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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 18:12

par Jean-Claude Barbier, sociologue de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Texte rédigé à partir d’une conférence donnée le samedi 13 février 2010, dans le cadre de l’exposition « La tradition qui nous protège » des œuvres de Virginie Jourdan et Paulin Zoffoun, organisée par le conseil municipal de la ville de Blaye (Gironde, France), du 29 janvier au 20 février, au couvent des Minimes, à la citadelle. Cette conférence était intitulée : « Le vodoun est-il une religion et une culture moderne ? »

blaye_hugues_baudere_4.jpgphoto Hugues Baudère


Introduction

Religion polythéiste issue du pays yoruba, dans la partie sud-ouest du Nigeria, le vodoun s’est diffusé dans les pays voisins du golfe du Bénin (Bénin du centre et du sud et Togo méridional) et, suite à la traite des esclaves, en Haïti et en Amérique latine (Brésil et Argentine).

Peut-on aujourd’hui être à la fois moderne et continuer à se référer aux divinités du vodoun d’une façon religieuse ou culturelle ? Le vodoun fait-il partie du patrimoine religieux de l’Humanité ? D’une façon plus générale, quel destin aujourd’hui pour les religions dites « païennes » ou « primitives » ?

Avec ses multiples divinités, que l’on présente volontiers d’une façon effrayante, ses mystères et ses initiés, sa magie en relation avec les forces de la Nature, le vodoun nous apparaît comme une forêt, combien opaque, combien impénétrable, où l’on ne peut pas s’hasarder sans avoir un prêtre pour guide.

Je n’aurais pas ici l’outrecuidance de prétendre vous guider dans ce labyrinthe, de vous dévoiler des mystères – car ceux–ci se perçoivent mais ne se violent pas ! – et surtout pas celui de me substituer aux pratiquants de cette religion car rien ne remplace le vécu de l’intérieur d’une spiritualité, d’une religion ou d’une culture. Mais je me propose en toute modestie de fournir quelques clefs d’entrée, quelques points de repère afin que vous puissiez voir par vous-mêmes ne serait-ce que l’espace religieux de ce qu’on appelle le vodoun.

I - Et d’abord quelques généralités qui peuvent nous être utiles


peut-on parler d’animisme ?

01 - Souvent, les religions coutumières d’Afrique noire sont taxées d’animisme : il y aurait des esprits partout, dans chaque arbre, chaque plante, chaque rivière, chaque rocher. En fait, il y a effectivement des lieux qui sont dits sacrés, mais ces lieux sont bien localisés ; ce sont des autels, des sanctuaires ou encore des « couvents »* concernant telle ou telle divinité, mais en aucun cas ce sont les choses de la Nature qui seraient sacrées en tant que telles. Certains arbres sont sacrés mais non pas tous. Pour ceux qui le sont, un bandeau blanc signale leur fonction d’autel.
* traduction en français empruntée aux chrétiens pour désigner les lieux de réunion des initiés à une divinité.

un dieu créateur

02 - D’une façon assez générale, les Africains coutumiers croient en l’existence d’un Dieu créateur – Mawou dans les pays du Golfe du Bénin qui nous concernent ici avec le vodoun.

03 - Mais ce dieu n’est ni tutélaire (comme IHVH du Premier testament le fut pour son peuple élu), ni providentiel comme l’est le dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans. Déçu en effet par le comportement des humains, il est remonté au ciel ; nous laissant à notre triste sort. C’est le Dieu du Déluge, mais sans colombe ni arc-en-ciel, qui se serait retiré définitivement de sa Création, dans un Olympe inaccessible. Certes on peut l’implorer lors des grandes catastrophes, crier vers lui, mais on sait très bien que c’est en ultime solution et qu’il ne nous entendra probablement pas … à moins que, on ne sait jamais. Mais en tout cas, s’il peut intervenir en dernier ressort, il ne nous le dira pas. Des prières sont donc dites, en désespoir de cause, mais sans attente de réponse.

04 - La modernité de ce dieu créateur, c’est qu’il est universel, n’étant pas approprié par un peuple ou par une religion. Nos interlocuteurs sont unanimes pour nous dire que son nom est simplement une question de langue. Finalement, on peut dire que c’est un monothéisme somme toute assez proche de notre théisme : il n’y a pas de révélation historique particulière (faite à un peuple, ou à un prophète ou à un médium), voir même avec notre déisme (le culte n’est pas nécessaire, par contre il nous faut respecter les lois édictés par nos ancêtres, et connaître celles qui régissent l’univers, etc. )

les puissances surnaturelles qui nous sont utiles

05 - Orphelins de ce dieu créateur, les hommes ont recours à des puissances surnaturelles qui les protègent : c’est précisément le titre de l’exposition de Virginie Jourdan et de Paulin Zoffoun. Ce sont des puissances utilitaires.

06 - A ces puissances surnaturelles sont adressés des cultes nominatifs. On établit avec elles un commerce qui passe par des prêtres ou des prêtresses. On apporte les produits de nos travaux (les prémices des récoltes, les premiers nés du troupeau), des biens, de l’argent, etc. ; on sacrifie des bêtes de valeur, etc. Mais, dans le cas de l’Afrique noire, jamais d’être humain (il y eut bien, naguère, des « sacrifices humains » mais liés à des pactes de sang ou encore, lors de l’enterrement d’un roi, des femmes et des esclaves pour l’accompagner dans l’au-delà).

07 – Ces puissances utilitaires ne sont pas des intermédiaires, ni des intercesseurs, ni des messagers. Ils agissent séparément les uns des autres. Il n’y a pas une hiérarchie, ni une coordination. En cela, le dieu créateur n’est pas un dieu " suprême " qui serait plus puissant que les autres ou en position de décideur ultime.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le vodoun
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