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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 01:22

Larges extraits du message d’Hassan Aslafy au forum des "Unitariens francophones" le lundi 7 décembre 09 : "contribution au débat sur les questions des barbus, des jeunes de banlieues et leurs incivilités ... et tout l'attirail classique de la peur de l'envahissement islamique. Et sur ce qu'il faudrait faire."

(...) j'ai été familier des mouvements djihadistes, et pense avoir sur la question un avis qui pourrait être intéressant. D'autant, qu'après avoir vécu dans un camp de formation, j'ai étudié quelques années plus tard la question en sociologie avec Alain Tarrius, remarquable chercheur iconoclaste, dont l'ouvrage salubre Arabes de France permet de revisiter complètement la question de l'immigration. Ceci dit ce ne sont là que mes humbles avis sur ces questions sensibles !

1 - Le problème de l'islam et des immigrés n'est pas le problème central et identitaire qu'il paraît.
[...]

2- Une intégration qui marche à grands pas

O
n sait, dans nos sociétés européennes vieillissantes, la vitalité démographique et morale des cités et de leurs populations ethniques. On sait avec quelle avidité ils veulent mordre au grand gâteau de la prospérité. Leur musique, leur tchache, leur sang chaud, leur désir de réussite et leur intelligence métisse en font des atouts pour l'avenir de la république.

Ce ne sont que les barrières économiques et sociales qui freinent l'intégration, pas autre chose. C'est une question de temps et de politiques de la ville. Ces dernières commencent à prendre les mesures nécessaires. Le temps d'une génération et les jeunes Beurs constitueront une composante riche de la société française. Pour preuve l'apparition discrète mais massive des associations professionnelles, des magazines de qualité, des chaînes de télévision, des labels, et bientôt des assurances, des marques, des modes, des entrepreneurs, des penseurs vont être des apports contributifs pour l'économie française et sa culture.

On parle souvent des maghrébins en prisons, mais sait-on leur nombre dans l'armée française ? Ces dernières années la recrue "maghrébine" a été en forte augmentation non seulement à l'armée, mais dans tous les corps : police, gendarmerie, sociétés de surveillance [...]


Les recruteurs et autres spécialistes en ressources humaines des cités constatent que les problèmes ne sont pas religieux. Il s'agit plus de problème sociaux-économiques : déconnection d'avec le monde du travail, disqualification de l'accompagnement social et à l'emploi (dans une période de crise qui dure depuis trente ans), rupture avec le monde scolaire, fractures familiales suite à la démission des pères et à leur disqualification dans le jeu de l'autorité familiale par le chômage brutal, et la perte du statut de chef économique de la famille (relayé par les mères et les filles qui développent un savoir faire relationnel avec les services sociaux. Le père alors se replie sur lui-même, boit, ou retourne à la mosquée-refuge) .

On fait trop peu le constat des conséquences du regroupement familial massif initié par Giscard. La crise des années 70-80 a frappé de plein fouet un processus mal préparé, baclé, dont nous payons les conséquences sociales aujourd'hui. Dont les jeunes issus de ce transfert massif de population paient le prix dans nos prisons et dans le désarroi de la honte et de la haine de soi.

3 - La fin annoncée des barbus.

Les jeunes des cités résistent remarquablement aux sirènes islamistes. Depuis 20 ans que cette alarme est au rouge, depuis l'ascension au firmament médiatique d'Al Qaida dans les banlieues et les caves, nous aurions du avoir des dizaines de milliers de soldats-suicide en France ! Sans parler des milliers de prêches-conférences donnés par Tarik Ramadan dans les banlieues de France et de Navarre depuis des décennies ! (Entre parenthèse, j'écoutais il y a quelques jours un de ces conférences enregistrée en banlieue. Il incitait les jeunes à lire des auteurs et des philosophes français pour enrichir leur vision du monde …).

Les jeunes veulent jouir du présent, sont hyper modernes dans leurs désirs de réalisation personnelle contrariée, dans leur désir intense de reconnaissance sociale, leur goût de l'authentique et leur dégoût de l'injustice. Même l'islamisme du dépit a assez peu de prise sur eux, il faut voir le désespoir des prêcheurs tablighs et salafistes devant l'indifférence, ou l’intérêt fugace des jeunes pour leur pathos et leur prêche.

Les barbus activistes ont été favorisés par le laxisme et l'anti-autoritarisme politique des années 80, qui ont laissé ces groupes "manager" l'ordre des banlieues. Leur action a été facilité par les maladresses et le non accompagnement du regroupement familial qui s'est opéré en pleine crise de l'emploi. Ils ont tiré parti du non-dit et de la non-intégration par la France de la guerre d'Algérie et de toutes ses conséquences. Ils ont surfé sur la révolution islamique iranienne, la littérature saoudienne, les centres de formation islamiques du Pakistan, la cause palestinienne. Mais leur histoire est en panne. Leur colle ne prend plus. Les grands frères revenus de Guantanamo n'ont pas d'auréoles. Ils se sont grillés.

L'histoire fait son chemin. Lors des évènements de banlieue il y a quelques années, j'ai rencontré un journaliste de Libé qui couvrait les évènements à Toulouse. "Il faut les encourager à foutre le feu à ce système" disait-il ... Notre rencontre concernait notre initiative sur le dialogue des cultures et des religions ... il n'avait de commentaires que sur les beaux guérilleros à la peau mat qu'il s'activait à exciter !

