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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 21:35

par Jean-Claude Barbier (suite de l'article précédent "la relève prise par les femmes"). L'article présent a été publié le mercredi 26 mars 2008 dans les Actualités unitariennes et transféré ici.

le vendredi soir

Joseph d’Arimathie (Ioseph de Ramataïm, probablement le village Ramataïm Sôphimù à quelques km au nord-ouest de Jérusalem), utilise son rang de notable conseiller (il est sans doute membre du Sanhédrin), pour demander le corps à Ponce Pilate. Il le descend de la croix ; selon Jean aidé par Nicodème (Jn 19, 38-40).

Il faut faire vite à cause du sabbat. La mort est survenue à 15h et le soleil se couche à 19h. Marc, Matthieu et Luc disent seulement que Joseph "roula" ou "entoura" le corps dans un linceul qu’il venait d’acheter. On peut penser que les mains et les pieds furent attachées avec les bandelettes, qui sont des ligatures, et que Jean mentionne (" Ils prirent le corps de Jésus et le lièrent " ; ils au pluriel car, dans cette version johannique, Nicodème est venu à la rescousse).

Mais y a-t-il eu une toilette funéraire ? En principe, on doit laver le corps puis le oindre d’huile parfumée. Selon Jean (seul), Nicodème aurait apporté à cet effet un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres (Jn 19, 39) ; mais il ne parle pas précisément d’une onction du corps ; les aromates sont mis avec les linges. Y a-t-il eu une simple aspersion à défaut d’onction ?

Le détail est ici d’importance car le lavement du corps et son onction de l’huile aurait enlevé, ou du moins atténué, les marques de la Passion ... celles précisément que l’on retrouve imprégnées dans le linceul conservé à Turin !

Le corps est déposé dans une tombe taillée dans le roc (Marc 15, 46), qui n’avait pas encore servi (Luc 23, 52 ; Jean 19, 41), qui est à proximité du Golgotha (Jn 19, 42), dans un jardin (Jn 19, 41). Seul Matthieu nous dit que ce tombeau appartenait à Joseph d’Arimathie (Mt 27, 60). Une grande pierre (sans doute plate) est roulée pour en fermer l’ouverture.

dans la nuit, avant le dimanche matin

La sépulture n’était que provisoire. Jésus est donc en transit de cette sépulture à une autre. Sa famille serait-elle venue récupérer le corps ? De nuit et durant le sabbat pour échapper à la vigilance non pas des Romains (car Pilate a remis le corps) mais à la populace ? Si cette hypothèse est la bonne, c’est la première fois que la famille de Jésus, hormis Marie, se manifeste. A l’appui de cette hypothèse, le tombeau de Talpiot.

L'évangile de Pierre (apocryphe du IIè siècle), versets 35-44, relate, dans un genre empreint de merveilleux, un bien curieux épisode : les gardes auraient entrevus deux hommes entrés dans le tombeau et en ressortir en encadrant un troisième et le soutenant. On ne peut mieux décrire un enlèvement du cadavre, du moins nous indiquer comment on pouvait faire à l'époque pour en kidnapper un avec le maximum de discrétion !

L’opinion publique, à Jérusalem, ne s’y trompe pas. Le bruit court en ville que les disciples ont subtilisé le corps pour faire croire à une résurrection (Mt 28, 15). Matthieu, dont nous savons que l’évangile s’adressait d’abord aux communautés judéo-chrétiennes de Syrie, est sensible à cet argument. Il y rétorque par une histoire bien compliquée de soldats qui auraient été préposés à la garde du tombeau (Mt. 27, 62-66 ; puis 28, 11-15). Aujourd'hui, en Afrique noire et sans doute ailleurs aussi, les taxis transportent à moindre frais les cadavres ainsi encadrés par deux membres de la famille afin de contourner les autorisations officielles et les charges des pompes funèbres.

Marc semble répondre aussi à la même préoccupation en nous faisant remarquer que des faibles femmes ne pouvaient, à elles seules, bouger la pierre "Et elle se disaient entre elles : "Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau ? " (Mc 16, 3).

le dimanche matin
Fra Angelico, La résurrection du Christ et les femmes au tombeau, fresque 1440-1441, couvent San Marco à Florence (Italie).

Les " Onze " (les Douze moins Judas) et " tous les autres " (Lc 24, 9) sont mis au courant par les femmes. Mais, pourtant, seul Pierre se déplace. " Mais Pierre, s’étant levé, courut au tombeau et, s’étant penché, il voit les bandelettes seules et il s’en alla chez lui, étonné de ce qui était arrivé " (Lc 24, 12). Jean, il faut s’y attendre, ajoute " l’autre disciple ", témoin jusqu’au bout. Plus jeune et plus alerte, celui-ci arrive en premier et, par respect, laisse Pierre entrer le premier. Partage des rôles, à Pierre le commandement de la première communauté, à lui le rôle de témoin par excellence, " il vit et il crut " (Jn 20, 8).

Qu'y a-t-il dans le tombeau ? Le constat est fait non par les femmes (manque de curiosité  ? effroi devant la pierre ôtée ?) mais par Pierre et "l'autre disciple".  Pierre y voit les bandelettes * seules  (Luc, 24, 12), mais Jean y ajoute le suaire * "roulé à part" (des bandelettes), déposé à un autre endroit (Jn 20, 7). Plus de corps (a-t-il été déposé à Talpiot ?), plus de linceul (est-ce le Suaire de Turin ?) !
* ces bandelettes servaient de ligature et n'étaient nullement utilisées pour envelopper le corps comme pour les momies égyptiennes.
* dans une note relative à la résurrection de Lazare, André Chouraqui précise que le suaire (distincte du linceul ; soudarion en grec) est un linge mis autour du cou et servant à éponger la sueur ; ici pouvant servir de mentonnière.


La conclusion de Luc et de Jean est la même : Pierre et " l’autre disciple " pour Jean rentrent tout bonnement chez eux. Pierre est " étonné de ce qui était arrivé " (Lc 24, 12) et Jean précise, à propos de Pierre et de " l’autre disciple " : " Car ils n’avaient pas encore compris l’Ecriture, qu’il devait ressusciter des morts " (Jn 20, 9).


Qu’il y ait eu résurrection de Jésus ou pas, c’est précisément à partir de ce constat du tombeau vide, que le travail de deuil va s’organiser ... Il va durer des pâques juives à la Pentecôte, autre fête du calendrier hébraïque.

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 21:02
par Jean-Claude Barbier (suite de l'article précédent "les disciples en déroute"). L'article présent est paru le mercredi 26 mars 2008 dans les Actualités unitariennes et transféré ici.

au Golgotha

Au pied de la croix, il y aura des femmes " qui regardaient de loin " ; selon les évangélistes, deux, trois ou quatre femmes (parmi elles) sont nommées :


Jésus parle aux femmes de Jérusalem. Eglise de Rennes-le-Château, station VIII du chemin de croix, oeuvre mise à l'actif des abbés François Béranger Saunière (1852-1917) et Henri Boudet (1837-1915).

1 - Miriâm (Maria en grec) de Magdala (citée en premier par Marc et Matthieu),
  
2 - Miriâm " mère de Jacques le petit et de Joset " (selon Marc ; " de Joseph " selon Matthieu) – cette Marie est-elle la femme de Clôpas que cite Jean (Jn 19, 25) et qui était " sœur " de Marie, la mère de Jésus ? Jacques "le petit" (par rapport à l'apôtre) serait alors Jacques, le frère de Jésus, qui, plus tard, présidera la communauté de Jérusalem.
3 - la mère des fils de Zébédée (les apôtres Jacques - le majeur - et Jean), les ben Zabdi (qui, avec Simon-Pierre et son frère André furent les premiers recrutés, Jn 4,20 ; tous étaient des pêcheurs du lac de Tibériade du village de Kephar-Nahoum). Cette femme est connue pour son dynamisme ; elle aurait demandé à Jésus que ses fils siègent avec lui dans l’Israël restauré, l’un à droite et l’autre à gauche de lui (Mt, 20, 10), comme quoi les places d'honneur ! Les évangiles ne citent pas son prénom.
4 - Miriâm, la mère de Jésus, que Jean est seul à mentionner et que Jésus, mourant, aurait confié au disciple qu’il aime (Jn 19, 26-27) *

* cette version de Jean accrédite l’idée que Jésus n’a pas de frère direct pouvant accueillir sa mère... à moins que ce disciple, dont le nom est si soigneusement tû, ne soit un jeune frère de Jésus ... ou encore un rejeton de Jésus et de Marie de Magdala (hypothèse de l'historien américain James Tabor). La tradition chrétienne localise la fin de vie de Marie, mère de Jésus, à Ephèse, auprès de l’apôtre Jean, et plus largement de l'école johannique.
5 - Shelomit / Salomé (qui est le féminin de Salomon), mentionnée par Marc seul (15, 40) qui est la sœur de Jacques le mineur (Mc 16, 1) et fille de notre seconde Miriâm.

au tombeau le vendredi soir

Jésus est mort ; nous sommes à la veille du sabbat et il faut faire vite si on veut éviter que le cadavre ne soit livré aux vautours. Le corps est descendu de la croix et mis dans une tombe qui était à proximité.

Ce
la se passe sous les yeux des femmes " qui étaient venues de Galilée " avec Jésus (Luc 23, 55) ; sont alors nommées de nouveau Marie de Magdala et " l’autre Marie " (Mt. 27, 61), à savoir la mère de Joset (= José, diminutif de Joseph) (Marc 15, 47) – notre seconde Mirîam.

au tombeau le dimanche matin

Ce sont les mêmes femmes, Marie Madeleine, " l’autre Marie " (mère de Jacques et Salomé Mc 16, 1, notre Miriâm n° 2), et Luc ajoute une nommée Jeanne (Lc 24, 10), " et les autres, avec elles ", qui, après le sabbat – notre dimanche matin - à l’aube avec un soleil qui se pointe à 5 heures (" c’étaient encore les ténèbres " précise Jean Jn 20, 1), viennent avec des aromates et parfums préparées la veille (Luc 23, 56) ou achetées le matin même (Mc 16, 1).


Pour Jean, il y a seulement Marie Madeleine (Jn 20,1), mais elle utilise le pluriel en s’adressant à Simon-Pierre et à " l’autre disciple que Jésus aimait " : " Ils ont enlevé l’Adôn (= le maître) hors du sépulcre. Nous ne savons pas où ils l’ont mis " (Jn 20, 2).

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 19:28
par Jean-Claude Barbier (voir les articles suivants : "la relève prise par les femmes", etc.). L'article présent a été publié le mercredi 26 mars 2008 dans les Actualités unitariennes et transféré ici.

Après avoir célébré la Pâque juive, Jésus se retire avec ses disciples au mont des Oliviers, au delà du torrent du Cédron * (précise
Jean 18, 1a). Mais le groupe ne monte pas jusqu’au sommet du mont ; il s’arrête au jardin du domaine de Gethsémani *, là où il avait coutume de passer la nuit (Luc 22,39 ; Jn 18,1-2).
* le Cédron (Qidrôn) est une vallée à l’est de Jérusalem, entre la ville et le Mont des Oliviers.
* Gethsémani (Gat-Shémanîm = pressoir à huile dans Matthieu 26,36 et Marc 14,32) est sans doute plus une oliveraie qu’un jardin car la tête de vallée du Cédron reste sèche en dehors des grandes pluies.

Judas, fils de Simon Iscariote a quitté le groupe sitôt après la consommation rituelle du pain. Jean l’évangéliste nous dit qu’il gérait la bourse et que les autres disciples pensèrent alors que Jésus l’avait envoyé faire des courses pour la fête (Jn 15, 27-30).

Jésus semble pressentir sa fin. Il demande à Pierre (Shim’ôn-Petros) et aux deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, de prier avec lui (Marc 14, 33 et Matthieu 26, 37 ; Luc et Jean ne précisent pas et en restent à l’ensemble des disciples). Les disciples s’endorment ; Jésus réveille Pierre * « Simon, tu dors ? Tu n’as pas pu veiller une heure ? » (selon Marc et Matthieu).
* Pierre seul, qui est le premier recruté et le bras droit du maître.

C’est là que Jésus est arrêté par, selon Jean, une cohorte romaine (soit 600 soldats – ce qui paraît bien excessif !), un officier (un chef « de mille »), les gardes du Temple (qui sont sous l’autorité du Grand Prêtre), le serviteur du Grand Prêtre nommé Malchus * (Jn 18, 10) et des pharisiens.
* Malchos dans la traduction d’André Chouraqui.

Luc parle simplement d’une foule (Lc 22, 47), Marc, d’une foule armée de bâtons et de glaives (Mc 14, 43) et Matthieu précise que la foule était nombreuse (Mt 26, 47). Y a-t-il eu vraiment tout ce déploiement de force, qui ne peut être que bruyant, ou bien une action commando ?

Judas les aurait guidés et donné le célèbre baiser de la trahison à son maître. Plus tard, pris de remord, il serait aller rendre l’argent qui lui avait été donné et aurait été se pendre (selon Matthieu seul 27,3-10).

Le Grand Prêtre est Caïphe, mais, selon Jean, c’est chez son prédécesseur, Anne / Hânan, son beau-père (qui avait été destitué en l’an 15 par le gouverneur romain Valerius Gratus) que Jésus est d’abord conduit. Le lieu est le même, le palais du Grand-Prêtre * où Caïphe et Hânan cohabitent. Pierre a suivi. Jean précise qu’il a pu entrer dans la cour où se tenaient les gardes grâce à « un autre disciple qui était connu du Grand Prêtre » (Jn 18, 15-16) **. Une servante le dévisage. Pierre renie être de ceux qui suivent Jésus. Il doit quitter les lieux.
* à partir du IVè siècle, la tradition chrétienne situe ce palais dans la partie sud de la ville, non loin du Cénacle. ** sans doute « l’autre disciple que Jésus aimait » Jn 13, 23 ; 20,2 .

Il reste donc seulement « l’autre disciple » qui a ses entrées au palais du Grand-Prêtre . Ce disciple est présent durant toute la Passion de Jésus et s’affirme comme témoin privilégié ; par exemple lui seul relate le coup de la lance qui perce le côté de Jésus déjà mort (Jn 19, 31-37) ; « il en sorti aussitôt du sang et de l’eau ». Les médecins constatent effectivement chez des victimes d’un traumatisme la formation d’un œdème pulmonaire et pleural. Les marques du Suaire de Turin confirment à la fois que les tibias de Jésus n’ont pas été fracturés et l'épanchement au niveau du côté droit.

« Et celui qui a vu a rendu témoignage et véridique est son témoignage, et celui là sait qu’il dit vrai, afin que vous croyiez, vous aussi » (Jn 19, 35).

En ce témoin énigmatique, la tradition chrétienne a reconnu Jean l’apôtre, le fils de Zébédée (sur le nom duquel l’évangile a été nommé). Or, il convient de distinguer – du moins pour l’analyse – l’apôtre Jean (toujours dit « fils de Zébédée » dans le texte), de l’auteur de l’évangile de Jean * (lequel a été attribué à Jean l’apôtre) et enfin de cet « autre disciple que Jésus aimait », qui se dit avoir été le témoin privilégié, jamais nommé par son prénom, et qui aurait été assurément trop âgé vers l’an 90 pour écrire lui-même le dit évangile - mais dont on retrouve maintes traces du témoignage au niveau de la rédaction finale.
* nous le désignerons quant à nous par Jean l’évangéliste

Si l’on en croit les paroles de Jésus qui aurait confié sa mère à ce disciple, celui-ci n’était sans doute plus tout à fait un jeune pour pouvoir jouer ce rôle de protecteur, et donc pouvait avoir entre 20 et 30 ans (et on doit ajouter une soixantaine d’années pour arriver à la date de publication du 4ème évangile) ; de même il devait avoir un certain âge pour pouvoir introduire un étranger (Pierre) au palais du Grand Prêtre.

A partir de ce moment, on ne sait plus ce que deviennent les disciples. Comme Pierre et « l’autre disciple », un jeune homme avait bien essayé de suivre la cohorte. Il avait été réveillé en sursaut et n’avait sur lui que son drap ; il dut s’enfuir nu lorsqu’on chercha à le saisir, laissant son drap aux mains des agresseurs. C’est Marc qui raconte l’anecdote.
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 08:55

par Louis Cornu


Selon Papias d’Héliopolis, comme Polycarpe de Smyrne (le Maître d’Irénée de Lyon) contemporain des derniers témoins survivants de Jésus, à la fin du 1er siècle, Pierre avait comme interprète-secrétaire à Rome ; Marc, l’auteur du deuxième évangile, qui de ce fait, avait fidèlement recueilli ses souvenirs. Notre Marc devait naturellement contenir le témoignage de Pierre sur l’apparition du chapitre 21 de Jean et sur celles que Paul énumère dans sa première épître aux Corinthiens.


Malheureusement, notre Marc canonique est un texte tronqué (en 16, 8) pour la raison qu’explique Clément d’Alexandrie (150-215) dans sa lettre à Théodore. Clément disposait d’un évangile complet de Marc, mais il estimait que ce texte ne devait pas être mis dans toutes les mains, car des hérétiques y trouvaient la justification de leur pensée. Il est donc pratiquement évident que c’est dans les récits d’apparitions dont notre Marc a été expurgé, que le Marc complet et secret de Clément était sulfureux.


icône de Clément d'Alexandrie

C’est justement par des écrits hérétiques gnostiques que nous détenons sur Jésus et son entourage des informations surprenantes. On y apprend que Pierre et d’autres disciples n’appréciait guère l’attitude de Jésus à l’égard de Marie de Magdala : d’une part il la considérait comme une disciple accomplie, une confidente comprenant sa pensée mieux que quiconque … d’autre part, elle était sa compagne très aimée. Alors qu’au regard de "l’Histoire sainte" de Jésus, cela paraît incongru et ne trouve pas sa place dans sa "vie publique", et pas davantage dans sa vie privée antérieure (puisqu’alors Pierre et Jésus ne se connaissaient pas). Les scènes évoquées ci-dessus devraient logiquement être supposées postérieures à la "Résurrection", au temps des "apparitions".


Paradoxe des écrits gnostiques qui verraient leur authenticité historienne suggérée par les évangiles, en raison même du silence de Marc, avec l’explication qu’en donne Clément d’Alexandrie.


Ndlr – Voici ce que dit la Bible de Jérusalem (1956, note f, p. 1350) sur l’actuelle finale de Marc

La "finale de Marc", vv. 9-20, fait partie des Ecritures inspirées ; elle est tenue pour canonique. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle ait été rédigée par Marc. En fait, son appartenance à la rédaction du second évangile est mise en question.


Les difficultés proviennent d’abord de la traduction manuscrite. Plusieurs manuscrit, dont Vat. Et Sin., omettent la finale actuelle. Au lieu de la finale ordinaire, un [autre] manuscrit donne une finale plus courte qui continue le verset 8 [de cette façon] : "Elles [Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé] racontèrent brièvement aux compagnons de Pierre ce qui leur avait été annoncé. Ensuite Jésus lui-même fit porter par eux, de l’orient jusqu’au couchant, le message sacré et incorruptible du salut éternel". Quatre manuscrits donnent à la suite les deux finales, la courte et la longue [l’actuelle]. Enfin, un des manuscrits qui donne la finale longue intercale entre le v. 14 et le v. 15 le morceau suivant :

"Et ceux-ci alléguèrent pour leur défense : ’Ce siècle d’iniquité et d’incrédulité est sous la domination de Satan, qui ne permet pas que ce qui est sous le joug des esprits impurs conçoive la vérité et la puissance de Dieu ; révèle donc dès maintenant ta justice.’ C’est ce qu’ils disaient au Christ et le Christ leur répondit : ‘le terme des années du pouvoir de Satan est comble ; et cependant d’autres choses terribles sont proches. Et j’ai été livré à la mort pour ceux qui ont péché, afin qu’ils se convertissent à la vérité et qu’ils ne pêchent plus, afin qu’ils héritent de la gloire de justice spirituelle et incorruptible qui est dans le ciel …’ "


La tradition patristique témoigne de même d’un certain flottement.


Par ailleurs on a peine à admettre que le second évangile dans sa première rédaction s’arrêtait brusquement au verset 8 [les femmes ont peur après avoir rencontré un ange qui leur a dit que Jésus était ressuscité et qu’il les précède en Galilée]. D’où la supposition que la finale primitive a disparu pour une cause inconnue de nous et que la finale actuelle a été rédigée pour combler la lacune. Elle se présente comme un résumé sommaire des apparitions du Christ ressuscité, dont la rédaction est sensiblement différente de la manière habituelle de Marc, concrète et pittoresque.


Toutefois, la finale actuelle a été connue dès le IIème siècle par Tatien et saint Irénée et elle a trouvé place dans l’immense majorité des manuscrits grecs et autres. Si l’on ne peut prouver qu’elle a eu Marc pour auteur, il reste qu’elle constitue, selon le mot de Swete, "une authentique relique de la première génération chrétienne".

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 03:50

par Louis Cornu


Dans Adversus Haereses, au chap. 22 du livre II, Irénée combat des "hérétiques" qui s’appuyaient sur Lc 4, 19 (où Jésus souligne l’actualité d’Isaïe 61,2) pour en déduire "qu’il a souffert le douzième mois, en sorte qu’il n’a prêché qu’une seule année après son baptême" (22, 1).

Irénée commence par faire une analyse critique du texte d’Isaïe et en propose une saine interprétation (22, 2). Il en vient ensuite à préciser la durée réelle de la vie enseignante de Jésus, après son baptême public par Jean dans le Jourdain. Il fait référence aux trois Pâques signalées par Jean et apporte ainsi la preuve d’une durée de vie enseignante supérieure à une année (22, 3).

C’est à cette caractéristique d’enseignement qu’Irénée s’attache ensuite. Comme base de son argumentation, il prend Lc 3, 23, qu’il formule ainsi : "Jésus commençait sa trentième année lorsqu’il vint au baptême" (22, 5) et il affirme que, pour enseigner "en maître parfait", Jésus devait atteindre la quarantaine, voire la cinquantaine. Se référant alors à l’Evangile et à une tradition apostolique ("Jean et les autres apôtres"), il déclare : "c’est précisément cet âge-là qu’avait notre Seigneur lorsqu’il enseigna" avant de mourir" (22, 4 et 5)

Sa référence à l’Evangile est manifestement Jn 8, 57 ("
Les Juifs lui dirent alors : "Tu n'as pas cinquante ans et tu as vu Abraham !"), qui sans être explicite, vaut essentiellement parce qu’elle confirme la tradition apostolique orale (22, 6). Celle ci, qui émanait de "Jean, le disciple du Seigneur" et des autres apôtres, est demeurée vivante jusqu’à la fin du siècle, jusqu’au temps de Trajan (98-117). Elle a été reçue et transmise par les Anciens (les presbytres) contemporains des derniers témoins oculaires de Jésus. Cette génération de presbytres ne s’est éteinte qu’au milieu du siècle suivant : Polycarpe de Smyrne (69-155), le maître d’Irénée de Lyon (v. 130-202) en faisait partie ; il avait connu Jean, disciple du Seigneur … Par Polycarpe, Irénée (originaire de Smyrne) en était très proche.

L’objectif d’Irénée relevait du domaine doctrinal ; il s’agissait d’exégèse biblique : la relation d’Isaïe 61, 2 avec la christologie. Selon lui, cette exégèse se devait d’être conforme à la vérité historique : on ne pouvait affirmer que Jésus n’avait enseigné que pendant une année parce que c’était historiquement inexact. Ainsi, sans chercher à établir les bases d’une biographie de Jésus, Irénée est conduit à mettre en évidence les seuls éléments historiques utiles de son argumentation qui entendait uniquement apporter la preuve que la vie enseignante de Jésus avait duré plus d’un an. Il conclut donc en ces termes : "Jamais le temps écoulé entre la trentième et la cinquantième année n’équivaudra à une année" (22, 6).

Né en Asie Mineure, Irénée fut le disciple de Polycarpe. Il vint en Gaule et prit la succession de Photin vers 177 à la tête de l'évêché de Lyon. Il fut le premier grand auteur ecclésiastique d'Occident et à l'origine d'un grand mouvement d'évangélisation de la Gaule. Voir une magnifique icône de lui, fabriquée à l'Atelier Saint André, en vente sur le site de l'Atelier.

En cours d’argumentation, il a donné, sur la vie de Jésus, trois informations :

1 – Jésus avait près de 50 ans lorsqu’il fut crucifié.

2 – Il était venu au baptême vingt ans plus tôt, à près de trente ans.

3 – Il avait enseigné de sa trentième à sa cinquantième années.


Iréné ne précise pas comment la tradition apostolique, à laquelle il se réfère, s’accorde avec Lc 3, 1-3. Manifestement, il n’y voit aucune contradiction : pour lui, l’événement daté de "la quinzième année de Tibère" (l’an 28/29), ce n’est pas le baptême de Jésus, c’est la sortie du désert de Jean – ("la parole de Dieu fut adressée à Jean") – pour commencer dans l’urgence, une campagne de baptême … alors que, depuis longtemps, il était adepte du même baptême, en privé.


Sans doute faut-il souligner que le développement christologique sur la sanctification de Jésus de tous les âges de la vie humaine, qu’Irénée expose en 22, 4, relève de sa mystique personnelle et n’ajoute ni n’enlève rien à son argumentation historienne, fondée essentiellement sur une tradition apostolique orale, concordant avec les textes des évangiles.


extraits du texte d'Irénée de Lyon :


[Après avoir évoqué les trois Pâques de Jésus, Irénée poursuit en 22, 4]
"Au surplus, s’il n’avait que trente ans lorsqu’il vint au baptême, il avait l’âge parfait d’un maître lorsque, par la suite, il vint à Jérusalem, de telle sorte qu’il pouvait à bon droit s’entendre appeler maître par tous : car il n’était pas autre chose que ce qu’il paraissait, comme le disent les docètes, mais, ce qu’il était, il le paraissait aussi. Etant donc maître, il avait aussi l’âge d’un maître. Il n’a ni rejeté ni dépassé l’humaine condition et n’a pas aboli en sa personne la loi du genre humain, mais il a sanctifié tous les âges par la ressemblance que nous avons eu avec lui. C’est, en effet, tous les hommes, dis-je, qui par lui renaissent en Dieu : nouveaux-nés, enfants, adolescents, jeunes hommes, hommes d’âge. C’est pourquoi il est passé par tous les âges de la vie.


[…] Puis, il évoque en 22, 5 " la période la plus nécessaire et la plus honorable et de sa vie, je veux dire celle de l’âge avancé, pendant laquelle il a été le guide de tous par son enseignement. Car comment aurait-il eu des disciples, s’il n’avait pas enseigné ? Et comment aurait-il pu enseigner s’il n’avait pas eu l’âge d’un maître ? Quand il vint au baptême, il n’avait point encore accompli sa trentième année, mais était au début de celle-ci. Luc indique en effet l’âge du Seigneur en ces termes : "Jésus commençait sa trentième année", lorsqu’il vint au baptême. S’il a prêché pendant une seule année à partir de son baptême [ce que prétendent les "hérétiques" qu’Irénée combat], il a souffert sa Passion à trente ans accomplis, alors qu’il était encore un homme jeune et n’avait point encore atteint un âge avancé. Car tout le monde en conviendra, l’âge de trente ans est celui d’un homme encore jeune, et cette jeunesse s’étend jusqu’à la quarantième année : ce n’est qu’à partir de la quarantième, voire de la cinquantième année qu’on descend vers la vieillesse.

