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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 05:18

ariel_alvarez_valdes_enigmes_de_la_passion.jpegLes révoltes politiques que Jésus a connues et son message du Royaume, par Ariel Alvarez Valdés, théologien et bibliste argentin, paru dans Exodo, trimestriel de langue espagnole, n° 106, décembre 2010, traduit en français et reproduit par Edouard Mairlot dans son article Le "Royaume" selon Jésus : les leçons d'une histoire mouvementée ? (Libre pensée chrétienne, n° 23, juillet-août-septembre 2013, pp. 4-8, lien). Nous remercions la revue LPC et Edouard Mairlot pour leur autorisation de reproduire ce texte.

Ariel Alvarez Valdès présentant son livre Los enigmas de la Pasion de Jesus

 

Une secousse politique à deux pas de la maison 

En l’an 4 av. J-C., mourut le roi Hérode alors que Jésus n’était qu’un enfant de deux - trois ans et qu’il vivait à Nazareth. Hérode avait gouverné le pays d’une main de fer durant près de quarante ans, si bien que sa mort provoqua un grand vide du pouvoir. De violentes manifestations explosèrent alors dans tout le pays.

La première eut lieu à Séforis, tout près de la maison de l’enfant Jésus. C’était une ville riche et puissante, à 6 km de Nazareth. Judas, un personnage issu des classes les plus populaires de Galilée, qui était à la tête d’un groupe de brigands depuis un moment, dirigeait la révolte. Profitant de la mort d’Hérode, il prit d’assaut le palais royal de Séforis et s’empara des armes qui y étaient entreposées. Il équipa ses hommes avec celles-ci, pilla les réserves qui se trouvaient là, et se proclama roi d’Israël. Fort du soutien de ceux qui le suivaient, il en vint à contrôler toute la région de Galilée, y inclus Nazareth où Jésus vivait avec ses parents.
Peu après, dans la province de Pérée, à l’est de Jérusalem, un homme appelé Simon, ancien esclave d’Hérode, se souleva lui aussi et, à la tête d’une horde nombreuse, mit le feu à un autre palais royal qu’Hérode avait à Jéricho et il s’y proclama roi.
Finalement au sud, dans la province de Judée, un berger d’une force physique énorme appelé Atronge, prit également la couronne royale et, avec ses quatre frères qu’il nomma généraux, il soumit toute la région.
Les leaders de ces révoltes furent appuyés par les gens et jouirent d’une grande popularité. D’abord parce qu’ils étaient tous Juifs, et que cela faisait longtemps que le peuple avait la nostalgie d’un roi autochtone. Hérode, en effet, n’était pas Juif mais Iduméen. Tous ces dirigeants étaient de plus à la fois d’origine modeste et  charismatiques, comme l’avait été le grand roi David. Tous ces leaders avaient donc, d’une certaine façon, réussi à raviver les espérances jamais oubliées d’un roi Messie qui viendrait libérer le peuple de l’oppression étrangère.


Quand les rêves sont réduits à néant

La survenue de ces trois chefs, qui s’autoproclamaient Messie, suscita partout toute une agitation enthousiaste si bien que la Palestine se vit rapidement engagée dans la violence et les délires d’une libération.
Face à cette révolte généralisée, la réaction de Rome ne se fit pas attendre. Le général Publius Varus, installé à ce moment en Syrie, prit immédiatement trois légions et marcha contre les révoltés. Il alla d’abord en Pérée où il étouffa le mouvement de Simon. Il écrasa ensuite les rebelles d’Atronge en Judée et en crucifia plus de 2.000 près de Jérusalem. Mais le châtiment le plus dur fut pour la Galilée, la patrie de Jésus. Varus assiégea Séforis, fit prisonnier et exécuta Judas, mit le feu à la ville, réduisit en cendres tous ses édifices, et finalement, parce qu’ils avaient appuyé Judas, fit vendre comme esclaves tous ses habitants.
C’est ainsi que la brutale répression romaine mit fin à ces tentatives d’inspiration messianique qui avaient éveillé tant d’attentes parmi le peuple. L’importance des troupes que Varus dut utiliser pour les réduire montre bien l’énorme soutien populaire dont elles avaient profité. Le souvenir de la "guerre de Varus", comme on l’appela par la suite, resta à jamais gravé dans la mémoire juive comme un des épisodes les plus sanglants auquel le peuple juif eût été affronté.
Pendant ce temps, tout près de là, l’enfant Jésus vivait sans souci dans les bras de  Marie, sans se préoccuper de ces terribles châtiments et crucifixions dont souffrait sa patrie, et sans encore rien comprendre de qui peut être ce Messie ou des causes sous-jacentes aux soulèvements en cours.


Seul Dieu pouvait le percevoir

En l’an 6 ap. J-C., Jésus étant déjà un adolescent d’environ 13 ans, une seconde vague de résistance à Rome se souleva dans le pays. Cette fois, les conséquences furent encore plus graves que les fois précédentes. A nouveau, le centre du soulèvement fut la Galilée où vivait Jésus. Il a donc dû connaitre tous les détails de ces troubles.

L’initiateur en fut un maître religieux, appelé Judas le Galiléen. Il fut provoqué par un changement dans l’administration dans le sud du pays, c’est-à-dire les provinces de Judée, Samarie et Idumée qui, jusqu’alors, étaient dirigées par un gouverneur juif [ndlr - Archélaüs, ethnarque de Judée et de Samarie]. En l’an 6, les Romains le destituèrent parce qu’il ne les satisfaisait pas, annexèrent le territoire à Rome et l’administrèrent directement par un préfet. Ils créèrent en conséquence un nouvel impôt appelé tributum soli (impôt sur le sol).
Le Grand Prêtre de Jérusalem soutint la mesure pour éviter de plus grands maux et ordonna d’accepter cet impôt. Mais Judas n’en tint pas compte et réagit violemment contre ce dernier. Bien que né à Gamala, au nord de la Galaunitide, et qu’en conséquence le nouvel impôt ne le concernât pas, il vint à Jérusalem et de là commença à exhorter la population à ne pas le payer. L’argument qu’il donnait était clair : Dieu est l’unique propriétaire de la terre, et en conséquence, l’empereur n’a pas le droit de lever des impôts sur le sol d’Israël.
L’insurrection de Judas n’était pas militaire, comme les précédentes, mais pacifique. Judas ne prétendait pas se proclamer messie, mais il voulait la reconnaissance de Dieu comme roi du pays et de ses droits sur son sol. C’était donc un mouvement "théocratique", religieux, non violent, qui cherchait à imposer des idées et non pas des structures. Mais en mettant en question l’impôt de Rome il défiait l’autorité impériale et, avec elle, la présence romaine en Palestine. Les Romains le considérèrent donc comme dangereux, d’autant plus qu’il était parvenu à ce que tout le pays soit de son avis. Ils le poursuivirent donc, le prirent et le tuèrent sans ménagements. (Ac 5, 37)
A ce moment, Jésus déjà adolescent avec ses treize ans, dans l’atelier de Nazareth, apprenait de son père comment devenir un bon artisan. […]

