparer 1 Tm 1.2; Tt 1.4).
 

Pierre a donc été à Rome, mais quand ?
Lorsque Paul écrit son épître aux Romains (datée de l’hiver 57-58), il n’évoque pas Pierre. Est-ce une mesure de prudence afin d’éviter une persécution ? Vers 45, l'empereur Claude (41-54) avait en effet expulsé les juifs de Rome, judéo-chrétiens inclus (Ac 18,2).

 

d'après la littérature chrétienne des temps apostoliques

Dans la littérature clémentine, Pierre est décrit comme un prédicateur itinérant dans les villes de la province romaine de Syrie. Il remporte de nombreux succès contre la prédication de Simon le Mage * et initie au cours de ses déplacements Clément qui l'accompagne. Il le nomme par la suite évêque de Rome où il se rend et gagne un affrontement contre Simon le Mage. La légende raconte que ce dernier a tenté de voler pour impressionner l'empereur Néron et que par la prière, Pierre est parvenu à le faire tomber. Mais Clément Ier est le 4ème « évêque de Rome » et a régné de 88 à 97 ; Pierre était déjà mort !
* sur Simon le magicien, voir l’article sur Wikipedia ( lien).
Plus sérieux : les témoignages apostoliques sont unanimes pour situer les derniers moments de Pierre à Rome :  Papias de Hiéropolis (évêque de cette ville, en Phrygie, dans la première partie du IIe siècle) témoigne que Marc était l’interprète fidèle de Pierre et que c’est bien à Rome qu’il a rédigé son évangile (rapporté par l'historien Eusèbe de Césarée) ; ce même historien  s’appuie sur bien d’autres témoignages (cités dans l’article Wikipedia consacré à « Pierre, l’apôtre »,  lien) : Ignace d’Antioche (sa lettre aux chrétiens de Rome « Je ne vous donne pas des ordres comme Pierre et Paul »), le prêtre chrétien romain Gaïus, Denys de Corinthe et Zéphyrin de Rome. Clément évêque de Rome confirme lui-même dans sa Lettre aux Corinthiens datée de 96.
Le lieu est même donné : à proximité du Circus Vaticanus … à l'emplacement approximatif de l'actuelle basilique Saint-Pierre (voir l’article de Wikipedia consacré à la "nécropole vaticane",  lien), laquelle succède à la basilique que l’empereur Constantin Ier fit construire entre 326 et 333 (avec précisément une abside autour du trophée de Gaïus), devenue plus tard Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs.
A noter qu’aucune autre cité antique ne revendique la tombe de Pierre. Les historiens supposent que Pierre a été pris dans les rafles de la persécution déclenchée par Néron après l’incendie de Rome en juillet 64.

rome_basilique_saint_pierre_necropole_vaticane.jpg

en (1) le trophée de Gaïus sous la basilique actuelle ; partie en rouge sur le croquis ci-dessous

 

rome_trophee_de_gaius.jpgd'après les fouilles archéologiques :

Les fouilles de la nécropole du Vatican ordonnées dès 1940 par Pie XII dans les Grottes du Vatican à l'occasion de la mise en place du sarcophage de Pie XI (lequel avait émis le voeu d'être enterré le plus près possible de l'apôtre !), et confiées au jésuite Antonio Ferrua, ont mis en évidence un cimetière païen et chrétien contenant de nombreuses tombes et, au-dessous de l'autel et à la verticale exacte du sommet de la coupole, un monument culturel au-dessus d’une de ces tombes, trouvée vide, du premier siècle, mémorial, qui serait le « trophée de Gaïus » cité par Eusèbe de Césarée.
Une inscription sur l'un des murs de soutien (mur rouge) a été incisé un graffito dont subsistent les quatre caractères grecs ΠΕΤR, c’est-à-dire les quatre premières lettres du nom de Pierre, et au-dessous EN(I), ce qui serait, selon Margherita Guarducci, une archéologue italienne *, la forme abréviative de εν εστι, mot à mot « dedans est ». Jérôme Carcopino, qui défendait l'hypothèse d'un transfert temporaire des reliques lors de la persécution de Valérien, lisait au contraire EN(Δ), ενδει « il manque ». Une cachette aménagée sur un mur perpendiculaire (mur G), découverte en 1953, contenait les ossements d'un individu de sexe masculin âgé de soixante à soixante-dix ans, de robuste constitution. Une expertise menée par Margarita Guarducci avec l'anthropologue Correnti permet de penser qu'il s'agit bien des ossements qui figuraient dans la tombe, car la terre à laquelle sont mêlés les ossements est du même type que celle qui se trouve devant le trophée de Gaïus.

* Margherita Guarducci est décédée en 1999. Pour un historique de ses fouilles vaticanes (lien).

 

Mais s'agit-il de Pierre ? Plusieurs faits vont dans ce sens :
- les ossements ont été conservés dans un tissu précieux de couleur pourpre, et brodé de fil d'or, ce qui indique un personnage illustre
- aucun os des pieds n'a été retrouvé : cela pourrait indiquer qu'on a coupé ceux du défunt (ce qui était commun aux suppliciés qui mouraient la tête en bas afin de la décrocher de la potence) ; ors les Actes de Pierre (un apocryphe du IIème siècle) indique que Pierre fut crucifié dans cette position.
- les rotules étaient abîmées comme peuvent l'être celles de pêcheurs qui poussent leur bateau à la mer.
- l’homme est de constitution robuste, ce qui va dans le sens des évangiles qui décrivent un homme énergique et qui portait une épée lors des déplacement du groupe,
- il a vécu au Ier siècle,
- et il est décédé entre 60 et 70 ans.

 

Devant 60 000 personnes le pape François a célébré dimanche 24 novembre 2013 une messe place Saint-Pierre. Il tenait dans ses mains un reliquaire contenant ces ossements. Déjà Paul VI avait annoncé en 1968 qu'il s'agissait très probablement des restes de l'apôtre Pierre.

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 08:14

Les exemples seront pris dans le Nouveau testament

1 – référenciation du texte :
La Bible étant une bibliothèque, il convient d’indiquer le livre où on lit le texte :
évangiles de Matthieu (Mt), Marc (Mc), Luc (Lc), Jean (Jn) ; Actes des apôtres (Ac) ; épîtres de Paul aux Romains (Rm), Corinthiens (1 Co, 2 Co), Galates (Ga), Ephésiens (Ep), Philippiens (Ph), Colossiens (Col), Thessaloniciens (1 Th, 2 Th), à Tite (Tt), Philémon (Phm) ; Epître aux Hébreux (He) ; Epîtres de Jacques (Jc), Pierre (1 P, 2 P), Jean (1 Jn, 2 Jn, 3 Jn), Jude (Jude) ; Apocalypse (Ap).
Les textes ont été découpés en chapitres et en versets : Mt 1, 1-3 (Matthieu, premier chapitre, versets 1 à 3), Mt 1, 1 et 3 (versets 1 et 3)


nouveau_testament_livres.jpg

 

2 – Qui en est l’auteur ?
Attention car à l’époque Antique des textes peuvent être attribués à une célébrité afin d’en faciliter la diffusion. Par exemple l’épître aux Hébreux fut attribuée à tort à Paul ; or elle est d’un style très différent. Ce sont des pseudonymes.
Attention car un même prénom peut concerner des personnes différentes ; par exemple qui est Matthieu l’évangéliste ? le publicain que Jésus recrute (Lévy, Matthieu) et qui écrit en araméen une première version ? et qui est le traducteur en grec ayant adjoint de nouveaux textes (entre autres la généalogie et la naissance de Jésus en complément de Luc, les mages, le massacre des Innocents, la fuite en Egypte, les gardes romains du tombeau) selon la version que nous lisons ? Et qui est Jean l’évangéliste ? l’apôtre Jean ou plutôt « le disciple que Jésus aimait » ?

3 – autres auteurs du même texte ?
Des auteurs contemporains ? ce sont alors des parallèles, par exemple entre les évangélistes (Matthieu, Marc, Luc, Jean). Se pose alors la question de savoir qui a copié l’autre, ou encore s’il y a eu une source commune (hypothèse de la source « Quelle »). Luc nous dit qu’il y avait des évangiles antérieurs au sien : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des évènements accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui devinrent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, il m’a paru bon à moi aussi, qui m’étais informé avec précision de tout depuis les origines, de t’en écrire avec ordre, illustre Théophile, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des paroles que tu as reçues. » (Lc 1, 1-4). Sans doute avant Luc, le Matthieu araméen et Marc.
Ou encore des auteurs ultérieurs (à partir du IIème siècle) : écrits apostoliques des pères de l’Eglise et des apocryphes

4 – connaître l’auteur
Que sait-on de son histoire personnelle, de ses apports originaux, de sa théologie et de ses idées fortes, de ses polémiques, du milieu pour lequel il écrit, de la langue qu’il utilise (hébreu, araméen, grec), de son style, etc.

5° situer l’auteur dans son contexte historique
Les textes du Nouveau testament s’échelonnent de la mort de Jésus (date généralement admise : la pâque de l’an 30) à la fin du Ier siècle, avec dans l’ordre (selon notre proposition) :
a) dans l’évangile de Jean, le témoignage contemporain du Disciple que Jésus aimait, lequel fait partie des élites sacerdotales de Jérusalem (lien), avec des textes inédits par rapport aux synoptiques : le baptême de Jésus, Jésus à Cana, à Béthanie en Judée (chez Marie avec son frère Lazare et sa sœur Marthe), les guérisons et les polémiques à Jérusalem, la participation de Jésus aux fêtes liturgiques, la Passion, etc.
b) le Matthieu araméen (dont l’existence est avérée au IIème siècle chez les Nazôréens exilés à Pella en Jordanie, mais dont on n’a pas le manuscrit).
c) Les premières épîtres de Paul qui rendent compte du kérygme des nazôréens (judéo-chrétiens) avec un culte naissant à Jésus
d) pour plusieurs auteurs, une source purement hypothétique dont on a retrouvé aucun texte et qui n’est mentionnée par personne : la source « Quelle » (en allemand, source documentaire = quelle), en abrégé (Q) ; serait une liste de logia (sing. un logion) (paroles de Jésus qui auraient été recueillies par son entourage, et mises en liste sans ordre chronologique à la façon de l’Evangile de Thomas qui est un document gnostique du début du IIème siècle) et dont la découverte a causé beaucoup d’engouement chez les partisans d’un Jésus philosophe.
e) Marc qui accompagna les première prédications de Pierre à Rome en sa qualité de secrétaire (mais ajout ultérieur d’un appendice après conclusion (Mc 16, 9-20).
f) Luc (évangile et Actes des apôtres) qui a pu recueillir des informations inédites en Judée lors de la captivité de Paul à Césarée de la pentecôte 58 à l’automne 60 (voir son évangile de l’Enfance et sa généalogie de Jésus) et dont les Actes des apôtres relate l’arrivée de Paul à Rome en 61 après un hiver passé à Malte, puis sa résidence surveillée durant deux ans ; ce qui fait l’an 63 pour les faits mentionnés par Luc).
e) le Matthieu grec qui est la traduction du Matthieu araméen, auquel ont été ajoutés des compléments en réponse aux polémiques juives comme par exemple la garde romaine du tombeau à la demande des autorités juives (28, 11-15) ou encore à Luc : une généalogie plus structurée (3 listes de 14 générations) et mettant en lumière une lignée qui passe par des femmes (Thamar, Ruth, la femme d’Urie, Marie « de laquelle naquit Jésus ») (Mt 1, 1-17), l’annonciation côté Joseph (1, 18-25), la venue des mages (2, 1-12), la fuite en Egypte (2, 13-15) puis le retour à Nazareth (2, 19-23), entre temps le massacre des Innocents (2, 16-18).
f) une chronologie longue pour les évangiles synoptiques (Marc, Matthieu grec et Luc), dits ainsi car ils traitent souvent des mêmes évènements compte tenu que tous les trois annoncent la destruction de Jérusalem : Jésus pleure sur Jérusalem (Mc 13, 2 ; Mt 24, 2 ; Lc 21, 6 et plus développé en 19, 41-44. Cela veut-il dire qu’il s’agisse d’un récit postérieur à la prise de la ville par Titus et l’incendie du Temple août et septembre 70 ? d’où une chronologie longue proposée pour ces évangiles qui seraient postérieurs à l’événement et l'auraient inclus rétroactivement (les textes sont apologétiques et veulent affirmer que Jésus est bien un prophète qui a annoncé à l’avance le drame). Mais on peut dire aussi que cela fait partie de la littérature apocalyptique en usage entre autres dans les textes messianiques et que Jésus a très bien pu dire cela de Jérusalem comme il avait maudit les cités des rives du Lac de Galilée qui rejetaient son enseignement (Mt 11, 20-24 ; Lc, 10, 13-15) et aussi pour nous dire que nul n’est prophète en son pays (Jérusalem tout comme Nazareth !) Cela peut être aussi un ajout ultérieur que nous trouvons dans les manuscrits qui nous sont parvenus (dont les plus anciens remontent seulement au IIème siècle).
g) l’épître de Jude : après la lapidation de son frère aîné Jacques en 62, chef spirituel de la communauté nazoréenne de Jérusalem (lien).
h) La deuxième épître de Pierre reprend ce texte de Jude en l’expurgeant des références aux apocryphes juifs.
i) l’évangile et les épîtres de Jean : sans doute le Disciple que Jésus aimait, immigré à Ephèse après la chute de Jérusalem et l’exil du Sanhédrin à Yabneh (Yamnia), et tenant compte de la décision de Gamaliel II d’exclure les chrétiens des synagogues (vers 90 ?) d’où la tonalité anti-juive (alors que les judéo-chrétiens sont des Juifs !). Textes valorisant le rôle de témoin du Disciple face à Pierre qui est le leader reconnu, également en contre point des synoptiques : le rôle des Judéens dans l’entourage de Jésus (ses amis de Béthanie, les notables favorables à Jésus tels que Nicodème et Joseph d’Arimathie) ou encore Nathanaël (= Barnabé l’un des Douze ?) à Cana ; également le rôle de Marie (qu’il est seul à placer à Cana et au pied de la Croix), figure féminine dont la tradition situe la fin de vie à Ephèse (dans une ville dominée par la grande déesse Artémis)  ; enfin le racolage des Samaritains avec le récit de la Samaritaine (Jn 4, 1-42).
j) l’Apocalypse à l’époque des premières persécutions des chrétiens par les empereurs romains (Néron en 65 après l’incendie de Rome en juillet 64 – mais seulement à Rome, Domitien en 95, Trajan dans les années 110).

6 – quel est le fait historique ?
La descente de l’Esprit sur Jésus ou bien son baptême par Jean-baptiste ? Une « transfiguration » ou bien le choix des Trois (Pierre et les fils de Zébédée que sont Jean et Jacques) ? Une résurrection ou bien l’absence du cadavre qui avait été mis provisoirement dans le tombeau prêté par Joseph d’Arimathie la veille d’un sabbat ?
D’une façon général l’historien ne peut pas avaliser comme objectifs des guérisons « miraculeuses » (il dira tout simplement « non expliquée » s’il y a eu effectivement guérison soudaine), des miracles qui contredisent les lois naturelles (conception, virginité de la mère, marche sur l’eau, etc.), des résurrections (à moins que ce soit une sortie de coma), des apparitions ou visions (qui sont des hallucinations), des ascensions (Hénoch, Elie, Jésus). A noter que l’exorcisme (que Jésus pratique) peut avoir des effets thérapeutiques tout à fait spectaculaires et efficaces ; il en est de même de la relation personnelle (psychologique) que Jésus sait établir avec les demandeurs de ses soins.

7 – quel est le genre littéraire choisi par l’auteur ?
Le ton des chroniques situant l’évènement dans son contexte et le situant chronologiquement, comme par exemple l’entrée en scène de Jean-Baptiste selon Luc (3, 1-3) : « Or, en l’an quinze du principat de TibèreCésar, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide, Lysanias tétrarque de l’Abilène, sous le grand prêtre Anne et Caïphe, il y eut une parole de Dieu sur Jean, le fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans toute la région à l’entour du Jourdain, proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés ». Ou encore la passion de Jésus dans l’évangile de Jean.
Le ton du témoignage oculaire : le Disciple que Jésus aimait qui se met en scène dans l’évangile de Jean (avec André le frère de Simon-Pierre, il fut premier à suivre Jésus Jn 1, 35-39 ; il pose la tête sur la poitrine du Maître lors de la Cène Jn 13, 21-26 ; il est le premier à arriver en courant au tombeau après que les femmes leur aient signifier la disparition du cadavre et laisse Pierre y entrer le premier Jn 20, 2-10 ; etc.).
L’affirmation de la transmission fidèle (insistance entre autres dans l’épître de Jude et l’évangile de Jean)
La littérature sapientielle : les paraboles où Jésus excelle, les conditions et les conseils pour entrer dans le Royaume de Dieu,
Des résumés comme le Magnificat où un résumé de la sagesse biblique est mise dans la bouche de Marie (Lc 1, 46-56) ; toujours chez Luc seul, les disciples d’Emmaüs qui explique comment les disciples ont pris conscience que Jésus était ressuscité en confrontant sa disparition du tombeau aux textes messianiques (Lc 24, 13-35).
Des discours théologiques que l’évangéliste Jean met dans la bouche de Jésus.
L’écho des polémiques entre Jésus, les saducéens, les pharisiens et les scribes, les hérodiens, etc.
Des récits de guérisons, de résurrections et des miracles contre les lois naturelles (transformation de l’eau en vin à Cana, marche sur l’eau)
Des légendes naissantes porteuses d’un sens théologique : dans Luc et dans le Matthieu grec, enfances de Jean-Baptiste et de Jésus, leur cousinage, la naissance miraculeuse de Jésus, l’adoration des mages, la fuite en Egypte, la présentation de Jésus au Temple, etc.
Des prières : le Notre Père (Mt 6, 9-15 et Lc 11, 1-4).
Des théophanies avec la colombe qui descend sur Jésus lors de son baptême (selon les 4 évangiles), puis la transfiguration (Mt 17, 1-9 ; Mc 9, 2-10 ; Lc 9, 28-36), éclipse et tempête qui déchire en deux le rideau du Temple lorsque Jésus meurt,
Des prophéties : Jésus et Nathanaël, annonce de la ruine de Jérusalem
Des visions  les apparitions après la mort de Jésus, la nappe remplit de victuailles que Pierre voit en allant à Césarée, l’Apocalypse de Jean
Des apocalypses : Jésus décrivant la Géhenne, pleurant sur Jérusalem, et bien entendu l’Apocalypse de Jean.
Des évènements qui étaient annoncés par les textes messianiques (et qui se trouve ainsi justifiées et réciproquement) : la naissance de Jésus à Bethléem et son enfance à Nazareth (selon Matthieu), le massacre des Innocents, Jean-baptiste le précurseur (dans la version chrétienne), l’entrée à Jérusalem de Jésus juché sur un ânon, le renversement des tables des vendeurs (puisqu’il n’y aura plus besoin de culte selon Zacharie).
Du merveilleux avec les annonciations de l’archange Gabriel à Zacharie, Marie, et Joseph, et l’intervention des anges pour souligner l’importance d’un évènement (aux bergers de Bethléem, aux femmes qui viennent au tombeau pour la toilette funéraire de Jésus)
Des textes liturgiques : les hymnes christiques dans les épîtres de Paul et avec le Prologue de l’évangile de Jean.

8 – de l’utilisation des textes :
Connaître le programme et la théologie de Jésus et des nazôréens
Vivre un compagnonnage avec Jésus et ses premiers disciples ;
Suivre un maître spirituel pour l’éveil et la découverte de la Vérité
Etre en relation avec Dieu à partir de l’enseignement de Jésus (Jésus nous montre Dieu)
Usage liturgique : lectures en communauté, lors des rencontres, cultes, ou rites, mais ne pas oublier de situer les textes dans leur contexte historique.
Usage pédagogique à partir d’une implication subjective : Qu’aurais-je fait si j’avais été contemporain de Jésus ? Qu’est-ce que Jésus aurait fait s’il était à ma place ? Qu’est-ce qui m’a touché personnellement dans ce texte ? Qu’est-ce que vous avez aimé ou pas aimé, et pourquoi ? mais attention aux anachronismes !

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Published by Jean-Claude Barbier - dans exégèse biblique
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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 05:18

ariel_alvarez_valdes_enigmes_de_la_passion.jpegLes révoltes politiques que Jésus a connues et son message du Royaume, par Ariel Alvarez Valdés, théologien et bibliste argentin, paru dans Exodo, trimestriel de langue espagnole, n° 106, décembre 2010, traduit en français et reproduit par Edouard Mairlot dans son article Le "Royaume" selon Jésus : les leçons d'une histoire mouvementée ? (Libre pensée chrétienne, n° 23, juillet-août-septembre 2013, pp. 4-8, lien). Nous remercions la revue LPC et Edouard Mairlot pour leur autorisation de reproduire ce texte.

Ariel Alvarez Valdès présentant son livre Los enigmas de la Pasion de Jesus

 

Une secousse politique à deux pas de la maison 

En l’an 4 av. J-C., mourut le roi Hérode alors que Jésus n’était qu’un enfant de deux - trois ans et qu’il vivait à Nazareth. Hérode avait gouverné le pays d’une main de fer durant près de quarante ans, si bien que sa mort provoqua un grand vide du pouvoir. De violentes manifestations explosèrent alors dans tout le pays.

La première eut lieu à Séforis, tout près de la maison de l’enfant Jésus. C’était une ville riche et puissante, à 6 km de Nazareth. Judas, un personnage issu des classes les plus populaires de Galilée, qui était à la tête d’un groupe de brigands depuis un moment, dirigeait la révolte. Profitant de la mort d’Hérode, il prit d’assaut le palais royal de Séforis et s’empara des armes qui y étaient entreposées. Il équipa ses hommes avec celles-ci, pilla les réserves qui se trouvaient là, et se proclama roi d’Israël. Fort du soutien de ceux qui le suivaient, il en vint à contrôler toute la région de Galilée, y inclus Nazareth où Jésus vivait avec ses parents.
Peu après, dans la province de Pérée, à l’est de Jérusalem, un homme appelé Simon, ancien esclave d’Hérode, se souleva lui aussi et, à la tête d’une horde nombreuse, mit le feu à un autre palais royal qu’Hérode avait à Jéricho et il s’y proclama roi.
Finalement au sud, dans la province de Judée, un berger d’une force physique énorme appelé Atronge, prit également la couronne royale et, avec ses quatre frères qu’il nomma généraux, il soumit toute la région.
Les leaders de ces révoltes furent appuyés par les gens et jouirent d’une grande popularité. D’abord parce qu’ils étaient tous Juifs, et que cela faisait longtemps que le peuple avait la nostalgie d’un roi autochtone. Hérode, en effet, n’était pas Juif mais Iduméen. Tous ces dirigeants étaient de plus à la fois d’origine modeste et  charismatiques, comme l’avait été le grand roi David. Tous ces leaders avaient donc, d’une certaine façon, réussi à raviver les espérances jamais oubliées d’un roi Messie qui viendrait libérer le peuple de l’oppression étrangère.


Quand les rêves sont réduits à néant

La survenue de ces trois chefs, qui s’autoproclamaient Messie, suscita partout toute une agitation enthousiaste si bien que la Palestine se vit rapidement engagée dans la violence et les délires d’une libération.
Face à cette révolte généralisée, la réaction de Rome ne se fit pas attendre. Le général Publius Varus, installé à ce moment en Syrie, prit immédiatement trois légions et marcha contre les révoltés. Il alla d’abord en Pérée où il étouffa le mouvement de Simon. Il écrasa ensuite les rebelles d’Atronge en Judée et en crucifia plus de 2.000 près de Jérusalem. Mais le châtiment le plus dur fut pour la Galilée, la patrie de Jésus. Varus assiégea Séforis, fit prisonnier et exécuta Judas, mit le feu à la ville, réduisit en cendres tous ses édifices, et finalement, parce qu’ils avaient appuyé Judas, fit vendre comme esclaves tous ses habitants.
C’est ainsi que la brutale répression romaine mit fin à ces tentatives d’inspiration messianique qui avaient éveillé tant d’attentes parmi le peuple. L’importance des troupes que Varus dut utiliser pour les réduire montre bien l’énorme soutien populaire dont elles avaient profité. Le souvenir de la "guerre de Varus", comme on l’appela par la suite, resta à jamais gravé dans la mémoire juive comme un des épisodes les plus sanglants auquel le peuple juif eût été affronté.
Pendant ce temps, tout près de là, l’enfant Jésus vivait sans souci dans les bras de  Marie, sans se préoccuper de ces terribles châtiments et crucifixions dont souffrait sa patrie, et sans encore rien comprendre de qui peut être ce Messie ou des causes sous-jacentes aux soulèvements en cours.


Seul Dieu pouvait le percevoir

En l’an 6 ap. J-C., Jésus étant déjà un adolescent d’environ 13 ans, une seconde vague de résistance à Rome se souleva dans le pays. Cette fois, les conséquences furent encore plus graves que les fois précédentes. A nouveau, le centre du soulèvement fut la Galilée où vivait Jésus. Il a donc dû connaitre tous les détails de ces troubles.

L’initiateur en fut un maître religieux, appelé Judas le Galiléen. Il fut provoqué par un changement dans l’administration dans le sud du pays, c’est-à-dire les provinces de Judée, Samarie et Idumée qui, jusqu’alors, étaient dirigées par un gouverneur juif [ndlr - Archélaüs, ethnarque de Judée et de Samarie]. En l’an 6, les Romains le destituèrent parce qu’il ne les satisfaisait pas, annexèrent le territoire à Rome et l’administrèrent directement par un préfet. Ils créèrent en conséquence un nouvel impôt appelé tributum soli (impôt sur le sol).
Le Grand Prêtre de Jérusalem soutint la mesure pour éviter de plus grands maux et ordonna d’accepter cet impôt. Mais Judas n’en tint pas compte et réagit violemment contre ce dernier. Bien que né à Gamala, au nord de la Galaunitide, et qu’en conséquence le nouvel impôt ne le concernât pas, il vint à Jérusalem et de là commença à exhorter la population à ne pas le payer. L’argument qu’il donnait était clair : Dieu est l’unique propriétaire de la terre, et en conséquence, l’empereur n’a pas le droit de lever des impôts sur le sol d’Israël.
L’insurrection de Judas n’était pas militaire, comme les précédentes, mais pacifique. Judas ne prétendait pas se proclamer messie, mais il voulait la reconnaissance de Dieu comme roi du pays et de ses droits sur son sol. C’était donc un mouvement "théocratique", religieux, non violent, qui cherchait à imposer des idées et non pas des structures. Mais en mettant en question l’impôt de Rome il défiait l’autorité impériale et, avec elle, la présence romaine en Palestine. Les Romains le considérèrent donc comme dangereux, d’autant plus qu’il était parvenu à ce que tout le pays soit de son avis. Ils le poursuivirent donc, le prirent et le tuèrent sans ménagements. (Ac 5, 37)
A ce moment, Jésus déjà adolescent avec ses treize ans, dans l’atelier de Nazareth, apprenait de son père comment devenir un bon artisan. […]

Plonger les gens dans l’eau
   
C’est en l’an 26, Jésus étant déjà un adulte, qu’un troisième mouvement apparut dans le pays. Son fondateur était Jean le Baptiste, un austère prédicateur de la province de Judée.
Jean avait vu comment tant la violence (celle des groupes messianiques) que l’affrontement aux autorités (dans le groupe théocratique) avaient fait échouer les essais de changement qui l’avaient précédé. C’est pourquoi il décida de fonder un autre courant, un mouvement prophétique, qui mettait plutôt en avant le ressourcement intérieur d’un chacun. Il s’installa dans le désert de Judas et se mit à y annoncer son message.
Ce que Jean enseignait était que le peuple d’Israël traversait une crise profonde, dont la cause était sa rébellion contre Dieu, c’est-à-dire son péché. Jean invitait en conséquence à cesser d’offenser Dieu, à confesser ses péchés, à se faire baptiser comme signe du changement, et ensuite à rentrer chez soi dans l’attente du jugement final qui était tout proche (Mt 3, 7-10).  Qui ne le faisait pas courait le risque d’être annihilé quand viendrait le châtiment divin qui était imminent.
Le pouvoir d’attraction qu’exerçait Jean était impressionnant, et son annonce fut un choc dans la société de son temps si bien que l’on accourait de toute part pour l’écouter, se faire baptiser et se proclamer disciple du Baptiste.
Son message, bien qu’éminemment religieux, avait également des implications politiques. L’arrivée du Royaume de Dieu qu’il annonçait, signifiait en même temps la disparition des divers pouvoirs oppresseurs des juifs, entre autre les autorités civiles.
Pour s’être attaqué aux mœurs d’Hérode Antipas, celui-ci l’élimina. […]

A la recherche d’un autre péché

Quand, au début de l’an 27, Jésus sortit pour prêcher, et qu’il chercha à créer un mouvement de résistance, il connaissait divers modèles et pouvait s’en s’inspirer et choisir. Mais il avait appris la leçon que lui donnaient ses prédécesseurs. C’est pourquoi il ne fonda pas un mouvement messianico-militaire, comme celui de Simon ou d’Atronge, invitant les gens à l’insurrection armée. Il ne fonda pas non plus un mouvement théocratique, comme celui de Judas le Galiléen, pour changer la société grâce à la résistance passive à l’autorité. Et bien qu’il fût disciple de Jean Baptiste, il n’opta pas non plus pour un mouvement prophétique comme le sien, plus préoccupé de ne pas offenser Dieu que de changer intérieurement.
Jésus chercha une quatrième voie. Il avait compris que le Royaume de Dieu, la transformation sociale, la rénovation anxieuse pour laquelle chefs et mouvements révolutionnaires avaient lutté, n’aurait lieu que si les hommes s’occupaient avec amour de la souffrance de l’autre. Alors que Jean avait basé sa prédication sur l’élimination du péché du monde (Mc 1.4), c’est-à-dire sur le fait que l’on cesse d’offenser Dieu, Jésus avait compris les choses autrement. Pour lui, le péché n’était pas quelque chose qui offensait exclusivement Dieu, mais qui offensait, faisait du mal et humiliait avant tout l’homme  (Mt 18.15-21 ; Lc 15.18 et 17.3-4).
C’est pourquoi il montra une grande préoccupation pour la souffrance humaine, et il centra tout son effort pour guérir les malades (Mc 1.34), donner à manger aux affamés (Mc 6 30-34), guérir les possédés (Mc 5.1-20), ressusciter les morts (Mc 5.35-43) et mettre en place la justice sociale (Lc 19.1-10). […].