C’est précisément cet âge là qu’avait notre Seigneur lorsqu’il enseigna : l’Evangile l’atteste, et tous les presbytres d’Asie qui ont été en relations avec Jean, le disciple du Seigneur, attestent eux aussi que Jean leur transmit la même tradition, car celui-ci demeura avec eux jusqu’aux temps de Trajan. Certains de ces presbytres n’ont pas vu Jean seulement, mais aussi d’autres apôtres, et ils les ont entendus rapporter la même chose et ils attestent le fait. Qui croire de préférence ? Des hommes tels que les presbytres, ou un Ptolémée [l’hérétique qu’Irénée dénonce], qui n’a jamais vu d’apôtres et qui, fût-ce en songe, n’a jamais suivi les traces d’aucun d’entre eux ?


22, 6
Il n’est pas jusqu’aux Juifs disputant alors avec le Seigneur Jésus-Christ qui n’aient clairement indiqué la même chose. Quand en effet le Seigneur leur dit : "Abraham, votre père, a exulté à la pensée de voir mon jour ; il l’a vu, et il s’est réjoui", ils lui répondent : "Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham ?". Une telle parole s’adresse normalement à un homme qui a dépassé la quarantaine et qui, sans avoir encore atteint la cinquantaine, n’en est cependant plus très loin. Par contre, à un homme qui n’aurait eu que trente ans, on aurait dit "Tu n’as pas encore quarante ans".

Car, s’ils voulaient le convaincre de mensonge, ils devaient se garder d’outrepasser de beaucoup l’âge qu’on lui voyait : ils donnaient donc un âge approximatif, soit qu’ils aient connu son âge véritable par les registres du recensement, soit qu’ils aient conjecturé son âge en voyant qu’il devait avoir plus de quarante ans et, en tout cas sûrement pas trente ans. Car il eut été tout à fait déraisonnable de leur part d’ajouter mensongèrement vingt ans, alors qu’ils voulaient prouver qu’il était postérieur à l’époque d’Abraham. Ils disaient ce qu’ils voyaient, et celui qu’ils voyaient n’était pas apparence, mais vérité.


Le Seigneur n’était donc pas beaucoup éloigné de la cinquantaine, et c’est pour cela que les Juifs pouvaient lui dire : "Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham ? ". Concluons-en que le Seigneur n’a pas prêché pendant une année seulement et qu’il n’a pas souffert sa Passion le douzième mois [comme le présentent les hérétiques en question]. Car jamais le temps écoulé de la trentième à la cinquantième année "n’équivaudra à une année".


ndlr - Si Jésus meurt vers 45 ans en l'an 30, il serait alors né vers 15 av. J.-C. ; le consensus actuel des historiens propose vers -6 -7 sur la base des évangiles de l'enfance et des recensements romains.

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 23:03

par Jean-Claude Barbier

Un titulus est un mot latin qui désigne l’inscription apposée sur tout type de support. De retour de leurs victoires, lors de la cérémonie du triomphe, les légionnaires défilaient en brandissant une pancarte accrochée au bout d'un long bâton où étaient indiqué, en gros caractères, à l’usage de la foule, le nom des légions, le nombre de prisonniers, la quantité du butin, les noms des villes et des pays soumis, etc. Le titulus des condamnées indiquait quant à lui le motif de leur mise à mort.

Dans le cas de Jésus et selon Jean "Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs", écrit en hébreu, en latin et en grec. Ce qui donnera dans les représentations iconographiques chrétiennes, l’acronyme INRI pour "Iesus Nazarenus Rex Iudæorum", le "I" et le "J " étant en latin la même lettre ; c’est le titulus inri.


Que disait précisément le titulus qui fut mis au sommet du pieu de supplice de Jésus ? La question n'est pas réglée. Pour Marc (15, 26) "le roi des juifs". Pour Matthieu (27, 37) et Luc (23, 38) "Celui-ci est le roi des Juifs". C’est Jean seul qui parle de Jésus le Nazôréen : " Il y était écrit : " Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs " (Jn 19, 19). Il précise que c’est Pilate qui était responsable de cette inscription et que celle-ci avait été libellée dans les trois langues mentionnées. Il ajoute que nombreux furent les gens qui la lirent. On devine derrière ces précisions le témoignage du "disciple que Jésus aimait", qui assistait aux évènements, et dont les notes furent reprises par Jean l'évangéliste.

Ce support était attaché en haut du patibulum, la traverse de bois qui, après avoir été portée par le condamné jusqu’au lieu de son supplice, était juchée, avec le condamné, sur le sommet du pieu, qui lui était fixe, formant ainsi avec lui un T. C’est cette pancarte qui fit croire plus tard que Jésus avait été crucifié sur une croix (et non un support en T), et celle-ci devint (tardivement) l’emblème des chrétiens à partir du IVème siècle.


le titulus supposé être celui de Jésus ramené à Rome par l'impératrice Hélène en 326, conservé en la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem

En 326, l’impératrice byzantine Hélène, mère de Constantin, vint à Jérusalem et encouragea des travaux de recherche sur les lieux de la Passion. Ceux-ci avait été arasés par l’empereur Hadrien (117-138) et une plate-forme, reliant désormais la colline du Golgotha et le lieu supposé de la sépulture de Jésus (à savoir le tombeau de Joseph d’Arimathie), avait servi de support à la construction de deux temples, l’un voué à Junon, sur le Sépulcre, et l’autre à Vénus, au sommet du Golgotha. Or, on venait de détruire ces édifices "païens" et, dans leurs fondations, on retrouva, encouragé par l'impératrice, des objets censés être ceux de la Passion. Notons que les objets qui avaient servi aux supplices n’étaient pas récupérés car considérés dans le judaïsme comme impurs ; on se contentait de les enfouir dans le sol à proximité du lieu.

L’impératrice ramena les principaux d’entre eux (dont le titulus inri) en son palais Sessorien à Rome, laissant les autres sur place où ils furent vénérés dans la basilique du Saint-Sépulcre construite après le passage de l'impératrice.

Quelques années plus tard, sans doute après la mort de sa mère, Constantin fit construire une basilique qui prit le nom de ce palais. La basilique Sessorienne fut appelée aussi Sancta Hierusalem ; aujourd’hui, la basilique Sainte-Croix de Jérusalem (donc à Rome).

Fourgua-t-on à l’impératrice des reliques commanditées auprès des artisans du coin afin de la satisfaire ? Va-t-on savoir !
A notre connaissance, ces reliques n’ont pas fait l’objet d’une analyse au carbone 14, ce qui est fort dommage car entre l’an 30 et l’an 326, date du passage de l’impératrice Hélène à Jérusalem, cette méthode pourrait faire la différence  ! En tout cas, le Golgotha était, à Jérusalem, bel et bien le lieu d’exhibition que les Romains avait choisi pour les suppliciés à cause de sa visibilité pour les habitants de la ville. Mais où sont donc les archéologues ?

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 22:08

par Michel Luciani (linguiste, agrégé d'allemand ; professeur d'allemand en CPGE).

Les termes Jésus de Nazareth et Jésus le Nazôréen ou Nazaréen, ou encore Nazarénien, employés dans le Nouveau Testament, semblent synonymes et donc interchangeables, mais ce n'est pas si simple. L'original grec a deux formes principales : Iesous ho Nazôraios, Iesous ho Nazarenos. On trouve aussi deux fois apo Nazaret(h), qui est fidèlement rendu par de Nazareth.


Les occurrences dans le Nouveau Testament grec (Nestle-Aland : " Novum Testamentum Graecae ", 1979, Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart) :


Les expressions : apo Nazareth, Nazôraios, Nazarenos, Nazôrenos apparaissent 19 fois dans le Nouveau Testament, les adjectifs étant au nominatif singulier ou à d’autres cas. Nazôraios n’est au pluriel que dans Actes 24,5.


apo Nazaret(h) : Jn 1,45 ; Actes 10,38 ; 
Nazôraios : Matt 2,23 ; 26,71 / Lc 18,37 / Jn 18,7 ; 19,19 / Actes : 2,22 ; 3,6 ; 4,10 ; 6,14 ; 22,8 ; 24,5 ; 26,9 ; Nazarenos : Mc 1,24 ; 10,47 ; 16,6 / Lc 24,19 (mais aussi : Nazôraios)


Les traductions :

Ces termes grecs sont traduits de façon très diverse. Nazôraios est traduit par : le Nazôréen, le Nazaréen, de Nazareth. Et Nazarenos : le nazarénien, de Nazareth.


Traduction de Nazôraios :
La bible de Jérusalem et la TOB française traduisent toujours Nazôraios par le Nazôréen. Luther, Segond et Crampon, par contre, traduisent presque toujours Nazôraios par Nazaréen ou de Nazareth (von Nazareth chez Luther) : chez Luther, nazôraios est une fois traduit par Nazarenus, une fois par Nazarener (au pl.), traduits chez Segond par Nazaréen(s). La traduction de Nazôraios par de Nazareth fait problème, d'un point de vue linguistique et contextuel.


Traduction de Nazarenos :
Toujours traduit par Nazarénien dans la bible de Jérusalem et par de Nazareth chez Segond, Crampon et la TOB.
Il semble que ce mot, qui apparaît essentiellement chez Marc, soit une déformation de Nazôraios, afin que l'adjectif se rapproche dans sa forme du mot Nazareth.


