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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 19:53

Extraits de « Notre théologie courante et l’écologie : des révisions déchirantes nécessaires » par Jean-Luc Halloin, allocution à la rencontre de Solidarité Eglise Liberté Vendée (SEL 85), le 9 octobre 2010.

 

Le texte d’origine fait 21 pages et emprunte pour schéma Bible / Copernic / Darwin / Freud-Jung  ; un résumé en 3 pages a été mis en ligne sur le site du SEL (lien). Nous en reproduisons ici de larges extraits. L’auteur veut qu’on le présente en toute modestie comme « jardinier ». Il habite en pleine campagne vendéenne au milieu d’une nature qu’il aime. Il avoue une longue fréquentation des pensées d’ Eugen Drewerman et de Maurice Bellet.


La représentation d’un Dieu dominant ou celle d’un Jardinier des relations ?


Il est superficiel de lister béatement tous les endroits où la Bible parle de la nature, car la question est : en quel sens ? On dit « elle nous commande le respect de la Création ». Hélas, la Genèse chapitre 1 (dit ‘sacerdotal’) rédige une étrange feuille de route : « Fructifiez, multipliez, emplissez la terre, conquérez-là, foulez aux pieds (tous vivants) » (Gn 1, 28) ; ‘hdr’ c’est marcher sur, souvent traduit par ‘dominer’. « Tout fut mis par toi sous ses pieds », dit le Ps 8. L’infra-humain, ‘mâle (zakar) et femelle (neqebah) ’ (et non pas ‘homme et femme’ comme il est souvent traduit ici) reçoit commandement de multiplication, de territoire, de hiérarchie : reproduction, possession, domination !

 

Question iconoclaste : si c’est une injonction de dominer qui est faite à l’homme, image d’ «Elohim-les-forces-vitales », quelle représentation a-t-on du modèle ? De quel Dominus vient l’ordre de dominer ? Et si finalement les drames écologiques aussi mettaient en question la représentation qu’on a de Dieu ?


erni hans temple de martignyD’ailleurs au chapitre 2 (‘yahviste’) de la Genèse, l’humain, advenant homme et femme (qui ‘sera’, au futur), s’entraidant non pas se dominant, est mis dans un jardin « pour le servir et le préserver » (Gn 2, 15). Mais hélas ces conseils-là auront moins de postérité. A l’orée des temps modernes Descartes dira que « nous avons été institués maîtres et possesseurs de la nature ». […] Au cours des siècles, du fantasme d’un Tout-Puissant interventionniste (avec ses anges) a finalement découlé, en Occident profane, une efficacité technique hégémonique […].


Illustration : Hans Erni, vitrail (2012) au temple de Martigny en Suisse représentant Adam nommant les animaux. Dans une composition verticale aux states superposées - l’eau, la terre et le ciel -, au dessus de lui, le cheval presque aérien, et au-dessous le taureau comme une force tellurique surgissant de la matière. L’homme est ici au centre, mais en partie médiane, non au-dessus des animaux, entre eux, parmi eux. Photo de Natalia Reverdin Effront, vue sur sa page Facebook.

 

Version yahviste de la Genèse : « Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait été donné … » (Gn 2,19). On voit ici le doigt de l’homme nommant les animaux. Mais l’homme semble être aussi dans une attitude d’attention vis-à-vis des animaux et peut-être aussi d’écoute vis-à-vis de Dieu ; entend-t-il alors « le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour … » (Gn 3, 8).

 

Finir par admettre que l’homme est partie et non pas centre.


Le Fils de l’Homme [ndlr - à savoir Jésus qui revendique cette appellation pour lui-même, lien], rebelle à l’ordre de la Genèse, n’a ni procréé, ni possédé, ni dominé. Il rejeta comme Tentation la Puissance pour le Bien. Mais du Dieu, on continua à croire qu’il intervient dans le monde, pour l’homme. S’imaginer l’objet central de la Puissance ! Jusqu’à soutenir jusqu’au XVIe siècle, en théo-cosmologie, que le soleil tourne autour de la terre !


Cet anthropocentrisme est resté dans les esprits même quand le monde est tombé d’entre les mains de Dieu dans celles des hommes. L’historien Lynn White a décelé en 1967 la complicité, mortifère du point de vue écologique, qui existe entre le système technicien et l’anthropocentrisme chrétien. Le mot rabâché d’ « environnement », ambigu, reste au fond judéo-chrétien, la nature dominée devant servir à notre bien-être. La centrale humaine brûle son milieu … Pourtant, dans les écosystèmes, nous sommes maillons.

 

Benoît XVI dit gravement : « la façon dont l’homme traite l’environnement influence les modalités avec lesquelles il se traite lui-même et réciproquement ». Cette pensée novatrice sait-elle qu’elle redit les paroles du Sioux Standing Bear du XIXe siècle ? Hélas, la dernière culture occidentale, amérindienne, qui considérait la terre comme sacrée, a été génocidée par des conquérants imprégnés de Bible… Le moment n’est-il pas venu de « déposer de son trône », comme dit le Magnificat, le divin imaginé comme Très-Haut Tout-Puissant. De le vivre dans l’humilité, l’humanité, l’humus (saint François d’Assise), dans les relations. Urgence d’une religion-reliante. Avec qui ? Avec quoi ?


Il est temps de ressentir que les animaux sont nos proches.


« Cest un phénomène étrange (disait Théodore Monod) que les Eglises chrétiennes refusent de s’intéresser à la condition animale ». Il est vrai que le texte de la Genèse (toujours ‘sacerdotal’), oubliant le chap. 2 et sa quête d’aide, même imparfaite, auprès des animaux, poursuit, lors de l’alliance noachique : « soyez la crainte et l’effroi de [tous vivants] : ils sont livrés entre vos mains » (Gn 9, 2). De toute façon, écrit le Père Malebranche au XVIIe avec Descartes : « les animaux mangent sans plaisir, crient sans douleur, croissent sans le savoir ; ils ne désirent rien, ne craignent rien, ne connaissent rien ».


Sur cette lancée, l’éthologie * savante a jusqu’à présent postulé dogmatiquement que les animaux n’ont pas de vie émotionnelle. Evidemment, si les animaux avaient des sentiments, il deviendrait plus difficile de les tuer pour les manger… Mieux vaut occulter la réalité des abattoirs. (On dit que le marché de la viande halal croît de 15% par an en France ; or, dans les abattoirs halals, les animaux sont égorgés, exprès non assommés, par un ‘sacrificateur’ ‘au nom de Dieu’...) [ndlr, voir nos articles sur ce sujet dans les Actualités unitariennes, lien]

* Ndlr - du grec ethos = moeurs, caractère ; c'est la science historique des moeurs, des faits moraux. Pour Geoffroy Saint-Hilaire (1849), c'est la science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel (Petit Robert, 1984)


Peut-être n’a-t-on pas encore fait le pas de devenir végétarien, du moins commençons à écouter les économistes : il faut de quatre à huit fois plus d’énergie pour nourrir une population carnivore…et nous serons bientôt non pas sept, mais dix milliards d’humains ; les océans seront vidés de leurs poissons vers 2050, etc. 

 

Il aurait fallu vivre que le rationnel conscient n’est pas le seul centre de notre âme


Sur le plan écologique nous serions motivés plus profondément si nous ressentions les grands symboles de la Terre Mère, de l’Arbre, de l’Eau, de la Montagne, etc., la Splendeur donnée de notre Demeure, le ‘voir que cela est beau’ de la Genèse. Pour ne prendre qu’un symbole, l’Eau, et pour essayer de comprendre les mobiles que nous avons perdus, imaginons un mouvement partant de Lourdes, de son puissant fonds psychique universel, pour la gratuité mondiale de l’eau, sa non pollution, sa distribution équitable etc. Mais une religion, pourtant de l’Incarnation, qui devait beaucoup de sa signification à sa correspondance avec les forces de la psyché, ne finit par trouver sa justification que dans d’habiles montages historicisants ou dogmatiques…


L’homme ne peut être avec la nature que si la nature, par ses grands symboles, vit en lui. L’éclatement de cette symbiose entraîne des dommages communs. Dès 1950, Louis Bernaert, psychologue jésuite, avait averti : « c’est en partie parce que le christianisme contemporain n’a pas su reconnaître la valeur […] des grands symboles naturels qui foisonnent dans sa tradition et dans ses rituels que la psyché contemporaine est en proie à tant de démons ».


[…] nous avons l’illusion d’un humain détruisant un peu trop la nature mais s’en sortant. Hélas « dans un sens [écrit Drewermann], on peut aller jusqu’à dire que la destruction de la nature par la technologie occidentale n’aura été que l’extériorisation de l’aridité, de la désertification intérieure de l’homme occidental et chrétien, [impliquant] la répression de la sexualité [et approche de la vie] féminine. […] Dans ces conditions, l’économie globale du rapport de l’homme à la nature, à lui-même et à ses semblables est fondé sur une violence latente structurelle ».


Conclusion


[…] C’est toute notre attitude de domination qui serait à changer : non-violence, agriculture biologique, médecines plus douces, énergies renouvelables, etc. Commettons le péché d’abstinence puisque le marché est le lieu saint de la dernière religion, puisque envier est justifiant, consommer est devoir, puisque la pub est missionnaire et le règne de Mammon arrivé. Abstinence de trop de nourriture, de médicaments, d’excitants, d’essence, d’images, de sons : décroissance. Cultivons la gratuité, la ‘sobriété heureuse’, comme dit Pierre Rabhi.


Notre erreur mortelle aura été de faire, sans discernement spirituel critique, des usages déviés de thèmes religieux. Qu’il est difficile à nos pensées dualistes de tenir en même temps que, sujets d’amour, nous sommes autres que la nature et que nous en sommes partie systémique. Tout, comme le sabbat, est ‘pour l’homme’ mais cela ne justifie pas l’anthropocentrisme technicien, pas plus que l’adoration due à Dieu ne peut justifier des théocraties ! Parce que toute naissance est don de Dieu, faut-il à l’islam et au catholicisme lutter contre la régulation des naissances ? Et encore : les chrétiens pensent avoir le sens de la Création parce qu’ils remercient pour les dons du Créateur. Mais remercier l’Infini ne qualifie pas le fini d’inépuisable ! Ce serait détruire, pour une Jérusalem surnaturelle, notre Demeure naturelle.

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Published by Jean-Luc Halloin - dans la religion écologique
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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 11:32

L’Unitarian Universalist Animal Ministry (UUAM) regroupe des unitariens qui sont soucieux de défendre “ l’inhérente valeur et dignité de chaque être vivant” (lien). Il rappelle les principes fondateurs de l’unitarisme-universaliste : la dimension spirituelle de la vie, l’interdépendance des êtres vivants, le respect des autres et la compassion, etc. (lien). L'UUAM non seulement fait la promotion de ces valeurs mais appelle à des changements de comportement et de nourriture. « Adopter un mode de vie plus humain, en se concentrant sur une consommation éthique, le végétarisme, l'utilisation sans cruauté des produits et le développement d'alternatives pour l'utilisation des animaux dans la recherche et les essais des produits ». L’UUAM s’appelait auparavant l’UFETA (Unitarian For the Ethical Treatment of Animals), association créée en 1986 avec 4 amis de New-York dont 2 se présentent comme des “cat and dog rescuers" – des gens qui secourent les chats et les chiens de leur quartier.

 

uuam-cow.jpg

 

Didier Leroux dans le groupe Unitariens français sur Facebook, le 23 février 2012 : « Il est intéressant de constater (je viens d'en faire la découverte), que dans un univers unitariens universalistes, la condition des animaux ainsi qu'une nourriture éthique (végétarisme) sont pris en compte dans leur façon d'aborder leur vie spirituelle. On parle de compassion et d'amour envers tous les êtres, voilà bien ce qui à mon sens représente la bonne façon de faire avancer les choses. Voilà un bien beau ministère. Ce sont les seules valeurs, à mon sens, qui ont une chance de sauver notre monde en déconfiture à tous les niveaux… ».

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Published by d'après information de Didier Le Roux - dans la religion écologique
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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 11:23

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message de Didier Le Roux au groupe Unitariens francophones sur Facebook, fin février 2012


Confucius, philosophe chinois, 551-479 av J.-C. : "La cruauté envers les animaux a dépassé toute notion humaine" ; "Quiconque a entendu les cris d'un animal qu'on tue ne peut plus jamais manger de sa chair".


Pythagore, mathématicien et philosophe grec, 582-500 av J.-C. : "Tant que les hommes massacreront les animaux, ils s'entretueront. Celui qui sème le meurtre et la douleur ne peut récolter la joie et l'amour."


Léonard de Vinci (1453-1519) : "J'ai très tôt renoncé à la viande et un jour viendra où les hommes tels que moi proscriront le meurtre des animaux comme ils proscrivent aujourd'hui le meurtre de leurs semblables".


Victor Hugo (1802-1885) - "Tant que l'homme se nourrira de chair animale, et martyrisera les animaux, il restera en lui quelque chose de sauvage, aussi il ne connaîtra ni la santé, ni la paix".


Christian Morgensen, poète allemand (1871-1914) : "Si l'homme civilisé devait tuer lui-même les animaux qu'il mange, le nombre de végétariens augmenterait de façon astronomique".


Eugen_Drewermann.jpgEugen Drewermann (né en 1940, théologien catholique et psychanalyste jungien allemand en rupture de ban avec son Église catholique) : "Aussi longtemps que les hommes tueront les animaux, ils feront la guerre. Aussi longtemps que les hommes mangeront des animaux, ils tortureront à mort leurs victimes innocentes : par centaines de milliers dans les laboratoires et les installations d'élevage intensif, par millions dans les abattoirs des villes, par myriades dans les mers du monde. Leur fleuve de sang ne doit pas servir plus longtemps de nourriture, leur corps, de matière première, leur vie de provisions pour nous les hommes."


Florence Burgat, philosophe, chargée de recherche à l'INRA : "Dans l'alimentation carnée, on oublie complètement l'animal. Il y a viande à profusion mais les animaux que nous mangeons sot soustraits à notre vue. Toute publicité visant à faire consommer de la viande s'applique à occulter les conditions de vie et de mort de l'animal. Il y a une coupure totale entre deux univers : celui de la nourriture, évoquant contentement, plaisir et fête, et l'autre, celui d'où proviennent ces aliments : élevage intensif, transport, abattage...Du calvaire de l'animal, le consommateur ne sait rien et ne veut rien savoir".
 

à suivre ...

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Published by Didier Le Roux - dans la religion écologique
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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 11:07

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Spontanément, les éleveurs du monde entier ont toujours protégé leurs animaux avec lesquels ils entretiennent des rapports affectueux ; les chasseurs et les pêcheurs aussi qui savent préserver les ressources. L’urbanisation a malheureusement rompu avec cette expérience séculaire, ainsi que le besoin d’argent lié à la commercialisation ; enfin l’industrialisation des élevages a conduit à imposer des conditions drastiques. Les chrétiens obnubilés par le destin de leur propre âme, laissant leurs animaux à la porte de leurs lieux de prière, n’ont pas levés le petit doigt pour protester contre les massacres d’animaux. Ils sont rares à avoir évoqué la souffrance animale ; Théodore Monod, protestant libéral et savant naturaliste, dénonçant la cruauté des corrida fut l’une de ces trop rares voix.


La défense des animaux en Occident naît d’abord d’un exotisme lié à la découverte des sagesses orientales. Celles-ci ouvrent en effet une porte vers l’harmonie de tout être avec son environnement, par compassion vis-à-vis de la souffrance et par fusion avec l’univers. Concernant le meurtre des animaux, la loi du karma s'applique individuellement, mais aussi collectivement : "Celui qui permet que l'on tue un animal et celui qui accomplit l'acte meurtrier, celui qui vend la chair de l'animal ainsi abattu et celui qui la prépare, celui qui distribue une telle nourriture et enfin celui qui la mange, tous sont meurtriers, tous également passibles des punitions préparées par les lois de la nature" (cité par Didier le Roux, idem). Des élites occidentales vont adopter le végétarisme par respect pour la vie.


Mais ce sont finalement surtout des considérations toutes modernes, non proprement religieuses, qui fondent la défense contemporaine des animaux :


- une éthique des droits élargis aux animaux : espace de vie (contre l’élevage en batterie et en local fermé), transport des bêtes d’une façon décente (température, eau et nourriture), étourdissement des animaux à l’abattoir avec qu’ils ne soient égorgés (lien), protection des animaux soumis aux expériences de laboratoire, droit à la retraite pour les animaux de travail, interdiction des maltraitances et des mises à mort pour les spectacles (corrida, combats de coqs, etc.).
- la protection des espèces animales menacées de disparition.
- l’interdiction de tuer des animaux pour des trafics en utilisant une partie seulement de leur corps (défenses d’éléphant, cornes de rhinocéros, queues de girafe, fourrures d’animaux, etc.).
- une meilleure connaissance de la contribution des diverses espèces à l’équilibre de la Nature et à sa reproduction.
- la découverte de l’intelligence animale et donc d’une plus grande continuité par rapport aux mammifères.
- Enfin les méfaits sur la santé d’une alimentation trop grasse et trop carnée.

 

elephant_massacre_cameroun.jpg
23 février 2012 - Près de 500 éléphants ont été tués par des braconniers soudanais et tchadiens dans le parc national de Bouba Ndjidda dans le nord-est du Cameroun, a appris l'Agence France Presse (AFP) auprès du conservateur de ce parc.

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans la religion écologique
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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 08:32

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Dans son récit de la Genèse, le monothéisme hébraïque affirme la suprématie de l’homme sur le monde animal. Dieu lui accorde le droit de les nommer – et donc d’en disposer à sa guise, par exemple les utiliser pour manger, faire des sacrifices cultuels, etc. Toutefois, Dieu reste le propriétaire de tout ce qui vit ; l’homme en a l’usufruit mais non la propriété totale. Les recensements du bétail ou des hommes sont interdits !

 

Chassé du paradis, condamné au travail, l'homme vit avec ses animaux domestiques et meurt comme eux ! Il s'évanouit dans le shéol (l'enfer des Grecs), son souffle le quitte et son ombre disparaît.Finalement, tous les êtres vivants sont égaux face à la mort !

 

Il faudra attendre l'Exil à Babylone pour que les juifs reçoivent des zoroastriens l'espérance d'une résurrection qui récompensera les justes et les pieux après un Jugement dernier. Il s'agissait alors d'une résurrection des corps et il n'était pas encore question d'une âme quittant le corps du défunt ... et il fallait attendre la Fin des temps pour que l'évènement puisse se produire. Nos amis les animaux sont laissés pour compte dans ce scénario.


Un-ane-au-fond-d-un-puit.jpgJésus est l’héritier de cette civilisation rurale où les activités agricoles et d’élevage se combinent : il pense à l’âne tombé dans un puit le jour du sabbat et dont le petit fermier ne peut se permettre – malgré l’interdit religieux – de le perdre ainsi ; ou encore au pasteur pour qui chaque brebis compte et pour laquelle il va partir à sa recherche (on peut ajouter sans trahir la pensée de Jésus, quelque soit le jour !). Il fait fi des prescriptions religieuses en cas d’urgence : l’animal est à ses yeux plus important car utile à l'homme. A sa suite (mais dans un autre contexte, celui de l'évangélisation des étrangers), Pierre va déclarer, après avoir reçu une vision, qu’il n’y a pas d’animaux impurs. Voir notre article « Pourquoi je ne veux pas manger de viande casher ou halal » (lien).

 

De même, il y a ENFIN sortie des animaux des obligations cultuels : désormais le sacrifice du Christ sur la croix a suffi, et les animaux sont épargnés. Avec la fête du mouton, l'islam reviendra sur ce progrès en arguant la commémoration du sacrifice d'Abraham où son fils fut échangé contre un bouc (lien).


Ces progrès sont importants, mais pour les chrétiens, il n’y a pas de doute, l’homme a pleinement le droit biblique de faire travailler les animaux, de tuer des animaux sauvages (pour se protéger ou se nourrir) ou domestiques.

 

Malheureusement le christianisme ne va pas en rester à ces pratiques rurales où l’élevage est important, où les animaux sont finalement associés à l’homme dans une longue cohabitation où chacun peine à la tâche en unissant ses efforts. En effet, la métaphysique va s’y mêler avec la sotériologie chrétienne (les doctrines du salut) basée sur l’existence d’une âme chez les humains – mais pas chez les animaux ! – lesquelles âmes sont sauvées par le Christ grâce à son acte rédempteur sur la Croix. Cette croyance a creusé un fossé entre les hommes et le monde animal, puisque cette Rédemption ne s’adresse qu’aux hommes ; elle a justifié toutes les cruautés commises envers les animaux puisque ceux-ci n’ont pas d’importance existentielle.

 

Avec l’esclavage, le système des castes, la constitution de classes sociales, le racisme, etc., des hiérarchies se mettent en place, dévalorisant les bas échelons ; une culture du mépris s’instaure dont sont victimes les moins considérés … et les animaux.


La théologie de la Grâce, avec Paul, saint Augustin, puis culminant jusqu’à l’obsession avec Martin Luther et Jean Calvin (Sola Gracia !) *, va encore mettre plus les animaux à l’écart des enjeux importants.
* « Seule la Grâce de Dieu », laquelle va discriminer, atteindre certains et pas d’autres, voir même rejeter certains à priori avec la Prédestination ; bref tout le contraire de « Tout est Grâce » !


Les prémices de la psychologie vont être marqués par un dualisme total : l’homme est intelligent, il peut comprendre (par exemple le catéchisme !) à partir de l’âge de raison, les animaux restent, quant à eux, mus par des instincts. L’évolutionnisme à la Darwin sera un scandale : comment l’homme pourraient-il sortir des grands singes !


Il va y avoir toutefois des conseils « végétariens » donnés par des Pères de l’Eglise à leurs ouailles. Le point de départ en était la confrontation des chrétiens aux viandes résultant des animaux sacrifiés aux dieux ou à César et qui étaient consommées lors de grands banquets festifs à l’apogée des fêtes religieuses durant lesquelles le peuple était largement invité, ou encore les mêmes viandes mises aux étalages des marchés. Manger de telles viandes immolées aux faux dieux, c’était se compromettre avec le culte des idoles. 


Message de Didier Le Roux au groupe Unitariens francophones sur le réseau social Facebook dans le cadre d’une discussion fin février 2012 :


« Il est écrit de Jacob, que les personnes appellent Jacques et le frère de Yeshua, qui fut le premier dirigeant de la communauté de Jérusalem de la Nouvelle Alliance, qu' "Il ne buvait ni vin ni boisson forte, ni même ne mangeait de viande" (Eusibius; Histoire de l'Église). Du disciple Matthieu il est enregistré : "Par conséquent, l'apôtre Matthieu partageait des graines, et des noix et des légumes, sans chair" (Clément d'Alexandrie ; L'Instructeur). Et dans les écrits de son disciple Clément, Pierre est cité en disant que "Il ne buvait pas de vin ni de boisson forte, ni il mangeait de viande". Epiphane a écrit que les Ebionites affirmaient que le disciple Pierre "... s’abstenait de celui qui a la vie en lui et de viande, même comme ils le font, et de toutes les autres denrées alimentaires préparées à partir de la chair" (Panarion 30.15.3 Bk I, art. II). On dit que Thomas mangeait seulement du pain et de l'eau (Les Actes de Thomas). La plus ancienne complète copie connue de nos Evangiles est appelé la Evangelion Da - Mepharresh, et à l'intérieure nous trouvons Yeshua disant en Luc 21:34: "Veillez à ce que vous ne rendiez pas vos esprits lourds, pour faire ainsi, ne mangez jamais de viande ou ne buvez pas de vin.". La martyre Blandine répondit à ses accusateurs : "Comment ces personnes doivent-elles endurer de telles accusations, qui, dans un souci de la pratique de la piété, ne faisaient pas usage de la chair qui leur été autorisée à manger ?" De la même manière, Saint-Jérôme a écrit: "De manger la chair de la viande était inconnu jusqu'à la grande inondation, mais depuis le déluge, ils ont les odeurs et les jus puants de la viande animale dans leur bouche, tout comme elle a été jetée à la face du peuple grogneur dans le désert (Esséniens]. Jésus-Christ, qui est apparu lorsque le temps a été accompli, a de nouveau rejoint la fin avec le début, de sorte qu'il nous est plus permis de nous de manger la chair animale." En total accord Saint Basil a écrit : "La fumée du repas de viande assombrie l'Esprit. On peut difficilement avoir la vertu si l'on se réjouit de manger de la chair lors des fêtes. Dans le paradis terrestre, il n’y avait pas de sacrifice d’animal, et personne ne mangeait la chair de la viande des animaux". Clément d'Alexandrie explique de la même manière: "Les sacrifices ont été inventés par les hommes pour être un prétexte de manger la chair des animaux."

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans la religion écologique
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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 08:18

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L’animisme, qui croit que chaque être vivant ou plante est animé d’un esprit, a invité les hommes à la retenue. Avant de tuer un gibier ou d’abattre un arbre, il convenait de s’assurer de l’acceptation de l’esprit concerné, ne serait-ce que pour faciliter l’opération et éviter que l’esprit ne se venge. Les peintures rupestres représentant des scènes de chasse relèvent sans doute de cette logique ; de même que, dans les sociétés coutumières d’Afrique noire par exemple – encore de nos jours - les danses préalables des chasseurs et l’ascèse exigée d'eux les veilles : pas de relations sexuelles, etc.


 femme_indienne_et_chien_loup.jpgLe chamanisme a développé cette complicité entre l’Homme et la nature ; l’esprit du chaman rencontrant celui des animaux.


La déification des forces de la nature dans le cadre des polythéismes a maintenu ce respect : les dieux autorisent les moissons, régulent les activités rurales, etc.


Les croyances hindouistes en la réincarnation des êtres après leur mort a conduit à un respect de la vie des plantes et des animaux. Le jaïnisme est une expression très radicale. En effet, les êtres humains, selon leur karma positif ou négatif, montent ou descendent la hiérarchie des vivants, si bien que la moindre bestiole peut fort bien être un homme qui a chuté - et qui remonte ! - ou encore un insecte qui par ses mérites deviendra un homme !


Une logique semblable peut être constatée dans les sociétés coutumières d’Afrique noire, cette fois-ci avec des apparences : une divinité (comme dans l’hindouisme d’ailleurs) peut se manifester sous des formes diverses ; il en est de même des sorciers, lesquels sont doués de pouvoirs surnaturels. Dès lors, tuer un animal peut fort bien s’avérer un blasphème dans le premier des cas ou un meurtre dans le second cas.

 

Par ailleurs, dans ces mêmes sociétés africaines, les animaux totémiques, censés avoir protégé et aidé l’ancêtre d’un clan ou d’une tribu, sont interdits de consommation et respectés (mais sans qu'il y ait culte).

à suivre ...

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 08:05

par Jean-Claude Barbier

 

Cet article a été traduit en italien par Giacomo Tessaro et mis en ligne sur le site de la Congregazione italiana cristiano unitariana  (CICU), lien


Dieu, dans le récit de la Genèse, est créateur de tout l’univers et pas seulement des hommes. Dès lors le panthéisme estime qu’il y a du divin en chaque chose et être et que l’homme n’en a pas, seul, le monopole. Il n’est pas le seul à recevoir le souffle créateur ; la vie est diverse et multiple ; il ne saurait donc être seul dans un face à face avec Dieu.

 

Mieux, il a besoin des plantes et des animaux pour vivre, dans une interdépendance avec son environnement. S’il se présente devant Dieu, alors cela doit être en tant que responsable de tous ses frères, et aussi des plantes et des animaux qui vivent avec lui et le nourrissent.

 

Cette vision est assurément moderne ; nous l’appellerons le "christianisme écologique" en ce qui concerne la réflexion à partir du christianisme. Bien entendu, il ne s’agit pas seulement de faire des économies pour nos lieux de culte et le fonctionnement des activités religieuses, et de restreindre les trains de vie de certains prélats, etc. , mais de modifier nos comportements vis-à-vis des autres êtres vivants qui peuplent notre planète, d’être pleinement responsables de celle-ci puisque Dieu nous l’a confiée !

 

Jesus_bon_pasteur_mosaique_de_Ravenne.jpgJésus Bon Pasteur -

"Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !" Luc (15, 1-32).

Mosaïque de la basilique de Ravenne.

à suivre

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 11:30

par Louis Cornu, note publiée dans les "Libres propos" de la Correspondance unitarienne du mois de février 2012, n° 112.


engrenage-logique.jpgPour aborder l’histoire de Jésus dans un esprit scientifique, aussi rigoureux que possible, il faut examiner les pièces du dossier – essentiellement les quatre évangiles – sans le moindre conditionnement idéologique (théologique), dans une attitude critique parfaitement agnostique. Il faut adopter la démarche d’un juge d’instruction, d’un enquêteur policier, qui examine toutes les dispositions présentes dans son dossier, sans parti pris – à charge et à décharge – alors même que ces dépositions se contredisent entre elles, sont incomplètes, partiales et même parfois intentionnellement inexactes. Comme le juge d’instruction d’un tel dossier, l’historien de Jésus ne doit pas renoncer, mais il doit se persuader que la vérité historique peut être atteinte en tout, au moins approchée avec une bonne plausibilité.


Dans l’affaire « Naissance du christianisme », le dossier « Jésus » peut être abordé comme l’est, de nos jours, le « dossier Un tel » dans une affaire criminelle embrouillée, examinée par des enquêteurs de police judiciaire. Dans les deux cas, les dossiers contiennent des témoignages écrits, après avoir été recueillis auprès de témoins contemporains, qui peuvent même avoir été des acteurs. Dans une affaire criminelle, ces témoignages sont des dépositions ou des comptes-rendus d’interrogatoire ; dans l’affaire Jésus, ce sont essentiellement les quatre évangiles. Dans les deux cas, c’est à partir de ces témoignages qu’une vérité historique est accessible.


Chaque témoignage forme le plus souvent un récit constitué d’un certain nombre d’éléments. Lorsqu’on examine l’un de ces témoignages écrits, l’enquêteur sait pertinemment qu’il n’a pas l’objectivité d’un constat d’huissier … et que l’un ou l’autre de ces éléments peut être totalement fictif ; que l’un ou l’autre encore peut présenter une déformation de la réalité, soit du fait du témoin, soit du fait du rédacteur de la déposition.


En recherche historienne, il n’y a guère de cas où l’enquêteur ne soit dans l’obligation d’avoir à établir une vérité objective, à partir de pièces aussi imparfaites. C’est l’objectif auquel il ne renonce pas et son approche historienne du dossier le conduit à faire une proposition cohérente qui mettra en relief les éléments certains (ou assez sûrs), signalera les éléments douteux et rejettera les éléments incohérents.


Mais même les dépositions partiales ou incomplètes, comportant des éléments fictifs ou douteux, peuvent, malgré cela, correspondre partiellement à la vérité objective. Très souvent, la vérité apparaît bien que, pour l’établir, on n’ait disposé que de documents – des dépositions – partiellement inexacts ou relativement déformants ou encore lacunaires.


L’attitude qui consisterait à rejeter totalement une déposition sous prétexte qu’elle est en partie fictive ou déformée ne relèverait pas d’une démarche scientifique en Histoire. On ne devrait pas affirmer a priori que le personnage de Jésus n’est qu’un mythe fondé essentiellement sur quatre évangiles qui ne seraient, tous, que des fictions littéraires sous le prétexte que, tous, contiennent certains éléments fictifs ou déformés.

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Published by Louis Cornu - dans exégèse biblique
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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 10:36

Dialogue entre un musulman internaute et un unitarien, par messagerie électronique à l’adresse de la Correspondance unitarienne, paru dans les " Libres propos " du bulletin n° 110 de la Correspondance unitarienne, décembre 2011


Ketrouci B. – le 17 novembre 2011 - Bonjour, Pourriez vous me dire si les premiers chrétiens étaient unitaristes ; si oui sur quels écrits repose votre affirmation. En vous remerciant d’avance pour votre réponse . Meilleurs salutations.

