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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 07:08
III - les cultes post-coutumiers


24 – Au contact des religions monothéistes importées au moment de la traite des esclaves puis de la colonisation, des cultes, que nous appellerons "post-coutumiers", sont apparus. Ils s’ajoutent aux cultes antérieurs en y apportant une note de modernité avec le message suivant : les Blancs n’ont pas à eux seuls le monopole des nouveautés.

Ces cultes sont centrés sur une seule divinité laquelle se trouve en position seconde après Dieu, ce qui n’est pas sans rappeler la place de Jésus dans le christianisme arien où ce dernier est bel et bien divinisé mais en position subordonnée, comme première créature de Dieu. Il s’agit là d’une monolâtrie, qui valorise un dieu particulier mais sans pour autant nier l’existence d’autres dieux et donc s’adapte parfaitement à un contexte polythéiste.

mami wata pretreMami Wata (la Sirène), au contact avec les navires européens qui apportaient des biens manufacturés et de l’argent, Fa-Church et Atingali au contact d’avec le christianisme, Thron Alafia, au contact avec les Haoussa, commerçants musulmans arrivés à Kété-Kratchi au Ghana à la fin du XIXème siècle tout à fait au début de la période coloniale allemande, etc.

Hounon Kavaia, prêtre de Mami-Wata

25 – Ce sont des divinités modernes imitatrices des religions non africaines. Mami Wata a la peau blanche et est blonde aux cheveux longs comme les Européens, et ses adeptes féminines portent des robes blanches ; Atingali, au bout de sa pique-autel fument la cigarette et ses dignitaires arborent des croix bleues ou rouges  (mais de forme grecque avec les 4 branches d’égale longueur) ; Thron-Alafia respecte le calendrier musulman (mais sans pour autant réciter le Coran), Fa-Church organise des offices dominicales dans un temple rectangulaire avec son insigne à la place de la croix. Ils n'en sont pas pour autant syncrétiques et chacun a sa propre cohérence et logique.

26 – Autant les orishas que nous avons cités sont barbares (donc violents), autant ces divinités sont « civilisées ». On leur offre des boissons sucrées (et non pas de l’eau de vie ou autres alcools forts !), des morceaux de sucre, des tablettes de chocolat et des bonbons, des parfums, des cigarettes et autres douceurs modernes, etc. Ceci dit, elles n’en sont pas moins exigeantes et, par exemple, Mami-Wata est réputée pour sa jalousie, imposant même à ses prêtres des périodes de chasteté avec leur propres épouses !

mami-wata_adeptes.jpgadeptes de Mami-Wata ; vêtements et parures témoignent de leur enrichissement


gelede_jeune_fille.JPG27 Par ailleurs, la confrérie Gélédé, présente en pays nago au Bénin (la partie centrale et septentrionale du département de l’Ouémé, entre le fleuve du même nom et la frontière d’avec le Nigeria), joue sur les nouveautés. Il s’agit d’une société de masques animé par le génie Gélédé et qui mène la chasse aux sorciers et autres malfaiteurs. Les masques, portés sur la tête, représentent des visages yoruba, reconnaissables aux scarifications (de 1 à 4 traits de chaque côté sur la partie supérieure des joues ou au milieu du front), et les têtes des masques portent des scènes modernes : une marmite en émail, une machine à coudre, des nattes d’écolière, une perruque blonde, une coiffure sophistiquée, des métiers modernes, etc. Une façon d’apprivoiser les nouveautés, de les introduire dans la sphère indigène, de les acclimater, de les intégrer.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le vodoun
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