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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 08:14

Les exemples seront pris dans le Nouveau testament

1 – référenciation du texte :
La Bible étant une bibliothèque, il convient d’indiquer le livre où on lit le texte :
évangiles de Matthieu (Mt), Marc (Mc), Luc (Lc), Jean (Jn) ; Actes des apôtres (Ac) ; épîtres de Paul aux Romains (Rm), Corinthiens (1 Co, 2 Co), Galates (Ga), Ephésiens (Ep), Philippiens (Ph), Colossiens (Col), Thessaloniciens (1 Th, 2 Th), à Tite (Tt), Philémon (Phm) ; Epître aux Hébreux (He) ; Epîtres de Jacques (Jc), Pierre (1 P, 2 P), Jean (1 Jn, 2 Jn, 3 Jn), Jude (Jude) ; Apocalypse (Ap).
Les textes ont été découpés en chapitres et en versets : Mt 1, 1-3 (Matthieu, premier chapitre, versets 1 à 3), Mt 1, 1 et 3 (versets 1 et 3)


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2 – Qui en est l’auteur ?
Attention car à l’époque Antique des textes peuvent être attribués à une célébrité afin d’en faciliter la diffusion. Par exemple l’épître aux Hébreux fut attribuée à tort à Paul ; or elle est d’un style très différent. Ce sont des pseudonymes.
Attention car un même prénom peut concerner des personnes différentes ; par exemple qui est Matthieu l’évangéliste ? le publicain que Jésus recrute (Lévy, Matthieu) et qui écrit en araméen une première version ? et qui est le traducteur en grec ayant adjoint de nouveaux textes (entre autres la généalogie et la naissance de Jésus en complément de Luc, les mages, le massacre des Innocents, la fuite en Egypte, les gardes romains du tombeau) selon la version que nous lisons ? Et qui est Jean l’évangéliste ? l’apôtre Jean ou plutôt « le disciple que Jésus aimait » ?

3 – autres auteurs du même texte ?
Des auteurs contemporains ? ce sont alors des parallèles, par exemple entre les évangélistes (Matthieu, Marc, Luc, Jean). Se pose alors la question de savoir qui a copié l’autre, ou encore s’il y a eu une source commune (hypothèse de la source « Quelle »). Luc nous dit qu’il y avait des évangiles antérieurs au sien : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des évènements accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui devinrent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, il m’a paru bon à moi aussi, qui m’étais informé avec précision de tout depuis les origines, de t’en écrire avec ordre, illustre Théophile, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des paroles que tu as reçues. » (Lc 1, 1-4). Sans doute avant Luc, le Matthieu araméen et Marc.
Ou encore des auteurs ultérieurs (à partir du IIème siècle) : écrits apostoliques des pères de l’Eglise et des apocryphes

4 – connaître l’auteur
Que sait-on de son histoire personnelle, de ses apports originaux, de sa théologie et de ses idées fortes, de ses polémiques, du milieu pour lequel il écrit, de la langue qu’il utilise (hébreu, araméen, grec), de son style, etc.

5° situer l’auteur dans son contexte historique
Les textes du Nouveau testament s’échelonnent de la mort de Jésus (date généralement admise : la pâque de l’an 30) à la fin du Ier siècle, avec dans l’ordre (selon notre proposition) :
a) dans l’évangile de Jean, le témoignage contemporain du Disciple que Jésus aimait, lequel fait partie des élites sacerdotales de Jérusalem (lien), avec des textes inédits par rapport aux synoptiques : le baptême de Jésus, Jésus à Cana, à Béthanie en Judée (chez Marie avec son frère Lazare et sa sœur Marthe), les guérisons et les polémiques à Jérusalem, la participation de Jésus aux fêtes liturgiques, la Passion, etc.
b) le Matthieu araméen (dont l’existence est avérée au IIème siècle chez les Nazôréens exilés à Pella en Jordanie, mais dont on n’a pas le manuscrit).
c) Les premières épîtres de Paul qui rendent compte du kérygme des nazôréens (judéo-chrétiens) avec un culte naissant à Jésus
d) pour plusieurs auteurs, une source purement hypothétique dont on a retrouvé aucun texte et qui n’est mentionnée par personne : la source « Quelle » (en allemand, source documentaire = quelle), en abrégé (Q) ; serait une liste de logia (sing. un logion) (paroles de Jésus qui auraient été recueillies par son entourage, et mises en liste sans ordre chronologique à la façon de l’Evangile de Thomas qui est un document gnostique du début du IIème siècle) et dont la découverte a causé beaucoup d’engouement chez les partisans d’un Jésus philosophe.
e) Marc qui accompagna les première prédications de Pierre à Rome en sa qualité de secrétaire (mais ajout ultérieur d’un appendice après conclusion (Mc 16, 9-20).
f) Luc (évangile et Actes des apôtres) qui a pu recueillir des informations inédites en Judée lors de la captivité de Paul à Césarée de la pentecôte 58 à l’automne 60 (voir son évangile de l’Enfance et sa généalogie de Jésus) et dont les Actes des apôtres relate l’arrivée de Paul à Rome en 61 après un hiver passé à Malte, puis sa résidence surveillée durant deux ans ; ce qui fait l’an 63 pour les faits mentionnés par Luc).
e) le Matthieu grec qui est la traduction du Matthieu araméen, auquel ont été ajoutés des compléments en réponse aux polémiques juives comme par exemple la garde romaine du tombeau à la demande des autorités juives (28, 11-15) ou encore à Luc : une généalogie plus structurée (3 listes de 14 générations) et mettant en lumière une lignée qui passe par des femmes (Thamar, Ruth, la femme d’Urie, Marie « de laquelle naquit Jésus ») (Mt 1, 1-17), l’annonciation côté Joseph (1, 18-25), la venue des mages (2, 1-12), la fuite en Egypte (2, 13-15) puis le retour à Nazareth (2, 19-23), entre temps le massacre des Innocents (2, 16-18).
f) une chronologie longue pour les évangiles synoptiques (Marc, Matthieu grec et Luc), dits ainsi car ils traitent souvent des mêmes évènements compte tenu que tous les trois annoncent la destruction de Jérusalem : Jésus pleure sur Jérusalem (Mc 13, 2 ; Mt 24, 2 ; Lc 21, 6 et plus développé en 19, 41-44. Cela veut-il dire qu’il s’agisse d’un récit postérieur à la prise de la ville par Titus et l’incendie du Temple août et septembre 70 ? d’où une chronologie longue proposée pour ces évangiles qui seraient postérieurs à l’événement et l'auraient inclus rétroactivement (les textes sont apologétiques et veulent affirmer que Jésus est bien un prophète qui a annoncé à l’avance le drame). Mais on peut dire aussi que cela fait partie de la littérature apocalyptique en usage entre autres dans les textes messianiques et que Jésus a très bien pu dire cela de Jérusalem comme il avait maudit les cités des rives du Lac de Galilée qui rejetaient son enseignement (Mt 11, 20-24 ; Lc, 10, 13-15) et aussi pour nous dire que nul n’est prophète en son pays (Jérusalem tout comme Nazareth !) Cela peut être aussi un ajout ultérieur que nous trouvons dans les manuscrits qui nous sont parvenus (dont les plus anciens remontent seulement au IIème siècle).
g) l’épître de Jude : après la lapidation de son frère aîné Jacques en 62, chef spirituel de la communauté nazoréenne de Jérusalem (lien).
h) La deuxième épître de Pierre reprend ce texte de Jude en l’expurgeant des références aux apocryphes juifs.
i) l’évangile et les épîtres de Jean : sans doute le Disciple que Jésus aimait, immigré à Ephèse après la chute de Jérusalem et l’exil du Sanhédrin à Yabneh (Yamnia), et tenant compte de la décision de Gamaliel II d’exclure les chrétiens des synagogues (vers 90 ?) d’où la tonalité anti-juive (alors que les judéo-chrétiens sont des Juifs !). Textes valorisant le rôle de témoin du Disciple face à Pierre qui est le leader reconnu, également en contre point des synoptiques : le rôle des Judéens dans l’entourage de Jésus (ses amis de Béthanie, les notables favorables à Jésus tels que Nicodème et Joseph d’Arimathie) ou encore Nathanaël (= Barnabé l’un des Douze ?) à Cana ; également le rôle de Marie (qu’il est seul à placer à Cana et au pied de la Croix), figure féminine dont la tradition situe la fin de vie à Ephèse (dans une ville dominée par la grande déesse Artémis)  ; enfin le racolage des Samaritains avec le récit de la Samaritaine (Jn 4, 1-42).
j) l’Apocalypse à l’époque des premières persécutions des chrétiens par les empereurs romains (Néron en 65 après l’incendie de Rome en juillet 64 – mais seulement à Rome, Domitien en 95, Trajan dans les années 110).

6 – quel est le fait historique ?
La descente de l’Esprit sur Jésus ou bien son baptême par Jean-baptiste ? Une « transfiguration » ou bien le choix des Trois (Pierre et les fils de Zébédée que sont Jean et Jacques) ? Une résurrection ou bien l’absence du cadavre qui avait été mis provisoirement dans le tombeau prêté par Joseph d’Arimathie la veille d’un sabbat ?
D’une façon général l’historien ne peut pas avaliser comme objectifs des guérisons « miraculeuses » (il dira tout simplement « non expliquée » s’il y a eu effectivement guérison soudaine), des miracles qui contredisent les lois naturelles (conception, virginité de la mère, marche sur l’eau, etc.), des résurrections (à moins que ce soit une sortie de coma), des apparitions ou visions (qui sont des hallucinations), des ascensions (Hénoch, Elie, Jésus). A noter que l’exorcisme (que Jésus pratique) peut avoir des effets thérapeutiques tout à fait spectaculaires et efficaces ; il en est de même de la relation personnelle (psychologique) que Jésus sait établir avec les demandeurs de ses soins.