Nazareth :

L'adjectif signifiant de Nazareth devrait être logiquement nasarethenos, nasarethanos, nasarathaios, et s'écrire avec un sigma (son "s") et non un dzeta, pour correspondre au tsadi hébraïque, soit le son "ts" ; le son du dzeta (dz) correspond au zain hébraïque. Mais on constate déjà que le tsadi hébraïque dans Nazareth est curieusement traduit par un dzeta.


La traduction de Nazôraios par de Nazareth est contestée par Nestle dès août 1908, ainsi que par Guignebert dans son "Jésus" de 1933, malgré l'affirmation de l'évangéliste Matthieu en 2, 23 (traduction de la TOB, de la bible de Jérusalem et de Charles Perrot en 1943) : (Joseph) il se retira dans la région de Galilée et vint habiter une ville appelée Nazareth, pour que s'accomplisse ce qui avait été dit par les prophètes : il sera appelé Nazôréen (oti Nazôraios klêtêsetai).
Luther traduit par Nazarenus, donc par un mot latin, ce qui indique sans doute sa perplexité; la TOB allemande par Nazoräer ; Segond et Crampon par Nazaréen.

Or on ne trouve dans l'AT aucune trace de prophète(s) ayant dit : il sera appelé Nazôréen ...


Nazir :


En revanche, on a pensé que Nazôraios était proche de Nazir et de son adjectif : Naziraios, qui s'écrivent avec un zain hébraïque et apparaissent dans la Septante, traduction grecque de l'Ancien Testament, en Juges 13,5 et 13,7 ; on lit dans la traduction de la bible de Jérusalem : (l'ange dit à la femme de Manoath, père de Samson) : L'enfant sera nazir de Dieu dès le sein de sa mère. (…oti êgiasmenon naziraion estai tô theô to paidarion ek tês gastros…variantes : a) …oti nazir theou estai to paidarion apo tês kolias…b) …oti agion theou estai to paidarion apo gastros eôs êmenas thanatou autou). Luther traduit par Geweihter Gottes von Mutterleibe an, traduit fidèlement par Segond : sera consacré à Dieu dès le ventre de sa mère. La même phrase est répétée plus loin en 16,17 par Samson à Dalila : … car je suis nazir de Dieu depuis le sein de ma mère : …oti naziraios theou ego eimi ek koilias mêtros mou. variante : car je suis saint de Dieu depuis le sein de ma mèreoti agios theou ego eimi apo koilias metros mou.


Le Livre des Nombres (6,1-21) précise la loi applicable aux nazirs :

1. YHWH dit à Moïse :

2. … Si un homme ou une femme formule le vœu d'être nazir en l'honneur de l'Éternel,

3. il s'abstiendra de vin et de boissons alcoolisées, il ne boira non plus ni vinaigre, ni vinaigre d'alcool … il ne mangera ni raisins frais ni raisins secs. … ni même peaux de raisins… " … ".

4. … le rasoir ne passera pas sur sa tête ; …

5. Pendant tous les jours qu'il a mis à part pour YHWH, il ne s'approchera pas d'un mort ".


Il est clair que la vie de Jésus ne correspond pas du tout à celle d’un nazir. Cependant, nazir peut se traduire par saint de Dieu, expression que l'on retrouve appliquée à Jésus dans deux passages, chez Mc 1, 24 et Jean 6, 69 :


Mc 1, 24 : De quoi te mêles-tu, Jésus de Nazareth ?… je sais qui tu es : le Saint de Dieu. (traduction de la TOB ; la bible de Jérusalem dit : Jésus le Nazarénien ; l'original grec est : ti êmin kai soi Iesou Nazarêne .. oida se tis ei : o agios tou theou).
Un passage de Matthieu reprend la même formulation (avec l'expression hébraïque ti êmin kai soi) en 8,29 : ti êmin kai soi uie tou theou De quoi te mêles-tu fils de Dieu ?

Jean 6, 69 : Pierre dit à Jésus : Nous avons connu que tu es le Saint de Dieu : …su ei ho agios tou theou.


On a l'impression que chez Marc 1, 24 l'expression "le Saint de Dieu" sert à expliciter l'adjectif Nazarenos, qui serait dans ce cas un titre et non pas un adjectif géographique.


Le problème du contexte :


Il semble difficile de traduire Nazôraios par de Nazareth dans plusieurs contextes.


a) L'identification d'une personne par son lieu de naissance n'est compréhensible que si ce lieu est connu de tous, par exemple chez Marc en 15,21 : Simona kurênaion : Simon de Cyrène ; Cyrène était la capitale de la Cyrénaïque, donc de la Libye ; Nazareth, bourgade minuscule, n'est mentionnée nulle part, ni dans l'AT, ni chez Flavius Josèphe. Comprendre chez Jean 19, 19 l'inscription de Pilate au-dessus de la croix : Iesous ho Nazôraios o basileus tôn Ioudaiôn comme signifiant Jésus de Nazareth soulève donc des réserves. Du reste, la bible de Jérusalem et la TOB française traduisent par le Nazôréen ; Luther, Segond et la Tob allemande disent : de Nazareth. Il est plus crédible de penser que Pilate a voulu dire par dérision : celui que l'on appelait le Saint de Dieu, le roi des Juifs.


Il faut également souligner le fait que l'usage hébraïque est d'identifier plutôt une personne par ses parents, comme le fait Jean en 1, 45, quand il dit : Iesoun uion ton Iôseph ton apo Nadzaret : Jésus fils de Joseph, de Nazareth. (L'expression apo Nadzareth n'apparaît qu'ici dans les évangiles.) … et Matthieu en 16, 17 : Simon Bariôna / Bar Iôna : Simon fils de Jonas.


Jean est le seul à mentionner le terme de Nazôraios dans l'inscription au-dessus de la croix ; Matthieu dit en 27, 37 : outos estin Iesous ho basileus tôn Ioudaiôn ; Marc en 15, 26 : ho basileus tôn Ioudaiôn ; Luc en 23,38 : ho basileus tôn Ioudaiôn outos. Aucune inscription n'est identique.


b) Les difficultés de traduction de Nazôraios par de Nazareth deviennent quasiment insurmontables dans les Actes.


En Actes 24,5, Tertullus porte plainte contre Paul devant le gouverneur Felix ; il dit de Jésus : prôtostatên te tês tôn Nazôraiôn aireseôs. Traduction de la TOB et de la bible de Jérusalem : le chef de file de la secte des Nazôréens. Luther traduit Nazoraiôn par Nazarener, Segond et Crampon par Nazaréens.


Les premiers chrétiens, que Paul appelle les saints (oi agioi), sont appelés ici par leurs adversaires : les Nazôréens ; n'est-il pas plus crédible que ce nom veuille dire "la secte des saints de Dieu, des consacrés à Dieu" plutôt que des adeptes de celui qui habitait Nazareth" ?


Dans des contextes solennels, le terme de Nazôraios résonne comme un titre, et non comme une indication géographique :

- En Actes 22, 8, Paul demande au Christ : qui es-tu ? Réponse du Christ : ego eimi Iêsous o Nazôraios on su diôkeis : Je suis Jésus le Nazôréen, que tu persécutes. (Nazôraios est traduit par de Nazareth chez Crampon, Luther et Segond).

- En Actes 26, 9, Paul déclare : Pour ma part j'avais vraiment cru devoir combattre par tous les moyens le nom de Jésus le Nazôréen. (pros to onoma Iêsou tou Nazôraiou dein polla enantia praxai) (Segond et Crampon traduisent par de Nazareth).

- En Actes 3, 6, Pierre guérit un infirme de naissance en lui disant : en tô onomati Iesou Christou tou Nazôraiou periepatei : au nom de Jésus Christ le Nazôréen, marche ! (traduction de la bible de Jérusalem) ; Crampon et Luther, traduisent : Jésus-Christ de Nazareth.
- Même problème en Actes 4,10 ; Pierre dit devant le Sanhedrin : en tô onomati Iêsou Christou tou Nazôraiou… : C'est par le nom de Jésus Christ le Nazôréen que cet homme se présente guéri devant vous. (Luther dit encore : Jesu Christi von Nazareth, et Segond : Jésus-Christ de Nazareth)

- Pierre dit en Actes 2, 22, dans le discours de la Pentecôte : Iêsoun ton Nazôraion .. on ho Theos anestêsen. Jésus le Nazôréen, .. Dieu l'a ressuscité (Luther, Segond et Crampon disent : Jésus de Nazareth).

 

Cette analyse fait apparaître la grande difficulté de traduire nazôraios par de Nazareth, visible du reste à la divergence des traductions. Nazarenos, comme Nazorenos, semble une déformation de Nazôraios, sans doute pour rapprocher ce mot de son sens supposé, à savoir issu de Nazareth, et non le consacré à Dieu, le saint de Dieu. Mais Nazôraios n'est pas Naziraios, et, on le sait, la vie de Jésus ne correspond pas du tout à celle d’un nazir !


Et que dire du commentaire de Matthieu en 2, 23 qui apporte une citation de prophètes inexistante pour expliquer que Nazaréen veut dire de Nazareth ? Il reflète ou bien son embarras ou bien une information erronée, et peut-être aussi un aplomb peu commun. Le sens exact de Nazôraios s'est-il perdu assez tôt ? l'apôtre Paul, qui écrit ses épîtres dès les années cinquante, ne mentionne jamais ce terme.


