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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 19:53

Extraits de « Notre théologie courante et l’écologie : des révisions déchirantes nécessaires » par Jean-Luc Halloin, allocution à la rencontre de Solidarité Eglise Liberté Vendée (SEL 85), le 9 octobre 2010.

 

Le texte d’origine fait 21 pages et emprunte pour schéma Bible / Copernic / Darwin / Freud-Jung  ; un résumé en 3 pages a été mis en ligne sur le site du SEL (lien). Nous en reproduisons ici de larges extraits. L’auteur veut qu’on le présente en toute modestie comme « jardinier ». Il habite en pleine campagne vendéenne au milieu d’une nature qu’il aime. Il avoue une longue fréquentation des pensées d’ Eugen Drewerman et de Maurice Bellet.


La représentation d’un Dieu dominant ou celle d’un Jardinier des relations ?


Il est superficiel de lister béatement tous les endroits où la Bible parle de la nature, car la question est : en quel sens ? On dit « elle nous commande le respect de la Création ». Hélas, la Genèse chapitre 1 (dit ‘sacerdotal’) rédige une étrange feuille de route : « Fructifiez, multipliez, emplissez la terre, conquérez-là, foulez aux pieds (tous vivants) » (Gn 1, 28) ; ‘hdr’ c’est marcher sur, souvent traduit par ‘dominer’. « Tout fut mis par toi sous ses pieds », dit le Ps 8. L’infra-humain, ‘mâle (zakar) et femelle (neqebah) ’ (et non pas ‘homme et femme’ comme il est souvent traduit ici) reçoit commandement de multiplication, de territoire, de hiérarchie : reproduction, possession, domination !

 

Question iconoclaste : si c’est une injonction de dominer qui est faite à l’homme, image d’ «Elohim-les-forces-vitales », quelle représentation a-t-on du modèle ? De quel Dominus vient l’ordre de dominer ? Et si finalement les drames écologiques aussi mettaient en question la représentation qu’on a de Dieu ?


erni hans temple de martignyD’ailleurs au chapitre 2 (‘yahviste’) de la Genèse, l’humain, advenant homme et femme (qui ‘sera’, au futur), s’entraidant non pas se dominant, est mis dans un jardin « pour le servir et le préserver » (Gn 2, 15). Mais hélas ces conseils-là auront moins de postérité. A l’orée des temps modernes Descartes dira que « nous avons été institués maîtres et possesseurs de la nature ». […] Au cours des siècles, du fantasme d’un Tout-Puissant interventionniste (avec ses anges) a finalement découlé, en Occident profane, une efficacité technique hégémonique […].


Illustration : Hans Erni, vitrail (2012) au temple de Martigny en Suisse représentant Adam nommant les animaux. Dans une composition verticale aux states superposées - l’eau, la terre et le ciel -, au dessus de lui, le cheval presque aérien, et au-dessous le taureau comme une force tellurique surgissant de la matière. L’homme est ici au centre, mais en partie médiane, non au-dessus des animaux, entre eux, parmi eux. Photo de Natalia Reverdin Effront, vue sur sa page Facebook.

 

Version yahviste de la Genèse : « Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait été donné … » (Gn 2,19). On voit ici le doigt de l’homme nommant les animaux. Mais l’homme semble être aussi dans une attitude d’attention vis-à-vis des animaux et peut-être aussi d’écoute vis-à-vis de Dieu ; entend-t-il alors « le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour … » (Gn 3, 8).

 

Finir par admettre que l’homme est partie et non pas centre.


Le Fils de l’Homme [ndlr - à savoir Jésus qui revendique cette appellation pour lui-même, lien], rebelle à l’ordre de la Genèse, n’a ni procréé, ni possédé, ni dominé. Il rejeta comme Tentation la Puissance pour le Bien. Mais du Dieu, on continua à croire qu’il intervient dans le monde, pour l’homme. S’imaginer l’objet central de la Puissance ! Jusqu’à soutenir jusqu’au XVIe siècle, en théo-cosmologie, que le soleil tourne autour de la terre !


Cet anthropocentrisme est resté dans les esprits même quand le monde est tombé d’entre les mains de Dieu dans celles des hommes. L’historien Lynn White a décelé en 1967 la complicité, mortifère du point de vue écologique, qui existe entre le système technicien et l’anthropocentrisme chrétien. Le mot rabâché d’ « environnement », ambigu, reste au fond judéo-chrétien, la nature dominée devant servir à notre bien-être. La centrale humaine brûle son milieu … Pourtant, dans les écosystèmes, nous sommes maillons.

 

Benoît XVI dit gravement : « la façon dont l’homme traite l’environnement influence les modalités avec lesquelles il se traite lui-même et réciproquement ». Cette pensée novatrice sait-elle qu’elle redit les paroles du Sioux Standing Bear du XIXe siècle ? Hélas, la dernière culture occidentale, amérindienne, qui considérait la terre comme sacrée, a été génocidée par des conquérants imprégnés de Bible… Le moment n’est-il pas venu de « déposer de son trône », comme dit le Magnificat, le divin imaginé comme Très-Haut Tout-Puissant. De le vivre dans l’humilité, l’humanité, l’humus (saint François d’Assise), dans les relations. Urgence d’une religion-reliante. Avec qui ? Avec quoi ?


Il est temps de ressentir que les animaux sont nos proches.


« Cest un phénomène étrange (disait Théodore Monod) que les Eglises chrétiennes refusent de s’intéresser à la condition animale ». Il est vrai que le texte de la Genèse (toujours ‘sacerdotal’), oubliant le chap. 2 et sa quête d’aide, même imparfaite, auprès des animaux, poursuit, lors de l’alliance noachique : « soyez la crainte et l’effroi de [tous vivants] : ils sont livrés entre vos mains » (Gn 9, 2). De toute façon, écrit le Père Malebranche au XVIIe avec Descartes : « les animaux mangent sans plaisir, crient sans douleur, croissent sans le savoir ; ils ne désirent rien, ne craignent rien, ne connaissent rien ».


Sur cette lancée, l’éthologie * savante a jusqu’à présent postulé dogmatiquement que les animaux n’ont pas de vie émotionnelle. Evidemment, si les animaux avaient des sentiments, il deviendrait plus difficile de les tuer pour les manger… Mieux vaut occulter la réalité des abattoirs. (On dit que le marché de la viande halal croît de 15% par an en France ; or, dans les abattoirs halals, les animaux sont égorgés, exprès non assommés, par un ‘sacrificateur’ ‘au nom de Dieu’...) [ndlr, voir nos articles sur ce sujet dans les Actualités unitariennes, lien]

* Ndlr - du grec ethos = moeurs, caractère ; c'est la science historique des moeurs, des faits moraux. Pour Geoffroy Saint-Hilaire (1849), c'est la science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel (Petit Robert, 1984)


Peut-être n’a-t-on pas encore fait le pas de devenir végétarien, du moins commençons à écouter les économistes : il faut de quatre à huit fois plus d’énergie pour nourrir une population carnivore…et nous serons bientôt non pas sept, mais dix milliards d’humains ; les océans seront vidés de leurs poissons vers 2050, etc. 

 

Il aurait fallu vivre que le rationnel conscient n’est pas le seul centre de notre âme


Sur le plan écologique nous serions motivés plus profondément si nous ressentions les grands symboles de la Terre Mère, de l’Arbre, de l’Eau, de la Montagne, etc., la Splendeur donnée de notre Demeure, le ‘voir que cela est beau’ de la Genèse. Pour ne prendre qu’un symbole, l’Eau, et pour essayer de comprendre les mobiles que nous avons perdus, imaginons un mouvement partant de Lourdes, de son puissant fonds psychique universel, pour la gratuité mondiale de l’eau, sa non pollution, sa distribution équitable etc. Mais une religion, pourtant de l’Incarnation, qui devait beaucoup de sa signification à sa correspondance avec les forces de la psyché, ne finit par trouver sa justification que dans d’habiles montages historicisants ou dogmatiques…


L’homme ne peut être avec la nature que si la nature, par ses grands symboles, vit en lui. L’éclatement de cette symbiose entraîne des dommages communs. Dès 1950, Louis Bernaert, psychologue jésuite, avait averti : « c’est en partie parce que le christianisme contemporain n’a pas su reconnaître la valeur […] des grands symboles naturels qui foisonnent dans sa tradition et dans ses rituels que la psyché contemporaine est en proie à tant de démons ».


[…] nous avons l’illusion d’un humain détruisant un peu trop la nature mais s’en sortant. Hélas « dans un sens [écrit Drewermann], on peut aller jusqu’à dire que la destruction de la nature par la technologie occidentale n’aura été que l’extériorisation de l’aridité, de la désertification intérieure de l’homme occidental et chrétien, [impliquant] la répression de la sexualité [et approche de la vie] féminine. […] Dans ces conditions, l’économie globale du rapport de l’homme à la nature, à lui-même et à ses semblables est fondé sur une violence latente structurelle ».


Conclusion


[…] C’est toute notre attitude de domination qui serait à changer : non-violence, agriculture biologique, médecines plus douces, énergies renouvelables, etc. Commettons le péché d’abstinence puisque le marché est le lieu saint de la dernière religion, puisque envier est justifiant, consommer est devoir, puisque la pub est missionnaire et le règne de Mammon arrivé. Abstinence de trop de nourriture, de médicaments, d’excitants, d’essence, d’images, de sons : décroissance. Cultivons la gratuité, la ‘sobriété heureuse’, comme dit Pierre Rabhi.


Notre erreur mortelle aura été de faire, sans discernement spirituel critique, des usages déviés de thèmes religieux. Qu’il est difficile à nos pensées dualistes de tenir en même temps que, sujets d’amour, nous sommes autres que la nature et que nous en sommes partie systémique. Tout, comme le sabbat, est ‘pour l’homme’ mais cela ne justifie pas l’anthropocentrisme technicien, pas plus que l’adoration due à Dieu ne peut justifier des théocraties ! Parce que toute naissance est don de Dieu, faut-il à l’islam et au catholicisme lutter contre la régulation des naissances ? Et encore : les chrétiens pensent avoir le sens de la Création parce qu’ils remercient pour les dons du Créateur. Mais remercier l’Infini ne qualifie pas le fini d’inépuisable ! Ce serait détruire, pour une Jérusalem surnaturelle, notre Demeure naturelle.

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Published by Jean-Luc Halloin - dans la religion écologique
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