 

fundacion_dialogo.pngNé en 1957, l'auteur fit des études bibliques chez les franciscains de Jérusalem, devint prêtre et enseigna dans des séminaires catholiques en Argentine. A partir de 1995, il entra en conflit avec la Congrégation de la foi qui n'appréciait pas la distinction qu'il faisait entre le Démon (Satan) et les démons (qui pullulaient à l'époque et étaient causes des maladies !), et surtout de diffuser largement ses textes au lieu de les réserver à un public spécialisé. Il quitta le ministère sacerdotal en 2009 et fonda la Fundacion para el dialogo entre la cienca y la fe. Dans une série intitulée "Enigmas de la Biblia", il continue son oeuvre de vulgarisation biblique comme par exemple son article (qui a été traduit en français) "Quel fut le premier miracle de Jésus ?" ( lien).

Ajout du 14 septembre : de nombreux articles ont été traduits en français par la revue jésuite suisse : "Choisir" (lien) et peuvent être téléchargés.

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Published by Ariel Alvarez Valdès - dans les sectes juives
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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 09:09

Les textes du Nouveau testament (NT) ont été reconnus comme véridiques par les pères de l'Eglise et autres auteurs avant que le 3ème concile de Carthage (397) ne se prononce "officiellement" sur leur valeur. Par opposition, les textes non retenus sont déclarés apocryphes, c'est à dire non conseillés aux chrétiens. Le tableau suivant a été publié par les Témoins de Jéhovah ; nous remercions Fabien Girard de nous l'avoir fait parvenir.

 

La ligne d'en haut nous donne les textes qui compose le NT : Evangiles (Matthieu, Marc, Luc, Jean), Actes des apôtres, Epîtres de Paul (Romains, 1 Corinthiens, 2 Co., Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1 Thessaloniciens, 2 Th., 1 Timothée, 2 Ti., Tite, Philémon), autres épîtres (Hébreux, Jacques, 1 Pierre, 2 P., 1 Jean, 2 J., 3 J., Jude), Révélation (Apocalypse)
En ligne verticale, la liste des auteurs ou documents qui ont catalogué les textes : Canon de Muratori (Italie, 170 ap. J.-C.), Irénée (Asie Mineure, 180), Clément d’Alexandrie (190Tertullien (Afrique du Nord, 207), Origène d’Alexandrie (230), Eusèbe (Palestine, 320), Cyrille de Jérusalem (348), liste de Cheltenham (Afrique du Nord, 365), Athanase d’Alexandrie (367), Epiphane (Palestine, 368), Grégoire de Nazianze (Asie Mineure, 370), Amphilocius (Asie Mineure, 370), Philastre (Italie, 383), Jérôme (Italie, 394), Augustin (Afrique du Nord, 397), 3ème concile de Carthage (397).
En légende, l'appréciation : A = accepté sans conteste comme biblique et canonique ; D = douteux pour certains milieux ; DA = D. mais accepté par le catalogueur ; ? = incertain quant à la leçon du texte (par rapport à la Bible) ou la façon dont le livre mentionné est considéré ; en blanc = le livre n’a pas été utilisé ou mentionné.

ecritures_chretiennes_et_admission_canonique.jpg

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 10:09

Un article publié dans la rubrique "le vocabulaire religieux" du site de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU), le 26 août 2013 (lien), donnant un bref historique des différentes "vagues" évangéliques depuis la Réforme luthérienne du XVIème siècle. 

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 14:52

pierre_VI_siecle_monastere_sainte_catherine.jpgIl convient de revenir aux textes car la tradition catholique fait de Pierre le premier évêque d’Antioche et de Rome, alors que l’institution épiscopale n’apparaît qu’au début du IIème siècle avec élection locale à l’appui (voir les épîtres d’Ignace, évêque d’Antioche, martyr vers 110) – ce qui est un total anachronisme. Quant au titre de pape, décerné à l’évêque de Rome, il sera encore beaucoup plus tardif ! Il y a là confusion avec le rôle de missionnaire que Pierre a joué en sa qualité d’apôtre, rendant visite à diverses communautés naissantes (il en sera de même de Paul à Rome et de Marc à Alexandrie). Mais l’exégèse protestante, en prenant le contre-pied de la catholique tombe dans l’excès inverse en déniant à Pierre tout rôle sortant des rangs.
Icône de saint Pierre, Monastère Sainte-Catherine du Sinaï, VI° siècle
 

Rappelons donc les textes :

- Simon, que Jésus renommera Pierre, est fils d’un nommé Jean (Jn 1, 42), pêcheur à Bethsaïde au bord du lac de Galilée. Il a un frère qui est André (Jn 1, 40-42). Lui-même et son frère, mais aussi ses « compagnons » Jacques et Jean fils de Zébédée, sont pêcheurs. Simon possède une barque (Lc 5, 3) ; le vieux Zébédée, toujours actif et qui travaille avec ses fils et des « hommes à gages », lui aussi (Mt 4, 22 ; Mc 1, 20). Ils pratiquent tous la pêche à l’épervier, lançant le filet au-dessus des eaux (Mt 4, 18 ; Mc 1, 16 ; Lc 5, 2). Par métaphore, Jésus les invitera à le suivre et à devenir des pêcheurs d’homme (Mt 4, 19 ; Mc 1, 17 ; Lc 5, 10).


- selon l’évangile de Jean (seul, Jn 1, 37-42), Pierre fait partie des disciples galiléens de Jean le Baptiste (après le Disciple et André son propre frère, il aurait été le troisième à rallier Jésus). Avec son frère André, mais aussi avec Philippe (Jn 1, 44), il forme une petite cohorte originaire de Bethsaïde.


- lors de son ministère en Galilée, Jésus ne s’installe pas à Nazareth, son village natal, mais à Capharnaüm (Mt 4, 13 ; Jn 2, 12). Il est chez Pierre, lequel habite chez sa belle-mère. Celle-ci sera d’ailleurs l’une des tous premières à bénéficier de ses dons de guérisseur (Jésus lui ôte un état fiévreux Mt 8,14 ; Mc 1, 29-31 ; Lc 4, 38-39). André vit également là (Mc 1, 29). Bref, Jésus y installe le QG de son mouvement ! C’est à partir de là qu’il part visiter les autres villages. Lorsqu’il s’absente sans prévenir, c’est l’émoi dans son entourage ! (Mc 1, 35-38 ; Lc 4, 42-43).


- Jésus change le nom de Pierre : « L’ayant regardé, Jésus dit : ‘Tu es Simon, le fils de Jean, tu t’appelleras Cephas’ – ce qui se traduit : Pierre » (Kephas en araméen). Pour l’évangéliste Jean (Jn 1,42), ce fut lors de leur toute première rencontre (là où Jésus fut baptisé). Ce changement de nom (que la tradition chrétienne a maintenu avec le changement de nom des religieux) confère à la personne concernée une nouvelle identité et un destin ainsi prophétisé. Il est la marque aussi d’une intronisation : Jésus en renommant Pierre assure sur lui son emprise - comme Adam nommant les animaux à l'invite de Dieu s’assure de sa domination sur eux ! (Gn 1, 10-20).


