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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 16:44

suite des articles précédents
 
Les milieux juifs persévèreront d’ailleurs dans le doute de la version chrétienne et avanceront une autre explication : Jésus est le fils d’un nommé Pantera ! Nous tirons les informations suivantes de l'historien et archéologue James Tabor (La véritable histoire de Jésus, Paris, éditions Robert Laffont, 2006 : 80-89).

 

Vers la fin du Ier siècle, le rabbin Eliézer ben Hourcanos (dit « Le Grand ») rapporte un enseignement qu’un nommé Jacob de Sikhnin, un partisan galiléen de Jésus, lui a communiqué à Sepphoris, « au nom de Jésus, le fils de Panteri ». Or, ce Jacob semble bien placé comme informateur puisque le village de Sikhnin se trouvait à quelques kilomètres de Kokhaba - autre ville que Bethléem, etc., où vivaient des membres de la lignée davidique - situé un peu au nord de Nazareth. Selon la tradition, il aurait été martyrisé à Nazareth et il est possible que sa tombe ait été retrouvée dans la ville actuelle de Sakhnin.

 

Dans une controverse rabbinique ultérieure, il est question de savoir s’il est convenable de soigner une morsure de  serpent en invoquant « le nom de Jésus fils de Panter ». On sait que le nom de Pantera était un patronyme en usage en Palestine au Ier siècle. Ceci dit, à cette époque nous sommes en plein contentieux entre juifs et chrétiens.


Celse s’empare de cette affaire dans son traité contre le christianisme intitulé Discours véritable, en 178, où il se fait l’écho que Marie « était enceinte d’un soldat romain appelé Panthera » et que son mari l’avait répudiée pour adultère, en donnant la profession du père naturel : un soldat romain.


pantera_archer_romain.jpgL’affaire rebondit au début du XXème siècle lorsque l’historien allemand Adolf Deissmann publia un article Der Name Panthera ; il s’agit d’une stèle découverte en 1859 dans un cimetière romain à Bingerbrück, à moins de 20 km au nord de Bad Kreuznach, là où la rivière Nahe se jette dans le Rhin : « Tiberius Julius Abdes Pantera de Sidon, âgé de 62 ans, un soldat avec quarante ans de service actif, de la 1ère cohorte d’archers, repose ici » (traduction en français de l’inscription latine).  L’auteur précise que ce Pantera est mort au milieu du 1er siècle et qu’il venait de Palestine !

 

figurine représentant un archer romain

 

Mais ce Pantera était-il forcément Romain ? En 1891, l’archéologue français Charles Clermont-Ganneau a trouvé sur la route de Naplouse, au nord de Jérusalem, une tombe juive du 1er siècle contenant un ossuaire gravé au nom de « Pantheros », en grec, et un autre au nom de « Josepos », Joseph, le fils de ce Pantheros … Les rites d’inhumation y était indiscutablement juifs. Le patronyme était donc en usage chez les Juifs.


Revenons au soldat de l'armée romaine (possiblement d’origine juive) : sa cohorte d’archers à laquelle il appartenait fut transférée en Dalmatie (Croatie) en l’an 6 de notre ère, puis au confluent du Rhin et de la Nahe trois ans plus tard. Il est mort et a été enterré là-bas, en compagnie de milliers d’autres soldats tombés dans ce conflit meurtrier. Or, Jésus serait né vers 7-6 avant J.-C. ; nous sommes donc dans le timing.


Sidon, aujourd’hui Saïda au Liban, est à 70 km à peine de Sepphoris, la ville en contrebas de Nazareth. Or Jésus s’y est rendu lors d’un voyage à Tyr et à Sidon ( à partir de Gennésareth sur la rive nord du lac de Tibériade) (Mt 15, 21-28 et Mc 7, 24-30). Or ce déplacement n’est pas expliqué « Or s’étant levé de là, il s’en alla dans le territoire de Tyr » (Marc). Matthieu y ajoute Sidon qui est tout près de Tyr « la région de Tyr et Sidon », et il sous-entend que Jésus a pris du retrait par rapport à ses lieux habituels à la suite d’une polémique avec des pharisiens et des scribes venus de Jérusalem (Mt 15, 1-20 / Mc 7, 1-13) : « Jésus se retira … ». L’un et l’autre signale bien que Jésus est venu pour les Juifs et non pour les étrangers et c’est bien ce que Jésus dit à la femme grecque, syro-phénicienne de naissance (Marc) ou Cananéenne (Matthieu).

 

D’ailleurs, Marc précise que Jésus « étant entré dans une maison, il voulait que personne ne le sût … » (Mc 7, 24), mais il est accompagné de disciples (Mt 15, 23) ce qui est difficile pour passer incognito ! et puis, il est précédé par sa réputation de guérisseur. Marc nous dit bien qu’il entre dans une maison (et non un lieu public). Quelle maison ? S'il y entre avec ses disciples c'est qu'elle est "juive" ; est-ce donc la maison de ses paternels ?


Alors, Marie héroïne d’une histoire d’amour contrarié (version romantique) ou d’un viol soldatesque (version tragique) ?

à suivre

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Published by Jean-Claude Barbier - dans nativités et incarnations
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