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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 15:40

Entre basse et haute chronologie pour les évangiles (III)

Les deux textes lucaniens, l'évangile et les Actes des apôtres, ne formaient qu’un seul livre, puis ils furent séparés. Luc s’adresse au même Theophilos. Luc distingue la vie de Jésus, y compris ses apparitions, et la nouvelle page d’Histoire ouverte par l’ascension du Maître : " Le premier discours, je l’ai fait, ô Theophilos, sur tout ce que Iéshoua’ a commencé à faire et à enseigner, jusqu’au jour où, après avoir donné ses prescriptions par le souffle sacré aux envoyés ( = apôtres) qu’il a choisis, il a été enlevé " (Actes, 1, 1-2). Le récit commence par un rappel des apparitions et le récit de l’Ascension (dont Luc lui-même n’est pas témoin).


Certains accusent Luc d’être partisan de Paul, de nous donner une vision unilatérale, déséquilibré, des débuts du christianisme. Certes, mais Luc parle aussi de Pierre (le premier a avoir évangélisé les Samaritains, les Juifs de la Judée, et les païens de Césarée, à recevoir Paul à Jérusalem), de Barnabé (leader à Antioche et qui y introduit Paul). A noter aussi que Luc ne dira jamais que Paul était apôtre, laissant à celui-ci la seule responsabilité de se dire lui-même l’avorton des apôtres !

A l’époque des missions de Paul, où en sont les missions vers l’est, au-delà de Damas ? Paul s’y ait bien essayé durant trois ans et a échoué. De même, l’évangélisation d’Alexandrie et de l’Egypte, qui sera attribuée à Marc, donc après son séjour à Rome avec Pierre, semble plus tardif. Luc témoignage, en accompagnant Paul dans ses missions, du formidable développement de la voie chrétienne en Asie Mineure.

Bien bizarre et bien peu historique ce procès d’intention fait à Luc ! Et surtout bien ingrat car Luc, notamment avec ses Actes, nous donne des évènements qui sont PARFAITEMENT recoupés par l’histoire romaine. Que veut-on de plus ? mais il y a ainsi des calomnies que les perroquets colportent ...


Certains pensent que l’annonce par Jésus de la destruction de Jérusalem  (effectivement arrivée en 70 avec l’intervention des Romains contre l’insurrection juive de 66) est une prophétie post-eventus, mis dans les évangiles pour faire valoir le don de prophétie de Jésus. A ce compte, tous les évangélistes synoptiques sont coupables de fraude aux yeux des historiens d’aujourd’hui : Marc (13, 14-20), Mathieu (24, 15-22), Luc (21, 20-24 et 17, 31).


C’est " l’abomination de la désolation " (Daniel 9, 27, cité par Marc et Matthieu), qui entre "dans le lieu saint " (Daniel idem cité par Matthieu). Jérusalem est encerclé de campements (c’est donc une guerre) (Luc seul). " Que celui qui lit comprenne ! " (Mt, Mc), " sachez qu’est proche sa désolation ", celle de Jérusalem (Lc). Que ceux qui seront en Judée (et donc pas seulement les habitants de Jérusalem) fuient dans les montagnes, en laissant ses biens derrière lui, sans prendre le temps de descendre dans sa maison s’il est sur la terrasse, sans retourner en arrière (comme le fit la femme de Loth fuyant Sodome Gn 19, 26) pour reprendre son manteau s’il est au champ ; malheur aux femmes enceintes ou qui allaient. Il faut prier pour que cela n’arrive point en hiver car ce sera une grande "tribulation telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais plus"(Mt, Mc citant Dn 12, 1), " une grande détresse sur la terre et une colère contre ce peuple ", car ce sont " des jours de vengeance ", pour que soit accomplit " tout ce qui a été écrit " (Dt 32, 35 et Jr 25, 13). Fichtre !


Il y a quand même un épilogue heureux : " Et si le Seigneur (IHVH) n’avait abrégé ces jours, aucune chair n’aurait été sauve ; mais à cause des élus, il a abrégé ces jours " (Mc et Mt). " Et ils tomberont au fil de l’épée et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusque ce que soient accomplis les temps des nations " (Luc citant Za 12,3).


On voit aussi Jésus pleurer sur la ville. " Et quand il approcha, voyant la ville, il pleura sur elle en disant : " Si ce jour tu avais reconnu, toi aussi, le message de paix ! mais non ! il fut caché à tes yeux. Car des jours arriveront sur toi, et tes ennemis t’environneront de retranchements et t’encercleront et te presseront de toute part et t’écraseront, toi et tes enfants en toi, et ils ne laisseront pas pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu fus visitée " (Luc 19, 41-44, avec en appui le psaume 136 – ou 137 selon les bibles). Seul Luc fait pleurer Jésus, mais Mt (24,2) et Mc (13, 2) confirment la destruction de la ville pierre sur pierre, repris d’ailleurs par Luc (21,6).


Jésus aurait également provoqué son auditoire en lui disant de détruire le Temple et que, lui, le reconstruirait en 3 jours ! ce qui lui fut vertement reproché lors de son procès.


En 66, les Juifs d’Alexandrie se soulèvent. Tibère Alexandre, alors préfet d’Egypte, en massacre plusieurs milliers. En été 66, à Jérusalem, Gessius Florus, qui a été procurateur (64-66) grâce à Poppée, l’épouse juive de Néron, fait crucifier des Juifs, mais un soulèvement l’oblige à quitter la ville. Les troubles embrasent tout le pays, y compris à Césarée même. En septembre 66, Cestius Gallus veut reprendre Jérusalem mais il subit de lourdes pertes et se retire. Un gouvernement insurrectionnel se met en place. Le Sanhédrin est dans le coup avec le fils de Gamaliel à sa tête. Eusèbe confirme ce que les synoptiques avaient prophétisé, à savoir l’exode d’une partie de la population : des notables et sans doute des chrétiens qui se réfugieront à Pella. Fin 66, début 67, Néron, lors de sa tournée en Grèce, désigne Vespasien et son propre fils Titus pour rétablir l’ordre en Palestine. Vespasien, à la tête de 60 000 hommes, reconquiert la Galilée et fait prisonnier Josèphe, le gouverneur insurrectionnel. Mais les zélotes de Jean de Gischala, rescapé des combats de Galilée et les Iduméens qui sont maîtres de Jérusalem continuent à résister en 67/68. Anan, le grand prêtre qui, en 62, avait fait lapider Jacques le frère du Seigneur, et les notables pro-romains sont massacrés. Les légions romaines de Vespasien tiennent la plaine maritime, la vallée du Jourdain et détruisent le site de Qumrân, mais Néron se suicide en juin 68 et Vespasien ajourne l’assaut contre Jérusalem car il est l’un des prétendants à la succession impériale. Les rebelles en profitent ; en 69, Simon Bargiora et les sicaires se maintiennent à Jérusalem, et dans les forteresses de l’intérieur, à l’Hérodion, à Massada et à Machéronte (mais perdent le reste de la Judée). En juillet 69, Tibère Alexandre (et avec lui la partie orientale de l’empire) se prononce en faveur de Vespasien, lequel règnera de 69 à 79. Il confie à Titus, le fils de Néron, le siège de Jérusalem. Peu après Pâque 70, ce dernier, secondé par Tibère Alexandre, investit la ville avec 4 légions. Prise du 3ème mur qu’avait construit Agrippa I (mais qu’il avait laissé inachevé à sa mort au printemps 44), puis du 2ème. La famine sévit. La forteresse de l’Antona est prise ; or elle surplombe le Temple. Le 29 août le parvis intérieur est pris et le Temple incendié ; en septembre c’est la chute de la Ville haute et du palais d’Hérode. Les habitants sont tués, vendus ou condamnés aux travaux publics. Lors du séjour de Titus en Syrie, de nombreux Juifs sont tués dans les jeux de gladiateurs. Flavius Joseph avancera le chiffre de 100 000 morts du côté des Juifs, mais c’est à diviser par 10 comme d’habituer avec les effectifs donnés par ce chroniqueur. En été 71, c’est le triomphe de Vespasien et Titus à Rome avec le mobilier cultuel du Temple, dont la ménorah. A cette occasion Simon Bargiora est exécuté et un arc de triomphe élevé à Titus. A Pâques 73, la dernière forteresse, celle de Massada, tombe à son tour.

Epiphane mentionne le retour à Jérusalem d’une partie des judéo-chrétiens. Le rabbi Eléazar rouvre la synagogue des Alexandrins (Juifs d’Alexandrie). En 80, le rabbi Johannan ben-Zakkaï, avec l’autorisation des Romains, fonde l’académie de Yabneh (Jamnia), qui est en quelque sorte le Sanhédrin en exil.


Alors cette prophétie ? Il semble bien qu’elle s’inscrit dans le scénario de l’avènement du Fils de l’homme. Jésus reprend à son compte de multiples prophéties antérieures : Is 29,3 et 37,33 ; Jr 52,4-5 ; Ez 4,1-3, 21, 27; Os 10,14 et 14,1 ; Na 3,10 et Ps 137,9 (citées par la Bible de Jérusalem, Paris 1956, édition du Cerf, p. 1380 note d). C’est donc un peu la bouteille à l’encre !

Certains soulignent l’ambiguïté des textes des synoptiques : rien de très précis aux yeux de l’historien mais des images d’Epinal. S’ils faisaient référence à l’évènement historique, ils serait plus précis ! Va-t-on savoir ...

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