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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 08:32

suite des pages précédentes


Dans son récit de la Genèse, le monothéisme hébraïque affirme la suprématie de l’homme sur le monde animal. Dieu lui accorde le droit de les nommer – et donc d’en disposer à sa guise, par exemple les utiliser pour manger, faire des sacrifices cultuels, etc. Toutefois, Dieu reste le propriétaire de tout ce qui vit ; l’homme en a l’usufruit mais non la propriété totale. Les recensements du bétail ou des hommes sont interdits !

 

Chassé du paradis, condamné au travail, l'homme vit avec ses animaux domestiques et meurt comme eux ! Il s'évanouit dans le shéol (l'enfer des Grecs), son souffle le quitte et son ombre disparaît.Finalement, tous les êtres vivants sont égaux face à la mort !

 

Il faudra attendre l'Exil à Babylone pour que les juifs reçoivent des zoroastriens l'espérance d'une résurrection qui récompensera les justes et les pieux après un Jugement dernier. Il s'agissait alors d'une résurrection des corps et il n'était pas encore question d'une âme quittant le corps du défunt ... et il fallait attendre la Fin des temps pour que l'évènement puisse se produire. Nos amis les animaux sont laissés pour compte dans ce scénario.


Un-ane-au-fond-d-un-puit.jpgJésus est l’héritier de cette civilisation rurale où les activités agricoles et d’élevage se combinent : il pense à l’âne tombé dans un puit le jour du sabbat et dont le petit fermier ne peut se permettre – malgré l’interdit religieux – de le perdre ainsi ; ou encore au pasteur pour qui chaque brebis compte et pour laquelle il va partir à sa recherche (on peut ajouter sans trahir la pensée de Jésus, quelque soit le jour !). Il fait fi des prescriptions religieuses en cas d’urgence : l’animal est à ses yeux plus important car utile à l'homme. A sa suite (mais dans un autre contexte, celui de l'évangélisation des étrangers), Pierre va déclarer, après avoir reçu une vision, qu’il n’y a pas d’animaux impurs. Voir notre article « Pourquoi je ne veux pas manger de viande casher ou halal » (lien).

 

De même, il y a ENFIN sortie des animaux des obligations cultuels : désormais le sacrifice du Christ sur la croix a suffi, et les animaux sont épargnés. Avec la fête du mouton, l'islam reviendra sur ce progrès en arguant la commémoration du sacrifice d'Abraham où son fils fut échangé contre un bouc (lien).


Ces progrès sont importants, mais pour les chrétiens, il n’y a pas de doute, l’homme a pleinement le droit biblique de faire travailler les animaux, de tuer des animaux sauvages (pour se protéger ou se nourrir) ou domestiques.

 

Malheureusement le christianisme ne va pas en rester à ces pratiques rurales où l’élevage est important, où les animaux sont finalement associés à l’homme dans une longue cohabitation où chacun peine à la tâche en unissant ses efforts. En effet, la métaphysique va s’y mêler avec la sotériologie chrétienne (les doctrines du salut) basée sur l’existence d’une âme chez les humains – mais pas chez les animaux ! – lesquelles âmes sont sauvées par le Christ grâce à son acte rédempteur sur la Croix. Cette croyance a creusé un fossé entre les hommes et le monde animal, puisque cette Rédemption ne s’adresse qu’aux hommes ; elle a justifié toutes les cruautés commises envers les animaux puisque ceux-ci n’ont pas d’importance existentielle.

 

Avec l’esclavage, le système des castes, la constitution de classes sociales, le racisme, etc., des hiérarchies se mettent en place, dévalorisant les bas échelons ; une culture du mépris s’instaure dont sont victimes les moins considérés … et les animaux.


La théologie de la Grâce, avec Paul, saint Augustin, puis culminant jusqu’à l’obsession avec Martin Luther et Jean Calvin (Sola Gracia !) *, va encore mettre plus les animaux à l’écart des enjeux importants.
* « Seule la Grâce de Dieu », laquelle va discriminer, atteindre certains et pas d’autres, voir même rejeter certains à priori avec la Prédestination ; bref tout le contraire de « Tout est Grâce » !


Les prémices de la psychologie vont être marqués par un dualisme total : l’homme est intelligent, il peut comprendre (par exemple le catéchisme !) à partir de l’âge de raison, les animaux restent, quant à eux, mus par des instincts. L’évolutionnisme à la Darwin sera un scandale : comment l’homme pourraient-il sortir des grands singes !


Il va y avoir toutefois des conseils « végétariens » donnés par des Pères de l’Eglise à leurs ouailles. Le point de départ en était la confrontation des chrétiens aux viandes résultant des animaux sacrifiés aux dieux ou à César et qui étaient consommées lors de grands banquets festifs à l’apogée des fêtes religieuses durant lesquelles le peuple était largement invité, ou encore les mêmes viandes mises aux étalages des marchés. Manger de telles viandes immolées aux faux dieux, c’était se compromettre avec le culte des idoles. 


Message de Didier Le Roux au groupe Unitariens francophones sur le réseau social Facebook dans le cadre d’une discussion fin février 2012 :


« Il est écrit de Jacob, que les personnes appellent Jacques et le frère de Yeshua, qui fut le premier dirigeant de la communauté de Jérusalem de la Nouvelle Alliance, qu' "Il ne buvait ni vin ni boisson forte, ni même ne mangeait de viande" (Eusibius; Histoire de l'Église). Du disciple Matthieu il est enregistré : "Par conséquent, l'apôtre Matthieu partageait des graines, et des noix et des légumes, sans chair" (Clément d'Alexandrie ; L'Instructeur). Et dans les écrits de son disciple Clément, Pierre est cité en disant que "Il ne buvait pas de vin ni de boisson forte, ni il mangeait de viande". Epiphane a écrit que les Ebionites affirmaient que le disciple Pierre "... s’abstenait de celui qui a la vie en lui et de viande, même comme ils le font, et de toutes les autres denrées alimentaires préparées à partir de la chair" (Panarion 30.15.3 Bk I, art. II). On dit que Thomas mangeait seulement du pain et de l'eau (Les Actes de Thomas). La plus ancienne complète copie connue de nos Evangiles est appelé la Evangelion Da - Mepharresh, et à l'intérieure nous trouvons Yeshua disant en Luc 21:34: "Veillez à ce que vous ne rendiez pas vos esprits lourds, pour faire ainsi, ne mangez jamais de viande ou ne buvez pas de vin.". La martyre Blandine répondit à ses accusateurs : "Comment ces personnes doivent-elles endurer de telles accusations, qui, dans un souci de la pratique de la piété, ne faisaient pas usage de la chair qui leur été autorisée à manger ?" De la même manière, Saint-Jérôme a écrit: "De manger la chair de la viande était inconnu jusqu'à la grande inondation, mais depuis le déluge, ils ont les odeurs et les jus puants de la viande animale dans leur bouche, tout comme elle a été jetée à la face du peuple grogneur dans le désert (Esséniens]. Jésus-Christ, qui est apparu lorsque le temps a été accompli, a de nouveau rejoint la fin avec le début, de sorte qu'il nous est plus permis de nous de manger la chair animale." En total accord Saint Basil a écrit : "La fumée du repas de viande assombrie l'Esprit. On peut difficilement avoir la vertu si l'on se réjouit de manger de la chair lors des fêtes. Dans le paradis terrestre, il n’y avait pas de sacrifice d’animal, et personne ne mangeait la chair de la viande des animaux". Clément d'Alexandrie explique de la même manière: "Les sacrifices ont été inventés par les hommes pour être un prétexte de manger la chair des animaux."

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans la religion écologique
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