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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 06:17

suite de l'article précédent


Nous utilisons principalement dans cette note l’entrée consacrée à Dionysos de l’encyclopédie en ligne Wikipedia (lien).
 
Dionysos (en grec ancien Διώνυσος / Diốnysos ou Διόνυσος / Diónysos) est une divinité très ancienne. On voit sur un vase grec du V° siècle avant Jésus Christ la naissance du dieu, sortant de la cuisse de Zeus, conservé au musée du Louvres. Le décryptage par Michael Ventris et John Chadwick des tablettes en linéaire B découvertes dans les palais mycéniens révèlent que le nom de Dionysos figurait dans la liste des divinités grecques dès l'époque archaïque. La période alexandrine voit les légendes entourant la naissance et la vie de Dionysos s'élaborer en épopée (Henri Jeanmaire, Dionysos, histoire du culte, Payot, 1991).

Les légendes grecques le font naître d’une mère mortelle, Sémélé, laquelle est la fille du roi de Thèbes (au nord-ouest d’Athènes), Cadmos et d’Harmonie (celle-ci était la fille d’Aphrodite, la déesse de l’Amour, d’une relation adultère avec Arès, le dieu de la guerre). Des temples importants furent construits pour lui à Athènes (le théâtre de Dionysos), Éleusis (au nord-est d’Athènes), Smyrne et Éphèse en Asie mineure ; mais d’une façon plus générale, son culte était très diffusé à l’époque de la Grèce antique.

dionysos_dans_les_bras_de_silene.jpgSon culte est d’origine étrangère, en Asie mineure, ce que trahit le port du bonnet phrygien qu’il partage avec Mithra. Va dans le sens de cette hypothèse le fait que son culte utilisait la bière de céréale avant que d’utiliser le vin ; également qu’il soit selon les versions le dernier dieu de l’Olympe placé en douzième et dernière position, et sans y résider, comme s’il avait été coopté tardivement (une autre liste le met en 13ème position sur 14). La légende le fait d’ailleurs séjourner un temps en Thrace, c'est-à-dire, pour les Grecs en Asie. Afin d’être préservée de la furie jalouse et meurtrière d’Héra, le jeune bambin a été confié aux nymphes, sous la direction du vieux Silène, un satyre, sur le mont Nysa (ou Nyséion).

Silène portant Dionysos enfant, copie romaine d'un original du second classicisme, musées du Vatican.


Il a été adopté par les Romains sous le nom de Bacchus (du grec ancien Βάκχος / Bákkhos, un de ses autres noms), assimilé au dieu italique Liber Pater. Durant l'Antiquité, de nombreux peuples vivaient dans la péninsule à l’époque pré-romaine. Ces peuples n'avaient pas tous la même langue ni la même origine ethnique. Certains parlaient une langue italique (de peuples indo-européens apparus en Italie au IIe millénaire av. J.-C), d'autres grec, celtique, ou même des langues non indo-européennes. La classification des ethnies est souvent inconnue ou très disputée.

Certes, Dionysos n’est pas Jésus et inversement, mais il s’avère que, à plusieurs siècles de distance, leur destin est étonnamment comparable sur plusieurs points. Convertis au christianisme, on peut penser que les anciens sympathisants de Dionysos n’étaient nullement dépaysés au sein de leur nouvelle appartenance. pur eux, le passage c’est sans doute fait en douceur !

Une naissance divine
 

Dionysos est le seul dieu né d'une mère mortelle : dès Homère et Hésiode, il est présenté comme le fils de Zeus et de Sémélé, dont nous avons vu qu’elle était la fille du roi de Thèbes. Il est même né deux fois à la suite d’une légende mouvementée comme les Grecs en raffolaient : Héra, l’épouse légitime de Zeus, est furieuse de cette naissance et décide de se venger ; elle pousse la nourrice de Sémélé, Béroè, à conseiller à celle-ci de voir Zeus dans toute sa splendeur. Zeus consent à la demande de son amante, mais celle-ci meurt, étant enceinte, en voyant la foudre et les éclairs qui sont les attributs de ce dieu souverain de l’Olympe (Moïse avait aussi voulu voir IHVH et celui-ci l’avait épargné lors de son passage en mettant sa main devant les yeux de Moïse). Zeus sauve de justesse le nouveau né en le mettant dans sa cuisse, lequel renaîtra en en sortant *. C’est cette légende que représente cette peinture d’un vase grec du V° av. J.-C.

