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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 18:56

Que va devenir cette primauté de fait de Pierre ? Au début des Actes des apôtres (écrits par Luc), on constate le maintien de l’institution des Douze, lesquels vont devenir les « apôtres » : ce sera le collège apostolique. Réduit à 11 membres après la trahison et la mort de Judas (Ac 1, 13), la première décision est d’ajouter un douzième pour le remplacer - ce sera un nommé Mathias, par tirage au sort (Ac 1, 26) - ce qui prouve bien l’importance de ce collège. Destinés à porter témoignage et donc à évangéliser, ils seront les « envoyés » (= apôtres) par excellence. Exceptionnellement, ce terme peut être étendu à des missionnaires : ainsi Paul et Barnabé en Lycaonie (Ac 14, 14). Paul prétextera sa vision de Damas (qui pour lui vaut une rencontre avec un Jésus vivant) pour se dire lui même apôtre (l’avorton ajoutera-t-il par humilité !). La tradition chrétienne, s’appuyant sur ce verset des Actes, entérinera cette promotion pour les deux bénéficiaires.

saint-pierre-en-gallicante.jpg

église Saint-Pierre en Gallicante à Jérusalem. Une première église fut érigée à cet emplacement en 457 sur l'emplacement supposé du palais du Grand-prêtre Caïphe (attesté par un pélerin de Bordeaux qui visita les lieux saints en 333-334) - palais où Pierre aurait "renié" Jésus par trois fois. Cette première église fut détruite par le calife fatimide Al-Hakim bi-Amr Allah en 1010, puis reconstruite par les Croisés en 1102 et nommée sous son nom actuel. Tombée en ruine, elle fut restaurée en 1931.

 

Au début des Actes, c’est manifestement Pierre qui mène la danse : il est toujours cité en premier de la liste des Douze (Ac 1, 13) ; il organise le remplacement de Judas (Ac 1, 15-26) ; il s’adresse à la foule après la Pentecôte (Ac 2, 14), prononçant le premier kérygme ; préside le jugement d’Ananie et de sa femme Saphire (Ac 5, 1-11) ; joue un rôle de premier plan pour les miracles effectués par les apôtres (Ac 5, 15) ; c’est chez lui que Paul séjourne lors de sa première venue à Jérusalem après sa conversion ; c’est lui qui rompe les interdits avec les étrangers (la vision de la nappe pleine de victuailles Ac 10, 9-16, et sa rencontre avec le centurion Corneille à Césarée Ac 10, 1-8 et 17-43 ; fait donner les premiers baptêmes à des « païens » Ac 10, 44-48) ; c’est lui qui reçoit Paul chez lui et durant 15 jours lorsqu’il arrive à Jérusalem après son séjour à Damas (vers 39, Paul s’échappe de Damas 2 Cor 11, 32 et s. et fait une première visite à la communauté de Jérusalem Ga, 1, 18 et s.).

Pierre agit souvent avec Jean, le fils de Zébédée, formant un tandem où c’est lui qui a le premier rôle, Jean l’accompagnant mais restant muet. D’ailleurs, ce Jean – qu’il ne faut pas surtout confondre avec Jean l’Evangéliste (très probablement le Disciple que Jésus aimait, lien) – est le grand muet du Nouveau testament ! Dans le récit littéraire lucanien des Actes, il semble être là comme faire valoir de Pierre et symboliser avec lui le collège apostolique. Après la Pentecôte, il accompagne Pierre à la prière du soir au Temple et participe à la guérison d’un impotent (Ac 3, 1-10), tient tête avec lui face au Sanhédrin (Ac 4, 1-22), est envoyé avec Pierre en Samarie, après que le diacre Philippe eut commencé l’évangélisation de cette région (Ac 8, 14). Il est, l'une des trois colonnes (selon l'expression de Paul) à l’assemblée de Jérusalem qui décida de ne pas imposer la circoncision aux païens convertis et scelle l'accord avec les Antiochiens (Ga 2, 9) - il est alors en 3ème position derrière Jacques le frère du Seigneur et Pierre.
C’est une tradition très tardive qui fera de l’apôtre Jean l’auteur du 4ème évangile, ceci en dépit de tout bon sens (pêcheur galiléen, il n’a nullement la culture suffisante pour écrire ou dicter un texte, et puis, il y a aussi une question d’âge car l’Evangile de Jean est daté de la fin du Ier siècle).

Mais Pierre est emprisonné par Agrippa I à Pâques de l’an 43 ou 44, après que celui-ci ait fait exécuté l’apôtre Jacques, le fils de Zébédée (dit dans la tradition Jacques le Majeur par rapport à Jacques le frère du Seigneur). Agrippa I est l’étoile hérodienne montante depuis que le nouvel empereur Caligula, à son avènement en 37, lui donna les tétrarchies de Philippe et de Lysinias avec le titre de roi. Cela se fait aux dépends d’Hérode Antipas (tétrarque de la Galilée et de la Pérée qui fit décapité Jean-Baptiste et qui reçut Jésus en son palais à Jérusalem), lequel est exilé dans les Pyrénées en 39 par le même empereur. Agrippa I hérite de sa tétrarchie. Mieux, Agrippa I, alors en séjour à Rome, a su se mettre du bon côté lors de l’avènement de l’empereur Claude en 41, si bien qu’il agrandit sa royauté en recevant la Judée et la Samarie. Il reconstitue ainsi une bonne partie du royaume d’Hérode-le-Grand.

Mais, désirant recevoir l’appui des Juifs, il sévit contre la nouvelle voie juive, celle des nazôréens. Il ne touche pas toutefois à Jacques le frère du Seigneur ni à l’apôtre Jean, le frère de Jacques (puisqu’on le retrouve à la rencontre de Jérusalem selon le témoignage de Paul en Ga, 2, 9). Pierre s’évade de nuit grâce à une complicité (Ac 12), mais il est plus prudent qu’il ne reste pas sur les terres d’Agrippa I.
Toutefois, Agrippa I meurt au printemps 44 et la Judée redevient alors une province procuratorienne (de 44 à 66) directement administrée par un fonctionnaire nommé par Rome, si bien que Pierre pourra assister à la rencontre de Jérusalem en 48-49 où fut décidé que les convertis du paganisme seront exemptés de la Loi (Ac 15, 5 et s.).

Le compte rendu de cette rencontre correspond tout à fait à la nouvelle situation issue de la clandestinité de Pierre : alors que c'est Pierre qui (seul) reçoit Paul, lors de son premier séjour à Jérusalem – vers 39 -; dix ans plus tard (vers 48-49), c'est Jacques, le frère du Seigneur qui clôture la rencontre de Jérusalem (tout en confirmant l'avis de Pierre). A partir de la Pâque 43 ou 44, il n’est plus à Jérusalem et c’est Jacques le frère du Seigneur qui, localement, a pris le premier rôle. Pierre conserve cependant tout son poids et c’est son argumentation qui est retenue, mais c’est Jacques qui désormais conclut.
Il n’est donc pas nécessaire d’imaginer des conflits au sein de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem pour expliquer ce changement local de leadership. Paul, dans le second chapitre des Galates apporte une précision importante : Pierre se consacre à la diaspora juive et lui, Paul, à l’évangélisation des païens (Galates 2). Ultérieurement, la tradition chrétienne, largement empreinte de légende, généralisera ce rôle missionnaire des apôtres : Pierre à Antioche puis à Rome, Jean à Ephèse, André (frère de Pierre) en Thracie, et Thomas vers l’Inde ! Toutefois, si l’historien n’a rien de consistant pour les trois derniers (Jean, André et Thomas), il n’en est pas de même pour Pierre.

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