- D’une façon générale, il est toujours nommé en premier. Lorsque Jésus quitte seul Capharnaüm, avant l’aube (« Et le matin, très à la nuit » Mc 1, 35), sans crier gare, c’est Simon « et ses compagnons » qui partent immédiatement à sa recherche et le trouvent (Mc 1, 36). Pour Luc (Lc 5, 10), dans l’épisode de la pêche miraculeuse, c’est à Simon seul à qui Jésus s’adresse pour lui dire qu’il sera pêcheur d’hommes : « Et Jésus dit à Simon : ‘N’aie pas peur ; désormais tu prendras des hommes » (pour Matthieu et Marc, c’est aux 4 prêcheurs, Simon et André, Jacques et Jean, que Jésus dira cela). Il est aussi le premier nommé des Douze (Mt 10, 2 ; Mc 3, 16 ; Lc 6,14 ) et Matthieu précise bien « le premier, Simon qui est dit Pierre » ! Il est le premier à réagir, par exemple lorsque Jésus demande à ses disciples qui il est (Simon confesse alors la messianité de son maître), lorsque le même Jésus veut laver les pieds de ses disciples, lors de l’arrestation de Jésus avec son épée, etc. Il sera aussi le dernier à vouloir suivre Jésus jusqu’au bout, jusqu’au palais de Caïphe (même si c’est son reniement circonstanciel, qui, par la suite, retiendra toute l’attention !). Lorsque les femmes viennent dire aux disciples qu’elles ont trouvé le tombeau vide ; elles rencontrent le pessimisme de leurs auditeurs, seul Pierre se lève et court au tombeau pour vérifier le fait (Lc 24, 12) ; l’évangéliste Jean confirme, mais pour lui l’annonce en a été faite par Marie de Magdala (seule) et uniquement à Pierre et au Disciple, et c’est ensemble que ces deux accourent au tombeau (Jn 20, 2-4).


- Après l’échec de la campagne de Galilée, Jésus se retire hors atteinte d’Hérode Antipas, sur le territoire de Philippe, tétrarque de la Traconitide, ou encore « au-delà du Jourdain », avec une cohorte restreinte. On le voit alors souvent avec un trio de disciples : Pierre et les fils de Zébédée. Le récit mystique de la Transfiguration (Mt 17, 1-9 ; Mc 9, 2-10 ; Lc 9, 28-36) met en scène ce trio qui a en quelque sorte prit le relais des Douze. La situation est d’ailleurs suffisamment bien établie pour que la mère des fils de Zébédée se permette d’intervenir auprès de Jésus pour lui demander des places de tout premier rang pour ses fils dans le Royaume qu’il prépare ! (Mt 20, 20-21), à moins que ce furent les intéressés qui eux mêmes en firent la demande (Mc 10, 35-37). Les autres disciples protestent de l’audace de ceux qui se dénomment « les fils du Tonnerre ». Manifestement, c’est encore Pierre qui se trouve en premier de ce trio. Lors que la Transfiguration, c’est lui qui propose d’aménager une tente. La même hiérarchie se reproduit lors de l’ultime prière de Jésus à Gethsémani : Jésus demande expressément au trio de prier avec lui (Mt 26, 37 ; Mc 14, 33) ; les disciples succombent tous au sommeil et Pierre seul se fait réveiller par Jésus (Mt 26, 40 ; Mc 14, 37) ; pour Marc (dont nous rappelons ici qu’il fut le secrétaire de Pierre à Rome), le reproche que Jésus fait alors à ses disciples endormis va directement à Pierre : « Simon, tu dors ? Tu n’as pas pu veiller une heure ? ».


- Lors des déplacements de la cohorte missionnaire de Jésus, c’est Pierre qui porte un glaive afin de se prémunir des attaques des brigands de chemin. Il aurait d’ailleurs, selon l’évangéliste Jean (seul), joué jusqu’au bout son rôle de garde-corps en coupant l’oreille de Malchus (Malchos dans la traduction d’André Chouraqui) lors de l’arrestation de Jésus (Jn 18, 10). Les synoptiques ne donnent pas l’identité de celui qui dégaina (Mt 26, 51 ; Mc 14, 47 ; Lc 22, 50). Est-ce que l’oreille fut réellement coupée ? S’il en avait été ainsi le fauteur aurait été arrêté sur le champ ! Luc dit d’ailleurs que Jésus « ayant touché l’oreille, il le guérit » (Lc 22, 51) ; bon, çà ne devait pas être trop grave …


A la suite de tous ces textes, on peut comprendre que l’affirmation de Matthieu (16, 18-19) ne soit pas incongru : « Et moi, je te dis (Jésus s'adresse à l'apôtre Pierre) que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » ; même si Jésus, selon le même Matthieu (18, 18), aurait accordé aussi le pouvoir de rémission des péchés à tous les disciples envoyés en mission : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux ». Voir à ce sujet la note de Bible-Only.com (lien). Il s’agit peut-être d’un ajout du Matthieu grec par rapport à la version araméenne plus précoce, ce qui justifie mieux l’emploi du terme grec Ekklesia, traduit ici par Eglise, terme plus fort que celui de "communauté".


Au lendemain de l’ascension présumée de leur maître, c’est Pierre qui, au sein du collège des apôtres et de la communauté des disciples mène la danse : discours public suite à la Pentecôte, première sortie au Temple (avec Jean en second) et guérison d’un impotent, en Samarie (encore avec Jean) pour confirmer les premières conversions opérées par le diacre Philippe, à Césarée pour y visiter le centurion romain Corneille, levée (sur vision) des interdits alimentaires, premiers baptêmes de « païens », etc.
Paul reprendra à son compte cette primauté de Pierre : selon lui (1 Cor 15, 5), Jésus lui est apparu en premier puis aux autres Douze. Plus tard, à la fin du Ier siècle, l’évangéliste Jean, tout en situant sans cesse en rivalité le Disciple (le témoin par excellence) et Pierre, ne remettra toutefois jamais en question la primauté de Pierre : c’est lui que le Disciple laisse entrer en premier dans le tombeau vide (Jn 20, 3-8).


Au delà de son caractère que l’on a qualifié de spontané, fougueux, impétueux, c’est bien un rôle de premier plan que Pierre a joué au sein de la cohorte qui suivit Jésus et qui continua son œuvre … et ce rôle, aux dires des évangélistes, fut tout à fait confirmé par Jésus et reconnu sans contestation par les disciples et la première communauté de Jérusalem. Ceci dit, restons en aux textes et n’allons pas plus loin car Pierre vécu en son temps, antérieurement à la mise en place de l’institution épiscopale (lien). Lorsque Paul vint pour la première fois à Jérusalem (vers 39), après sa conversion, il rencontra Pierre qui le reçut durant 15 jours et fut présenté à Jacques le frère du Seigneur (Ga 1, 19), puis lors d’une seconde fois, avec Barnabé, vers 48-49, il rencontre le même Jacques, Pierre et Jean qu’il présente comme « ces notables, ces colonnes » (Ga 2, 9) et c’est Jacques qui fera le discours de synthèse des décisions prises. On retrouvera par la suite Pierre à Antioche et à Rome, laissant seul Jacques diriger la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem  …

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le mouvement de Jésus s'organise
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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 20:18

Le rôle des défenseurs chrétiens n'est pas de nous persuader que les autorités juives ont porté une responsabilité dans la mort de Jésus : le judaïsme ne la contestait pas, au contraire. Il est de nous persuader que Jésus était bien le Christ, celui par qui toutes les promesses de Dieu à son peuple et au monde étaient accomplies. S'il est bien vrai que nous en sommes convaincus, la plus simple honnêteté intellectuelle doit nous faire reconnaître que nos raisons n'ont rien à voir avec celles des premiers chrétiens.

Reprenons le discours de Pierre à la Pentecôte: « Vous assistez à l'accomplissement de ce qui a été dit par le prophète Joël: « Il arrivera dans les derniers jours... » (Actes 2, 17).

