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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 10:26

Les juifs sont nos « pères » et les musulmans « nos fils », par Roger Parmentier, pasteur ERF (texte rédigé avant novembre 2010 et toujours d’actualité), article à la Une du bulletin n° 110 de la Correspondance unitarienne, décembre 2011.

ajout du 5 janvier 2012 : ce texte a été traduit en italien sur le site des chrétiens unitariens d'Italie (cicu.altervista.org, lien) par Giacomo Tessaro et Filippo von Wittelsbach sous le titre "Padri e figli", le 5 janvier 2012.

 

Si les juifs sont nos « pères », les musulmans ne sont-ils pas nos « fils » ? Ne devons-nous pas honorer les uns, les respecter et leur manifester notre reconnaissance émue pour avoir traversé de si grandes épreuves et pour le patrimoine qu’ils nous ont transmis, de valeur inégale, et quelles que soient les erreurs et les fautes qu’ils ont pu commettre (qui n’en commet pas ?) et dont les conséquences apparaissent au cours des ans, nous souvenant qu’on ne choisit pas ses parents ?


Et si les musulmans sont nos « fils », ne devons-nous pas honorer pareillement ces autres, les respecter et leur manifester notre compréhension émue et notre solidarité pour s’être efforcés, malgré nos erreurs et nos fautes, d’accueillir et de tenter de faire fructifier ce qu’ils estimaient le meilleur de nos patrimoines, mais hélas aussi d’avoir subi l’influence de nos folies et de nos crimes ?


Les deux « réflexions » sont à mener conjointement. D’autant qu’elles pourraient s’éclairer mutuellement, d’autant qu’il s’agit d’une Histoire commune.


La réflexion sur notre relation à l’islam et aux musulmans est d’autant plus nécessaire et urgente que nous héritons d’une situation gravement déséquilibrée dans nos Eglises : autant le judaïsme est pris en considération (parfois même au détriment de l’Evangile de Jésus) autant l’islam est ignoré, suspecté, dévalorisé… Les textes fondateurs du judaïsme ont été joints au Nouveau Testament pour former notre Bible (le concept de la « Parole de Dieu » ayant permis de les traiter sur un pied d’égalité avec les évangiles), l’enseignement de l’hébreu et du judaïsme ancien, l’hypertrophie de la place de l’Ancien Testament dans les prédications et les études bibliques paroissiales, surtout dans les Eglises de tradition calviniste (consciemment ou non), notre piété juive, car formatée par le chant des psaumes longtemps en situation de monopole, et bien d’autres éléments semblables, tout cela pèse d’un poids considérable en faveur du judaïsme, tout cela renforcé par les abominations du nazisme, conduisant aussi généralement, au moins pour un temps, à un philo-sionisme protestant.


Par contre le Coran et l’islam ne sont guère étudiés dans les facultés de théologie et dans les paroisses, ni l’histoire des musulmans depuis l’origine, les mauvais traitements qui leur ont été infligés par nos christianismes provoquent en retour des actions analogues, tout cela aggravé, en des temps récents, par les luttes des décolonisations et pour l’indépendance des peuples musulmans, et l’indignation grandissante des musulmans (et spécialement des « islamistes ») devant l’injustice commise envers les Palestiniens et la ville de Jérusalem en particulier… Tout cela n’a pas favorisé une approche respectueuse et apaisée de l’islam, une ouverture de cœur et d’esprit à l’égard des musulmans. L’urgence de la situation internationale dans ce domaine ne devrait-il pas décider la Fédération des protestants de France (FPF) à encourager une réflexion de nos Eglises sur leur relation (inexistante) à l’islam et au monde arabo-musulman ?


Il se pourrait aussi que l’étude respectueuse et critique de l’islam et de l’histoire des musulmans puisse contribuer à notre réflexion théologique, à l’étude respectueuse et critique de nos christianismes et des judaïsmes d’autrefois et d’aujourd’hui. Ces études pourraient contribuer à la recherche de compréhension et d’entente, d’accord spirituel, même avec ceux qui se croient (ou que l’on croit) adversaires, comme Jésus nous l’a demandé (Evangile selon Matthieu, 5.25-26).


Nous pourrions nous demander : Pourquoi a-t-il fallu que naisse l’islam ? Qu'est-ce qui a poussé les musulmans, bien qu’ayant accueilli une grande part de nos héritages juifs et chrétiens, à en refuser une partie avec indignation et à inventer une voie partiellement nouvelle ? Si nos christianismes avaient été de meilleure qualité, plus authentiques, l’islam serait-il né ?


Le dialogue respectueux avec nos frères-fils musulmans peut-il et doit-il d’urgence être entrepris, pas seulement dans un premier temps en évitant les « sujets qui fâchent », mais en arriver à nous entretenir des « sujets qui fâchent » sans se fâcher.


P.S.  Il faut le répéter : il y a urgence : la douleur et l’indignation d’un grand nombre de musulmans sont tels que la planète est à feu et à sang, que le pire nous attend vraisemblablement, et que nous devons agir et penser conformément à l’Evangile de Jésus.

Le pasteur Roger Parmentier est membre des Amitiés islamo-unitariennes

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