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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 12:21

sept-dormants-bretagne.jpgLocalisation : dans les Côtes d’Armor, cette fois-ci au nord de la route allant de Saint-Brieux à Morlaix, au sud de Lannion et à l’est du Plouaret, dans la commune du Vieux-Marché et hameau appelé " Les Sept-Saints ",


le 19 septembre 1951, l'historien orientaliste Louis Massignon (1883-1962), ancien professeur au collège de France, grand islamologue français du début du 20e siècle, et qui mena des études sur la mystique musulmane, notamment sur le soufisme, visita la crypte des Sept Dormants d’Ephèse. Puis en Bretagne, il commence à fréquenter la chapelle de Sept Saints où se trouve un dolmen et une source bénie. Il assiste au Pardon qui y a lieu en 1953 et il est frappé par la similitude entre les paroles de la vieille gwerz chantée en breton, et les versets de la sourate 18 du Coran, dite de la Caverne. Il revient l’année suivante en juillet 1954, quelques mois avant l’insurrection du 1er novembre en Algérie, cette fois-ci accompagné de jeunes musulmans afin de s'unir dans la prière pour la paix, lançant ainsi le pèlerinage islamo-chrétien que l’on connaît depuis.

Louis_MASSIGNON.jpg"C'est d'ailleurs, expliquera-t-il plus tard, l'intuition d'une solidarité généalogique et topographique, dans le cadre de la méditation du thème de la résurrection des morts de l'époque mégalithique que j'ai vécue, en venant, après avoir visité la crypte d'Éphèse (19.9.51), prier avec les paroissiens bretons, avec qui j'ai fait trois fois déjà la procession traditionnelle et le feu de joie, tantad, au pardon des Sept Saints" (Ahl al-Kahf, 103). Sa fille Geneviève contribua à la valorisation de ce pèlerinage.


Dès lors, ce pèlerinage réunit chaque année près de 500 chrétiens et musulmans venus prier pour un dialogue inter-religieux et une compréhension mutuelle. Il commence par un colloque le samedi après midi, suivi d’une messe puis d’un tantad (un feu de joie en breton). Le lendemain matin, les pèlerins assistent à la messe puis se rendent à la fontaine aux sept trous, symbolisant les sept frères martyrs, où la sourate 18 est récitée, la Fatiha, puis il y a échange de lait et de dattes et un repas pris en commun autour d'un méchoui.

 

ajout du 5 janvier 2012 par Régis Pluchet (sur Facebook) : Louis Massignon a vraiment eu une intuition géniale en lançant ce pèlerinage, basé sur un récit qui relève du mythe plus que de l'histoire. On peut quand même préciser que le rapprochement entre la version chrétienne et la version musulmane de cette légende était connu bien avant Massignon, il en est question en 1878 dans la revue de mythologie, Mélusine, qui publie deux articles sur le pèlerinage dont un d'Ernest Renan (mis en ligne dans la collection Gallica de la Bibliothèque nationale de France, lien). Il est dommage que l'article des Etudes unitariennes, lorsqu'il présente le déroulement du pèlerinage ne précise pas que la lecture de la sourate des Gens de la caverne qui se fait après la messe catholique est un rituel musulman. Enfin, il serait plus exact de parler de pèlerinage islamo-catholique plutôt qu'islamo-chrétien et je le regrette. Mais cela n'enlève rien à son intérêt.


Les sept saints du Vieux Marché seraient-il les sept dormants d’Ephèse ?


Pour les promoteurs du pèlerinage islamo-chrétien du Vieux-Marché, le culte aurait pu atteindre la Bretagne par l'intermédiaire de moines et de missionnaires grecs qui accompagnaient les commerçants d'Orient sur la route de l'étain. Ils accostaient au petit port du Yaudet en baie de Lannion et remontaient le Léguer vers l'intérieur de la Bretagne. Ils découvrirent le village du Stiffel (Les Sept-Saints actuels) et son dolmen.


Mais en l’absence de découvertes archéologiques, cela reste une hypothèse.


sept-saints-bretagne.jpgLe dolmen en question se retrouve en voûte de crypte de la chapelle qui a été bâtie sur les lieux (la date du VIème siècle est avancée pour une première construction mais est-elle confirmée ?). Sept statuettes y représentent les " sept saints ", mais ils sont debout et non en position de dormants ; pire, les saints semblent avoir une tenue ecclésiale, du moins pour certains ; sont de taille et de style différents ; la statue plus importante de la Vierge Marie les accompagne qui pourtant n’est pas dans la légende. Ils sont mis en rang derrière une barque remplie de sable et aménagée de façon à ce que les pèlerins y allument des bougies.


En découvrant le lieu, Louis Massignon avait formulé le commentaire suivant : " Retenons de cela ce qui parle à l’imagination : une caverne, surplombée d’un perron (grosse pierre) ; jumelée à une source où l’eau sort d’une pierre horizontale par "sept trous" disposés en triangle septénaire ". L. Massignon évoque d’ailleurs l’émotion d’un pèlerin musulman qui reconnut le "triangle septénaire" des sept trous où l’eau destinée à Sétif sort d’une pierre verticale à Ra’s el Mâ, près de Guidjel. Or, à Guidjel se trouvent aussi les sept piliers fatimides (en fait des vestiges romains) appelés les Sept dormants où les fidèles procèdent à des ablutions (Louis Massignon, "La crypte-dolmen des VII Saints Dormants d’Ephèse au Stiffel", Extrait des Mémoires de la Société d’Emulation des Côtes-du-Nord, St Brieuc, 1958).


Quoiqu’il en soi, le pèlerinage est actif depuis 1954 et très fréquenté, le dimanche qui suit la Sainte Marie-Madeleine (22 juillet), ce qui est assurément un second souffle sur un créneau spirituel d'actualité ...

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