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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 15:45

note de Jean-Claude Barbier, sociologue, le 15 mars 2010

La religion civile concerne l’ensemble d’une population sur un territoire politiquement contrôlée et se présente comme obligatoire aux citoyens qui y vivent quelque soit par ailleurs leurs opinions personnelles tout à fait légitimes. Dans le cadre d’Etats modernes (que ce soit des républiques ou des monarchies constitutionnelles), elle s’impose à tous et est considérée comme l’un des fondements de l’ordre social et le moteur par excellence de la solidarité. En cela, elle est différente des adhésions par décision individuelle et par conversion aux religions et aux cultes « particuliers » organisées et proposés par les divers clergés (« les religions des prêtres » selon J.-J. Rousseau).

Elle est donc liée au destin d’une nation, mais contrairement aux religions antiques, elle fait désormais l’objet d’un contrat social, conscient et volontaire, au sens où l’entendait Jean-Jacques Rousseau (Du Contrat social, 1762), philosophe du Siècle des lumières qui est l'initiateur de ce concept.

jean_jacques-rousseau-vicaire-savoyard.jpgElle est également distincte de « la religion naturelle » (toujours selon J.-J. Rousseau) selon laquelle, par l’éveil de notre conscience, l’ouverture de notre sociabilité à tous les autres humains et la reconnaissance des lois de la Nature et de la Vie par notre raison, nous adhérons à l’existence d’un Dieu universel et – ajoute notre philosophe - à la promotion de nos âmes dans une survie après la mort (ce qui est une définition du théisme).

le vicaire savoyard enseignant la religion naturelle au jeune Emile

En arrière plan de cette définition, c’est la religion comme garante de la morale car Dieu, non seulement est le super législateur (depuis Moïse et les Dix commandements qu’il reçut en théophanie !) ou du moins le garant de nos lois (car il punit les contrevenants), mais aussi le super gendarme (il voit tout et Caïn n’échappe pas à son « œil » comme le rappela Victor Hugo) et le super juge (puisqu’au jour du Jugement dernier, voir avant selon l’espérance chrétienne et musulmane, il fera le trie entre les bons et les méchants, entre ceux qui monteront au Ciel et ceux qui descendront en enfer) ; mieux – ou pire selon les cas ! - nous serons jugés selon nos actes, mais aussi selon nos intentions car Dieu ne sonde-t-il pas les reins et les cœurs ?

Une telle religion, assurément, encadre le peuple plus que ne pourraient le faire tous les pouvoirs temporels et toutes les vidéos caméra de nos espaces publics. Sans fard, les philosophes du XVIIIème siècle (que ce soient Rousseau ou Voltaire) l’appellent à leur rescousse, se défiant d’une image par trop naïve du bon peuple ; ils font appel à elle comme ils font appel aussi au despotisme éclairé du souverain pour imposer si besoin est les bonnes décisions, la démocratie électorale rimant parfois / souvent avec démagogie.

La démocratie au sens noble du terme – qui est un libre contrat social entre citoyens – peut-elle prendre le relais de ces systèmes qui s’appuient sur un ordre divin, donc  sanctionné par en haut ? A savoir, le respect des règles du jeu qui ont été établies d’un commun accord, un comportement moral valorisé, une éthique discutée et partagée, la transmission des valeurs aux générations suivantes, etc. Certes, les optimistes à tout crin, parfois démagogues sur les bords, répondront oui, mais d’autres se montreront plus prudents.

En tout cas, que l'on soit optimiste ou pessismiste vis-à-vis de la nature humaine, l’enjeu est bien réel : non pas celui de maintenir des formes religieuses anciennes (il n’en est plus question au niveau de nos Etats laïcs), mais de penser une démocratie qui, par ses seuls moyens, tienne debout, prône la vertu civique et le respect des lois et ne s’alanguisse point dans le relativisme universel, le laxisme, si ce n’est le laisser aller, la lâcheté ou la dissolution des mœurs comme disaient les Anciens ...

à suivre

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Published by Jean-Claude Barbier - dans la religion civile
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