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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 14:36

suite des articles précédents


De la naissance miraculeuse à l’Incarnation


Mais la Nativité de Jésus ne s’arrête pas là puisque, dans la théologie chrétienne dominante, au delà du miracle (le coup de pouce d'un Dieu providentiel pour faire naître un enfant alors qu’il y a une impossibilité humaine), il y a une Incarnation. Au début, cette idée n’a encore rien à voir avec le dogme de la Trinité qui décidera (officiellement en 325 par le concile de Nicée) que c’est Dieu le Créateur, lui-même, qui s’est incarné en Jésus.


Les retours : constatons d’abord que les contemporains de Jésus sont dans l’attente d’un retour de certains personnages de leur histoire sous la forme d’une réincarnation .


Elie - Les prêtres et les lévites, envoyés par les « Juifs de Jérusalem » à Jean Baptiste, lui demandent s’il est Elie (Jn 1, 21). En effet, Elie n’est pas mort mais il a été emporté aux cieux dans un char de feu (2R 2, 11-13) et le prophète Malachie (Ml 3, 23-24) a prédit son retour comme précurseur au Jugement dernier : « Voici que je vais vous envoyer Elie le prophète, avant que n’arrive mon Jour, grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d’anathèmes ». Le Livre de Malachie est daté de la première moitié du IV° siècle avant J.-C., sous les règnes des rois perses Xerxès I (486-465) et Artaxerxès I (486-465), lors du retour d’Exil (chronologie de la Bible de Jérusalem).
L’Ecclésiastique (Si 48, 1-11) porte la même espérance et proclame au terme d’un éloge à Elie « Bienheureux ceux qui te verront et ceux qui se sont endormis dans l'amour car nous aussi nous possèderons la vie » (v. 11). D’ailleurs n’a-t-il pas déjà « rempli de son esprit » son disciple Elisée qui le vit disparaître (Si 48, 12) – Elisée que personne ne put subjuguer et qui, même après sa mort, ressuscita un mort (Si, 48, 13 ; 2 R 13, 20-21) !
Mais alors que Jean-Baptiste nia, dans le texte précédemment cité de l’évangile de Jean, être Elie, Jésus explique à ses disciples (juste après la scène de la Transfiguration) qu’Elie est bel et bien venu en la personne de Jean-Baptiste (Mc 9, 11-13 et Mt 17, 10-13).
Sur sa croix, avant d’expirer, Jésus clame le début du psaume 21 (22) « Elôï, Elôï, lama sabatchtani ? » (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?). Certains qui sont présents pensent alors qu’il appelle Elie à son secours et s’en moquent (Mt 27, 46-49 ; Mc 15, 34-36).


Jérémie et al. – Jésus demande à ses disciples ce que les gens disent de lui (dans Marc et Luc) ou du Fils de l’homme (Matthieu). Jérémie est alors cité - « ou un des (autres) prophètes » - (Mc 8, 27-30 ; Lc 9, 18-21, Mt 16, 13-20). Par ailleurs, Moïse n’avait-il pas prédit que viendrait après lui un prophète qui serait encore plus grand que lui-même ? Le même Moïse est d’ailleurs présent avec Elie dans le récit de la Transfiguration (Mt 17, 3-4 ; Mc 9, 4-5 ; Lc 9, 30-33).


Cette logique est si bien ancrée dans les esprits que Jésus lui-même est considéré par certains comme la réincarnation de Jean-Baptiste pourtant décédé quelques mois seulement auparavant ! Dans l’ordre des réincarnations possibles en Jésus selon l’opinion publique, il y aurait : 1 - Jean-Baptiste, 2 - Elie, 3 – Jérémie ou un ancien prophète.


Hénoch – Le patriarche Hénoch, qui n’est pas mort mais a connu la première ascension de l'histoire biblique (avant celle d’Elie et de Jésus), est aux cieux avec Dieu. Dans le Livre d’Henoch, il devient ce fils de l’homme de la prophétie de Daniel (Da 7, 1-28) qui se tient (ou se tiendra) à la droite de Dieu que la vision appelle ici  « L’Ancien des jours » et qui est un vieillard à cheveux blancs. Mais alors que, dans le Livre de Daniel, c’est la figure allégorique d’Israël, « le peuple des saints du Très-Haut » ou encore l’annonce de la place d’un futur Messie, lequel a une forme encore vague « comme un fils d’homme », le Livre d’Hénoch est plus affirmatif : un Fils de l’homme avec un F majuscule, préexistant, et dont le rôle messianique est précisé dans le cadre d’une séquence eschatologique (voir notre dossier "Le Fils de l'homme", lien). C’est cette figure que Jésus entend incarner et, après Elie revenu en Jean-Baptiste, c’est à son tour d’entrée en scène en étant le Fils de l’homme.


On va donc passer d’une première confession messianique comme quoi Jésus est bien le Messie attendu, à celle d’une incarnation en lui du Fils de l’homme.

 

Lorsque Jésus demande à ses disciples ce qu’il est pour eux, Pierre prend la parole, sans doute au nom de tous (mais on en fera « la confession de Pierre ») et reconnaît que Jésus est le Christ : « Tu es le Christ » (Mc 8, 29 et Mt 16, 16), « Le Christ de Dieu » (Lc 9, 20), « le Saint de Dieu » (Bible de Jérusalem) ou « le consacré à Elohîm » (Bible de Chouraqui) (Jn 6, 69). Seul Matthieu ajoute une autre notion, celle du « Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16), ce qui annonce la figure du Fils unique et Bien aimé de l’évangile de Jean.


transfiguration novgorodLa Transfiguration, icône russe du XV° siècle, à Novgorod


En dépit de cette attente messianique, Jésus fuit la foule qui, après la multiplication des pains, voulait le faire roi dans le sens d’une messianité davidique pour délivrer le peuple du joug des Romains et gouverner politiquement. C’est Jean seul qui nous le dit : « Jésus se rendit compte qu’ils allaient venir l’enlever pour le faire roi ; alors il s’enfuit (ou se retira) à nouveau dans la montagne, tout seul » (Jn 6, 15) … car son royaume n’est pas de ce monde ainsi qu’il le dira à Ponce Pilate (Jn 18, 33-37). D’ailleurs, il interdit à ses disciples de dire qu’il est le Messie (c’est le fameux secret messianique partagé par les évangiles synoptiques : Mt 16, 20 ; Mc 8, 30 et Lc 9, 21).


En fait, Jésus va commencer un nouvel enseignement et expliquer, cette fois-ci en cercle restreint, à ses seuls disciples, qu’il est le Fils de l’homme, donc un tout autre type de messie. C’est la première annonce de la Passion : le Fils de l’homme aura à souffrir de la part des anciens, grands-prêtres et scribes, sera mis à mort, puis il se lèvera des morts / se réveillera des morts trois jours plus tard (Mt 16, 21 ; Mc 8, 31-32 et 10, 32-34 ; Lc 9, 22). A Pierre qui s’en offusque, il lui précise qu’il s’agit là des choses de Dieu et non celles des hommes (Mt, 16, 22-23 ; Mc 8, 32-33). Cette prophétie sur lui-même est répétée par Jésus, toujours à ses seuls disciples, à la suite de l’expérience mystique de la Transfiguration : après Jean-Baptiste qui était la réincarnation d’Elie, c’est désormais Jésus le Fils de l’Homme (Mt 17, 10-13 et Mc 9, 11-13).

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans nativités et incarnations
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