D’autres occurrences de Nazôraios, Nazarenos :

- Jean 18,7 - arrestation de Jésus : oi de eipan Iesoun ton nazôraion (à la question : qui cherchez-vous ?) ils répondirent : Jésus le Nazôréen (Tob fr., bib Jérusalem) ; Tob all., Crampon, Segond/Luther : Jésus de Nazareth.

- Mt 26,71 - reniement de Pierre : outos ên meta Iesou tou Nazôraiou. Celui-ci était avec Jésus le Nazôréen (b de Jérusalem., Tob fr.) ; de Nazareth ( Tob all., Luther, Segond)

- Mc 10, 47 - guérison de l'aveugle Bartimée : kai akousas oti Iêsous o Nazarênos estiv / Nazoraios / Nazôrênos . Segond : il entendit que c'était Jésus de Nazareth ; Luther : Jesus von Nazareth ; Bib Jérusalem : Jésus le Nazarénien ; TOB : apprenant que c'était Jésus de Nazareth ; littéralement : le Nazaréen.

- Mc 16, 6 - L’ange au tombeau qui dit aux femmes : Iêsoun zêteite ton Nazarenon

Segond : "vous cherchez Jésus de Nazareth" ; Luther : "Jesus von Nazareth" ; Perrot : "le Nazaréen" ; Bib de Jérusalem : "le Nazarénien" ; TOB : "Jésus de Nazareth"

- Luc 24, 19 - les pèlerins d'Emmaüs : peri Jesou tou Nazarenou / plusieurs témoins disent : Nazôraiou. Bible de Jérusalem et Osty : ce qui concerne le Nazarénien ; Tob, Crampon et Louis Segond : Jésus de Nazareth ; Luther : Jesus von Nazareth ; TOB allemande : Jesus aus Nazaret ; Charles Perrot : Jésus le Nazaréen.

- Luc 18, 37 - guérison de l'aveugle à l'entrée de Jéricho : Iêsous o Nazôraios parerkhetai.

TOB : c'est Jésus le Nazôréen qui passe ; Jérusalem, Perrot : Jésus le Nazôréen qui passait ; Luther et Tob all. : Jesus von Nazareth.

- Nazôraios dans Act 6, 14 - Etienne est confronté à de faux témoins devant le Sanhédrin : akèkoamen gar autou legontos oti Ièsous ho Nazôraios outos katalusei ton topon touton.. TOB fr. et all : "Nous lui avons entendu dire que ce Jésus le Nazôréen détruirait ce Lieu… " ; Luther : "Jesus von Nazareth"; bible de Segond et de Jérusalem : "Jésus, ce Nazaréen" ; Crampon : " Ce Jésus de Nazareth ".

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 12:03

par Jean-Claude Barbier d’après des notes de Louis Cornu et le site "Antik" de Joël Guilleux

Nous reprenons ici le vocabulaire de Flavius Josèphe (ou Titus Flavius Josephus ou Josèphe ben Mattatias, 37 -v. 100), historien Juif de langue grecque qui écrivit ses Antiquités juives en 93-94 ap. J.-C.

A noter que l’aïeule de notre historien fut l’une des filles de Simon Maccabée, lequel régna en Judée en qualité de Grand prêtre et de prince, de 142 à 135 et qui est considéré par les historiens comme le fondateur de la dynastie des Hasmonéens.

En fait il s’agit de courants d’opinion qui se font jour au sein de la société juive lorsque, suite aux exploits nationalistes des 5 fils de Mattathias Maccabées (grand prêtre de 167-166), un nouveau royaume de Juda arriva à se faire reconnaître par les Séleucides.

Flavius Joseph en énumère trois : les saducéens, les pharisiens et les esséniens. Tous ces courants se proposent de résister à l’hellénisation ambiante car une partie de la société est, quant à elle, tout à fait acquise aux valeurs universalistes et aux délices de la civilisation pilotée par les Grecs (les grand prêtres, qui sont nommés par les Séleucides, sont bien entendu de cette tendance). Ce sont donc des résistants ; mais chaque courant propose pour cela une attitude, une politique, une stratégie.

 

Les sadducéens veulent s’en tenir à une organisation centrée sur le Temple, avec son grand prêtre, ses docteurs de la loi et ses scribes, son rejet des nouvelles croyances (venues de Babylone ?) comme la résurrection des corps lors d’un jugement dernier, une vie éventuelle après la mort, les spéculations sur les anges.

 

Les pharisiens ne sont pas moins sourcilleux quant à la Tradition et Jésus critiquera leur rigorisme *, mais ils en acceptent néanmoins une interprétation du moins savante qui, par compilation, donnera naissance au IIème siècle après J.-C. à la Mishna, puis aux Talmuds de Babylone et de Palestine.
* Ils passent, selon la formule de Flavius Josèphe (qui leur est favorable) " pour l’emporter sur les autres Juifs par la piété et, par une interprétation plus exacte de la Loi ". Ils font ainsi de la surenchère par rapport à la pratique commune. Leur objet c’est, selon la formule d’un de leurs docteurs, " de faire une haie à la Torah ".

Pour eux, Moïse reçut non seulement une Loi écrite, mais aussi une Loi orale (se distinguant ainsi des sadducéens qui en restent à la seule version écrite). A coup d’interprétations, ils se montrent favorables à de nouvelles idées qui étaient, nous l’avons vu, catégoriquement rejetées par les sadducéens. Des interprétations diffèrent aussi quant aux fêtes de Shavouot (qui, pour eux, doit être célébrée le lendemain d’un sabbat, c’est à dire un dimanche) et de Souccot (ils en acceptent la cérémonie dite de "réjouissance du puisage de l’eau").


Ils seront le seul courant à survivre à la chute du Temple en 70 après J.-C. et à l’exil du sanhédrin à Yavné (Yamnia pour les Romains) ; ils fonderont le rabbinisme. Ils sont par ailleurs désireux de dissocier le rôle sacerdotal du Grand prêtre du pouvoir royal.


Les esséniens misent davantage sur la pureté des mœurs et une attente des Derniers temps où l’on verra, conformément aux prophéties messianiques, Dieu se réconcilier avec son peuple élu, ou ce qui en subsistera, ou encore un "Reste" qui se tient soigneusement à l’écart des impuretés, une communauté témoin.

Ces courants de pensée s’organisent au niveau d’institutions et pratiquent le lobbying. Des docteurs de la loi qui émargent à ces courants se retrouvent au sein du sanhédrin (la Grande assemblée composée d'au moins 70 sages), essaient d’être bien en cour auprès du "prince" (titre de nassi que le président du sanhédrin pouvait porter), du ou des "ethnarques" (qui étaient sous la tutelle d’une puissance étrangère) ou du "roi" de Juda ou d’Israël (des dynasties hasmonéenne, puis hérodienne). Les pharisiens multiplient les synagogues qui sont des lieux d’enseignement de la Torah ; Jésus enseignera ainsi à celles de Nazareth (une seule fois car cela semble s’être mal passé !) et de Capharnaüm. Une partie des esséniens vivent en groupes de célibataires aux abords des villages ou dans des monastères comme celui de Qumra ; ils y pratiquent la vie communautaire avec mise en commun de biens, et le végétarisme.

Ces partis irriguent la société, essaient de rallier à eux les autorités religieuses et politiques, ont chacun leurs sympathisants plus ou moins déclarés, essaient de mobiliser les populations lors d’enjeux importants. S’y ajoute, au début du Ier siècle apr. J.-C., les zélotes qui, à l’exemple des Maccabées, prônent la résistance armée à la domination romaine, et qui d’ailleurs sont volontiers rejoints par les autres lorsque les autorités romaines menacent le culte juif où les intérêts vitaux.

 

Quelques dates repères :


Un manuscrit de la Mer morte (4Q448) témoigne d’un éloge, fait par les esséniens, du roi Jonathan (Grand prêtre qui régna de 160 à 142, 3ème dans la liste dynastique hasmonéenne).

Jean Hyrcan I
, qui régna de 134 à 104, est dit avoir été élève des pharisiens, mais il eut ensuite des amis sadduccéens bien en cour. Par ailleurs, c’est durant son règne qu’un premier texte de facture essénienne, le livre apocryphe des Jubilés, aurait été écrit, certains suggérant même que ce serait à la demande du souverain. Même si ces courants existaient auparavant, c’est sous son règne qu’ils commencèrent à s’affirmer … et sans doute à rivaliser d’influence.

 

Puis, les pharisiens protestent lorsque Aristobule I, après qu’il eut été nommé Grand prêtre comme prévu par son père Jean Hyrcan I, se proclame aussi "roi" (à la place de sa mère qui était prévue comme "reine régnante" et qu’il fait emprisonner, puis mourir de faim) *. En réponse, ils sont persécutés par le jeune et ambitieux souverain. Le règne ce dernier est heureusement court (104-103), mais la même situation se reproduit en plus dramatique avec le successeur, Alexandre Jannée, qui, lui aussi, réunit les deux pouvoirs sacerdotal et royal, Grand prêtre et "roi de Judée" - cette fois-ci pour trois quart de siècle, de 103 à 176.
* il est le tout premier à joindre ainsi le pouvoir sacerdotal et le pouvoir royal ; avant lui, son père Jean Hyrcan I était Grand prêtre et ethnarque (et non point roi) et Simon Maccabée, Grand prêtre et prince (titre que président du sanhédrin avait le droit de porter).