Jean-Claude Barbier (chrétien unitarien, Bordeaux) - Cher Monsieur. L'unitarisme est issu du courant anti-trinitaire qui fut l'une des Réformes du XVIème siècle ; donc on ne peut pas utiliser cette dénomination (les unitariens plutôt que les unitaristes) pour les premiers chrétiens.
Ce n'est qu'au début du IIème siècle que la divinité de Jésus devient évidente pour la plupart des chrétiens issus du paganisme (voir les épîtres d'Ignace, évêque d'Antioche, vers 110). Les judéo-chrétiens n'y adhèrent pas, mais ils sont en perte de vitesse depuis la chute de Jérusalem en 70 contre les Romains. Encore au IIème siècle, les Nazôréens exilés à Pella en actuelle Jordanie et les Ebôniens (des judéo-chrétiens hostiles à l’apôtre Paul) maintiendront leur refus de cette divinisation.
Vous pouvez consulter des textes sur notre site des Etudes unitariennes (lien). Bien à vous.
KB - Merci infiniment pour votre réponse , mais excusez moi d'insister : selon vous les premiers chrétiens étaient-ils unitariens ou trinitaires ? Dans l'attente de vous lire. Bien cordialement.
JCB - Les théologiens chrétiens n'ont commencé à parler de Trinité qu'à la fin du IIème siècle (avec notamment Tertullien), et ce n'est qu'en 325, avec le concile de Nicée, que Jésus a été considéré comme Dieu le Père qui s'est incarné en lui, donc le début du dogme trinitaire. Dans le Nouveau testament, la Trinité n'est pas dite ; il y a seulement trois entités bien distinctes (donc un système ternaire et non trinitaire) : Dieu le Père, Jésus son « Fils », et le Saint-Esprit. Dieu reste Un dans le Nouveau Testament. Les chrétiens unitariens pensent que Jésus a été un simple homme (en cela, ils sont comme les juifs ou les musulmans), et ils admirent son enseignement et la façon dont il a vécu sa religion. Les judéo-chrétiens du 1er siècle pensait que Jésus était un prophète et qu'il était le messie attendu pour la Fin des temps.
KB - Vous dites que les judéo-chrétiens du Ier siècle pensait que Jésus était un prophète et qu'il était le messie, y a t'il un écrit, une trace qui affirme ca ?
JCB - Cher Kétrouci. Vous avez tous les textes du Nouveau testament à lire !  Maintenant, c'est aux lecteurs de se faire une idée. Pour vous aider, je vous ai conseillé les textes de notre site "Etudes unitariennes". Au Ier siècle, les adhérents à la nouvelle voie eschatologique ouverte par Jésus (à la suite de la mouvance baptiste de Jean-Baptiste) - nouvelle voie juive - étaient appelés par les autorités juives et romaines les "nazôréens" (ce qui correspond probablement aux "nassara" que l'on retrouve dans le Coran). Ils étaient juifs et pratiquaient le sabbat et les prières au Temple.
A Antioche, au milieu du premier siècle, les autorités romaines désignent par "chrétiens" (= adeptes du Christ) les "païens" qui se rallient à cette nouvelle voie juive à la suite des prédications de Pierre, Paul et Barnabé, etc., et suite à la décision de Jérusalem comme quoi les païens convertis n'étaient pas soumis à la circoncision, ni aux interdits alimentaires.
Ceci sont des données historiques, en réponse à vos questions. Maintenant, est-ce que Jésus est le Messie annoncé par les textes messianiques ? ou autre chose ? cela dépend de vous même, de votre appréciation, etc. Les unitariens ne sont pas prosélytes, ne cherchent pas à convertir, et donnent seulement des informations d'ordre historique ou autre afin que chacun se fasse son opinion. Bien à vous.
KB - Très bien, permet moi une dernière question : qu'est ce qui vous empêche de croire en prophétie de Mohamed (saw). Bien cordialement.
JCB - Je connais l'histoire de Muhammad que j'apprécie à sa juste valeur. Pourquoi voulez-vous que je "crois" en lui ? Qu'est-ce qu'il y a à croire ? Je sais qu'il a été reconnu comme prophète par tous ceux qui se disent musulmans.
KB - Toute personne qui se dit croire en Dieu doit croire en tout ses messagers non ?
JCB - Je suis croyant en l'existence de Dieu, mais le discours des prophètes qui disent ceci ou cela est à examiner cas par cas et avec esprit critique, car ce sont des discours humains. Pour moi, Jésus ou Muhammad ne font pas exception à cette règle. Dieu est Dieu et les prophètes reconnus par les gens comme tels sont de simples humains avec leurs qualités et leurs défauts, et leurs discours n'engagent qu'eux mêmes ! Libres aux autres d'y adhérer ou non. Bien à vous.
KB - Même si c'est un humain qui vous vient de la part de Dieu cela ne change t'il rien à vos yeux ?
JCB – Ne vous ai-je point dit toute mon attention à ce que font, disent ou écrivent les humains ? La Bible est une bibliothèque dont tous les auteurs de livres qui ont contribué sont tout à fait dignes d’intérêt ; il en est de même du Coran qui est une compilation des « révélations » que Muhammad dit avoir reçues de Dieu ; mais ni la Bible ni le Coran ne sont « la Parole de Dieu » comme l’affirment nombre de croyants avec crédulité ; ce sont tout simplement des écrits humains de croyants en Dieu. Ils n’en ont d’ailleurs, à mes yeux, qu’un plus grand mérite.
Le théisme, qui s’est développé avec le siècle des Lumières, établit la distinction entre les formes particulières de religion – celles dont nous avons héritées, que nous pratiquons, et qui s’inscrivent dans une histoire culturelle avec des prophètes et des « révélations » - et puis l’existence de Dieu qui, elle, est transcendante à ces formes particulières et qui relève des vérités universelles accessibles à notre raison. Ce fut, me semble-t-il, un progrès qui a permis de relativiser ces religions vécues tout en leur accordant le mérite qu’elles peuvent avoir et en reconnaissant leurs richesses culturelles et spirituelles ; sans oublier d’éviter, enfin, le prosélytisme religieux et les guerres de religion !
Je partage bien volontiers  le bonheur des croyants qui vivent leur religion avec joie et sans fanatisme, en acceptant les religions des autres. Cessons de penser que « ma » religion est meilleure ou supérieure à celle des autres ; elle est tout simplement celle qui me sied le mieux, qui m’épanouit, où je trouve mes repères, où je puise des nourritures spirituelles, celle dont les récits et les enseignements me touchent profondément, bref qui me rend heureux. Ce que je vous souhaite de tout cœur et très fraternellement.
KB - Merci infiniment d’avoir pris le temps de répondre à mes questions bien que je ne suis pas d’accord avec vous sur bon nombre de points, mais bon ainsi va le Monde. Salutations.
JCB – Bien à vous aussi.

