Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 19:39
II – l’arrivée des grandes divinités possédantes du vodoun


16Shango (Hiéviesso au Bénin et au Togo), Sakpata, et Ogu (ou Gu, Ogoun) sont des divinités d’origine yoruba (des « orisha » en langue yoruba). Elles se sont diffusées d’une façon continue dans toute la zone littorale du Nigeria jusqu’au Ghana.

17 - Ce sont des divinités possédantes qui ciblent individuellement leurs adeptes (leur culte n’est donc pas familial ni communautaire, mais personnel) et les chevauchent lors de transes parfois particulièrement violentes. Elles « tombent » sur des individus indépendamment de leur statut social, comme le fait le pentecôtisme chez les chrétiens. Même des « Blancs » peuvent ainsi être « pris ». Si vous refusez d’obtempérer, vous risquez de tomber malade, d’avoir des ennuis, de mettre votre famille en danger, etc. Mais tous les fidèles ne sont pas possédés ! Il y a de simples pratiquants, des anciens guéris, des enfants qui, par un vœux, sont été voués à une divinité qui a permis leur naissance, etc.

18 - leur culte s’ajoute à ceux des divinités endogènes, comme par exemple Dan, divinité très répandue dans les villages du littoral au bord des lagunes du Togo et du Bénin, chez les populations Xhuéla (région de Grand-Popo) et Xhuédha (région de Ouidah).

19 - Alors que les divinités, pour punir les récalcitrants, envoient des maux divers (des maladies, des malheurs, etc.), les orisha déclenchent des maux de la nature bien précis : c’est la foudre pour Shango / Hiéviesso (à l’égal de Zeus !), la variole ou autres maladies cutanées assimilées pour Sakpata, la mort accidentelle pour Ogou. Pour ceux qui sont victimes des violences de la Nature, c’est qu’ils ont péchés ! A eux et à leur famille de se repentir en payant une amende et en allant quérir les services d’un prêtre dédié au culte du dieu qui s’est fâché, et de réparer les fautes commises.

heviesso_recade.jpgtête de la récade d'un dignitaire du culte de Shangho / Héviesso représentant la divinité envoyant la foudre par sa bouche

20 - En aucun cas, il ne convient de les assimiler aux forces de la nature qu’elles utilisent ; "Dieu du Tonnerre", "Dieu de la Variole", "Dieu de la Guerre", etc. – ce sont là des interprétations erronées (c’est aussi ridicule que si l’on disait que IHVH est le dieu des grenouilles ou encore des anophèles sous le prétexte qu’il a, à un moment donné, envoyé ces animaux pour punir Pharaon de son entêtement !).

21 - De même leurs autels ne sont aucunement des « fétiches », des « dieux objets », les divinités ne se réduisant nullement à des lieux ni aux apparences qu’elles peuvent prendre (Dan par exemple peut apparaître sous la forme d’un python royal ou d’un arc-en-ciel) – de même que le tabernacle des églises catholiques n’enferme pas Dieu dans cet espace, même si celui-ci y ait considéré comme étant plus particulièrement présent (ici sous la forme des hosties qui ont été consacrées).

22 – Ces puissances possédantes s’affichent comme puissantes et brutales. S’exprimant par les forces de la nature, elles ne sont pas de l’ordre de la culture et de la civilisation. Leurs autels ne présentent aucune esthétique, sinon un réalisme des plus vulgaires : une butte de terre pour Sakpata, un amas de ferrailles récupérées des plus hétéroclites pour Ogu, etc. ce faisant, elles apportent leur force particulière au système religieu antérieur.

23 - le vodoun coopte aussi des divinités périphériques : par exemple Nana Burunku provenant du pays adjuti (au Ghana central, à la frontière avec le Togo), et, à Haïti, Lucifer * qui provient du christianisme, etc. Dans ce cas, elles conservent toutes leurs caractéristiques.
* Lucifer n’est pas ici une incarnation du Mal, ni une figure satanique, mais une divinité utilitaire qui peut rendre des services, mais - attention ! - Lucifer conserve son tempérament vif et violent ; il faut donc être un prêtre ayant de l’expérience et faire une consultation aussi courte que possible afin d’éviter les dérapages toujours possibles liés à son « mauvais » caractère !

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans le vodoun
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives