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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 15:28

Les mouvements de Réveil ponctuent les grandes religions que ce soit le christianisme, l’islam, le bouddhisme, etc. Ils veulent nous rappeler les fondamentaux, les vérités qui sont à l’origine de la religion, les exigences contenues dans telle ou telle révélation. Ils s’insurgent contre les institutions existantes et les autorités qui auraient trahis le message. Ils mettent en avant la sincérité et l’émotion de la foi contre les raisonnements ; mais également la spontanéité en face des savoirs acquis, des études savantes, des appareils établis. La simple lecture des textes et leur incantation remplace l’exégèse patiente et érudite ; dès lors nul besoin de longues études car il s’agit plus d’exalter les foules que de les faire réfléchir sur des textes dont le sens n’est pas évident, parfois obscurs et contradictoires, en tout cas d’un autre âge.


De nombreuses Eglises évangéliques ont éclose dans le sillage du pentecôtisme américain du début du XXème siècle. Le langage était le même : la nécessité d’une nouvelle naissance (New Born Again), d’une foi vécue d’une façon sensible, d’un Dieu providentiel toujours présent et attentif à nos destins individuels ; mais elles ajoutaient aussi le désir d’une pensée libre, individualisée (même si elle ne fait que répéter les mêmes choses), surtout d’un entreprenariat pastoral clientéliste – un pasteur = une Eglise.


Une vague pentecôtiste-évangélique s’est développée au sein de l’Eglise catholique où elle a été bien acceptée car elle rejoignait le langage pieux qui y a toujours été valorisée. C’est le Renouveau charismatique apportant sa jeunesse, la foi vécue en couple par de jeunes ménages, ses chants, sa musique moderne, sa gestuelle signifiante, mais aussi quelques uns de ses fondateurs à la limite du sectarisme et de l’intégrisme. Défenseurs de l’orthodoxie doctrinale, des mœurs conservateurs, proclamant le culte marial et une jésulocratie exaltée, l’Eglise catholique ne trouvait rien à redire, sinon le soucis d’un encadrement ecclésial –ce qui fut fait avec le doigté que l’on connaît de la part de cette Eglise qui sait intégrer. Non seulement ces mouvements charismatiques animent aujourd’hui les paroisses, fournissent de bons animateurs liturgiques, mais aussi encore portent au sacerdoce des prêtres célibataires dont l’Eglise a tant besoin.


Côté protestant, on se demandait bien comment les Eglises historiques allaient gérer cet afflux. Au niveau de la Fédération protestante de France (FPF), l’affaire fut facile puisqu’il s’agit à ce niveau de coopter ou non de nouvelles Eglises indépendantes. L’initiative en fut prise par les mouvements évangéliques qui voulaient échapper au qualificatif de sectes et se couvrir d’une notabilité toute protestante. Les statuts de la Fédération sont suffisamment souples et ouverts pour que l’opération puisse se faire sans heurt, au grand bonheur des sociologues protestants qui constatèrent une hausse sensible des effectifs !


Mais l’entrisme se fit aussi au sein de l’Eglise réformée de France (ERF) où l’accueil beaucoup fut plus mitigé. En effet, cette Eglise, ouverte et multidiniste, n’en a pas moins sa propre histoire et évolution, et son style. Elle est issue à la fois d’un double refus ; celui d’une évolution libérale qui était prônée par un Ferdinand Buisson et ses amis au milieu du XIXème siècle (lien) et qui fut stoppée net par le synode nationale des années 1870 où les délégués libéraux ne dépassèrent pas les 40%, et à la fois celui d’un rétablissement de l’orthodoxie calviniste. Les libéraux se réfugièrent dans une exégèse spirituelle : les textes n’ont seulement ne sont pas à lire au premier degré, mais ils n’ont guère d’intérêt historique car c’est l’enseignement de Jésus qui prime dès lors que le Nouveau testament ne permet pas de savoir si les faits mentionnés sont réels ou inventés, si c’est Jésus qui dit ceci ou cela où les disciples ou les évangélistes ou les premières traditions chrétiennes, etc.

 

Une cohabitation toute pacifique s’installa, les libéraux n’étant pas en force suffisante pour imposer une orientation ou quitter le navire pour fonder une autre Eglise. Elle fut d’autant plus aisée que l’ERF accepta en son sein des pasteurs non seulement réformés, mais aussi luthériens, baptistes, voir même unitariens (Mme Lucienne Kirk, ordonnée en décembre 1986 à Kolozsvar par l’Eglise unitarienne de Transylvanie, et qui a exercée son ministère pastoral dans une paroisse ERF des Cévennes jusqu’à son départ aux Etats-Unis en 1990) – sans compter quelques pasteurs déclarant plus ou moins ouvertement leur convictions unitariennes (déclarations publiques pour Pierre Bailleux en Belgique et Pierre Jean Ruff en France). Nous ne pouvons que saluer cette ouverture de ce qui a été une belle Eglise protestante (maintenant Eglise protestante unie de France EPUF depuis son union avec l’Eglise luthérienne en France en dehors de l’Alsace et de la Lorraine).


Ces dernières années, l’ERF a eu à intégrer, au niveau paroissial, de nouveaux venus : des catholiques en rupture de ban avec leur Eglise (des vieux militants écoeurés par la Restauration après le concile de Vatican II, mais aussi de jeunes couples mixtes sur le plan religieux du fait que l’Eglise catholique ne donne pas le mariage à égalité et impose l’éducation catholique des enfants, des remariés, etc.) ; quelques unitariens car les unitariens en France ne disposent pas de paroisse historique ni de groupes locaux ; et enfin de plus en plus d’évangéliques charismatiques. Ils ont en commun de ne pas avoir baignés dans la culture huguenote faite de sobriété, de références historiques constitutives d’une identité vécue douloureusement, de méfiance vis-à-vis d’un extérieur qui leur fut longtemps hostil. Les greffes prennent ou ne prennent pas. Les unitariens et les catholiques contestataires trouvèrent sur place des protestants libéraux habitués à ne pas bouger les lignes, si bien qu’ils s’agitèrent individuellement en ayant la sympathie de ceux-ci, mais non leur soutien.

 

Par contre les évangéliques trouvèrent un écho beaucoup plus favorable : le besoin de cultes plus animés pour être plus attractifs aux jeunes, le besoin aussi de réaffirmer les valeurs chrétiennes afin d’éviter une dilution dans le contexte social, et bien entendu le soutien des nostalgiques des principes du calvinisme, entre autres l’importance de la Grâce providentiel, de la Rédemption nous donnant un Christ incontournable pour notre Salut, une Résurrection qui donne l’espérance, etc. … Sans compter le financement des Eglises locales (même si le pasteur, à l'ERF, reçoit son salaire directement des instances supérieures).


Dans un tel contexte, les libéraux et encore plus les pasteurs de sensibilité unitarienne dérangent, risquent de briser le fragile consensus. A la retraite, on se garde bien de les inviter pour des prêches. La culture paroissiale a ses exigences. L’ERF, maintenant EPUF, n’implosera pas, mais passera d’une Eglise convictionnelle à une Eglise paroissiale et conviviale, de proximité, organisatrice de cérémonies familiales comme l’est déjà l’Eglise catholique. Elle laissera bien entendu ses prophètes s’égosiller individuellement, prêcher le Réveil et la Réformation permanente, une rhétorique qui n’aura aucun effet le jour des synodes.


La mouvance unitarienne, quant à elle, résiste beaucoup mieux à la vague évangélique. D’abord parce qu’elle se déclare « libérale », ce qui hérisse d’emblée les évangéliques : tout de suite ils y déplorent l’absence de résistance à l’évolution des mœurs, l’acceptation du divorce, de l’avortement, de l’homosexualité (et sur la lancée du mariage homosexuel et de l’adoption des enfants), etc. Pour eux, c’est le plus grand laxisme. Il n’y a donc pas de candidat pour un quelconque entrisme !


Ils se heurtent aussi au refus de la Trinité alors que leur profession de foi toute emprunte de jésulocratie en a besoin pour affirmer un Jésus divinisé qui nous sauve par le sang de la Rédemption. Pour les anti-trinitaires évangéliques dont nous avons parlé (lien), ce rôle, avec la même vigueur salvatrice, est placé au niveau d’un Dieu providentiel qui nous a fait des promesses contenues dans les textes bibliques ; Jésus nous envoyant l’Esprit saint lequel devient omniprésent.


Pour eux, les chrétiens unitariens ne sont pas chrétiens car ils ne croient pas au Jésus de la Trinité, doute de la Résurrection et de l’immortalité, de l’existence d’un au-delà après la mort, critiquent la représentation d’un Dieu manifestement anthropomorphique, providentiel à souhait, doutent de la lecture littérale des récits et pratiquent l’exégèse historico-critique, etc.

 

calice_GA_UUA_phoenix_2012.jpg

deux jeunes femmes unitariennes-universalistes allument le calice des unitariens lors de l'assemblée générale de l'UUA à Phoenix en Arizona, en juin 2012

 

Par ailleurs, ils ne comprennent pas l’ouverture des unitariens aux grandes sagesses de l’Humanité et aux non croyants. Là aussi, ils se heurtent à la solidarité des familles unitariennes qui se retrouvent, depuis 1995, au sein d’un réseau mondial, l’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU), aux bonnes relations entre les Eglises unitariennes de Transylvanie et de Hongrie (nos Eglises historiques datant des Réformes protestantes du XVIème siècle et restées depuis toute protestantes) et l’Unitarian Universalist Association of Congregations (UUA) aux Etats-Unis. En France, en août 2006, l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) a souscrit un accord de partenariat avec le Rassemblement unitarien universaliste francophone (RFUU) (lien).


En France, en Italie, en Norvège, etc., les chrétiens unitariens largement majoritaires en ces pays, ont tenu à mettre en place des instances nationales où les unitariens universalistes ont toute leur place ; voir par exemple le Conseil des unitariens et universalistes (CUUF) pour la France, depuis mars 2009 (lien).


Hormis des relations strictement personnelles, il n’y a aucune relation de travail entre les unitariens et les anti-trinitaires fondamentalistes (témoins de Jéhovah, etc.), y compris les nouvelles versions évangéliques de cet anti-trinitarisme. Ouf ! les unitariens sont préservés de la vague évangélique !

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