Ce passage ne peut être interprété que d'une seule manière : pour les apôtres, le Jugement dernier décrit dans Joël a commencé avec la résurrection de Jésus. La prédication de Pierre présente ici toutes les garanties critiques possibles de l'authenticité. Il est impossible qu'elle ait été inventée par la suite : le problème de l'Eglise chrétienne sera justement de trouver une alternative à ce tableau matériellement inexact. Ce fut le problème de Paul : les chrétiens, attendant la grande Résurrection imminente, ne travaillaient plus ; ils s'inquiétaient de mourir, alors que la Résurrection devait leur éviter cette pénible épreuve pour eux-mêmes et leurs proches (1 Thess 4, 13 ss ; 2 Thess 3, 11 ss) .

Munis de cette clé, nous faisons le lien entre un certain nombre de passages se rapportant au Jugement dernier : Joël 2-3 ; Zacharie 3 ; 6; 14 ; Apocalypse d'Hénoch (29).
- Il y aura tremblement de terre : Joël 2, 10; 3, 16 ; Zacharie 14, 51 ; Hénoch, plusieurs passages ; Cf  Matthieu 27, 51-54 ; 28, 2 ; Actes 4, 31 ; Marc 13, 8 et passages parallèles.
- Eclipses de soleil et (sic) de lune : Joël 2,10; 2,31; 3,15. Cf Marc 13,24 et parallèles; Luc 23,44 (voir note 12).
- Le Mont des Oliviers se fendra : Zacharie 14, 4 ; Hénoch 26-27 ; Cf Matthieu 27, 51.
- Les saints surgiront de leurs tombeaux ; Hénoch 91, 10 ; Matthieu 27,52-53.
- Les réprouvés seront jetés dans la Géhenne: plusieurs passages dans Hénoch, les Evangiles synoptiques, surtout Matthieu ; Joël 3, 2-12.
- Le Royaume d'Israël sera rétabli en ce jour-là : Joël 3, 16 ; Actes 1, 6 ; Luc 24, 21.
(29) L'Apocalypse Juive d'Hénoch a été considérée comme écrit sacré dans l'Eglise primitive, elle est nommément citée dans le Nouveau Testament (Jude, 14).

Le retard dans le rétablissement d'Israël fût, comme la mort de chrétiens avant le Dernier Jour, un problème théologique de la communauté. L'événement qui, aujourd'hui encore, inspire l'élan des chrétiens, la Pentecôte où les disciples qui avaient abandonné Jésus se retrouvent des hommes nouveaux, appelant leurs frères à la repentance en les assurant du pardon divin, témoignant hardiment devant le peuple et les autorités, fut lié à l'origine à une image d'Apocalypse, à un tableau du Jugement supposé accompli.

Nombre de passages des Evangiles trouvent leur explication naturelle en référence à ce tableau esquissé dans un ensemble limité de textes prophétiques. Ce tableau apocalyptique, les premiers chrétiens ont cru le voir s'accomplir.

L'Eglise serait restée une petite secte juive éphémère, si Paul ne l'avait libérée de cette interprétation à la lettre, après s'en être libéré lui-même. Voici plus d'un siècle qu'Auguste Sabatier, dans son livre admirable et jamais dépassé, «l'Apôtre Paul D, a montré ce moment décisif pour l'Apôtre, au début de la Seconde Epître aux Corinthiens, où il comprend qu'il mourra, lui aussi. Tout est dit, quand on arrive à 2 Cor. 5. C'est affaire de courage et de sincérité. «Même si nous avons connu le Christ par les yeux de la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de cette manière D. (2 Cor. 5, 16).

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Published by Maurice Causse - dans vie de Jésus
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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 19:47

Il exista nécessairement ; mais qui était-il au juste ?

La thèse suivant laquelle les Juifs n'ont pas eu vraiment la responsabilité de la mort de Jésus est une thèse relativement récente. Dans le Coran (4, 156), on voit le prophète Muhammad combattre la prétention des Juifs à avoir tué ou crucifié le Messie Jésus ; les combattre encore parce qu'ils l'ont tenu pour un magicien (5, 110). Tout cela remonte au Talmud : « A la veille de la Pâque, on a pendu Jésus de Nazareth. Pendant quarante jours, un héraut a marché devant lui en criant : « Il doit être lapidé parce qu'il a exercé la magie, a séduit Israël et l'a entraîné à la rébellion. Que celui qui a quelque chose à dire pour le justifier vienne le faire valoir. Mais il ne se trouva rien pour le justifier et on le pendit à la veille de la Pâque » (16) (J. Jeremias. « Jérusalem... ", p. 221) (16).
 (16) Ibid. pp. 56 s. Egalement Lévy, Werterbuch über die Talmudim und Mi­draschim, art. 1echou.

Il n'est évidemment pas question de tenir ce tableau pour historique. Jésus n'a été ni lapidé, ni pendu, mais crucifié. Un tel passage consacre simplement la rupture définitive entre les chrétiens et la Synagogue ; il a paru plus honorable au judaïsme de la fin du premier siècle de penser que les autorités juives avaient jugé Jésus régulièrement et non pas provoqué un meurtre judiciaire. C'est la conclusion raisonnable de M. Goguel sur le sentiment qui a pu inspirer les auteurs talmudistes. On sait d'autre part, d'après le Talmud, que le droit de condamner à mort avait été retiré au Sanhédrin « quarante ans » avant la Guerre Juive, terminée en 70 (17). Sans prendre cette datation pour argent comptant, elle concorde encore avec l'indication de Jean 18,31, contre le récit synoptique (Marc 14, 55 ; Matth 26, 59).
(17) Références p. ex. dans M.J. Lagrange, Le Judaïsme avant J.-C., p. 220.

L'accusation de sorcellerie concorde avec tous les témoignages évangéliques : Marc 3, 22 ; Jésus chasse les démons par le pouvoir du prince des démons. Jean 8,16 ; son pouvoir ne vient pas de Dieu, puisqu'il n'observe pas le sabbat (18). * On a ici la preuve la plus sûre que les miracles de guérison ont réellement existé, même si la tradition évangélique a pu les exagérer. Noter, dans Marc, l'ironie mordante de Jésus : si je chasse les démons par le prince des démons, ce prince n'est pas bien malin, et sa Maison ne durera pas longtemps... Le péché contre le Saint Esprit, est précisément de dire que ce Saint Esprit est l'Esprit du démon. Comment y aurait-il quelque chose encore à faire.

Nous nous garderons de penser que l'hostilité de la synagogue envers l'hérésie chrétienne et son fondateur implique à l'égard de Jésus une position identique et uniforme des Juifs contemporains. Comme l'a justement proclamé Jules Isaac, l'Evangile suffit à prouver le contraire. Certains indices sembleraient même montrer que Jésus a pu être considéré par la synagogue comme un docteur hérétique, contre qui l'autorité religieuse s'est montrée trop sévère (19) * Talmud de Jérusalem, Trad. Moïse Schwab. t. VI; p. 279, note p.

Les Juifs contemporains de Jésus n'ont assurément pas réagi à son égard de façon uniforme, même pas dans le milieu pharisien. Ceux mentionnés dans Luc 13, 31, par exemple, l'ont protégé. Citons surtout la version arabe d'un texte célèbre du pharisien Josèphe, d'après S. Pinès: " A cette époque vivait un sage nommé Jésus. Sa conduite était bonne et il était renommé pour sa vertu. Nombreux furent ceux qui, parmi les Juifs et les autres nations, devinrent ses disciples. Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui étaient devenus ses disciples ne cessèrent pas de suivre son enseignement. Ils rapportèrent qu'il leur était apparu trois jours après sa crucifixion, et qu'il était vivant ; par conséquent il était peut-être le Messie (20) ,celui dont les prophètes ont raconté tant de merveilles" (21).
(20) Arabe: falacallahou houa almasihou. فلعله هو المسيح
(21) Voir notes 3 et 4.
 

 

Comment tenter de conclure ? Dans une trahison, tout le monde ne trahit pas, et les nombreux Juifs sympathisants ont été injustement englobés par les Chrétiens dans une rancœur collective. Mais enfin le plus ancien texte du Nouveau testament, de l'auteur le mieux connu, la 1ère épître de Paul aux Thessaloniciens, moins de 20 ans après la mort de Jésus, bien avant l'irrémédiable rupture entre Juifs et Chrétiens, contient cette accusation: "Les Juifs ont tué le Seigneur Jésus" (2, 15).

En corrigeant ce qu'une telle formulation peut avoir de passionnel par la curieuse expression de Pierre : Vous l'avez mis à mort en le crucifiant "par la main des païens ", nous arrivons bien près du point de vue de l'évangéliste Luc (22, 66-23, 2) : L'autorité Juive trouve Jésus coupable de blasphème, et l'accuse auprès de Pilate d'inciter le peuple à la grève de l'impôt (22). * Voir note 13.

Comprenons pourquoi les chrétiens en ont voulu davantage aux Juifs qu'à Pilate. Dans une classe de punis, on en veut bien davantage aux mouchards qu'à l'administration scolaire ; les grévistes davantage aux "jaunes" qu'au patronat ; les résistants davantage aux tièdes de leur bord qu'à l'ennemi lui-même.

Quelle était donc la nature exacte du conflit religieux, du blasphème, si l'on veut, qui entraîna l'autorité juive à circonvenir Pilate, et le Judaïsme à. rester si longtemps solidaire de son parti dans le conflit ?

L'accusation de magie ne suffit pas. Le Talmud de Jérusalem met en scène un rabbin qui va, et on le lui reproche, consulter un guérisseur chrétien (23). Le blasphème du pardon des péchés, dans la guérison du paralytique, n'en est pas un : il était de pratique courante chez les guérisseurs (24). Aucune des accusations formulées au moment de la Passion, même d'après les témoignages partiaux des Evangiles ou du Talmud, ne pouvait suffire à entraîner une telle action sur le plan des pouvoirs. Le Judaïsme a supporté bien des hérésies. Bar Kochba, un siècle plus tard, fut appelé Messie et Fils de David (25), et il est toujours un héros national d'Israël à l'heure actuelle.
(23) Traité shabbath, XIV. trad. Schwab, t. III, p. 156 (Talmud de Jérusalem).
(24) Voir G. Vermès, «Jésus le Juif », pp. 85 ss. notamment la prière de Na­bonide, écrit découvert à Qumran... voir Dupont-Sommer, «les écrits esséniens découverts près de la Mer Morte », p. 337 : « D'une inflammation maligne je fus frappé pendant sept ans, et mon visage n'était plus semblable à celui des fils d'homme. Mais je priai le Dieu Très-Haut, et un exorciste remit mes péchés ; c'était un homme juif, l'un des déportés. Et il me dit : Raconte cela par écrit pour rendre honneur et louange et gloire, au nom du Dieu Très-Haut."
(25) Voir Flusser, «Jésus », p. 23.

Alors ?

Les Evangiles de Marc et de Matthieu lient avec évidence la rupture de Jésus avec le judaïsme à la nomination des Douze Apôtres, autrement dit, à la constitution de l'Eglise. On connaît la remarque de Renan : "Jésus annonçait le Royaume de Dieu... et c'est l'Eglise qui est venue". Il y a pourtant bien eu tentative d'organiser à l'avance le Royaume de Dieu qui était sur le point de se manifester sur la terre. C'est exactement le sens du passage de Luc 22, 19 : "Je dispose du Royaume en votre faveur, comme mon père en a disposé en ma faveur (26) : vous mangerez et boirez à ma table, dans mon royaume, et vous serez assis sur des trônes, pour juger les 12 tribus d'Israël ". '
(26) Du verbe «diatithêmi", je dispose, vient «dîathêkê", le Testament.

La "disposition" en question est ce que nous traduisons par "(Nouveau) Testament". Or elle est sûrement historique. Les Apôtres sont envoyés deux par deux, afin qu'au Jugement Dernier leur témoignage soit valable ; les paires sont données dans la liste de Matthieu 10, 2-4 (27). * Voir B. Gerhardsson, Memory and Manuscript, p. 211. Le principe du témoignage par paires, déduit de Deut. 19, 15, était bien défini chez les rabbins. On notera que, d'après Matthieu 10, 2-4, où les paires sont précisées, la dernière paire est formée par Simon le Zélote et Judas l'Iscariot (ou Scarioth d'après cer­tains textes). Il est ainsi vraisemblable que ce surnom vienne de «Sicarius», le « Sicaire». On aurait ainsi la paire extrémiste et révolutionnaire, qui a pu faire attribuer à Jésus une certaine «Théologie de la Révolution ».

A partir de ce moment, on voit Jésus donner à ses disciples un enseignement secret, dont un élément sera justement qu'il est le Messie. C'est alors que sa famille cherche à le neutraliser, le croyant fou (Marc 3, 21) (28). et que des scribes venus de Jérusalem viennent enquêter sur ses activités (Marc 3, 22). Les spéculations sur le Jugement dernier n'étaient pas chose nouvelle. Mais ce mélange, où l'on voyait d'une part un enseignement de style populaire, et d'autre part une organisation clandestine préludant au céleste futur, est la raison véritable de la rupture : dans le Royaume de Dieu, les autorités religieuses constituées n'avaient pas leur place.

(28) Il ne faut certainement pas minimiser les tensions entre Jésus et sa famille, et nous suivons sur ce point Et. Trocmé (La formation de l'Evangile de Marc, p.106s). La tradition a tout fait pour éliminer ces tensions. On ne peut donc pas écarter tout à fait l'écho transmis par un apocryphe récemment découvert, où apparaît une terrible tension entre Jésus et sa famille au moment de la Crucifixion. D'après ce texte, Marie et ses fils Jacques, Siméon, Jude, viennent vers Jésus et se tiennent devant lui. Jésus, pendu au bois, dit: {( Prends tes fils et va-t-en». (S. Pinès, The Jewish Christians of the early centuries, according to a new source. Israel Academy of Science and Humanities, proceedings. II,13). Sans doute pourrait-on rattacher ces tensions à celles qui ont dû se produire avec Jean-Baptiste (Jean 3; 22 ss). Au témoignage de S. Jérôme, un évangile perdu racontait que Jésus avait été baptisé par Jean en même temps que sa mère et ses frères. (Jeremias, Théologie du N.T., p. 45).

Les responsables Juifs étaient en situation délicate : Jésus étant très populaire, on pouvait mal lui faire un procès d'hérésie, d'autant plus qu'il savait se défendre en « debater" redoutable. Il était impossible d'expliquer cette histoire à Pilate. Or elle était incontestablement dangereuse. Le plus sûr garant de l'autorité indigène, en pays colonisé, est la puissance occupante. Surtout, pas de surprise, et que, d'abord, rentre l'impôt (Luc 23, 2). Le risque évoqué par le Grand-Prêtre dans Jean 11, 47 est un risque bien réel : « Cet homme accomplit beaucoup de miracles. Si nous le laissons continuer, tous croiront en lui. Les Romains viendront; ils détruiront notre ville et notre nation ».

Le péché ne serait pas dangereux, s'il n'était inextricablement mêlé à des sentiments honorables. On peut admettre chez les responsables Juifs, même collaborateurs mondains et vénaux du pouvoir romain, un tel sentiment d'angoisse en pensant à ce qui risquait d'arriver certain jour de Pâque. L'occasion s'étant présentée, grâce à un traître, d'agir discrètement, on a pris le risque d'une "bavure ". « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ».

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Published by Maurice Causse - dans vie de Jésus
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