Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 14:50

l’inédit de Luc


Ayant accompagné Paul dans sa captivité à Césarée de 58 à 60, on peut penser que Luc mit à profit son séjour pour écrire. Il dit avoir enquêté, s’être « informé avec précision de tout depuis les origines, de t’en écrire avec ordre (…) » (Lc 1, 3). Si bien que l’on peut s’attendre à de l’inédit !


D’entrée de jeux, Luc se différencie de Marc car il commence son évangile précisément par les résultats de ses investigations : les origines familiales de Jésus dont il est le premier à parler. Ensuite, le Matthieu grec que nous positionnons comme plus tardif pour des raisons que nous donnerons plus loin, y ajoutera une annonce faite à Joseph (Mt 1, 18-25).


le cousinage entre Jésus et Jean-Baptiste


D’abord, Luc nous affirme un cousinage entre Jésus et Jean-Baptiste qu’il tire de son seul chapeau (ou de ses enquêtes).


Jean-Baptiste est le fils du vieux Zacharie (Lc 1, 7), prêtre de la classe d’Abia (Lc 1, 5) ; donc un lévite descendant d’Aaron et desservant le Temple (Luc 1, 8-9 nous le montre entrain de brûler de l’encens, alors que « toute la multitude du peuple était en prière, dehors » ; il précise même que c’est par tirage au sort qu’il obtint cette fonction Lc 1, 9).  Il habite un village de montagne en Judée (Lc 1, 39), que la tradition localisera de préférence à Aïn Karim, à 6 km à l’ouest de Jérusalem (Bible de Jérusalem 1956 : 1353, note h) et descend à Jérusalem lorsque c’est le tour de sa classe d’être de service (Lc 1,8).


C’est par sa mère, Elisabeth, qu’il est en relation de parenté avec Jésus car Marie est parente d’Elisabeth (Lc 1, 36) et, semble-t-il tout naturellement, Marie, enceinte, part « en hâte » (Lc 1, 39) chez cette parente (Lc 1, 39-45), peut-être – mais Luc ne le dit pas - pour éviter les cancans à Nazareth ! Or, Elisabeth étant issue « des filles d’Aaron » (Lc 1, 5), cela veut nous dire que Marie est également descendante d’Aaron, de la filiation qui donne les prêtres  - ce qui est à mettre dans la corbeille messianique de Jésus !

 

visitation_fra_angelico.jpg

la Visitation de Fra Angelica

 

Le Protévangile de Jacques, apocryphe, probablement pas avant 150, nous dira plus tard que la mère de Marie s’appelait Anne et son père, Joachim (puis, le Pseudo-Matthieu, plus tardif, daté du VI° siècle, reprendra cette information en ce qui concerne Anne, mais sans citer son mari), en reproduisant la naissance miraculeuse puisque Anne est présentée comme stérile.


Mais pourquoi Marie, lorsqu’elle fut enceinte, partit-elle chez des parents éloignés plutôt que d’aller chez sa mère ? Dans l’évangile de Luc, elle apparaît bien seule face à son destin.


* On appelle "Évangiles de l'enfance", ou "récits de l'enfance", les textes qui racontent la naissance et l'enfance de Jésus de Nazareth. Il s'agit les deux premiers chapitres des évangiles canoniques de Luc et de Matthieu , et de textes non canoniques : l'Évangile de l'enfance selon Thomas (à ne pas confondre avec l’ « Evangile selon Thomas »), le Protévangile de Jacques (de son vrai nom de son vrai nom : « Nativité de Marie, Révélation de Jacques »), l'Évangile du Pseudo-Matthieu (de son vrai nom « Livre de la naissance de la bienheureuse Vierge Marie et de l’enfance du Sauveur »), l'Évangile arménien de l'Enfance, l'Évangile arabe de l'Enfance, l'Histoire de Joseph le charpentier. L’article « Evangiles de l’enfance » dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia donne une première bibliographie (lien).


* « Joachim est décrit comme un homme riche et pieux qui donne régulièrement aux pauvres et au temple. Cependant, sa femme étant stérile, le Grand Prêtre rejette Joachim et son sacrifice, l'infertilité de son épouse ayant été interprétée comme un signe de mécontentement divin. Joachim se retire par la suite au désert où il jeûne et fait pénitence pendant quarante jours. Des anges apparaissent à Joachim et Anne pour leur promettre un enfant. Joachim revient à Jérusalem, retrouve Anne qu'il « serre dans ses bras ». (Wikipedia « Joachim (protévangile) », lien). Joachim est Imran dans le Coran (voir la sourate III), lequel Imran est en premier le père de Moïse, d'Aaron et de Myriam.


* Certains éléments de récits du Protévangile de Jacques furent repris dans le Coran, dans la sourate III :
la consécration de Marie à Dieu en IV, 1 du Protoévangile ; la nourriture de Marie au Temple en VIII, 1, et le tirage au sort pour la prise en charge de Marie en IX, 1.


Mais Luc ne semble pas en déduire plus de cette filiation aaronique car, pour lui, Jésus est fils de Joseph (selon sa généalogie de Jésus, Lc 3, 23). Nous verrons que c’est le Matthieu grec qui, dans une généalogie nettement plus consistante (donc plus tardive) va insister sur la descendance par les femmes : le dernier chaînon sera « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, qui est dit Christ » (Mt. 1, 16).

à suivre ...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans nativités et incarnations
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives