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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 16:16

Les paraboles sont un genre littéraire qui a été très utilisé par Jésus pour enseigner ses disciples et les foules qui le suivaient. Elles se racontent en dehors des synagogues, celles-ci étant dédiées à la lecture et aux commentaires de la Thora, et en sont donc complémentaires. Elles ont l’avantage de circuler dans les milieux populaires et d’alimenter les veillées.


Mais faut-il pour autant les mettre avec les logions – les paroles de Jésus recueillies par son auditoire et qui auraient été mises bout à bout dans des premiers écrits – du côté de l’enseignement du Maître ? Il y aurait d’un côté cet enseignement et de l’autre côté les récits évangéliques qui sont des biographies de Jésus. En fait, les évangélistes placent ces paraboles en accompagnement des faits et gestes de Jésus, des évènements historiques. Elles en expliquent le sens.

 

yeshua_ben_yosef.jpgC’est ainsi que, à la veille de sa Passion, Jésus raconte des histoires pour rappeler l’attention aux signes qui marqueront l’avènement de la fin des Temps (le figuier desséché et autres malheurs apocalyptiques), la vigilance pour être présent au  Jour messianique du Fils de l’homme (le maître de la maison qui doit être là lorsque le cambrioleur essaie de percer les murs – lesquels murs étaient en argile – pour voler Mt 24, 42-44 et Lc 12, 39-40 ; le bon et le mauvais intendant qui gèrent les biens de leur maître en son absence Mt 24, 45-51 et Lc 12, 42-46 ; les vierges qui attendent l’époux et qui doivent avoir non seulement des lampes à huile, mais aussi une provision suffisante d’huile Mt 25, 1-13), et la nécessité de faire fructifier l’enseignement reçu du Maître jusqu’à son retour (la parabole des talents ou des mines * Mt 25, 14-30, Lc 19, 14-27, et des parallèles dans Marc : Mc 13, 34 et Mc 4, 25). On voit ainsi Jésus préparer les disciples à sa propre absence dans une perspective eschatologique : après des épreuves, il sera de nouveau avec eux.
* d’après la Bible de Jérusalem, la mine d’argent est peut-être la mine babylonienne qui pesait environ 505 gr ; à l’époque hellénistique et romaine, elle correspondait à cent drachmes. Le talent valait quant à lui 6000 drachmes.


Luc renforce la parabole des talents, déjà racontée par Matthieu, en y mêlant une histoire de roi. Le propriétaire qui s’absente (« un homme parti pour l’étranger » et qui laisse sa maison et ses biens à ses serviteurs, à chacun sa tâche ou avec des dépôts d’argent différents) devient « un homme de haute naissance » qui part « pour un pays lointain recevoir la royauté et s’en retourner » (Lc 19, 12). Mais le futur roi ne fait pas l’unanimité : « Or ses concitoyens le haïssaient, et ils envoyèrent une ambassade derrière lui, disant : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous ». De retour avec le titre de roi, il donne des villes à ses serviteurs qui ont fait fructifier les mines qu’il leur avait confiées, dépouille celui qui a conservé sa mine sans l'avoir mise à la banque pour avoir des intérêts, et fait «égorger » – devant lui – ses opposants ! Puis, toujours dans l'évangile de Luc, c'est l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, juché sur un ânon selon la prophétie messianique de Zacharie.

Cette histoire de roi n’était pas sans rappeler aux auditeurs de Jésus le voyage que fit Archélaüs à Rome en 4 av. J.-C., pour faire confirmer en sa faveur le testament de son père Hérode le Grand. Des Juifs l’y avaient suivi pour faire échouer sa démarche ! A la Pâque de l’an 4 (le 11 avril), Archélaüs avait réprimé une sédition à Jérusalem, puis il s’était rendu à Rome pour recevoir l’investiture de l’empereur Auguste. A la fin de l’an 4, Auguste confirme le testament d’Hérode, mais sans le titre de roi pour Archélaüs, lequel se retrouve seulement ethnarque de Judée et de Samarie, certes le gros morceau, mais les autres territoires vont à Hérode Antipas (tétrarque de Galilée et Pérée) et à Philippe (tétrarque de Gaulanitide, Batanée, Trachonitide et Auranitide ainsi que du district de Panéas en Iturée).


Le règne d’Archélaüs va être très court et se termine 2 ans plus tard en 6 ans ap. J.-C., les Romains voulant gérer directement avec un préfet la Samarie et la Judée à cause des troubles qui s’y produisent. En effet, lorsque le Romain Sabinus vint à Jérusalem pour faire l’inventaire des ressources du royaume d’Hérode le Grand (mort à Jéricho fin mars-début avril de l’an 4) une rébellion éclata avec la révolte de Judas le Galiléen et les prêches du pharisien Saddoq. Le général Varus pourchassa les rebelles et 2 000 d’entre eux furent crucifiés. Les Juifs se plaindront auprès des Romains de la cruauté et de la mauvaise gestion d’Archélaüs, lequel se retrouvera exilé à Vienne, en Gaule.


Par ces paraboles, on voit un Jésus militant qui prépare ses troupes et qui se montre particulièrement exigeant : la vigilance de tous les instants pour guetter son retour et la fructification de ce qu'il leur a enseigné comme un précieux dépôt. Mieux, cette histoire de roi n’exclut pas un règne sur terre sous l’égide du Fils de l’homme, lequel procèdera à un Jugement qui enverra sans hésitation les « opposants » à la Géhenne. Qui a dit que Jésus était un doux pasteur ?

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Published by Jean-Claude Barbier - dans vie de Jésus
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