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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 17:38

suite de l'article précédent

 

1 - les approches didactiques :

 
La Bible est appréhendée comme un livre inspiré, porteur de révélations, qui nous dit quoi faire. En plus, Les Magistères des Eglises sont là pour expliquer, rappeler les commandements, voire les imposer.


(1a) la lecture narrative : La Bible nous dit d’où nous venons (elle donne aux fidèles une longue histoire depuis Adam et Eve) et où nous allons (retrouver le Paradis d’où le couple original fut chassé). Elle met en exergue des personnages légendaires, des héros de cette histoire, des prophètes, puis, dans le NT, la Bonne Nouvelle apportée par Jésus, lequel est présenté comme le Fils de Dieu. C’est une lecture au premier degré.

En conséquence, les sciences (découvertes archéologiques, comparaison avec d’autres récits historiques) ne peuvent que confirmer la véracité de la Bible ; sinon leurs connaissances sont erronées. Ce type de lecture peut être complétée par la méthode naturaliste qui consiste à trouver des faits, certes exceptionnels mais naturels, qui expliquent les miracles, par exemple les sécrétions sucrées d’un insecte du désert du Sinaï pour expliquer la manne que Yahvé envoya aux Hébreux fugitifs. Dans cette optique, l’archéologie biblique est amenée à confirmer la Bible (ce que récuse vigoureusement l’archéologie actuelle).

L'Histoire sainte est la matrice de l'Histoire universelle. Elle est ethnocentrée dans le cas de la Bible qui relate l'histoire d'un peuple élu par Dieu ou du Coran qui va susciter un nationalisme arabe.


(1b) la lecture morale : La Bible nous dicte ce qui est bien et ce qui est mal - "Les évènements rapportés dans l'Ecriture doivent nous conduire à un agir juste. Ils ont été écrits pour notre instruction" (1 Co 10,11). Des personnes et leurs actes nous sont donnés en modèle.


(1c) la lecture institutionnelle : La Bible fonde nos institutions : le mariage (indissoluble dans le NT), la polygamie (interdite dans le NT), le sabbath ou le repos du dimanche, et notre attitude vis-à-vis des autres institutions humaines : la non fréquentation des cultes païens, le respect des autorités etc. Elle décide des rituels à accomplir (circoncision, baptême selon le NT, purifications, sacrifices, etc.), des fêtes à célébrer, de l’organisation ecclésiale (entre les mains des hommes, sauf pour les prophétesses dans l’AT, les vierges et les veuves dans le NT, l’Eglise du Christ fondée sur Pierre, etc.), etc.


(1d) la lecture argumentaire, pratiquée dans les milieux fondamentaliste, « pioche » des versets ici et là, dans divers livres, sans tenir compte des contextes historiques où ceux-ci ont été élaborés, afin de mener une argumentation.


(1d) la lecture dans la foi où le lecteur se met en prière et retrouve benoîtement, sans esprit critique, les grandes vérités dogmatiques que lui enseigne son Eglise.


2 - les approches prophétiques :


La Bible est censée comportée des textes qui annoncent l’avenir ; ces prophéties sont prises pour argent comptant puisqu’elles sont considérées comme des révélations de Dieu. Dès lors, le lecteur fouine les textes pour y trouver l’annonce de futurs évènements.


(2a) la lecture allégorique fait apparaître comment un événement ou un détail contenu dans le texte biblique annonce ou préfigure la suite de l’histoire du Salut. C’est ainsi que les textes messianiques de l’AT sont, non seulement les témoins d’une espérance communautaire, mais, surtout, annoncent la venue du messie Jésus et de la Bonne Nouvelle qu’est le NT. La traversée de la Mer rouge annonce le baptême avec l’eau qui efface nos péchOrigen.jpgés et nous libère (ce que dit Paul dans 1 Co 10,2). L’Emmanuel, nouveau-né d’un roi d'Israël, devient l’annonce de la naissance de Jésus, que Jésus sera le Nouvel Adam etc. Les auteurs des textes du NT usent et abusent des citations, parfois même les déforment. C’est parce que ces textes annonçaient l’élévation du Messie après qu’il eut été condamné injustement par les autorités, que, par déduction, les disciples de Jésus, constatant le tombeau vide, crurent à la réalisation de ces textes – donc à sa résurrection (voir par exemple la scène des pèlerins d’Emmaüs, lien).

 

Origène, père de l'Eglise


Préconisée par Origène (185-253), Père de l’Eglise, la typologie consiste à dégager des types qui préfigurent le Christ.
Les musulmans reprendront à leur compte ce mode de lecture en voyant dans le Paraclet (Esprit-Saint) de l’évangile de Jean, l’annonce d’un nouveau prophète, Muhammad.


(2b) la lecture anagogique (du grec anagoge = conduire) ou eschatologique s’intéresse au retour du Christ. Elle privilégie les apocalypses. Elle alimente les millénarismes ; l’affirmation d’une résurrection des corps au Dernier jour, le Jugement dernier, les descriptions du Paradis et de l’Enfer, etc. Le regard se porte sur les évènements dans leur portée éternelle. Ainsi, l'Eglise sur terre est-elle signe de la Jérusalem céleste !


"Un distique médiéval résume la signification des quatre sens : le sens littéral enseigne les évènements, l'allégorie ce qu'il faut croire, le sens moral ce qu'il faut faire, l'anagogie vers quoi il faut tendre" (Catéchisme de l’Eglise catholique, 37,118).


3 – les approches spirituelles :


Les faits relatés dans la Bible valent pour leur sens spirituel et non pour leur réalité historique. La résurrection de Jésus, entre autres, est un fait spirituel, annonce nos corps glorieux, et n’est pas la réanimation d’un cadavre (comme ce fut le cas pour Lazare selon l’évangile de Jean). Il en est de même des miracles : les guérisons sont l’annonce de la libération de nos corps et de nos âmes par la parole de Jésus, et non des actes thérapeutiques ayant bénéficié à des individus – du moins ces approches n’en restent pas aux cas particuliers, mais on en tire des enseignements généraux et au niveau du vécu de notre spiritualité. Elles ne cherchent pas à vérifier les faits qui sont relatés, ceux-ci n’étant que des supports.


(3a) la lecture par les acteurs qui nous met de plein pied avec les personnages bibliques. Et nous qu’aurions-nous fait si nous avions été à leur place ? comment aurions nous réagi, etc. ? Ce que cela signifie pour moi ? Méthode revendiquant la subjectivité du lecteur, mettant en avant le « Je »comme dans une pièce de théâtre : circuler dans le texte, découvrir la Parole par les acteurs comme s’ils étaient nos contemporains, nous-mêmes étant acteurs interpellés par le texte. Nous sommes dans l’ici et maintenant, dans ce que le texte choisi dit précisément (indépendamment de son contexte textuel et historique). Elle est appelée « sémiotique », celle-ci traitant de la théorie générale des signes. Une méthode particulièrement interactive mise au point aux Etats-Unis et adoptée entre autres dans les milieux catholiques (en France par exemple) ; elle a l’avantage de ne pas exiger d’avoir une culture biblique préalable pour lire les extraits choisis et proposés à méditation et échanges.

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans exégèse biblique
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