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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 04:11

suite de l'article précédent


Sa lettre du 12 novembre 2011


Bonjour à tous et à toutes, Je tiens, tout d’abord, à vous remercier pour le temps consacré à la lecture de cette lettre et, je l’espère, du document qui l’accompagne et qui est en fichier attaché [ndlr – publié en première partie, lien]. La raison principale qui préside son envoi se rapporte à la présentation d’un projet en cours de réalisation, projet consacré à une contribution singulière au dialogue interreligieux en général et au dialogue islamo-chrétien en particulier. Si je parle de singularité, c’est parce que la proposition que je soumets (et qui se décline en conférences, journées de formations et formation à distance) prend racine dans un parcours de 20 années d’expériences dédiées à ce dialogue précisément.


Mais tous les dialogues interreligieux ne sont pas éthiquement semblables et ce qui domine dans ce domaine est loin d’être à la hauteur des situations de crise que nos communautés et sociétés traversent. Lors de ces dialogues, selon les situations, soit nous échangeons de « bons sentiments », où chacun projette ses propres convictions, mais sans entrer réellement dans le logos de la parole de l’autre ; soit nous construisons des convergences interreligieuses conservatrices, par exemple autour de questions sociales et morales, comme celles qui se rapportent à la famille ou la sexualité ; soit nous fabriquons une espèce de rencontre entre nos familles spirituelles, à l’ombre de ce qui est médiatiquement correct (comme, pour l’islam, avec ce fameux « islam des lumières »), tout cela dans l’optique d’une soumission à la modernité capitaliste » et au « désenchantement du monde », pour utiliser les concepts de Max Weber.


Il convient donc, avant toute chose, de me présenter et de situer le lieu à partir duquel ma propre parole émerge. Si le musulman que je suis devait poser des mots clés sur une démarche de foi et d’action, je dirais que le dialogue interreligieux et islamo-chrétien dans lequel je suis investi est structuré par les axes éthiques, spirituels, politiques et philosophiques suivants :


Une théologie musulmane de la Libération et de la liberté
Une théologie musulmane féministe de la Libération
Une théologie musulmane de la Nature vivante
Une théologie musulmane du process et de la Création renouvelée
Une théologie musulmane des nouveaux paradigmes scientifiques
Une théologie musulmane de la psychologie des profondeurs
Une théologie apophatique


Il va de soi que ces théologies sont, en réalité, non pas des dogmatiques, mais des philosophies, au sens donné au terme par Pierre Hadot : la philosophie est manière de vivre et non pas seulement alignement de concepts.


J’ai participé, au mois de juin dernier, aux travaux de la 58ème Semaine d’études liturgiques de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, de Paris. Ma conférence portait comme titre : « Le jeûne en islam. Quête de sens et témoignage entre théologie et anthropologie apophatiques ». Ce fut l’occasion de redire quelques unes des lignes de mon engagement.


Ce dialogue islamo-chrétien a pris des formes diverses. Ainsi, avec le regretté Olivier Clément, j’ai initié une modeste dynamique de solidarité avec la communauté orthodoxe palestinienne, non seulement pour les raisons bien connues qui concernent l’épineuse question de l’arabisation du patriarcat de Jérusalem, mais aussi pour rendre visible la militance politique, culturelle et spirituelle des chrétiens palestiniens et son inscription dans le cadre plus général de la cause de la Palestine. J'avais rédigé la première version d'un Appel qu'Olivier Clément avait ensuite corrigé, et nous l'avions proposé à la signature de plusieurs personnalités. A cette même époque, je travaillais énormément sur la question du Salut dans les contextes de l’islam et du christianisme orthodoxe. J’avais d’ailleurs rencontré le père Boris (Bobrinskoy) et réalisé avec lui un important entretien qui portait sur l’économie de salut selon la perspective pneumatologique.


Au milieu des années 1990, je commençais à nouer de vraies relations avec des responsables du Mouvement de la jeunesse orthodoxe, du Liban, comme Raymond Rizk, ou encore Tarek Mitri, qui représentait l’Eglise orthodoxe antiochienne au Conseil oecuménique des Églises, et le père Georges (Khodr), figure éminente de cette Eglise arabe.


Dans le cadre de la dynamique de dialogue interreligieux qui était la mienne, je travaillais aussi avec des amis protestants, comme Françoise Smyth-Florentin. Très proche du père Georges, elle avait fait en sorte qu’il reçoive de la part de la Faculté de théologie protestante de Paris, un diplôme honoris causa, pour la reconnaissance de l’ensemble de son œuvre ecclésiale et théologique. En 1995, j’ai demandé à cette Faculté de me donner la possibilité d’animer un séminaire sur le christianisme arabe. Le séminaire dura un semestre. Dans le même temps, j’avais tenu à organiser un colloque international dans cette même faculté afin de rendre hommage au père Youakim Moubarac. Maronite, il était lui aussi un proche du père Georges, rêvant d’un concile antiochien qui réunirait l’ « Église des arabes ». Mes amis orthodoxes m’ont beaucoup aidé à la mise en place de ce colloque dont j’avais donné la présidence d’honneur au père Georges


Durant quelques années, j’ai participé à l’organisation du Café théo islamo-chrétien de l’Animation universitaire protestante de Paris, avec la pasteur Françoise Sternberger.


Mes amitiés chrétiennes étaient aussi catholiques et, avec notamment le père Gilles Couvreur, qui fut un temps le responsable du Secrétariat pour les relations avec l’islam, j’ai pu avoir d’intenses échanges, sous le signe de François d’Assise et d’Ibn ‘Arabi


Quelques années plus tard, dans les années 2002, ma relation de dialogue avec le christianisme prenait le chemin d’une exploration de sa conception théologique et de sa vision mystique à propos de la Nature vivante, et de sa critique potentielle de la « modernité capitaliste ». Un détour par la théologie de la Libération s’avérait nécessaire…


Dans son beau livre « L’Église des Arabes » * - qui fut traduit en arabe par le patriarche orthodoxe d’Antioche Ignace IV ! -, le regretté Jean Corbon, qui fut prêtre à Beyrouth au sein de l’Église grecque-catholique, écrivait ces lignes à propos de la rencontre entre chrétiens et musulmans. Je fais miennes ces lignes, car elles expriment l’esprit des formations que je propose :


Eglise_des_Arabes.jpg« Trop de chrétiens et de musulmans, bien intentionnés, confondent aussi le dialogue avec l’annonce de l’Évangile ou de l’islam. De là, sans doute, la méfiance ou la gêne qui ont parfois marqué des tentatives de dialogue. Mais, la pureté du cœur aidant, on peut être tout à fait décontracté, si l’on perçoit clairement les objectifs et les limites du dialogue. Il s’agit en cette étape de connaître et d’être connu ; on se met en question sous le regard de l’autre et l’on avance ensemble dans cette découverte commune. On est orienté ensemble vers Dieu, vers sa rencontre justement ; or cette rencontre est d’abord la démarche du Seigneur de nos vies, et les interlocuteurs humains n’en sont que les acteurs. Il n’y a donc rien à cacher ; ni arrière-pensée d’amener l’autre à mon point de vue, ni batterie camouflée qui obligerait à capituler. Le dialogue est étranger à toute tactique offensive ou défensive ; tout est à découvert.


Cette liberté intérieure, l’une des formes les plus spirituelles de la liberté de conscience, fonde la sérénité et l’autonomie du dialogue religieux entre les hommes. Alors que le dialogue vivant de l’homme avec Dieu suit un chemin secret ou aucune altérité ne peut intervenir, le dialogue religieux entre hommes est un terrain de soi découvert, dégagé de tout moyen tactique et propice à une rencontre dans l’intelligence du cœur ». (pp. 155-156).

* Ndlr - publié en 1977 aux éditions du Cerf (avec 248 p.), le livre de Jean Corbon a été réédité en 2007 


J’espère que cette lettre saura retenir votre attention. Je reste à votre entière disposition si vous souhaitez d’autres informations et renseignements, aussi bien concernant mon projet de formation que sur mon parcours et mes engagements. Dans l’attente de vous lire, Veuillez recevoir, Chère Madame, Cher Monsieur,  mes plus sincères salutations.

à suivre ...

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