Des massacres ont lieu en 96 et en 88, que le dessinateur et graveur hollandais Willem Swidde de Jonge (1661-1697) reproduisit en notre XVIIème siècle, en imaginant une cour royale fastueuse.

Entre ces deux dates, le mouvement pharisien soutient la révolte des paysans contre le poids des taxes royales.

 
En 96, les pharisiens mettent en doute la légitimité du sacerdoce du roi à la suite d’une inadvertance commise par le Grand prêtre et roi dans l'exécution du rituel de la fête des Tabernacles qui déclenche une émeute à Jérusalem ; Alexandre Jannée montra publiquement son appui aux sadducéens en refusant le droit de la libation d'eau. Au dire de Flavius Josèphe – mais qui exagère toujours les effectifs dans de très fortes proportions (il faut en général diviser par au moins 10) – "6 000" contestataires sont massacrés dans la cour du Temple.

Il s’ensuit une guerre civile où les pharisiens font appel au roi séleucide Démétrios III Eukairos (qui règne de 95 à 88), lequel, en 88, bat le roi de Judée près de Sichem … mais doit repartir car les Juifs de son armée ont déserté ! Alexandre Jannée écrase alors les révoltés et, en 86, s’empare de leur chefs réfugiés dans Bémésélis (ou Misilya, au Sud de Jenîne, en Cisjordanie). "800" d’entre eux sont ramenés enchaînés à Jérusalem et sont crucifiés au cours d’un banquet, tandis qu’on égorge sous leurs yeux leurs femmes et leurs enfants. Terrifiés, "8 000"opposants s’enfuient en exil, beaucoup vers Damas. Il est dit que "50 000" personnes vont périr dans cette guerre civile (rappelons que les chiffres sont donnés par Flavius Joseph, donc à diviser par au moins 10 !).

Toutefois, avant de mourir, Alexandre Jannée se résout à la séparation des pouvoirs que demandaient les pharisiens pour limiter l'omnipotence du Grand Prêtre Roi. Il lègue la royauté à sa femme, Salomé Alexandra, qui, elle, était acquise à leur parti *. Celle-ci donne le pontificat à son fils aîné, Hyrcan II, et fait entrer les pharisiens au sanhédrin. Le sadducéen Diogène de Judée, qui avait poussé le roi à la crucifixion de pharisiens en 86, est exécuté ; puis la reine juge utile pour la paix du royaume de faire partir les Sadducéens de Jérusalem et les in
stalle à la direction de certaines villes fortifiées qu’elle multiplie aux frontières.

* elle était la fille de Rabbi Setach et la sœur de Siméon (ou Shimon) Ben Shetach (v.120-40 av.J.C) qui était un érudit et l'homme le plus puissant de la ville d'Ascalon (Ashkelon). Les fréquentes visites au palais de son frère, chef du parti pharisien, ont dû débuter dans les premières années du règne d'Alexandre Jannée, avant les évènements de 98.

En 66, après la mort de leur mère, les deux fils de la reine Alexandra Salomé entrent en guerre de succession : les pharisiens soutiennent Hyrcan II (qui reçoit aussi le soutien du gouverneur de l’Idumée, Antipater I, le père de celui qui deviendra plus tard Hérode-le-Grand ; du roi voisin des Nabatéens ; puis en 63 celui du Romain Pompée) pendant que les sadducéens sont derrière Aristobul I (qui, lui, reçoit l’aide extérieure des Parthes).

La rédaction du Pesher de Nahum (4QpNah), texte essénien rédigé entre 63 et 49, évoque les tensions qui existe avec les pharisiens : il est dit que le groupe essénien l’emportera sur son rival ! La foi eschatologique est affirmée, mais il n’est pas encore fait d’allusion claire à une règle communautaire (celle-ci date de 54 selon le manuscrit 1QS), ni à un retrait au désert (plausible entre 56 et 43). Le Pesher de Nahum témoigne de la fidélité des esséniens à la monarchie hasmonéenne.

 

Hérode-le-Grand, avec l’appui des Romains, devient l’homme fort de la région. Il succède à Hyrcan II d’abord comme tétrarque de Judée (41-40), puis roi de Judée (40-37), enfin comme roi d’Israël (37-4). Avec lui, il y a changement dynastique.

Hérode aurait été séduit par le don de prophétie qui était attribué à l’essénien Menahem ; il le fait entrer, en 37, au sein du sanhédrin en qualité de vice président (av beth din). La légende voudra que Menahem aurait, en 63, prédit son destin au petit Hérode– qui n’avait alors que 10 ans ! Menahem seconde Hillel l’Ancien, président (nassi), formant paire (zougot*) avec lui de 37 à 30. Mais en 30, il est remplacé par un pharisien, Shammaï l’Ancien.

* c’est la période dite des zougot, qui s’est étalée sur 5 générations, et qui va jusqu’à la chute du Temple en 70. Le sanhédrin est dirigé par un président (qui a le droit de porter le titre de nassi = prince) et d’un vice.

 

L’Histoire ne donne pas les raisons du départ de Menahem. On peut seulement constater que c’est l’époque où Hérode rompt ses attaches avec les Hasmodéens. En 35, il ordonne la noyade du Grand prêtre Aristobule III, prince hasmonéen et frère de son épouse, Mariamne I. En 30 il fait mettre à mort Hyrcan II, puis, l’année suivante, en 29, son épouse Mariamne I. Sanglante rupture qui coïncide à une mise à l’écart ou à un retrait des esséniens (peut-être du fait de leur fidélité aux Hasmonéens ?).

 

Hillel, le pharisien, est né à Babylone, d’une famille aisée car son frère Shebna fut un riche commerçant, mais, lui, aurait été bûcheron et se serait consacré à l’étude de la Torah. Il est à Jérusalem vers 48 pour y étudier sous des maîtres pharisiens. Il sera la figure dominante du sanhédrin jusqu’à sa mort en l’an 10 ap. J.-C. Il laissera la réputation d’un homme plus souple et plus ouvert que ne le fut son second, Shammaï, homme sévère et de grand rigueur (il est maçon ou architecte de métier).

Le Pesher d’Habacuc (1Qphab), rédigé vraisemblablement après 31, semble se faire l’écho de ces conflits politiques. Le Maître de Justice, qui conduit la communauté, est considéré comme l’interprète des prophètes. Il a été molesté par le "Prêtre impie" qui, lui-même, a été depuis humilié et tué. Avec sa communauté, il est en conflit violent avec les pharisiens, dirigés par l’ "homme de mensonge". Il a été abandonné par la "Maison
d’Absalon" (Hérode apparemment ?). Il a été exilé, avec ses disciples fidèles. Il paraît être encore vivant. Les espérances eschatologiques sont affirmées avec vigueur.

Les Hymnes (Hodayot) (1QH) parlent désormais de la persécution du Maître, de sa comparution devant un tribunal, de la défection d’une partie de ses disciples. La Règle adaptée aux Derniers temps (1Qsa) et le Règlement de la guerre des fils de Lumière (1QM) vont dans le sens d’un net repli eschatologique sur la Fin des temps.


Vers 10 avant J.-C. paraît le Pesher du psaume 37 (1QpPs37) : les espérances eschatologiques y sont réaffirmées avec confiance, d’autant plus que l’impiété (des dirigeants) ne durera que 40 ans. Paraît également l’Ecrit de Damas, dont de nombreux fragments ont été retrouvés dans les grottes IV, V et VI de la Mer morte. Ce document évoque de nouveau la figure du Maître de Justice qui est présenté non comme un fondateur mais comme une réformateur de la communauté (essénienne) à l’approche des Derniers temps. Le retour du Maître de Justice est attendu 40 ans après sa mort. Conviction est redite que, avant cette échéance, le peuple abandonnera les pharisiens pour se rallier aux esséniens. Mais qui est ce Maître de Justice ? Est-ce en écho à l'action de Ménahem ?
 
 

Vers l’an 10, mais cette fois-ci, après J.-C., le Testament de Moïse prévoit la fin – eschatologique – de la dynastie hérodienne pour 28-29 au plus tard ! Les évènements contemporains donnent en tout cas à penser à une fin dynastique.

Hérode a misé sur un bien piètre successeur ; Archélaos est exilé en l’an 6 par le pouvoir romain et la Judée tombe sous leur administration directe. Une révolte nationaliste vient de sévir en Galilée de – 1 à + 6, à l’initiative de Judas-le-Galiléen, fils du rebelle Ezéchias qu’Hérode avait fait exécuter vers 47 en Galilée alors qu’il était stratège de cette région pour le compte d’Hyrcan II. Le parti zélote, fondé par ce Judas, continue d’une façon clandestine et ses militants armés, les sicaires, multiplient les assassinats de Romains et de collaborateurs.

 

Si les Hérodiens fondèrent avec succès une nouvelle dynastie, ils sont loin d’avoir rallier à eux tout le peuple. Ils ont notamment contre eux d’une part les nationalistes zélotes, restés fidèles aux Hasmonéens et qui désapprouvent sa politique pro-romaine, et la mouvance essénienne d’où sortiront et Jean-le-Baptiste et Jésus-le-Nazôréen … lesquels auront à faire à Hérode Antipas, le fils de la Samaritaine Malthace, non moins sanguinaire que son père.


