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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 16:17

Entre basse et haute chrononologie pour les évangiles (IV).

La version des Actes dont nous disposons dans nos bibles s’arrête aux deux ans de captivité de Paul à Rome, en fait une résidence surveillée. " Quand nous fûmes entrés dans Rome, on permit à Paul de loger en son particulier avec le soldat qui le gardait " (Actes 28, 16). Version dite occidentale adoptée par la recension antiochienne et indiquée en note p. 1477 dans la Bible de Jérusalem : " Quand nous fûmes entrés à Rome, le centurion remit les prisonnier au stratopédarque. On permis alors à Paul de prendre un logement en dehors du camp (prétorien) ". C’est le régime de la "custodia militaris" : le prisonnier prend un logement à lui, mais il doit toujours avoir le bras droit lié par une chaîne au bras gauche d’un soldat qui le garde. Paul reçoit ainsi dans son logis les notables juifs de la ville et tous ceux qui désirent le visiter. " Paul demeura deux années entières dans le logis qu’il avait loué. Il recevait tous ceux qui venaient le trouver, proclamant le Royaume de Dieu et enseignant ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ avec plein assurance et sans obstacle " (28, 30).

Mais les Actes ne disent donc rien sur le dénouement de cette captivité "douce". Y eut-il procès ? Quid des projets de Paul pour une mission en Espagne ? Y eut-il une vague de persécution et une seconde captivité de Paul ; puis son martyre ? Paul ayant débarqué à Rome après l’hiver 61 passé à Malte après une tempête automne 60 ; ce qui fait 61-63 pour cette captivité. Et une rédaction lucanienne après 63 ... et avant la mort de Paul que Luc n’évoque pas est donc possible.


Mais qu’elle est la date de la mort de Paul. En juillet 64, l’incendie de Rome entraîne la persécution soudaine des chrétiens par Néron. Paul aurait-il alors été parmi les victimes. C’est probable, mais non certain car il est, ne l’oublions pas, citoyen romain. Si oui, les écrits lucaniens seraient à situer en 63 et avant juillet 64. En tout cas, la complaisance de Luc vis-à-vis des occupants Romains (voir sa présentation de Ponce Pilate, Sergius Paulus, Gallion, Festus, le centurion Julius, le gouverneur Félix, etc.) laisse supposer qu’il a écrit avant les persécutions, donc avant les tragiques évènements de juillet 64, et plus encore avant la répression romaine contre la rébellion juive (qu’il n’évoque d’ailleurs pas du tout dans les Actes). C'est entre autres le point de vue du Père Lagrange, fondateur de l'Ecole biblique de Jérusalem (son évangile de Luc a été mis en ligne). Considéré par la tradition et par l'exégèse comme un craignant Dieu issu de la gentillité, le médecin Luc est manifestement pro-romain ! 

Des exégètes s’appuient toutefois sur la version dite "occidentale", sus mentionnée, transmise par le Codex de Bèze (daté du Vè siècle). On y lit à la fin que Paul déclare " je fus contraint d'en appeler à César (…), afin que d'une mort je rachète ma vie " (Actes, 28,19 dans cette version).

Il s’agit du Codex Cantabrigiensis, dit "de Béze", qui a été traduit et publié récemment par Sylvie Chabert aux éditions l'Harmatan (son livre contient Luc et les Actes uniquement (voir son site perso). On a donné le nom de Théodore de Béze (collaborateur de Calvin au XVIème siècle) au codex Cantabrigiensis puisque c'est lui qui l'a récupéré à Lyon à Saint-Irénée (une petite église à Lyon) durant des troubles religieux. Il a par la suite légué le codex à l'université de Cambridge où il se trouve encore.

Or, pour l’historienne Marie-Françoise Baslez, professeur à Normale-Sup, et spécialiste d'histoire des religions orientales dans le monde gréco-romain. Paul serait mort non pas en 64, mais plus tard en 67-68 lors d’une seconde vague de persécution. Elle cite pour cela Eusèbe de Césarée (Chronique II, olympiade, p. 211 et p. 267), avec la mort de Paul entre juillet 67 et juin 68 ; puis Jérôme (De virus illustribus, 12), quand il présente la correspondance apocryphe de Paul et Sénèque : la mort de Sénèque (il se suicide en 65) est antérieure de deux ans à celle de Pierre et Paul ; enfin I Clément, 5,7 et 6,1, qui distingue clairement le martyre de l'apôtre et la persécution de 64.

Si Paul évoque ainsi sa mort dans les Actes, c'est parce que Luc est sûr qu'elle a eu lieu, mais le texte n’est pas limpide.
Et puis, s’agit-il d’un ajout ultérieur ? de la glose d’un copiste pour expliquer la décision prise alors par Paul ? ce qui expliquerait que les bibles usuelles ne l’ont pas. Ou bien est-ce tout simplement un problème de lecture d’un document en mauvais état ; le codex de Bèze est en effet très abîmé (autant la partie en grec que celle en latin) à partir du chapitre 23 des Actes et pratiquement impossible à restituer de l'aveu des chercheurs.

Si l’on adopte cette datation plus tardive, cela fait remonter Luc après 68. D’autres exégètes, s’appuyant sur la prophétie post eventu de la chute de Jérusalem, rejettent tous les évangiles synoptiques après 70.

Pour une chronologie longue, voir
François Laplanche : La crise de l'origine, sous-titre : La science catholique des évangiles et l'histoire au XXè siècle, chez Albin Michel.

Finalement, qu’est devenu Luc ? A-t-il péri dans les premières persécutions néroniennes de 64-65 ? Ce qui l’aurait empêché de publier ce qui aurait été pour nous une troisième partie avec la mort de Paul et de Pierre, la ruine du Temple, etc.

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