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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 01:20

suite des pages précédentes et fin.

 

Aujourd’hui l’Église catholique romaine assiste avec effroi à l’effritement de ce qu’elle nomme la « vraie foi ». Les découvertes de Qumran et de Nag Hammadi n’y sont pas pour rien. Elaine Pagels (dans Les évangiles secrets) en donne lucidement la raison : « Nous commençons à voir maintenant que ce que nous appelons le christianisme – et ce que nous désignons par tradition chrétienne – ne représentent en fait qu’une faible portion des sources spécifiques choisies parmi des douzaines d’autres ».

 

On peut être surpris que Jésus ne soit entré dans la vie publique que vers l’âge de trente-cinq ans. Nous ne savons rien de sa jeunesse. Certains évangiles apocryphes de l’enfance comme le Protévangile de Jacques ou le Pseudo-Thomas, sont des récits mythiques ne reposant sur aucune base sérieuse, tout comme ceux qu’en relatent Matthieu et Luc. Qu’a fait le Galiléen jusqu’à la trentaine ? Il est très tentant d’imaginer qu’il a suivi la formation des Esséniens installés, si l’on en croit Pline, à l’ouest de la mer Morte. Ils étaient surnommés Les Thérapeutes, du grec Therapeo, qui signifie je soigne. Le mot désignait dans une plus lointaine antiquité un groupe de contemplatifs égyptiens appelés à soigner tant les corps que les âmes, et que Philon assimilait aux Esséniens qui restèrent dans l’histoire sous le pseudonyme de Thérapeutes. Ils pratiquaient une ascèse exigeante, le jeûne accompagné de pain au levain et de sel, observaient l’abstinence sexuelle, etc. On peut les considérer comme les promoteurs du monachisme.

 

Jean-Baptiste était-il un des leurs ? Il ne se nourrissait que de sauterelles et de miel sauvage, vivait seul et apparemment reclus, ce qui correspond à l’ascèse des Esséniens. Quand il annonçait Jésus, disant qu’il venait après lui, entendait-il qu’il l’avait rencontré dans le désert où le Galiléen aurait appris à soigner les malades ? On n’a pas assez insisté sur la ressemblance entre Jésus et Jean-Baptiste dont il était le disciple. Elle est plus apparente dans le quatrième Évangile que chez Marc.

 

Tout cela n’est évidemment que pure spéculation. Les Esséniens ont été étudiés beaucoup plus pour leurs rapports avec les documents découverts à Qumran – thèse aujourd’hui contestée d’ailleurs – que pour leur vie monacale. Nous en resterons donc là, nous gardant d’aborder l’aspect gnostique qui reste étranger aux évangiles canoniques *, soigneusement épurés par les censeurs successifs.

* On sait qu’il n’en est pas de même pour les évangiles apocryphes comme ceux de Thomas, de Marie, des Hébreux, des Nazaréens, des Ébionites, de Barthélemy, de Judas, de Philippe, de Pierre, de Nicodème (Évangiles de la Passion), des Égyptiens, le Protévangile de Jacques, le Pseudo-Thomas (ou Histoire de l’enfance du Seigneur, qui présente Jésus comme un enfant cruel et méchant), l’évangile arabe de l’Enfance, le Pseudo-Matthieu, etc.

 

Peut-on encore se dire chrétien quand on ne croit plus en l’Incarnation, en la Rédemption et en la Résurrection ? Notre réponse est affirmative car le mot « chrétien » est soudé au mot « Christ ». Si Jésus reste pour nous un « type exceptionnel », un homme (et seulement un homme) extraordinaire par sa prédication percutante et son obsession de l’amour du prochain, on peut prendre ses distances avec son eschatologie qui n’apporte rien de plus à ceux qui sont convaincus que l’Esprit divin, le réel ultime ou « le fond du fond du réel » pour reprendre l’expression chère à Bernard Besret, ignore toutes les belles légendes dont les évangiles canoniques regorgent. Les paroles de Jésus telles qu’elles sont rapportées dans la source Q nous suffisent, mais il n’en existe aucun manuscrit qui pourrait être considéré comme une source historique fiable. Comme disait Albert Schweitzer… De Jésus on ne sait que deux choses : il est né et il est mort.

 

Le texte en français est celui de la Traduction oecuménique de la Bible (TOB) ; celui en grec est puisé dans le Nouveau Testament Interlinéaire grec/français de Maurice Carrez, docteur en théologie de Paris et Strasbourg. Entre crochets […] les versets qui ont été supprimés. Vous pouvez demander le texte de cet évangile expurgé en vous adressant à l’auteur (lien).

 

BIBLIOGRAPHIE

 

AMSLER Frédéric, L’Évangile inconnu, la Source des paroles de Jésus, Labor et Fides, 2001.

CARREZ Maurice, Nouveau Testament interlinéaire grec/français, Alliance biblique universelle, 1994.

PAGELS Elaine, Les évangiles secrets, Gallimard, 1982.

PERÈS Jacques-Noël, Cours de patristique, Institut Protestant de Théologie, 1995.

PAUL André, Qumran et les Esséniens, Éditions du Cerf, 2008.

PORTER J. R., La Bible oubliée, apocryphes de l’Ancien et du Nouveau Testament, Albin

Michel, 2004.

STANTON Graham, Parole d’Evangile ? Éditions du Cerf, 1997.

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Published by Jean-Marc Van Hille - dans exégèse biblique
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