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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 12:34

jean_riedinger.jpegJ’ai beaucoup travaillé ce texte qui me semble très essentiel dans l’origine du christianisme et dans son fondement. Si je le lis sans préjugé théologique anachronique concernant l’éternité du Christ comme deuxième personne de la Trinité mais en même temps en comprenant que la façon de vivre humainement de Jésus nous révèle la vraie nature de Dieu (Se Vider, Se donner : = Dieu est amour de saint Jean) voilà ce que donne une traduction que je veux littérale, des explications écrites rapidement et une tentative de traduction - transposition moderne que je crois fidèle au sens du texte de Paul. Jean Riedinger (message envoyé à la Correspondance unitarienne le 25 juillet 2011).


L’auteur est président de l’association Espérance 54 (54 pour Meurthe et Moselle, association fondée en 1995, lien), laquelle est membre de la Fédération des réseaux du Parvis ( lien) ; il anime par ailleurs l’Observatoire chrétien de la Laïcité (OCL) au sein de cette même fédération ; il est également membre du bureau de celle-ci. Photo jointe prise à l'assemblée générale de cette fédération, à Strasbourg en novembre 2009.


PAUL AUX PHILIPPIENS, 2, 5-12

 

mots-grecs.JPG

ndlr : la numérotation avec chiffres en bleu renvoie à la liste des mots grecs

et la numérotation avec des lettres minuscules en rouge renvoie aux commentaires

 

Pensez (1) en vous même ce que Jésus le Messie (pensait) en lui :
Lui dont l’être originel (2) est à l’image (3) de Dieu
n’eut pas pour dessein (4) [il n’a pas visé un but stratégique comme un chef de guerre] de prendre comme butin (5) le fait d’être l’égal de  Dieu (a)
Mais il s’est vidé (6) lui même
Prenant image (7) de serviteur [esclave]
Et il a évolué (8) (b) semblable à un homme
Et par son aspect on l’a connu comme un homme
Il s’abaissa lui même
Evoluant (9) docile jusqu’à la mort
Et la mort de la croix.
C’est pourquoi
C’est lui (10) que Dieu a élevé (c) au dessus de tout
C’est à lui (11) qu’il a attribué gratuitement (12) (d) le nom qui est au dessus de tout nom
Dés lors au nom de Jésus tout genou plie dans le ciel sur la terre sous la terre (e)
Dés lors toute langue proclame que Seigneur (13) est Jésus le Messie
Pour la « gloire » [une opinion juste et favorable à l'égard] de Dieu Père


Commentaires :
 

(a) - Jésus est présenté comme « nouvel homme ». Comme le premier homme (et femme) il est à l’image de Dieu (voir notre note en fin de texte). Mais à la différence du premier il ne vise pas l’égalité avec Dieu (allusion évidente à la « faute » d’Adam/Eve). Au contraire, Paul insiste sur son humanité pleine et entière. On ne peut pas dire que ce texte soit favorable à la « seconde personne de la trinité ». Jésus est ici un nouvel archétype de l’Humanité
(b) - Cette humanité pleine et entière est affirmée aussi dans l’emploi des verbes. Pour Dieu c’est le verbe être (14) pour Jésus c’est le devenir (15). Le verbe de l’éternité immuable opposé au verbe du temps, du devenir, de l’évolutif.
(c) - L’opposition est évidente (et même audible ) entre les verbes : il  s’est abaissé (16) et Dieu l’a élevé (17).
(d) - On notera la gratuité du don de Dieu. Jésus n’a pas « gagné » sa place. Dieu la lui a donnée. Comme nous n’avons pas « mérité » de vivre. Ce n’est pas une affaire de morale. C’est une affaire de vérité existentielle. Nous ne sommes pas Dieu. Nous sommes des hommes à l’image de Dieu dans le temps. Nous sommes « petits ». La tentation du couple archétypique et mythique, Adam/Eve, est toujours la nôtre. Jésus refuse d’être Dieu. Sa démarche est paradigmatique (modèle) pour ce qu’on appellera la mystique chrétienne (voir François d’Assise, Jean de la Croix, les deux Thérèse (d’Avila et de Lisieux) qui passent nécessairement par l’expérience de la Croix par opposition aux mystiques type New Age qui prétendent à l’épanouissement du moi par négation des limites humaines.
(e) - Mais Jésus est désormais l’archétype non seulement de l’homme mais aussi de Dieu. Pas un autre Jésus, différent après la Croix de ce qu’il fut avant. C’est le serviteur souffrant, le crucifié qui est pour nous la représentation la plus adéquate de Dieu. C’est celui là qui est élevé. Qui est en haut. Debout (Anestésis : Surrection). En Jésus par le don absolument gratuit du Père (celui que nous ne connaissons pas sinon à travers l’homme Jésus, ne l’oublions pas) Dieu apparaît. Epiphanie. Désormais comme l’a bien vu Irénée de Lyon : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant ».


