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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 22:12

Entre basse et haute chronologie pour les évangiles (VI).

L’évangile de Jean est postérieur à la mort de Pierre, car il y fait allusion : "…lorsque tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même et marchais où tu voulais ; mais lorsque tu seras devenu vieux, tu étendra tes mains et un autre te ceindra et te portera où tu ne voudras pas ". Il dit cela pour signifier de quelle mort il glorifierait Dieu. Et ayant dit cela, il lui dit " Suis moi ! " (Jn 21, 18-19).

Egalement à celle du disciple que Jésus aimait : Jésus répond à une question de Pierre : " Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi ". Ce propos se répandit donc parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Mais Jésus ne lui dit pas qu’il ne mourrait pas ... " (Jn 21, 22-23).


La rédaction de l’évangile de Jean ne saurait être le fait de l’apôtre Jean, lequel était un Galiléen sans instruction, fils de pêcheur (Zébédée) et pêcheur lui-même, et qui, en plus, aurait été sans doute trop vieux à la fin du siècle pour tenir la plume.


L’évangile de Jean reprend à son compte le témoignage du disciple bien aimé que Jésus aimait. Ce dernier est Judéen et met en avant d’autres compatriotes à lui (Nicodème, Joseph d’Arimathie). C’est un citadin de Jérusalem qui vit dans la ville Haute et c’est chez lui que la Cène a lieu ainsi que le Cénacle (il est donc riche pour être propriétaire d’une maison disposant d’une "haute chambre"). Il sera le témoin par excellence des évènements qui se passeront à Jérusalem. Il a ses entrées dans les hautes sphères puisqu’il introduit Pierre le Galiléen dans la première cour du palais de Caïphe. Sa relation du procès de Jésus est des plus précis. Il est jeune car il pose la tête sur la poitrine du Maître et que Jésus lui marque de l’affection. Il fréquente les milieux baptistes (c’est lui qui nous renseigne sur l’endroit où Jean baptise et celui où Jésus se met lui aussi à baptiser avec ses disciples pendant une courte période) ; il a un serviteur essénien et habite non loin de la porte dite des Esséniens. Pour en savoir plus, voir sur le blog de Michel Benoît à la rubrique "la question de Jésus".


Mais on devine un rédacteur final qui s’est inspiré des synoptiques et puis un autre rédacteur du Prologue qui est un ajout d’un autre style. D’autres "Jean" sont également à distinguer de par leur style et les thèmes qu’ils traitent. Jean l’Ancien de la seconde et troisième Epître ; Jean déporté comme chrétien dans l’île de Patmos et qui reçut la vision de l’Apocalypse.


Par ailleurs, la façon dont cet évangile parle des Juifs comme si ceux-ci étaient des étrangers suppose que la séparation entre juifs et chrétiens a été consommée : dorénavant, chacun va son chemin et les chrétiens ne sont plus protégés par le statut particulier que les Romains avaient accordé au peuple juif.


Y. ben Zakkaï, qui a transféré le sanhédrin à Yavné /Yamna en 80, quitte l’assemblée la même année, puis meurt. C’est le rabbin Gamaliel II, également connu sous le nom de Gamaliel de Yavné, qui se retrouve en position de recteur de cette Académie du judaïsme pharisien. Il mourra vers 116. C’est sous sa présidence et à sa demande expresse, qu’une "bénédiction" (la 19ème) – mais en fait une malédiction ! – est introduite dans la liturgie synagogale afin d’ostraciser les judéo-chrétiens. Le docteur de la Loi, Samuel le Petit la rédige. On peut supposer qu’elle le fut peu après 80.


Jean est donc à situé plutôt vers 90, sur la base d'éléments contemporains de Jésus (le témoignage du disciple Bien aimé), mais développés et glosés très tardivement par le ou les rédacteurs finaux. Déjà, on y repère le souffle du gnosticisme chrétien qui se développera les années suivantes et que combattront les Pères de l’Eglise sous le thème de l’Anti-Christ.

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