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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 17:50

par Jean-Claude Barbier

Le Livre d'Hénoch (également connu sous le nom de 1 Hénoch) est un écrit inter-testamentaire. Il n’a été repris ni par le canon juif ni par celui des chrétiens.
Son abandon contraste bien entendu avec son succès populaire durant plusieurs siècles. Fort heureusement, l’Eglise éthiopienne l’a, elle, conservé pieusement dans son propre canon , et c’est ainsi que le livre fut redécouvert en 1777 par l'explorateur écossais James Bruce qui en ramena 3 exemplaires d’Éthiopie.

Les débats vont bon train dans les hautes sphères religieuses (de toutes les religions !) pour établir la liste des livres considérés comme inspirés par Dieu, lieux par excellence de la révélation. Alors que la Septante (qui résulte de la traduction des livres hébreux en grec à la demande du roi lagide Ptolémée II Philadephe, qui règna de – 285 à – 246) englobe les livres que nous retrouvons aujourd’hui dans la version catholique de l’Ancien testament, la Grande assemblée (le sanhédrin), en exil à Yavné après la ruine du temple de Jérusalem (en 70 ap. J.-C ), décida en 90, sous la présidence du rabbin Gamaliel II (80 - vers 116 ; de la période historique dite des Tannaïm) de s’en tenir à une version plus restrictive (le Tanakh tel qu’il fut établi à l’époque perse du scribe Ezra et du haut-commissaire Zorobabel, au retour de l’Exil), ce qui exclut les livres qui furent écrits ultérieurement directement en grec, sous le prétexte que les chrétiens citaient ces textes dans leur argumentaire.

Il s’ensuivit des " deutérocanoniques " que l’on retrouve aujourd’hui dans les bibles catholiques, mais – du moins au début – mis en annexe par les protestants et absents des bibles hébraïques. Sans compter les nombreux " apocryphes " juifs (dont notre Livre) qui, malgré leur succès populaire, ne firent pas consensus.
Fort heureusement, les Pères de l’Eglise étaient souvent des érudits moins tatillons dans le choix de leurs lectures et leurs citations ont sauvé bien des références d’ " apocryphes ".


Du côté des chrétiens, c’est la volonté de Marcion à vouloir exclure l’Ancien testament (pour lui, œuvre satanique) qui obligea, par réaction, les autorités religieuses à établir une liste des livres recommandables aux fidèles. Ce fut fait tardivement, au IVème siècle, à la demande du pape Damase 1er, que Jérôme de Stridon traduisit en latin la Septante, plus le Nouveau testament, ce qui donna la Vulgate avec les livres que nous connaissons aujourd’hui dans les versions catholiques. Cette liste " officielle " fut confirmée lors des conciles d’Hippone (393) et de Carthage (397 et 419) ; et l’Eglise byzantine s’y rallia plus tardivement lors du concile de Trullo en 692.


Le Livre d'Hénoch fut violemment pris à partie et condamné pour hérésie par le chrétien Filastrius (Liber de Haeresibus, numéro 108), et, côté Juif, par le Rabbi Simeon ben Jochai, au deuxième siècle de notre ère, qui prononça une malédiction sur ceux qui le croyait.


La majorité des érudits affirment que le contenu actuel de l'histoire dans le Livre d'Hénoch a été écrit quelque part durant le 2ème siècle. Il va sans dire qu’il s’agit d’un pseudépigraphe, le brave patriarche Hénoch étant mort depuis de nombreux siècles ! On n’en connaît donc pas l’auteur.


Le plus ancien texte éthiopien apparemment a été rédigé à partir d'un manuscrit grec du Livre d'Hénoch, lequel lui-même fut une copie d'un texte plus ancien, en langue sémitique, aujourd'hui considéré comme étant de l'araméen ainsi que le prouvent les fragments qui ont été retrouvés parmi les manuscrits de la Mer Morte. Il était largement diffusé car ces fragments renvoient à pas moins de dix manuscrits différents ! On peut imaginer que, au sein de la mouvance essénienne, le courant apocalyptique, qui donnera naissance au mouvement de Jésus, avait une prédilection pour ce genre de texte.