* d’où l’un des épithètes de notre héros, δίογονος / díogonos, « le deux fois né » ; d’où aussi notre dicton « être né la cuisse de Jupiter » pour désigner quelqu’un qui s’enorgueilli de son rang social de naissance, Jupiter étant ici le correspondant romain de Zeus. La cuisse peut être une désignation euphémique pour les organes sexuels (procédé courant, voir par exemple le français « bas-ventre »).

 

Dionysos_naissance.gid.gif

dionysos naissance 2

 

La mort de l'innocent et la manducation de son corps

 Pourtant Héra ne se contente pas de la mort de Sémélé et, apprenant la naissance de l’enfant, elle demande aux titans (Cronos, Océan, Japet, etc.) de se débarrasser du nouveau-né. Ceux-ci coupent donc Dionysos en morceaux et le font cuire dans une marmite. Certes, la légende ne dit pas expressément qu’il s’agit pas là d’une communion anthropophage, mais on ne peut s’empêcher d’y penser. Dans une version concernant Zagreux, une incarnation de Dionysos, les titans mangeront cru le dieu nouveau-né !

Même si la communion chrétienne est un acte symbolique, nonobstant le dogme de la transsubstantiation qu’affirme toujours l’Eglise catholique et qui équivaut à du cannibalisme rituel, on ne peut pas oublier l’insistance de l’évangéliste Jean, dans les années 90, pour nous dire qu’il s’agit du vrai corps de Jésus (Jn 6, 22-59) : les auditeurs de Jésus à la synagogue de Capharnaüm n’en reviennent pas « Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? » (v. 52), mais Jésus confirme :

 

« Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dit : si vous ne mandez pas la chair du Fil de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang est un vrai breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Comme le Père, vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, et celui qui me mange celui-là vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : non comme ont mangé les Pères et ils sont morts [allusion à la manne du désert que Dieu envoya aux Hébreux pour leur survie] ; qui mange ce pain vivra pour toujours » (v. 53-58).

Une résurrection
 
C’est la titanide Rhéa, épouse de Chronos et mère de Zeus, qui va sauver Dionysos : en un miracle, elle recolle les bouts du petit que les Titans avaient découpé et c'est ainsi que Dionysos passe au rang des immortels.

La descente aux Enfers


Désireux d'aller visiter sa mère aux Enfers, Dionysos demande l'aide d'un guide, le vieux Prosymnos, qui accepte de lui montrer le chemin en plongeant avec lui dans le lac de Lerne, qui communique avec le royaume d'Hadès. Ce plongeon est associé à de nombreux rites initiatiques en Grèce ancienne, généralement liés au passage de l'adolescence à l'âge adulte, et donc aussi aux amours entre un aîné (éraste) et un cadet (éromène). Prosymnos accepte ainsi d'aider le jeune dieu mais exige en échange que celui-ci, lorsqu'ils seraient de retour, lui accorde ses faveurs. Mais lorsque Dionysos revient des Enfers, Prosymnos, lui, est mort. Le dieu décide de tenir son engagement malgré tout : il taille un morceau de figuier en forme de phallus et s'acquitte de sa dette sur la tombe de son guide.

 La Septante ayant traduit le shéol des textes hébraïques par l’hadès : Pierre, lors de la Pentecôte, s’adresse à la foule de badauds et cite le psaume 16 avec référence au terme grec « … ma chair elle-même reposera dans l’espérance que tu n’abandonneras pas mon âme à l’Hadès et ne laisseras pas ton saint voir la corruption. Tu m’as fait connaître des chemins de vie, tu me rempliras de joie en ta présence » (Actes des apôtres, 2, 26-28)


La divinisation de la mère
 

dyonisos_zeus_et_semele.jpg

la mortelle Sémélé mourant en voyant son amant Zeus dans toute sa puissance

peinture de Gustave Moreau (1826-1898) :  "Jupiter et Sémélé"

 

Revenu des Enfers, Dionysos avait également arraché Sémélé, sa mère, au royaume des Ombres. Il la transporta sur l'Olympe, grâce à la déesse Hestia * qui lui cède sa place, où elle devint immortelle sous le nom de Thyoné.
* Hestia (la 14ème déesse de l’Olympe dans une version) est la fille aînée de Chronos et de Rhéa, et donc sœur de Zeus, Hadès et Poséidon ; elle est la déesse du foyer, protectrice des villes et des colonies.


Avec l’appellation de Théotokos (mère de Dieu) attribuée à Marie, mère de Jésus, avec l’Assomption (la Dormition chez les chrétiens orthodoxes), puis le dogme catholique de l’Immaculée conception, et d’une façon plus générale le culte marial, on assiste à une quasi divinisation de Marie, même si les catholiques se refusent à le dire.

à suivre

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Published by Jean-Claude Barbier - dans Jésus et Dionysos
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