Epilogue :

Le pharisien Shammai, préside le sanhédrin après la mort de Hillel, puis meurt en 30, l’année du martyre de Jésus. Sans doute était-ce lui qui était encore à la tête du sanhédrin lorsque Jésus comparaît devant cette instance car Luc, au début des Actes des apôtres (5, 24-43), donc juste après la mort de Jésus, mentionne le changement de politique du sanhédrin vis-à-vis des disciples ; ceci à l’instigation de Gamaliel, petit-fils d’Hillel et qui a succédé à Shammaï – Gamaliel préconisa de laisser faire tout simplement la volonté de Dieu, sans plus intervenir ; toutes les révoltes messianiques n'ont-elles pas jusqu’à présent échouées ? dit-il en guise d'argument.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans les sectes juives
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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 12:58

par Jean-Claude Barbier


Nous savons combien les trinitaires ont tiré (abusivement) du Prologue de Jean l’affirmation du dogme de la Trinité, à savoir un Jésus non seulement "Fils de Dieu" (ce qui est somme tout un titre messianique, ou même plus général) mais un Jésus qui serait l’incarnation de Dieu lui-même, en quelque sorte avec une filiation réelle, ontologique, et non plus symbolique.

Ce texte, qui a été manifestement rajouté à l’évangile de Jean (il n’est pas de même facture et il est la seule partie de cet évangile à utiliser cette notion de "logos"), est donc encore plus tardif, au basculement des 1er et du 2ème siècle. Ecrit en grec, utilisant un mot abstrait, il fait tout de suite penser à la philosophie néo-platonicienne qui commençait alors à faire florès et qui est reprise par les Pères de l’Eglise.


En fait, il s’inscrit AUSSI en toute logique avec ce que nous savons désormais du Fils de l’homme selon le Livre d’Hénoch et que Jésus reprit à son compte en l’actualisant jusqu’à sa passion (voir les articles de Louis Cornu dans la même rubrique "le Fils de l’homme"), à savoir un être céleste de la mystique eschatologique juive.


C’était bien ce qu’André Chouraqui disait déjà en 1982 dans sa traduction de la Bible et, en ce qui le concerne, sans faire expressément référence à cette histoire de Fils de l’homme.
Il constate d’abord, avec l’exégèse moderne, que les versets 3 à 5 sont probablement la reprise d’un hymne pré-chrétienne qui aurait vu le jour dans les milieux judéo-hellénistiques et qui paraphrase le récit de la Genèse en Gn 1, 2–4a en résumant l’œuvre créatrice du Verbe. Il traduit ces versets de la façon suivante :

" 3 - Tout devient par lui [le logos] ; hors de lui, rien de ce qui advient ne devient. 4 – En lui est la vie ; la vie est la lumière des hommes. 5 – La lumière brille dans la ténèbre, mais la ténèbre de l’a pas saisie ".


Cette Parole active de Dieu, d’un agir qui découle immédiatement du dire, qui transforme magiquement les réalités qui sont désignées, appelées (ainsi Adam assoit-il son autorité en nommant les animaux !), correspond tout à fait au mot hébreux dabar de l’Ancien testament.

A. Chouraqui rappelle que Philon d’Alexandrie (mort en 54 après Jésus-Christ) faisait déjà du logos un être divin qui fut instrument de la création ; de même que la littérature gnostique que l’on a retrouvée à Nag Hammadi.

Pour A. Chouraqui, pas de doute : "… Il y a fort à croire que l’auteur de l’évangile ne se réfère pas au logos des systèmes de pensée hellénistiques et à ses connotations rationnelles et spéculatives. C’est plutôt dans la tradition vétéro-testamentaire qu’il faut chercher la source de l’emploi de ce terme " (note, p. 387, éd. Lydis, Paris, 1er tome, 1982).

Ce logos ne se réfère pas non plus, ajoute t-il, au courant gnostique en pleine émergence à la fin du Ier siècle puisqu’il n'hésite pas à parler de la chair ("14 - Le logos est devenu chair. Il a planté sa tente parmi nous … "), terme qui est répulsif pour les gnostiques puisque, pour eux, il nous faut précisément nous dégager de la pesanteur de notre gangue corporelle, de la glèbe charnelle.


Alors ce Prologue ? Un point d’orgue de la tradition juive (bien qu’apocryphe !) avant l’entrée définitive du christianisme dans la culture hellène ?

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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 10:06

par Jean-Claude Barbier

La Bibliothèque Chester Beatty a été créée en 1950 à Dublin, en Irlande, dans le but de conserver les collections orientales et moyennes orientales du magnat américain de l'industrie minière Sir Alfred Chester Beatty (1875-1968). Parmi elles, des manuscrits coptes en dialecte sahidique, lequel peut être considéré comme une forme primitive du copte.

En Egypte, au cours du IIIème siècle après Jésus-Christ, la Septante et les écritures grecques chrétiennes de cette époque furent traduits en cette langue (selon The Anchor Bible Dictionary), dont le Chester Beatty 813 qui porte sur le Nouveau testament. Certains pensent même que cet évangile aurait déjà été diffusé en Egypte à la fin du 1er siècle, puis traduit en copte sahidique dès le IIème siècle (lien)


Une telle traduction présente de l’intérêt d’abord par son ancienneté car les documents d’avant le IIIème siècle sont rarissimes, ensuite parce que le dogme trinitaire s’est imposé à partir de 325 à la suite du concile de Nicée et a pu influencer les traductions ultérieures, enfin parce que le copte – comme nos langues occidentales – utilise l’article indéfini, ce que ne faisait pas le grec ancien, ni le syriaque, ni le latin.
En grec, on a "en archè èn ho logos, kai ho logos èn pros ton theon, kai theos èn ho logos" (Jean, 1,1).


Nouveau testament en copte sahidique, Chester Beatty 813 (Dublin)

Or l’usage de l’article indéfini s’avère bien utile pour savoir si on parle de Dieu ou bien d’un dieu. Il en est notamment ainsi pour le Prologue de Jean. C’est ce que tient à souligner La Tour de Garde du 1er novembre 2008 *, organe des Témoins de Jéhovah. La traduction de Jean, 1, 1 par ceux-ci (la "Traduction du Monde nouveau" qui est leur traduction) a été la suivante : "Au commencement la Parole était, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était un dieu" *. En cela, le manuscrit en copte sahidique leur donne raison.
* "La Parole était-elle " Dieu " ou bien " un dieu " ?" (pp. 24-25).

 

Nous remercions Fabien Girard de nous avoir informé de l’existence de cet article pertinent.

 

La Tour de Garde du 1er nov. 2008, édition en italien

La Bible de Jérusalem et d’autres traduisent quant à elles : " le Verbe était Dieu ", entérinant ainsi l’absence de l’article indéfini dans le grec ancien.

Le débat est d’importance puisque le même Prologue avance que c’est précisément Jésus qui est la Parole, le Verbe, le Logos. Jésus serait-il donc Dieu (à savoir Dieu lui-même qui se serait incarné en lui, ce qui est l’interprétation trinitaire officialisé par le concile de Nicée) ? ou bien " un dieu ", à savoir un être humain qui a été " glorifié ", qui a été " élevé " au ciel comme le patriarche Hénoch ou encore Elie et qui se retrouve auprès de Dieu, ou encore en son sein ? ou un être humain qui est mort mais qui a été ressuscité " d’entre les morts " selon le kérygme de la Pentecôte ?

Dans les trois cas, c’est assurément de l’ordre de l’exception, de l’extraordinaire à l’encontre de toute loi naturelle, du miraculeux qui suppose l'intervention d'un dieu providentiel. Ce qui implique "un acte de foi" : comme on dit, on y croit ou on n’y croit pas !


Dans un contexte monothéiste, l’affirmation que Jésus est un dieu ne peut pas passer et on voit mal l’auteur du Prologue penser cela. Le Verbe déposé par Dieu en Jésus et celui-ci alors dans un rôle de médium de Dieu est assurément une idée plus acceptable. Jésus aurait alors reçu la révélation divine par excellence, en direct !
Certaines bibles, plus prudentes, s’en tirent en disant que " le Verbe est divin ".


Ceci dit, le Fils de l’homme selon Jésus (s’inspirant du Livre d’Hénoch) est effectivement un être céleste, ayant vécu " au sein de Dieu " - et c’est précisément pour cela que le Prologue poursuit ses spéculations métaphysiques en affirmant que le Logo (= Jésus) était avant tous les siècles, au commencement du Monde ! Jésus l’aurait dit lui-même en affirmant qu’il était déjà avant qu’Abraham ne fut.

Et si les Témoins de Jéhovah avaient raison en insistant sur cette nature céleste de Jésus, ce qui est précisément la théologie arienne du IVème siècle (Jésus, être céleste " né avant tous les siècles ", dieu mais subordonné à Dieu, en position seconde) ? du moins en lecture fondamentaliste des Ecritures … et n’en déplaise aux unitariens pour qui Jésus est simplement un être humain comme nous tous *

* mais je rappelle ici que les unitariens ne sont pas fondamentalistes (à la suite entre autres d'un Faust Socin, William Ellery Channing et Thomas Parker) et sont dispensés (ouf !) de suivre à la lettre ce que disent les Ecritures lorsque celles-ci contredisent manifestement la raison !


Décidément ce Prologue de Jean, qui continue à faire couler beaucoup d’encre, est logiquement à mettre dans notre rubrique relative à cette figure si "extraordinaire" (au sens plein du terme) du Fils de l’homme.

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