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 10:26

Les juifs sont nos « pères » et les musulmans « nos fils », par Roger Parmentier, pasteur ERF (texte rédigé avant novembre 2010 et toujours d’actualité), article à la Une du bulletin n° 110 de la Correspondance unitarienne, décembre 2011.

ajout du 5 janvier 2012 : ce texte a été traduit en italien sur le site des chrétiens unitariens d'Italie (cicu.altervista.org, lien) par Giacomo Tessaro et Filippo von Wittelsbach sous le titre "Padri e figli", le 5 janvier 2012.

 

Si les juifs sont nos « pères », les musulmans ne sont-ils pas nos « fils » ? Ne devons-nous pas honorer les uns, les respecter et leur manifester notre reconnaissance émue pour avoir traversé de si grandes épreuves et pour le patrimoine qu’ils nous ont transmis, de valeur inégale, et quelles que soient les erreurs et les fautes qu’ils ont pu commettre (qui n’en commet pas ?) et dont les conséquences apparaissent au cours des ans, nous souvenant qu’on ne choisit pas ses parents ?


Et si les musulmans sont nos « fils », ne devons-nous pas honorer pareillement ces autres, les respecter et leur manifester notre compréhension émue et notre solidarité pour s’être efforcés, malgré nos erreurs et nos fautes, d’accueillir et de tenter de faire fructifier ce qu’ils estimaient le meilleur de nos patrimoines, mais hélas aussi d’avoir subi l’influence de nos folies et de nos crimes ?


Les deux « réflexions » sont à mener conjointement. D’autant qu’elles pourraient s’éclairer mutuellement, d’autant qu’il s’agit d’une Histoire commune.


La réflexion sur notre relation à l’islam et aux musulmans est d’autant plus nécessaire et urgente que nous héritons d’une situation gravement déséquilibrée dans nos Eglises : autant le judaïsme est pris en considération (parfois même au détriment de l’Evangile de Jésus) autant l’islam est ignoré, suspecté, dévalorisé… Les textes fondateurs du judaïsme ont été joints au Nouveau Testament pour former notre Bible (le concept de la « Parole de Dieu » ayant permis de les traiter sur un pied d’égalité avec les évangiles), l’enseignement de l’hébreu et du judaïsme ancien, l’hypertrophie de la place de l’Ancien Testament dans les prédications et les études bibliques paroissiales, surtout dans les Eglises de tradition calviniste (consciemment ou non), notre piété juive, car formatée par le chant des psaumes longtemps en situation de monopole, et bien d’autres éléments semblables, tout cela pèse d’un poids considérable en faveur du judaïsme, tout cela renforcé par les abominations du nazisme, conduisant aussi généralement, au moins pour un temps, à un philo-sionisme protestant.


Par contre le Coran et l’islam ne sont guère étudiés dans les facultés de théologie et dans les paroisses, ni l’histoire des musulmans depuis l’origine, les mauvais traitements qui leur ont été infligés par nos christianismes provoquent en retour des actions analogues, tout cela aggravé, en des temps récents, par les luttes des décolonisations et pour l’indépendance des peuples musulmans, et l’indignation grandissante des musulmans (et spécialement des « islamistes ») devant l’injustice commise envers les Palestiniens et la ville de Jérusalem en particulier… Tout cela n’a pas favorisé une approche respectueuse et apaisée de l’islam, une ouverture de cœur et d’esprit à l’égard des musulmans. L’urgence de la situation internationale dans ce domaine ne devrait-il pas décider la Fédération des protestants de France (FPF) à encourager une réflexion de nos Eglises sur leur relation (inexistante) à l’islam et au monde arabo-musulman ?


Il se pourrait aussi que l’étude respectueuse et critique de l’islam et de l’histoire des musulmans puisse contribuer à notre réflexion théologique, à l’étude respectueuse et critique de nos christianismes et des judaïsmes d’autrefois et d’aujourd’hui. Ces études pourraient contribuer à la recherche de compréhension et d’entente, d’accord spirituel, même avec ceux qui se croient (ou que l’on croit) adversaires, comme Jésus nous l’a demandé (Evangile selon Matthieu, 5.25-26).


Nous pourrions nous demander : Pourquoi a-t-il fallu que naisse l’islam ? Qu'est-ce qui a poussé les musulmans, bien qu’ayant accueilli une grande part de nos héritages juifs et chrétiens, à en refuser une partie avec indignation et à inventer une voie partiellement nouvelle ? Si nos christianismes avaient été de meilleure qualité, plus authentiques, l’islam serait-il né ?


Le dialogue respectueux avec nos frères-fils musulmans peut-il et doit-il d’urgence être entrepris, pas seulement dans un premier temps en évitant les « sujets qui fâchent », mais en arriver à nous entretenir des « sujets qui fâchent » sans se fâcher.


P.S.  Il faut le répéter : il y a urgence : la douleur et l’indignation d’un grand nombre de musulmans sont tels que la planète est à feu et à sang, que le pire nous attend vraisemblablement, et que nous devons agir et penser conformément à l’Evangile de Jésus.

Le pasteur Roger Parmentier est membre des Amitiés islamo-unitariennes

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