Dans la compréhension du Fils de l'homme selon Jésus, il apparaît comme le chaînon manquant de nos bibles entre le Livre prophétique de Daniel (écrit entre 167 et 164 av. J.-C. selon la Bible de Jérusalem, 1956, p. 982) et les évangiles.

Plus de deux cents expressions dans le N-T trouvent leur précédents dans le Livre d'Hénoch. Mieux, l’épître de Jude nous indique dans son verset 14 que " Hénoch, le septième depuis Adam, a prophétisé ... ". et cotinue en faisant une référence directe au Livre d'Hénoch (2 : 1 ou 1 : 9 selon les traductions), où il écrit, " pour exécuter le jugement sur tous, pour condamner tous ceux qui sont impies... ". L'auteur apocryphe de
l'Épître de Barnabas cite le Livre trois fois, l'appelant deux fois " l'Écrit " un terme dénotant spécifiquement la Parole de Dieu inspirée (Épître de Barnabas 4 : 3, 16 : 5,6). D'autres écrits apocryphes reflètent la connaissance de l'histoire d'Enoch des "Veilleurs", notamment le Testament des Douze Patriarches et le Livre des Jubilés.

Du côté des Pères de l’Eglise, Justin Martyr attribue tout le mal aux démons qui sont de
la progéniture des anges tombés à cause de la convoitise pour des femmes (ce qui est la version hénochienne). Athenagoras, écrivant dans son texte appelé Legatio environ 170 de notre ère, considère Hénoch comme un vrai prophète. Il décrit lui aussi les anges qui " ont violé leur propre nature et leur fonction." et entre dans le détail de leur Chute. Hénoch est cité (et approuvé) par Tatian (110-172), Irenaeus, évêque de Lyon (115-185), Clément d'Alexandrie (150-220), Tertullian (160-230), Origen (186-255), Lactantius (260-330), Methodius de Philippi, Minucius Felix, Commodianus, et Ambrose de Milanalso




pour les textes inter-testamentaires :

DUPONT-SOMMER et PHILONENKO, sous la direction de, 1987 - La Bible. Écrits intertestamentaires, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade. Le Livre d’Hénoch est ici introduit et commenté par André Cacquot.


pour les études sur les fragments du Livre d’Hénoch en araméen :

MILIK, J. T., éd. et traduction, 1976 - The Books of Enoch : Aramaic Fragments of Qumran Cave 4, Oxford : Clarendon Press, 400 p.

MARTIN François, 2000 - Le Livre d'Hénoch traduit sur le texte éthiopien, Milan : Archè
LANGLOIS Michaël, 2008 - Le premier manuscrit du livre d'Hénoch - Etude épigraphique et philologique des fragments araméens de 4Q201 à Qumrân ; avec une préface d’André Lemaire, paru en octobre aux éditions du Cerf dans la collection Lectio Divina.


pour lire le Livre d’Hénoch et des commentaires sur Internet :

LE MOAL, le texte
http://sites.google.com/site/grandoeuvre/livre-dh%C3%A9noch

POPPER, avec un parallèle entre le Livre d’Hénoch et les citations dans le N.T.
http://www.viaveritas.fr/Le-livre-d-Enoch-2-2
FONTAINE Didier, Encyclopedia Gentium Boni (L’Encyclopédie des gens de Bien), avec toutes les citations concernant les noms d’Hénoch
http://www.areopage.net/atxtheb/Gen5_21-24.html 
***, L'Univers spirituel du monothéiste ; à la rubrique " Le Livre d’Hénoch" : Le Livre d’Hénoch (le texte lui-même), Au sujet du Livre d’Hénoch *, Points culminants du livre d’Hénoch.
www.monotheiste.com

* ndlr : nous avons utilisé, entre autres, cet excellent article pour rédiger notre présente notice.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le Fils de l'homme
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