mots grecs

ndlr : la numérotation avec chiffres en bleu renvoie à la liste des mots grecs

et la numérotation avec des lettres minuscules en rouge renvoie aux commentaires

 

Essai de traduction « moderne » de ce texte
 

Mettez vous dans les dispositions spirituelles qui furent celles de Jésus :
Comme tout être humain il a été image de Dieu.
Mais il s’est refusé à se prendre pour Dieu.
Il a fait le vide en lui même de ces désirs maladifs et il s’est mis au service de ses frères
Il a  vécu en tout comme un être humain.
Il s’est identifié aux pauvres et aux petits  et il a été fidèle à ce choix
Jusqu’à être mis à mort dans des conditions ignominieuses,
Sur une croix.
C’est pourquoi
C’est ce Jésus là que nous croyons debout
C’est ce Jésus dont nous pensons qu’il a manifesté qui est Dieu
C’est sa bassesse que nous vénérons comme supérieure à toutes les grandeurs et les puissances 
Désormais dans l’humanité de Jésus éclate la vérité de Dieu.

 

ajouts en février 2010 et en 2011

septante_bis.jpeg

Dans la Septante ce n'est pas "morphè" qui est employé pour parler de l'homme image de Dieu mais bien "Eicona". Reprendre donc le sens de "morphè" dans le texte de Paul.
Y a t il une grande différence entre ces deux mots qui signifient d'abord l'un et l'autre «image» ? Il est vrai que "morphè" pourrait aussi dire , en langue plus philosophique, l'aspect, la forme, puis l'essence (voir le français « formel » par opposition à « matériel » repris de la philosophie d'Aristote). Mais "morphè" est aussi employé par Paul dans le même  texte pour parler de l'image de serviteur (esclave) "morphèn doulou labôn". Peut on dire qu'un être humain est esclave par essence ? Paul nous dit que Jésus est ce même être humain agissant en serviteur qui se conduit comme un esclave ayant renoncé à être perçu comme image de Dieu ? Mais de quel dieu précisément ?
Car il y a quantité d 'images de Dieu – y compris dans la Bible- qui ne sont pas des icônes mais des idoles. Et Jésus dénonce par sa façon d'être « fils de  Dieu » en  relation d'agapè avec son Père, la façon dont Adam - fils de Dieu selon la fin de la  généalogie de Jésus dans l'évangile de Luc - se conduit en relation de rivalité avec Dieu comme le serpent le suggère à Eve (« vous serez comme des dieux »). On peut aussi penser avec Kant que le couple archétypique conquiert son humanité par cet acte de désobéisssance, un peu comme un adolescent devient adulte en prenant conscience de sa propre liberté mais aussi de La responsabilité qu'elle implique. L'homme devient « autonome », être moral non soumis à un destin.
Mais quel dieu visent à devenir Adam et Eve ?
N'est ce pas une idole ? Le divin considéré comme dominateur et despotique ? Camus nous explique dans l'homme révolté que l'esclave peut très bien se battre pour devenir maître, et donc dominer sur ses propres esclaves. Le Serpent a égaré le couple archétypique en lui donnant pour objectif de devenir un dieu tout puissant. Et tous les adorateurs du DIEU TOUT PUISSANT- PAR LE FAIT MÊME sont bien les enfants de ce couple qui a conquis sa liberté sur une fausse vision de Dieu. Les adolescents peuvent aussi se tromper sur ce qu'est la liberté personnelle.
Dans la Genèse, les "Elohim" réagissent d 'ailleurs immédiatement en chassant Adam et Eve du « jardin-paradis » (de l'animalité ?) « de peur qu'ils ne deviennent comme l'un de nous » (immortels). L'Humanité rencontre la peur de la souffrance et surtout la certitude angoissante de la mort inévitable. Expérience universelle d'un  destin  qui reste de génération en génération à la fois très naturelle et très mystérieuse par rapport à notre désir toujours présent voire lancinant d'immortalité.
Il y a donc plein de strates de sens dans cette mythologie de la Genèse que je n'ai fait qu'effleurer sur quelques points particuliers. Genèse à ne pas lire au premier degré ! Et surtout pas avec dans la tête les hypothèses augustiniennes sur le Péché originel devenues des dogmes ; hypothèses complètement absentes de la pensée de Jésus.
L'expression « vrai dieu et vrai homme », qui est pour le moins très obscure, sera donc une tentative dogmatique très ultérieure de compromis entre tendances théologiques qui s'opposent sur l'humanité et la divinité de Jésus et sur la  relation de Jésus à la divinité (« Père » et « Esprit »).

Mais entre temps une certaine vision politique de Dieu se sera à nouveau  imposée, une vision à l'image de l'Empereur (le Christ cosmocratique) : d'où la fréquente transformation de l'idée d'incarnation en avatar momentané du Roi des rois. Il est descendu de son trône céleste pour se mêler au petit peuple avant de retourner siéger à la droite du potentat. Un visite ad limina en quelque sorte avant le retour au palais épiscopal. Ou encore une épreuve initiatique  du genre de celle qui s'impose à tout jeune seigneur avant d'épouser à la fois le trône et sa bien aimée. Un moment à passer. Pas une  révolution profonde de notre regard sur la divinité. Voir la fête du Christ Roi pour célébrer un Jésus qui pourtant selon les évangiles a fui le pouvoir proposé à plusieurs moments par Pierre, les disciples, la foule... tous figurés dans la tentation par Satan durant la retraite de Jésus dans la solitude. Il est vrai que Jésus a tenté d'expliquer, sans être vraiment compris de la plupart de  ses contemporains, que s'il était Roi, son royaume n'était pas de ce monde, non pas qu'il régnât sur un univers extra terrestre ou même extra cosmique , mais que son royaume n'était pas du type de royaume et de pouvoir politique en usage habituellement dans les sociétés humaines (Que chez vous celui qui a autorité se conduise comme le serviteur).
Ainsi, ce que nous dit Paul de la Kénose * c'est que désormais c'est le serviteur qui est l'image de Dieu, qui est glorifié. C'est le service des hommes qui donne du poids (ce que signifie le mot hébreux que les grecs traduisent par doxa : opinion favorable et que nous traduisons par gloire). C'est ce service qui donne de la valeur, du sens à nos vies en révélant que c'est par l'agapé que nous montrons en quoi précisément nous sommes fils de Dieu.

 

* définition de la Kénôse (Christian Godin, Dictionnaire de Philosophie, Fayard/éditions du Temps, 2004 : 711)

du grec kénôsis, état de vide

Allusion à un passage de l'Epître aux Philippiens dans laquelle saint Paul (1er siècle) dit qu'en venant au monde le Christ s'est vidé, c'est-à-dire dépouillé de sa condition divine.  

1 - Effondrement onthologique du Verbe correspondant à son incaranation, dans la théologie chrétienne. Ainsi, l'Incarnation serait-elle déjà en soi un premier sacrifice pour l'amour de l'Humanité.  

2 - Dans un sens hérétique, limitation à la divinité du Verbe apportée par l'Incarnation. Le Verbe de Dieu aurait limité l'usage de ses attributs divins dans l'acte même où il s'incarnait".

 

ndlr : la Bible de Jérusalem indique que ce texte est un hymne christique que Paul a repris dans son épître (lien).

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Published by Jean Riedinger - dans exégèse biblique
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