Plonger les gens dans l’eau
   
C’est en l’an 26, Jésus étant déjà un adulte, qu’un troisième mouvement apparut dans le pays. Son fondateur était Jean le Baptiste, un austère prédicateur de la province de Judée.
Jean avait vu comment tant la violence (celle des groupes messianiques) que l’affrontement aux autorités (dans le groupe théocratique) avaient fait échouer les essais de changement qui l’avaient précédé. C’est pourquoi il décida de fonder un autre courant, un mouvement prophétique, qui mettait plutôt en avant le ressourcement intérieur d’un chacun. Il s’installa dans le désert de Judas et se mit à y annoncer son message.
Ce que Jean enseignait était que le peuple d’Israël traversait une crise profonde, dont la cause était sa rébellion contre Dieu, c’est-à-dire son péché. Jean invitait en conséquence à cesser d’offenser Dieu, à confesser ses péchés, à se faire baptiser comme signe du changement, et ensuite à rentrer chez soi dans l’attente du jugement final qui était tout proche (Mt 3, 7-10).  Qui ne le faisait pas courait le risque d’être annihilé quand viendrait le châtiment divin qui était imminent.
Le pouvoir d’attraction qu’exerçait Jean était impressionnant, et son annonce fut un choc dans la société de son temps si bien que l’on accourait de toute part pour l’écouter, se faire baptiser et se proclamer disciple du Baptiste.
Son message, bien qu’éminemment religieux, avait également des implications politiques. L’arrivée du Royaume de Dieu qu’il annonçait, signifiait en même temps la disparition des divers pouvoirs oppresseurs des juifs, entre autre les autorités civiles.
Pour s’être attaqué aux mœurs d’Hérode Antipas, celui-ci l’élimina. […]

A la recherche d’un autre péché

Quand, au début de l’an 27, Jésus sortit pour prêcher, et qu’il chercha à créer un mouvement de résistance, il connaissait divers modèles et pouvait s’en s’inspirer et choisir. Mais il avait appris la leçon que lui donnaient ses prédécesseurs. C’est pourquoi il ne fonda pas un mouvement messianico-militaire, comme celui de Simon ou d’Atronge, invitant les gens à l’insurrection armée. Il ne fonda pas non plus un mouvement théocratique, comme celui de Judas le Galiléen, pour changer la société grâce à la résistance passive à l’autorité. Et bien qu’il fût disciple de Jean Baptiste, il n’opta pas non plus pour un mouvement prophétique comme le sien, plus préoccupé de ne pas offenser Dieu que de changer intérieurement.
Jésus chercha une quatrième voie. Il avait compris que le Royaume de Dieu, la transformation sociale, la rénovation anxieuse pour laquelle chefs et mouvements révolutionnaires avaient lutté, n’aurait lieu que si les hommes s’occupaient avec amour de la souffrance de l’autre. Alors que Jean avait basé sa prédication sur l’élimination du péché du monde (Mc 1.4), c’est-à-dire sur le fait que l’on cesse d’offenser Dieu, Jésus avait compris les choses autrement. Pour lui, le péché n’était pas quelque chose qui offensait exclusivement Dieu, mais qui offensait, faisait du mal et humiliait avant tout l’homme  (Mt 18.15-21 ; Lc 15.18 et 17.3-4).
C’est pourquoi il montra une grande préoccupation pour la souffrance humaine, et il centra tout son effort pour guérir les malades (Mc 1.34), donner à manger aux affamés (Mc 6 30-34), guérir les possédés (Mc 5.1-20), ressusciter les morts (Mc 5.35-43) et mettre en place la justice sociale (Lc 19.1-10). […].

 

fundacion_dialogo.pngNé en 1957, l'auteur fit des études bibliques chez les franciscains de Jérusalem, devint prêtre et enseigna dans des séminaires catholiques en Argentine. A partir de 1995, il entra en conflit avec la Congrégation de la foi qui n'appréciait pas la distinction qu'il faisait entre le Démon (Satan) et les démons (qui pullulaient à l'époque et étaient causes des maladies !), et surtout de diffuser largement ses textes au lieu de les réserver à un public spécialisé. Il quitta le ministère sacerdotal en 2009 et fonda la Fundacion para el dialogo entre la cienca y la fe. Dans une série intitulée "Enigmas de la Biblia", il continue son oeuvre de vulgarisation biblique comme par exemple son article (qui a été traduit en français) "Quel fut le premier miracle de Jésus ?" ( lien).

Ajout du 14 septembre : de nombreux articles ont été traduits en français par la revue jésuite suisse : "Choisir" (lien) et peuvent être téléchargés.

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Published by Ariel Alvarez Valdès - dans les sectes juives
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