Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 17:11

Au sein du groupe des disciples, Simon va jouer le rôle de meneur : non seulement c’est lui (par belle-mère interposée) qui héberge le Maître, mais c’est lui qui est toujours cité en premier dans les listes de disciples, qui répond en premier lorsque le Maître interroge ceux-ci, qui est le premier de la liste des Douze, puis de la liste des Trois, qui restera le dernier à prier avec Jésus à Gethsémani (ou du moins celui que Jésus réveille pour l'accompagner dans son ultime prière ! Mt 26, 40 ; Mc 14, 37) et le dernier à quitter le Maître lorsque celui-ci sera fait prisonnier. Selon l'évangéliste Jean (seul), c'est lui qui porte le glaive afin de protéger la cohorte qui se déplace (Jn 18, 10).

 

Ce rôle est reconnu par Jésus qui le surnomme Kephas (« le roc », « la pierre » en araméen) : Simon-Pierre manifeste sa foi au nom de tous les disciples : « Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répond : Tu es le Christ. » (Mc 8, 29). Jésus lui déclare alors solennellement : « Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 18-19).


Jésus annonce ainsi à Pierre qu'il sera le fondement de son Église, en usant d'une triple image (article Wikipedia "Pierre, apôtre" (lien) :
- la pierre : de même que Jésus est la pierre angulaire (1P 2, 6-7), ainsi Pierre, en devenant son délégué sur cette terre, sera l’élément stabilisateur de son Église ;
- les clés du royaume des cieux : de même que Jésus est la Porte (Jn 10, 7), ainsi Pierre, en devenant son délégué sur cette terre, aura les « clés de la ville », c’est-à-dire exercera l’autorité sur la portion terrestre du Royaume des cieux (= l’Église) ;
- le pouvoir de lier et de délier : de même que Jésus a le pouvoir de remettre les péchés (Mc 2, 10), de même les Apôtres, ses délégués, pourront remettre les péchés en son nom (Jn 20, 22).


Ce surnom donne Simon Pierre en version française ; en grec Σιμων Κηφᾶς Simōn Kēphas ; en araméen Šimʻōn Kêfâ ; en syriaque Sëmʻān Kêfâ ; en araméen hellénisé Simon Céphas. Avec Pierre (Petros en grec, ou Petrus en latin), on est passé de « roc » à « pierre »  (Πετρος en grec) ! Pietro en italien, Pedro en espagnol, Peter dans les pays germaniques, Piotr en russe, etc. Paul va appeler Pierre uniquement par son surnom Céphas (1 Co 15, 5 ; Ga 1, 18).

Bien entendu, ces paroles de Jésus concernent le mouvement que celui-ci organise et non les futurs évêchés d’Antioche et de Rome (l’institution épiscopale n’est mise en place qu’au début du IIème siècle), encore moins la papauté (IVème siècle). Le débat sur ce sujet entre catholiques et protestants est anachronique et se base sur une lecture fondamentaliste des textes.
L'article de l'encyclopédie Wikipedia sur "Pierre, apôtre" précise les positions confessionnelles. Les orthodoxes - qui sont organisés en patriarcats - et les protestants reconnaissent que le siège de Rome avait la primauté d'honneur, selon le canon n°6 du concile de Nicée et le canon 28 du concile de Chalcédoine. En Occident et même chez les tridentins, cette compréhension était largement soutenue : ainsi, Bossuet dans la Déclaration des quatre articles et, avant, le décret Sacrosancta du concile de Constance.
Pour les protestants et les orientaux (mais aussi pour les gallicans jusqu'en 1870), c'est la déclaration de Pierre en elle-même qui serait la première pierre d'un édifice spirituel composée des pierres vivantes (tous les chrétiens) posés sur la grande pierre (rocher) qui est le Christ lui-même (1P 2,4-5). Ainsi, pour eux, l'origine de la fonction du pape romain résulterait d'une évolution historique de l'Occident et n'est pas inscrite dans le Nouveau Testament.

PardonZeffirelliQuoiqu’il en soit de ces exégèses chrétiennes divergentes car chacune défend des positions confessionnelles, force est de constater la figure dominante de Simon-Pierre dans les évangiles canoniques, y compris le dernier, celui de Jean (écrit vers 90). Dans un appendice à cet évangile (après une première conclusion en Jn 12, 30-31), qui évoque les apparitions post-mortem de Jésus au bord du lac de Tibériade, le Maître pardonne à Pierre son reniement et lui demande de paître son troupeau d’agneaux et de brebis (Jn, 21, 15-17) : « Simon, fils de Jean m’aimes-tu … ».

Jésus pardonne à Simon-Pierre dans le film de l'Italien Franco Zeffirelli "Jésus de Nazareth" (1977).

 

Cette primauté de fait, reconnue unanimement par les 4 évangélistes dans maintes situations, semble avoir été acceptée sinon voulue par Jésus lui-même. Toutefois, Jésus aurait-il institutionnalisé cette situation ? C’est ce que Matthieu nous dit avec l’histoire du surnom Céphas (Mt 16, 18-19)… mais il est le seul à nous le dire et il s’agit très certainement de la version grecque (donc très tardive) sinon il aurait été repris par les autres évangiles auxquels le Matthieu araméen a pu servir de matrice. Puis ensuite, in extremis, dans une seconde conclusion de l’évangile de Jean et dans le cadre (tout littéraire !) d’une apparition post-mortem (Jn 21, 15-17).

 

En fait, il y a eu par Jésus le choix des Douze, puis une plus grande proximité avec trois de ses disciples (Pierre et les fils de Zébédée que sont Jacques et Jean), mais il ne semble pas qu’il y ait eu choix d’un dauphin, encore moins d’un successeur. Mieux, lorsque la mère des fils de Zébédée avec sa progéniture (Mt 20, 20-21) - sinon ces derniers eux-mêmes (Mc 10, 35-37) - s’approche de Jésus pour que ses fils aient une place de choix dans le futur Royaume, Jésus en profite pour signaler que les premiers doivent être les serviteurs des autres et leur laver les pieds (Jn 13, 1-20) ! D'ailleurs, si Jésus semble avoir pressenti l'épreuve d'une Passion, il n'est pas sûr qu'il ait été jusqu'à y inclure sa mort car il avait foi en l'intervention eschatologique de Dieu. Sa succession n’était donc pas à l’ordre du jour.

Que va-t-il donc se passer après la mort de Jésus ?

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives