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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 16:40

francois_vaillant.jpg"La colère de Jésus contre les marchands du Temple", par François VAILLANT,  Philosophe et théologien, auteur notamment de La non-violence, essai de morale fondamentale, Paris, Le Cerf, 1990 ; La non-violence dans l’Évangile, Paris, Éditions ouvrières, 1991, article publié dans le n° 158 de la revue Alternatives non-violentes sur le thème "La colère, qu'en faire ?", et reproduit ici avec l'autorisation de la revue. 


L’image d’un Jésus violent en train de chasser les marchands du Temple de Jérusalem est ancrée dans l’inconscient collectif. Elle a servi pendant des siècles à légitimer «  la bonne violence », comme s’il pouvait exister une violence qui soit bonne ! Il en va tout différemment si l’on prend soin de lire les quatre évangiles. La colère de Jésus au Temple résulte d’une forte indignation et aucun texte ne parle de coups portés sur des marchands ni de propos blessants. Nous sommes au contraire en présence d’une action typiquement non-violente, où la colère apparaît comme courageuse et juste.


Le Temple de Jérusalem est au centre de la vie religieuse du peuple d'Israël. L'occupant romain laisse les Juifs gérer eux-mêmes ce haut lieu de prière, devenu aussi un lieu de commerce. Jésus est allé plusieurs fois au temple de Jérusalem et il a observé ce qui s'y passe (Lc 2, 41 s ; Jn 2, 13 s ; 5, 1 ; 7, 14).


Chrétiens ou non, nous avons en tête l'image de Jésus qui chasse les marchands du Temple. Et le plus souvent, nous associons à cette action un déchaînement de violence qui démontrerait à coup sûr que le Nazaréen n'a pas toujours été non violent. Il a pris un fouet et il aurait frappé les marchands. Si notre imaginaire véhicule de la violence dans le « vidage» du Temple, il faut peut-être s'en prendre à d'anciens tableaux religieux qui ont su graver dans l'inconscient collectif une scène non conforme aux textes de l'Évangile. La véritable affaire du Temple nous intéresse, non seulement parce qu’elle campe un Jésus en colère mais aussi parce nous y voyons à l'œuvre le principe de non-coopération qui se trouve à la base de la logique d’action non violente.


Une loi ou une institution n'a de pouvoir que si coopèrent avec elle ceux auxquels elle s'adresse. À partir du moment où les hommes refusent de collaborer avec la loi ou l'institution qui les concerne, parce qu'ils la considèrent injuste, ceux qui en profitaient voient se tarir la source de leur pouvoir. Le principe de non-coopération a été élaboré par Gandhi. Il aimait à préciser: « Pour obtenir réparation de l'injustice, nous devons refuser d'attendre que le coupable ait pris conscience de son iniquité. Il ne faut pas que, de peur de souffrir nous-mêmes ou d'en voir souffrir d'autres, nous restions complices. Au contraire, il faut combattre le mal en cessant d'apporter notre concours au malfaiteur d'une manière directe ou indirecte . »

Jésus n'a pas voulu être complice de ce qui se passait au Temple de Jérusalem. Il est passé de l’indignation à une juste colère, rompant ainsi courageusement le lourd silence de ses contemporains.


Notre véritable tentation face à une injustice est de ne rien dire et de ne rien faire, de peur d'avoir des ennuis. Jésus a refusé une collaboration de ce genre avec les marchands, pourtant installés légalement dans l'enceinte du Temple.


Comprendre le contexte


Comment Jésus perçoit-il le Temple de Jérusalem ? Ce monument, magnifiquement reconstruit par Hérode le Grand, se dresse au milieu d'une grande esplanade fermée par une enceinte. Dans le Saint-des-Saints, qu'un rideau sépare du reste du bâtiment, le grand prêtre pénètre une fois par an. Là, avaient été déposées, avant l'Exil, les Tables de la Loi, transmises par Moïse.


Dans le Temple, en face du Saint-des-Saints, il y a un gigantesque autel de pierre, de vingt-cinq mètres de côté. C'est ici que les prêtres immolent taureaux, génisses, agneaux, colombes et tourtereaux. Le sanctuaire proprement dit est entouré de l'esplanade. Elle fait partie du Temple. Cette esplanade, appelée encore « parvis des païens », est de fait une grande place publique entourée de colonnes. Des centaines de marchands s'y tiennent, surtout les jours de fête où affluent les pèlerins. C'est là que les changeurs de monnaie et les marchands d'animaux font leur commerce.


Toute l'esplanade du Temple se transforme en vaste bazar à l'époque des pèlerinages. Il faut nourrir les voyageurs. Jérusalem est une ville chère. Un texte de l'époque rapporte que pour un as on obtenait vingt figues à la campagne mais seulement quatre ou cinq à Jérusalem. Un couple d'oiseaux pour le sacrifice coûtait un denier d'argent à la campagne mais il s'achetait un denier d'or à Jérusalem, soit vingt-cinq fois plus  . Les produits des villages environnants, destinés à nourrir les pèlerins, passaient directement des producteurs aux consommateurs, mais le prétexte du voyage et les taxes du Temple faisaient que les prix étaient parfois multipliés par cinquante.


Sur l'esplanade du Temple, on trouve des vendeurs à la sauvette, des petits boutiquiers et de gros commerçants. Ces derniers appartiennent à la famille du grand-prêtre. Ils vendent le petit et le gros bétail. À l'occasion du pèlerinage de la Pâque, la demande en agneaux est très forte. L'historien    Joseph, à l’époque romaine, parle de 255 600 têtes. À d'autres occasions, on immole sur l'autel du Temple des dizaines de bœufs. On parle alors d'« hécatombe » !  Ces multiples sacrifices rituels ont un but, selon le discours des autorités religieuses, celui d'observer les prescriptions de la Loi pour recouvrer la pureté et honorer Dieu.


Entre le discours officiel et la volonté de Dieu, il y a un fossé que Jésus refuse de franchir. À quoi sert pour l'homme d'offrir des animaux en sacrifice s'il ne change pas son cœur et ses pensées ? Déjà par le passé, les prophètes de l’Ancien testament - les devanciers de Jésus - ont critiqué le système sacrificiel prétendument voulu par Dieu. Pour Osée: « Oracle du Seigneur: c'est l'amour qui me plaît et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes » (Os 6, 6 ; voir Mt 9, 13). Du prophète Isaïe : « Écoutez la parole du Seigneur : ( ... ) que m'importent vos prières, moi je ne les écoute pas. Vos mains sont pleines de sang, lavez-vous, purifiez-vous ! Otez de ma vue vos actions perverses ! Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien ! » (ls 1, 10-16). Jérémie n'y va pas non plus par quatre chemins : « Vous vous fiez à des paroles mensongères, à ce qui est vain. Quoi ! Vous volez, vous tuez ! Et ensuite vous vous présentez au Temple et vous dites : " Nous voilà en sûreté", pour continuer toutes ces abominations ! À vos yeux, est-ce un repaire de brigands, ce Temple qui porte mon nom ? » (Jer 7, 8-11).

 

Temple-Herode.jpgTemple-Herode-Plan.gif
 Le Temple de Jérusalem, construit par Hérode le Grand, avec son esplanade entourée de colonnes où les commerçants font leurs affaires


Les prophètes de l'Ancien testament ne condamnent pas les sacrifices et les oblations, ils s'insurgent quand ces offrandes expriment un formalisme sans aucun rapport avec l'amour que le croyant doit avoir pour Dieu et son prochain. L'intervention de Jésus de Nazareth dans le Temple se situe dans la droite ligne de pensée des prophètes d'Israël. Il est significatif que la seule personne rencontrée au Temple, dont Jésus chantera les louanges, est une pauvre veuve qui donne là deux piécettes, manifestant que la charité ne consiste pas à donner de son superflu mais de son nécessaire (Lc 21, 1-4).


Le Temple n’est qu’une figure, sacrilège !


Pour comprendre la portée de la colère de Jésus au Temple, il faut avoir en toile de fond la rencontre de Jésus avec la femme de Samarie (Jn 4, 16-35). Les Samaritains adorent le Dieu Unique sur leur montagne, le Mont Garizim. Les Juifs observants adorent également Dieu, mais au Temple de Jérusalem. Plus qu'une bataille de clochers, ce différend signifie, pour les uns comme pour les autres, la terrible impossibilité d'adorer le même Dieu ! « Crois-moi, femme, dit Jésus, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. L'heure vient - et maintenant elle est là - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jn 4,21-23). Dit autrement : crois-moi, femme, avec Celui qui te parle, c'en est fini des édifices de pierres qui divisent Juifs et Samaritains. Le Temple de Jérusalem, la circoncision, les offrandes d'animaux et les encensements n’étaient jusqu’à maintenant que des figures, elles sont désormais dépassées. Ce qui était déjà inaudible pour les Juifs observants à l’époque de Jésus l’est tout autant aujourd’hui  pour les Juifs intégristes. Ce qui compte pour le Père de toute l’Humanité, dit Jésus, c’est ce qui anime l’esprit et le cœur des hommes.


Le comportement de Jésus au puits de Jacob, et ses propos à la Samaritaine, sont comme un condensé des griefs que les prêtres et les pharisiens vont continuellement agiter contre le prophète de Galilée.


Jésus a séjourné en Samarie, dans cette province qui est peuplée de mauvais Juifs parce qu'ils ont naguère mélangé au culte du Dieu Unique le culte de dieux étrangers. Mais il y a pire ! Jésus a engagé le dialogue avec une Samaritaine qui a collectionné les amants ! Mais il y a pire encore ! Il parle de Dieu comme d'un Père. Mais il y a pire enfin ! Jésus se permet de mettre en question le Temple de Jérusalem ! Là, trop c'est trop ! Ça ne passera pas, pas plus que ne passeront ses propos sur son Corps crucifié-ressuscité, ce Corps nouveau qui accomplit ce que le Temple figurait : la présence du Dieu Vivant. Les propos du Nazaréen sur le Temple de Jérusalem et sur son propre Corps, seront, lors de son procès, l'un des principaux chefs d'accusation (Mt 26, 62).


A l'heure de sa mort, le voile du Temple se déchire, de haut en bas (Mt 27, 51). Désormais, le sacré est déjoué : plus rien ne sépare l'humanité de la divinité. Le véritable Temple de Dieu, c'est désormais le Corps du Crucifié-Ressuscité. Les chrétiens, d’hier et d’aujourd’hui, disent le re-connaître dans l'humanité qui souffre et qui peine. Il n'y a plus pour eux de sacrifices d’animaux à offrir. Les encensements de la liturgie du Temple sont périmés. Comme le dit l'apôtre Paul, c'est aux chrétiens maintenant de répandre, par leurs actions, la véritable odeur du Christ. (2 Co 2, 15-16).

 
La juste colère de Jésus !


Quand le prophète de Galilée a-t-il chassé les marchands du Temple ? L'évangéliste Jean place l'incident quelque part au commencement du ministère de Jésus (Jn 2, 13-22). Selon Luc, c’est à la fin : le Nazaréen chasse les vendeurs juste après son entrée à Jérusalem, le jour des Rameaux (Lc 19, 45-46) ; il en va de même, à quelques détails près, chez Marc (Mc 11, 15- 19) et chez Matthieu (Mt 21, 12-17). Il importe peu, en fait, de savoir à quel moment précis de sa vie Jésus a chassé les marchands du Temple. Ce qu'il faut surtout de retenir, c'est que les quatre évangélistes rapportent l'événement. Il est donc fondamental, riche d’enseignements.


Que s'est-il passé concrètement ? Les seules sources dont nous disposons sont les quatre Évangiles. Le récit de Jean est le seul à parler d'un fouet. Celui de Luc rapporte seulement que Jésus « se mit à chasser les vendeurs » (Lc 19, 45), alors que dans les récits de Matthieu et de Marc, il y est dit que Jésus « culbuta les tables des changeurs, ainsi que les sièges des marchands de colombes » (Mt 21, 12 ; Mc 11, 15).


Revenons au récit de Jean. Il est, à son insu, à l'origine de l'interprétation d'un Jésus violent. Le texte dit pourtant avec précision : « Jésus trouva dans le Temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes et les changeurs assis. Se faisant un fouet de cordes, il les chassa tous du Temple, et les brebis et les bœufs; il répandit la monnaie des changeurs et renversa leurs tables, et aux vendeurs de colombes il dit : "Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce" » (Jn 2, 14-16).


Alors que la plupart des traductions de l'Évangile disent bien, comme ici la Bible de Jérusalem : « Se faisant un fouet de cordes, il les chassa tous du Temple, et les brebis et les bœufs », un autre propos est étrangement véhiculé, lequel s'entendrait ainsi : se faisant un fouet de cordes, il les chassa tous avec en plus leurs brebis et leurs bœufs. Soit « tous » se rapporte aux brebis et aux bœufs, comme l'affirment les grandes traductions, soit « tous » se rapporte aux marchands mentionnés dans la phrase précédente, et, dans ce cas-là, les brebis et les bœufs auraient reçu des coups de fouet après les marchands. Comment expliquer cette interprétation, du reste contredite par le texte grec de l'Évangile, puisque dans la phrase suivante, Jésus s'adresse aux vendeurs de colombes ? « Tous » ne peut donc pas se rapporter aux marchands.

 

En s'en prenant au commerce qui se tient dans le Temple, Jésus s'attaque au système sacrificiel, non au lieu de prière (Lc 19, 46 ; Jn 2, 16). Un précieux indice chez Marc abonde dans ce sens : « Et Jésus ne laissait personne transporter d'objet à travers le Temple » (Mc 11, 16). Un juif ne pouvait pas passer de l'esplanade au Temple proprement dit avec son bâton de pèlerin, ses sandales ou même sa besace. Aussi le mot « objet» se rapporte-t-il au matériel cultuel nécessaire aux sacrifices. Non seulement Jésus fait déguerpir les animaux, les marchands et tout leur fatras, mais il tente encore d'arrêter la marche du culte sacrificiel qui nécessitait, dans le Temple, divers objets, principalement des récipients.


L'affaire du Temple manifeste que Jésus met radicalement en question les sacrifices sanglants, et c'est pour ce faire qu'il en chasse les marchands. Ceux-ci étaient à leurs places pour qui acceptait les carnages rituels d'animaux. Pour Jésus, le Temple comme lieu de prière reste valable, il veut cependant l'en débarrasser des sacrifices. C'est parce que les marchands coopèrent au système sacrificiel que Jésus les chasse de l'esplanade du Temple.


Pour le prophète de Galilée, Dieu ne se laisse enfermer dans aucun rituel, en aucun cercle d'initiés, mais exige toujours le respect de l'Alliance, l'adhésion du cœur et de l'intelligence. Jésus n'a fait que reprendre les critiques des prophètes de l'Ancien testament contre le système sacrificiel pour manifester l'accomplissement des Écritures dans sa personne. Comment ne pas croire que Jésus a en tête, au moment de faire irruption dans le Temple, l'annonce faite par Malachie, quatre cent cinquante ans plus tôt : « Voici que je vais envoyer mon messager pour qu'il fraye un chemin devant moi. Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez ( ... ). Il est comme le feu du fondeur et comme la lessive des blanchisseurs »    (Ml 3, 1-3) ?


En quoi le « vidage » de l'esplanade du Temple est-il une action typiquement non violente ? Tout d'abord, le Nazaréen dénonce un double scandale que tous acceptent : le Temple est transformé en repaire de brigands et les sacrifices qui s'y perpétuent n'ont plus leur raison d'être puisque Jésus se donne pour la vie de son peuple. Pour que celui-ci ouvre les yeux et cesse de coopérer avec ce qui est indigne du Temple, le Nazaréen décide de passer à l'action. Il prend l'initiative du conflit.


Selon Jean, le prophète de Galilée prend un fouet pour chasser brebis et bœufs. Aucun texte, strictement aucun, ne dit qu'il l'a utilisé pour frapper des marchands. Le fouet dont il se sert est l'instrument dont usent les marchands pour guider le bétail. Jésus l'utilise pour guider les bêtes vers la sortie ! Que font les marchands ? Ils courent après le bétail pour le récupérer. L’affolement devient général dans ce coin de l’esplanade. Jésus, continuant son chemin, voit un peu plus loin voit d’autres marchands. Mu par la même indignation, il renverse donc les tables des changeurs de monnaie, et il demande aux vendeurs de colombes d'enlever leurs oiseaux. Cela crée un vrai remue-ménage, mais nulle part il n'est question de violence physique contre tous ces commerçants, dans aucun texte de l’Évangile, absolument aucun !
 

jesus_chassant_les_marchands_du_temple.jpgPeinture de Leandro Bassano, musée de Lille, Jésus chassant les vendeurs du Temple

 

Jésus aurait violenté les marchands du Temple, ce qu’aucun texte de l’Évangile ne dit.


Jésus est seul à agir. Il a en face de lui des centaines de marchands, tous des trafiquants et des voleurs. Où se trouve la violence ? Dans l'attitude combative et risquée de Jésus, seul contre tous, ou plutôt dans l'état de fait des marchands qui exploitent la piété populaire, en connivence avec les prêtres ? Ne nous y trompons pas, la non-violence n'a jamais rien eu à voir avec la passivité ou la résignation, elle exige au contraire une force combative. « La non- violence, écrit Gandhi, suppose avant tout qu'on est capable de se battre  . » Jésus n'a pas peur d'être agressif en agissant dans le temple de Jérusalem. Cette agressivité est chez lui une puissance de combativité, non pas orientée vers la violence mais vers la justice.


L'agressivité a mauvaise presse de nos jours. Elle peut, certes, être riche en déviations plus ou moins morbides, mais pourrions-nous vivre sans agressivité, sans élan vital ? Comme le note fort justement E. Mounier : « L'agressivité est une forme normale de l'instinct, à la fois saine dans sa source, et dangereuse dans ses frénésies ou dans ses débordements. » La solution au problème n'est pas de refouler ou de défouler son agressivité, mais de l'orienter, en la contrôlant, vers des œuvres de justice.


Il est indéniable que Jésus s'est mis en colère lorsqu'il a opéré le « vidage» du Temple. Mais toute colère est-elle une démonstration de violence ? Certainement pas. Des théologiens, dont Thomas d'Aquin, aiment à distinguer la bonne colère, la juste colère de la mauvaise colère.


Une mauvaise colère se manifeste lorsque le coléreux ne sait plus ce qu'il dit ni ce qu'il fait. Le plus souvent, il vocifère des propos haineux, qu'il accompagne parfois d'actes violents. Qui entre dans cette forme de colère perd alors la raison. Il fait alors n'importe quoi. Comme on dit familièrement : « Il est sorti de ses gonds ; il ne tourne plus rond. » La violence est alors au rendez-vous : injures, coups, blessures…


Une bonne colère - une colère juste - se manifeste tout autrement. L'acteur sait ce qu'il fait et pourquoi il le fait; il reste parfaitement maître de son agir, il ne déraisonne aucunement. Son indignation est si grande face à l'injustice, qu'il a non seulement le droit mais encore le devoir d'intervenir. Ce point est essentiel pour comprendre la signification et la portée d’une juste colère. Pour Thomas d'Aquin, il y a péché   quand, face à une injustice contre laquelle on ne peut plus rien, on n'entre pas dans une « bonne colère » pour signifier son indignation.


C'est ainsi que Jésus est intervenu dans l'affaire du Temple - passant d’une indignation extrême à une colère juste, en toute non-violence - alors que les commerçants, « voleurs et brigands », profitaient d’une violence institutionnelle dont le petit peuple était victime. Les prêtres, les scribes, les pharisiens et les marchands avaient refusé déjà d'entendre les paroles des prophètes de l'Ancien testament. Écœuré par cela, Jésus se devait d'agir d'une manière forte. Il a réalisé ce jour-là une action hautement symbolique pour inviter ses contemporains à ne plus coopérer avec le système sacrificiel qui dispense les hommes de convertir leur cœur et leur intelligence.


S'il existe dans l'Évangile une action de Jésus qui révèle pleinement la logique de l'action non-violente, avec pour point d’orgue une colère juste, c'est assurément celle qu'il a engagée contre les marchands du Temple de Jérusalem.

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Published by François Vaillant - dans vie de Jésus
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