3 - Une communauté musulmane soft émerge


On assiste à l'avènement soft d'un communauté musulmane majoritairement respectueuse de la République, massivement intégrée et soucieuse de légitimité démocratique. Le strabisme médiatique nous fait prendre pour des lanternes alarmantes et des "phénomènes sociaux islamiques incompatibles" des vessies qui sont plutôt des faits divers, des épiphénomènes sociaux, des archaïsmes comportementaux de nouveaux arrivants des campagnes kurdes ou de la savane malienne, des micro sectes islamistes ou soufies ultra minoritaires, des superstitions en cours de décompositions, des charlatanismes maraboutiques, des problèmes de psychiatrie.


Certains groupuscules islamiques ou soufis s'apparentent plus à des groupes sectaires qu'à des phénomènes propres au monde islamique. On retrouve les éléments de rupture avec l'environnement familial et social, de critique déconstructive, de pathologie groupale autour d'une hiérarchie cloisonnée, d'interdiction de critique interne, de paranoïa qui relèvent de la pathologie sociale. Et surtout de culpabilisation du membre ou disciple écartelé entre ses doutes, l'autocritique et la haine de soi.


A part ces quelques groupuscules, qui comme les réseaux nazis et autres extrémistes sont surveillés par les services de renseignement, la mouvance islamique générale reste positivement normative, même quand elle arbore le foulard, et un mode de vie islamisé : pas de sortie en boite, pas d'alcool, sélection des programmes télé, éthique familiale ... Je ne vois pas personnellement de grande différence entre une famille catholique très pratiquante et une famille de musulmans modernes et pieux pratiquants.


Les musulmans de manière générale gèrent assez bien leur transition socio-anthropologique vers une société laïque égalitaire, et intègre leur statut de minorité religieuse. Seuls des militants religieux activistes comme il en existe dans de nombreuses sectes et religions minoritaires poussent le prosélytisme à l'extrême, jouent sur la visibilité provoquante, sur des manifestations avec des pancartes incendiaires qui scandalisent les naturels comme on disait dans les colonies et les musulmans très majoritairement modérés.

4 - Le problème central et identitaire est celui de la post-modernité européenne et occidentale.


Dans une Europe vieillissante, confrontée dans les décennies à venir à une véritable raz de marée gérontologique, à un déficit gravissime de main d'oeuvre, à un refus des métiers manuels par des jeunes générations gâtées-pourries que notre modèle de vie hyper urbain déconnecte des réalités, nous avons de quoi nous poser des questions et relever des défis.

Il faut mesurer la fragilité de notre bulle, de notre petit îlot de prospérité au milieu d'un monde qui, mieux éduqué, n'accepte plus la domination et l'exploitation, l'injustice du différentiel de niveau de vie. Ce sont ces questions qui doivent prioritairement trouver des réponses. Comment gérer le grave déficit de main d'oeuvre dans les années à venir pour maintenir une pension aux retraités ? Quelle main d'oeuvre va assurer les tâches primaires de maintenance et d'infrastructure, et les services mal payés ? Il suffit d'aller dans les aéroports, les gares, les bureaux pour constater avec stupéfaction le transfert massif des emplois de service vers la main d'oeuvre africaine. Voilà des éléments visibles et concrets qui suscitent une angoisse au quotidien.

J'ai brossé ailleurs quelques éléments des autres motifs de l'inquiétude générale qui se cristallisent dans la question islamique mais qui en réalité sont des angoisses sur le monde à venir. Plutôt que fantasmer sur les Maghrébins et les islamistes, sur les excisions, sur l'islam avec des inquiétudes commanditées par la presse ou les politiques mieux vaut ouvrir les yeux sur les graves problèmes qui corrodent les mentalités d'angoisse. L'avènement d'un monde multi-ethnique, pluri-religieux, multipolaire qui nous désoriente et nous dérange. Bref la fin du monde incarné par Fernadel, Gabin et Yves Montand.

Nous allons assister à une mutation du paysage, des moeurs, de la vie sociale avec l'investissement massif des grandes transnationales dans le marché de l'intime - sexualité ludique, divertissement, loisir, délégation et prise en charge assurantielle de tous les problèmes quotidiens, etc. Vers un monde soft et privatif totalement pris en charge.

Ces questions, quoiqu'il en paraisse se pose aussi aux jeunes Européens. Ce sont eux, et pas les Africains ni les Maghrébins, qui se "brûlent" le cerveau, avec des mélanges de substances et d'alcool, lors de beuveries qui provoquent chaque année un nombre alarmant d'accidents dont la presse fait peu de cas des statistiques. Si ces dernières étaient connues, elles risqueraient d'être effarantes.

5 - ayons une vision d'avance
!

Ouvrons les yeux face à ces nouveaux défis. participons à inventer les nouvelles réponses, à produire les nouvelles intelligibilité s. Les jeunes ont besoin de ces nouveaux défis, de ces nouveaux paris. De banlieue et de Navarre, ils sont frais et habités d'une énergie jubilatoire, et disposés au meilleur courage s'ils comprennent que changer le monde est possible. Si on partage avec eux les questions d'avenir au lieu de les enfermer dans nos peurs éculées.

(...) Héritiers d'une histoire arrachée à l'obscurantisme et à la censure, familiers des minoritaires et des exclus, sachons être des porteurs d'espérance. Des gens qui ont une vision sociale ouverte et positive, qui ne se laissent pas instrumentaliser par les médias et les politiques.

Ils ne salivent pas dès qu'on leur jette en pâture l'os islamique. Car ils sont porteurs de cette diversité naturelle qui fondera le monde à venir. Ils ont déjà appris à la respecter, et à en partager les richesses. Ils ont le sens de la justice et l'Autre. Ils n'ont pas peur, car leur foi n'est pas une crispation excluante. Elle est un accueil de l'infini en toutes choses.

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