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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 16:03

communication de Jean-Claude Barbier, intervenant au séminaire organisé par la Congrégation unitarienne du Rwanda les 15-21 décembre 2014 à Kigali, sur un programme de formation de l’Eglise unitarienne francophone (EUfr) (lien).
* John Shelby Spong, 2014 – Jésus pour le XXIème siècle, Paris, Karthala, 328 p., traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Raymond Rakower ; l’auteur est évêque émérite de l’Eglise épiscopalienne de Newark, New Jersey. Version originale : Jesus for the Non-Religious, 1ère édition en 2007 chez HarperCollins, chap. 16, pp. 185-193.

« Fils d’homme, tiens-toi debout, car je vais te parler » (Ezéchiel 2, 1). Dieu s’adresse à son prophète par cette expression « ben adam » qui rappelle la différence entre Dieu (éternel, omniprésent, possédant la connaissance dont celle du futur) et l’être humain dans sa finitude et ses limites ; thème classique de l’Antiquité depuis la geste de Gilgamesh de la littérature babylonienne.
Ezéchiel est le principal prophète durant le temps de l’Exil à Babylone, au VI° siècle av. J.-C. Sans doute membre prédominant des « prêtres écrivains » qui enrichirent la Torah, la doublant en longueur (avec des rites cultuels dans le Lévitique, les nombreuses observances telles les prescriptions du sabbat, les aliments casher, la circoncision des bébés masculins), et contribuant ainsi à forger le peuple juif en le maintenant distinct des autres peuples.

Après Ezéchiel, il faudra attendre 400 ans pour qu’un autre prophète, Daniel (au IIème s. av. J.-C, vers 164-162), réutilise cette expression, mais cette fois-ci dans un tout autre sens : un être divin situé à la droite de Dieu : « Je regardais dans les visions de la nuit et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’homme : il arriva jusqu’au Vieillard*, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite » (Daniel 7, 13-14) - « L’Ancien » dans d’autres traditions.

Une véritable libération n’est pas possible par une révolte armée, d’où l’espoir de l’intervention d’un messie céleste qui viendrait comme l’agent de Dieu et qui disposerait de pouvoirs surnaturels.
Ce messie présidera au Jugement dernier, puis ce sera l’instauration du Royaume de Dieu sur Terre et pour l’éternité.
Chute prédite des grands royaumes dominateurs qui n’ont du pouvoir que jusqu’à ce que Dieu a besoin d’eux pour punir son peuple. Si le peuple élu ne pêche plus, alors Dieu lui pardonnera et tout rentrera dans l’ordre, Dieu cessant son soutien aux grands royaumes.
« Le Fils d’homme était devenu un personnage divin, possédant des pouvoirs surnaturels, et qui avait reçu la tâche de faire advenir la fin du monde, et d’amener le jugement et le règne éternel du Dieu sur Terre » (John Shelby Spong).


jugement_dernier.jpgLe jugement dernier par Michel Ange, fresque de la chapelle Sixtine, Vatican ; au centre, le Fils de l'homme

Le Livre d’Hénoch (qui selon la Bible de Jérusalem est en partie antérieur à Daniel) développe cette  vision du Fils de l’Homme à partir de l’ascension du patriarche Hénoch (ou Hénok ou Enoch) qui n’est pas mort et s’est donc retrouvé avec Dieu (Gn 5, 21-24) ; n’étant par mort (« Hénok marcha avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l’enleva » (v. 24), il peut donc revenir sur terre ! Il en est ainsi pour Elie disparu dans les nuées avec un char de feu (2 R, 2, 11 et s.). Ce livre est un apocryphe juif qui ne fut pas reconnu par les rabbins qui rédigèrent les Talmuds. L’épître de Jude y fait écho (versets 14-15) ce qui montre bien que les judéo-chrétiens le lisaient.

Jésus se serait déclaré « Fils de l’homme » à ses disciples après sa sortie de Galilée (et le récit de la Transfiguration) (Mt 17, 10-13, avec parallèle en Mc 9, 11-13). Jean-le-baptiste est selon lui Elie revenu et, lui, le Fils de l’homme. Devant le Grand Prêtre, Jésus persiste et signe (Mc 14, 55-64 avec parallèles Mt 26, 59-66 et Lc 22, 66-71). Selon Jean, Jésus aurait plutôt affirmé qu’il était « Fils de Dieu » (Jn 10, 22-39 – précisément le verset 36).

A noter que l’expression de Fils de l’homme n’est pas utilisée par Paul dans ses épîtres.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le Fils de l'homme
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