7 – quel est le genre littéraire choisi par l’auteur ?
Le ton des chroniques situant l’évènement dans son contexte et le situant chronologiquement, comme par exemple l’entrée en scène de Jean-Baptiste selon Luc (3, 1-3) : « Or, en l’an quinze du principat de TibèreCésar, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide, Lysanias tétrarque de l’Abilène, sous le grand prêtre Anne et Caïphe, il y eut une parole de Dieu sur Jean, le fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans toute la région à l’entour du Jourdain, proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés ». Ou encore la passion de Jésus dans l’évangile de Jean.
Le ton du témoignage oculaire : le Disciple que Jésus aimait qui se met en scène dans l’évangile de Jean (avec André le frère de Simon-Pierre, il fut premier à suivre Jésus Jn 1, 35-39 ; il pose la tête sur la poitrine du Maître lors de la Cène Jn 13, 21-26 ; il est le premier à arriver en courant au tombeau après que les femmes leur aient signifier la disparition du cadavre et laisse Pierre y entrer le premier Jn 20, 2-10 ; etc.).
L’affirmation de la transmission fidèle (insistance entre autres dans l’épître de Jude et l’évangile de Jean)
La littérature sapientielle : les paraboles où Jésus excelle, les conditions et les conseils pour entrer dans le Royaume de Dieu,
Des résumés comme le Magnificat où un résumé de la sagesse biblique est mise dans la bouche de Marie (Lc 1, 46-56) ; toujours chez Luc seul, les disciples d’Emmaüs qui explique comment les disciples ont pris conscience que Jésus était ressuscité en confrontant sa disparition du tombeau aux textes messianiques (Lc 24, 13-35).
Des discours théologiques que l’évangéliste Jean met dans la bouche de Jésus.
L’écho des polémiques entre Jésus, les saducéens, les pharisiens et les scribes, les hérodiens, etc.
Des récits de guérisons, de résurrections et des miracles contre les lois naturelles (transformation de l’eau en vin à Cana, marche sur l’eau)
Des légendes naissantes porteuses d’un sens théologique : dans Luc et dans le Matthieu grec, enfances de Jean-Baptiste et de Jésus, leur cousinage, la naissance miraculeuse de Jésus, l’adoration des mages, la fuite en Egypte, la présentation de Jésus au Temple, etc.
Des prières : le Notre Père (Mt 6, 9-15 et Lc 11, 1-4).
Des théophanies avec la colombe qui descend sur Jésus lors de son baptême (selon les 4 évangiles), puis la transfiguration (Mt 17, 1-9 ; Mc 9, 2-10 ; Lc 9, 28-36), éclipse et tempête qui déchire en deux le rideau du Temple lorsque Jésus meurt,
Des prophéties : Jésus et Nathanaël, annonce de la ruine de Jérusalem
Des visions  les apparitions après la mort de Jésus, la nappe remplit de victuailles que Pierre voit en allant à Césarée, l’Apocalypse de Jean
Des apocalypses : Jésus décrivant la Géhenne, pleurant sur Jérusalem, et bien entendu l’Apocalypse de Jean.
Des évènements qui étaient annoncés par les textes messianiques (et qui se trouve ainsi justifiées et réciproquement) : la naissance de Jésus à Bethléem et son enfance à Nazareth (selon Matthieu), le massacre des Innocents, Jean-baptiste le précurseur (dans la version chrétienne), l’entrée à Jérusalem de Jésus juché sur un ânon, le renversement des tables des vendeurs (puisqu’il n’y aura plus besoin de culte selon Zacharie).
Du merveilleux avec les annonciations de l’archange Gabriel à Zacharie, Marie, et Joseph, et l’intervention des anges pour souligner l’importance d’un évènement (aux bergers de Bethléem, aux femmes qui viennent au tombeau pour la toilette funéraire de Jésus)
Des textes liturgiques : les hymnes christiques dans les épîtres de Paul et avec le Prologue de l’évangile de Jean.

8 – de l’utilisation des textes :
Connaître le programme et la théologie de Jésus et des nazôréens
Vivre un compagnonnage avec Jésus et ses premiers disciples ;
Suivre un maître spirituel pour l’éveil et la découverte de la Vérité
Etre en relation avec Dieu à partir de l’enseignement de Jésus (Jésus nous montre Dieu)
Usage liturgique : lectures en communauté, lors des rencontres, cultes, ou rites, mais ne pas oublier de situer les textes dans leur contexte historique.
Usage pédagogique à partir d’une implication subjective : Qu’aurais-je fait si j’avais été contemporain de Jésus ? Qu’est-ce que Jésus aurait fait s’il était à ma place ? Qu’est-ce qui m’a touché personnellement dans ce texte ? Qu’est-ce que vous avez aimé ou pas aimé, et pourquoi ? mais attention aux anachronismes !

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Published by Jean-Claude Barbier - dans exégèse biblique
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