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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 11:55

suite de l'article précédent


Montan (Mo-Nathan / Mé-Nanthe, latinisé en Montanus) serait né à Ardabau, un village de Phrygie (Asie mineure) vers le milieu du IIème siècle. Ancien prêtre « païen », probablement du culte de Cybèle, il lance un mouvement charismatique de la mouvance johannique où il se présente comme le médium du Paraclet que Jésus aurait annoncé selon l’évangile de Jean (et seulement cet évangile !). En tout cas, c’est cet évangile qui a les faveurs des adeptes. Le mouvement est eschatologique, valorise le martyr (que les évêques Ignace et Polycarpe ont eux-mêmes exalté) mais cette fois ci en demandant à leurs adeptes d'aller au-devant, de se dénoncer eux-mêmes aux autorités, d'aller les provoquer, et est d'une ascèse encratique (en voir la définition dans l'article précédent). 


En extase, entouré de prophétesses, telles Maximilia (son épouse ?) et Prisca / Pricilla (sœur de la précédente) *, Montan profère des paroles qui viennent d’en haut. Ainsi, dans un fragment conservé par Épiphane (au IVe siècle), et qui lui a été attribué, il déclare : « Je suis venu non comme un ange ou un ambassadeur, mais comme Dieu le Père .» (mais cette citation ou ce raccourci tardif est à prendre avec des pincettes. Le raccourci final dérive sans doute du johannique : "nul ne connaît le Père que par le Fils"...). Figure d’un christianisme anatolien assurément populaire, Montan ne se prétendait pas être le Paraclet lui-même, mais un médium humain en extase prophétique.

* Les autres christianismes hétérodoxes (valentiniens, marcionistes ou nicolaïtes) accordèrent eux aussi une place éminente aux femmes. Jérôme traitera Maximilia et Prisca de «folles démoniaques et hystériques, causes de nombreux scandales».


Le montanisme apparaît au moment où l'Église s'organise en système. Ces chrétiens rejetaient le clergé et toute hiérarchie, puisque Jésus avait promis d’envoyer le Paraclet (toujours pas encore arrivé !), directement à chacun, lequel Esprit de Vérité devait conduire les chrétiens et demeurer éternellement avec eux pour leur enseigner les choses que les contemporains de Jésus n'avaient pu comprendre durant son bref enseignement. En fait, c’est un rappel de ce qu’on appelle aujourd’hui le Saint-Esprit et qui, à l’époque, ne s’était pas encore bien distingué comme acteur indépendant de l’invocation à Jésus. Il n’est pas tant hérétique (surtout après la divinisation de cet Esprit Saint avec le premier concile de Chalcédoine en 381) que schismatique puisqu’il se fait en dehors du cadre épiscopal !

 

asie mineure

 

Déclenché en 172 selon Eusèbe, le mouvement est assurément populaire et gagne de l’ampleur. Montan ne semble pas avoir présidé longtemps à l'œuvre qu'il avait commencée. Le plus probable est qu'il mourut en martyr, dès 173, du grand mouvement de professions de foi collectives et publiques qu'il avait déclenché dans l'espoir d'une parousie imminente... Mais sans lui le mouvement continue. Il est possible que les martyrs de 177 localisés à Claudiopolis (= Lyon) par Eusèbe (dans un texte tardif, vers 325) furent plutôt ceux d'une ville jouxtant la Galatie et, dans ce cas, ils signaleraient une extension du montanisme, entre 172 et 177, du sud au nord de l'Anatolie. Le christianisme ne s'est en effet implanté en Gaule, via Arles, qu'un siècle plus tard.

 

Désavoué par les évêques locaux qui excommunient les adeptes (c’est l’hérésie phrygienne, cataphrygienne ou encore pépusienne). les montanistes, en 177, en appellent aux chrétiens d'Occident dont plusieurs sont en prison pour leur foi ; ils s’adressent à Éleuthère, évêque de Rome de 175 à 189, « pour la paix de l’Eglise ». La visibilité des montanistes et leurs excès font en tout cas causer les auteurs païens : les premières grandes réactions critiques contre les "chrétiens", avec le "Peregrinus" de Lucien et le "Discours de vérité" de Celse, en 178, semblent être un contrecoup du mouvement montaniste.

 

En 180, l’empereur Commode (qui règne de 180 à 192) accorde une trêve aux chrétiens. Selon le Liber Pontificalis, un édit d'Éleuthère décrète qu'aucune nourriture n'est impure : « Et hoc iterum firmavit ut nulla esca a Christianis repudiaretur, maxime fidelibus, quod Deus creavit, quæ tamen rationalis et humana est », combattant ainsi des pratiques héritées des prescriptions juives sur la pureté des aliment et apaisant ainsi le débat.


Malgré la condamnation des évêques d’Asie mineure, fin IIème et début IIIème, le mouvement survit puisqu’on a retrouvé des inscriptions au Nord de la Phrygie datées d'entre 249 et 279. Il a sans doute même perduré jusqu’au VIème siècle dans les refuges de la Phrygie et de la Cappadoce si l’on en croit la haine de l’évêque Jean d’Ephèse vis-à-vis des restes de Montan et de ses prophétesses


Jean d’Ephèse, écrivain syriaque né en 507 en Asie Mineure, évêque monophysite du VIe siècle, agissant sur ordre de Justinien 1er, fait déterrer les cadavres de Montan et des prophétesses, pour éradiquer définitivement l’hérésie. A Constantinople depuis 535, il jouit de la confiance de l’empereur jusqu’à la mort de celui-ci en 565. Il obtient le rang d’évêque lorsqu’il est envoyé en mission pour convertir les derniers païens du centre de l’Asie mineure en 542 ; d’après Jean d’Éphèse, 70 000 d’entre eux sont baptisés. Il construit un vaste monastère à Tralles, sur les collines de la vallée du Méandre, et plus de 90 autres plus petits, le plus souvent sur l’emplacement de temples païens démolis. En 546, l’empereur lui confie la tâche de découvrir les pratiques idolâtres encore en cours à Constantinople et aux alentours. Il mène sa mission avec zèle, torturant les suspects. L’enjeu est alors important puisqu’il s’agit de convertir les derniers païens de l’Empire d’Orient afin de renforcer la chrétienté face à l’expansion des zoroastriens de la Perse Sassanide.

Tertullien.jpgGrâce au soutien de Tertullien, à partir de 207, le montanisme a connu un rebond dans la Carthage du IIIe siècle. Quintus Septimus Florens Tertullianus, dit Tertullien, né entre 150 et 160 à Carthage (actuelle Tunisie) et décédé vers 230-240 également à Carthage, est un écrivain de langue latine issu d'une famille berbère romanisée et païenne. Il se convertit au christianisme en 193 et devient la figure emblématique de la communauté chrétienne de Carthage. Théologien, père de l'Église, auteur prolifique, catéchète, il lutte activement contre les cultes païens et est considéré comme le plus grand théologien chrétien de son temps.

A suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le christianisme épiscopal
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