Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 19:36

suite de l'article précédent ...

 

Il y a d’abord l’hégémonie régionale des communautés citadines du seul fait de leur plus grande taille : lorsque Paul envoie des épîtres à des communautés locales bien ciblées (chrétiens d’Ephèse, de Corinthe, de Philippe, de Colosses, de Thessalonique, de Rome), on devine l’importance des cités sur leur espace régional. A partir de Jérusalem, Pierre évangélise la Judée jusqu’à Césarée, et la Samarie avec le diacre Philippe et l’apôtre Jean. Antioche introduit à l’Asie Mineure, Damas à la Syrie, Alexandrie à l’Egypte, et Rome à tout l’empire. Au tournant de l’an 100, l’Apocalypse (1, 11) énumère « les sept Eglises » d’Ephèse « Ta vision, écris-la dans un livre pour l’envoyer aux sept Eglises, à Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée », et au-delà, puisque le chiffre 7 est symbole de la totalité du temps et du décompte, à savoir toutes les Eglises locales. Tout naturellement, cela introduit à une nouvelle fonction, celle des épiscopes, que sont nos évêques


Ces épiscopes (= surveillants) apparaissent seulement au IIème siècle ; et présenter Pierre à Rome, Marc à Alexandrie, Jean à Ephèse comme premiers évêques est un anachronisme. Ils sont élus par la communauté, ou du moins désignés d’une façon consensuelle. Ils ont le rôle de veiller à la transmission authentique de la Tradition et de lutter contre les dérives hérétiques (les Anti-christ que sont les gnostiques, les judéo-chrétiens restés … judaïsants, les promoteurs de sectes, etc.). Exemple d’Irénée à Lyon. Avec eux, on rompe avec le modèle juif qui repose seulement sur les Anciens réunis en collège de sages. Ici la direction de la communauté prend un visage individuel, un nom d’évêque, une liste de règnes.


Les épiscopes ne sont pas encore des évêques désignés par les princes, comme ils le seront après l’élévation du christianisme en religion d’Etat et la nomination ou la destitution d’évêques par le pouvoir politique. Ils sont en osmose avec leur communauté et sont élus. La tradition musulmane reprendra ce rôle : au sein des communautés musulmanes, l'imam est un enseignant et conduit la prière. Il est suffisamment lettré pour rappeler les préceptes coraniques. Mais il dépend de sa communauté comme dans le cas des pasteurs protestants.


Jérusalem, Antioche, Rome et Ephèse


Mais la prééminence "historique" va indéniablement à certaines villes. C’est sans conteste Jérusalem jusqu’à la chute de son Temple : c’est à Jérusalem que les débats nés à Antioche entre judéo-chrétiens et païens convertis trouvent leur solution ; Barnabé et Paul descendent précisément d’Antioche pour cela. On peut noter aussi l’aide d’Antioche, mais aussi des nouvelles communautés chrétiennes mobilisées par Paul, pour venir au secours de Jérusalem victime de la famille vers 48 (à cause entre autres à cause de l’année sabbatique 47/48 qui interdisait le travail de la terre correspondant à la jachère d’un an pour laisser reposer la terre, mais sans pratiquer une jachère tournante !). Puis ce sera Rome, avec l’arrivée des apôtres Pierre et Paul.


Enfin Ephèse rivalise avec Rome en se présentant l’évangile de Jean comme l’œuvre du témoin par excellence : à Pierre, la prééminence du chef reconnu, et à Ephèse le témoignage donné par le disciple que Jésus aimait. L’évangile de « Jean » se termine ainsi : « C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que vrai est son témoignage » (Jn 21, 24).


Ce disciple est avec André (le frère de Simon Pierre) lorsque le rabbi Jésus les appelle après son baptême reçu de Jean-Baptiste au bord du Jourdain (Jean seul 1, 35-40) et ce n’est que le lendemain que André contacte son frère pour lui dire qu’ils ont trouvé le Messie (v. 41).


C’est ce disciple qui, lors de la Cène, est penché (« couché » dit le texte) sur le sein de Jésus, et Pierre s’adresse à lui après que Jésus ait annoncé la trahison d’un des siens afin de connaître le nom du traître (Jean seul 13, 22-25). De même le disciple, jamais nommé, arrive en premier à la tombe que les femmes disent avoir trouvée vide (Jn 20, 3-9) ; étant plus jeune il court plus vite ! , il est le premier à voir les « bandelettes gisantes », mais s’efface alors devant Pierre qu’il laisse entrer en premier. Il est le premier à voir et à croire. L’évangéliste insiste « Alors entra aussi l’autre disciple qui était venu le premier au tombeau, il vit et il crut » (v. 8).

 

Quelques années auparavant (Luc dans les années 60, Jean dans les années 90), Luc (qui termine le récit de ses Actes des apôtres à Rome) n’avait mis en scène que Pierre. Marc, pourtant interprète de Pierre à Rome, n’en parle pourtant pas dans son évangile (la rédaction de celui-ci précède peut-être celui de Luc) ; quant au Matthieu grec (plus tardif que l’évangile de Luc), il n’en dit mot, sans doute parce qu’il reste plus centré sur les communautés judéo-chrétiennes et la diaspora vers Alexandrie et à l’est de la Syrie.


Enfin, ultime mise en scène entre le destin de Pierre (Rome) et celui du disciple que Jésus aimait (Ephèse) dans le récit des apparitions, toujours dans le seul évangile de Jean (Jn 21, 20-23) : Jésus vient d’annoncer à Pierre sa mort en croix, et Pierre demande ce qu’il en sera pour le disciple bien aimé.


Du temps même de Jésus, celui-ci aurait affirmé la prééminence de Pierre :


- lors de son recrutement, Jésus change son nom en Céphas, qui désigne une pierre (Jean 1, 42).
- la base du mouvement de Jésus est à Capharnaüm, chez Pierre.
- Pierre est toujours nommé en premier des Douze (dans les synoptiques et les Actes 1, 13) (voir par exemple Mt. 10, 1-4) ; son frère André avec lui ou après les fils de Zébédée que sont Jean et Jacques.
- Pierre porte l’épée pour protéger le groupe contre les bandits de grand chemin
- Pierre est le premier dans les professions de foi
- il est la pierre où l’Eglise sera bâtie : Matthieu grec 16, 18-19 – « Et moi je te dis : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des Cieux … »
- Pierre est le premier à refuser que Jésus envisage sa propre mort et se fait traiter de Satan !
- il refuse le lavement des pieds fait par son Maître (Jean seul 13, 6-10).
- à Gethsémani, Jésus demande à son trio (Pierre et les fils de Zébédée Jean et Jacques) de veiller avec lui. Non seulement Pierre est encore nommé en premier, mais c’est à lui que Jésus s’adressera en dernier (pour les reproches) « Simon, tu dors ? Tu n’as pas pu veiller une heure ? » (Marc 14, 37), également Matthieu, mais ni Luc ni Jean l'évangéliste n’accableront Pierre.
- le reniement de Pierre symbolise la fuite des disciples en déroute


Clément 1er, évêque de Rome, de 88 à 97 selon la chronologie d'Eusèbe de Césarée au IVe siècle, écrit une épître (vers 95) à l'Eglise de Corinthe où des jeunes ont contesté les presbytes de leur communauté. L’Eglise catholique y voit, à tort, l’affirmation de la papauté (laquelle viendra seulement plus tard), mais on a là assurément tout le poids de la grande ville, capitale de l’Empire, dont l’évêque peut parler avec plus d’assurance ! 

à suivre ...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans le christianisme multicentré
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives